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SUR LA CRÊTE DU FOSSÉ DE LA CITADELLE DE SAMARKAND

Grands Monuments de Samarkand

\ markand est une des villes les plus anciennes du monde asiatique.

D'après l'une des légendes nébuleuses qui prétendent relater l'époque de sa fondation, la ville devrait son existence à Féridoun, héros de l'épopée iranienne. 11 aurait divisé son énorme empire entre ses trois fils : Salm, Tûj et Iraj. A ce dernier il donna l'Iran ; à Salm, le Maghreb et l'Europe: à Tûj, le Touran, c'est-à-dire le Turkestan, avec la Chine et la Mongolie.

D'après une autre légende, Samarkand aurait été fondée, plusieurs milliers d'années avant notre ère, par un personnage mythique appelé Afrâsiâb ('7), dont le nom se perpétuerait dans la dénomination donnée au plateau d'Afràsiâb voisin de Samarkand.

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

Quant à l'origine du nom même de Samarkand, il existe plusieurs versions, toutes très discutées. On ne saurait douter, cependant, que Samarkand soit la Marakanda des auteurs de l'antiquité, c'est-à-dire de Strabon, de Pline l'Ancien, de Quinte-Curce, d'Arrien et de Ptolémée*'8'.

Quoi qu'il en soit des légendes susdites, qui ne concordent pas avec les faits connus, l'histoire certaine de Samarkand commence seulement avec Alexandre le Grand et demeure, dorénavant, intimement liée à celle de toute l'Asie Centrale. Samarkand était alors la capitale de la Sogdiane ou région du Sogd, et s'appelait Marakanda.

Après Alexandre, la ville appartint aux rois grecs de Sogdiane et de Bactriane. Placée plus tard sous la domination des Yué-Tchi (les Scythes des classiques), puis sous celle des Ephthalites IIOi, elle devint, au vi* siècle après J.-C., la proie des premiers envahisseurs turks ("i. Au vu* siècle, elle fut conquise par les Arabes <">. Ensuite elle resta pendant quelques centaines d'années au pouvoir des Samanides, avant d'être prise de nouveau par diverses tribus turkesto). En 12 19, Djinghis-Khan la conquit à son tour et l'attribua à Djaghataï, son héritier, dont les successeurs la possédèrent jusqu'au moment où Tamerlan (Timour-Lenk) s'en rendit maître.

Maintes fois saccagée et détruite, souvent ensanglantée par les combats qui se livrèrent autour d'elle, Samarkand n'atteignit l'apogée de son développement que vers la fin du xiv' siècle, lorsque Tamerlan en fit sa résidence préférée, la ville aimée où il venait se reposer de ses lointaines campagnes et de ses conquêtes retentissantes. Alors, Samarkand comptait plus de 1 50000 habitants, et elle possédait des bâtiments magnifiques : mosquées, médressés, mausolées, palais entourés de jardins délicieux. Alors aussi elle répondait à ces appellations imagées de : « Paradis du monde », « Jardin des Elus de Dieu », que sa renommée lui valut parmi les Orientaux.

Les récits de Gonzalès de Clavijo, les mémoires du Sultan Baber célèbrent les beautés du site de Samarkand et celles des constructions que Tamerlan y édifia au cours de son règne fastueux.

Mais, de tous les monuments qui l'ornaient à cette époque, ou qui ont été bâtis dans la suite par les successeurs immédiats du grand empereur,

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GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

il ne reste qu'un très petit nombre, les uns assez bien conservés, les autres à l'état de ruines.

Ces édifices ont été directement inspirés par l'art persan, et les vestiges de la merveilleuse décoration de faïences émaillées, qui recouvrent encore leurs parois, témoignent non seulement de la splendeur dont les souverains asiatiques des xivc, xv', xvr* et xvue siècles ont revêtu leurs créations, mais aussi de la perfection extraordinaire à laquelle était parvenu l'art architectural et décoratif en Asie Centrale.

Parmi les monuments qui subsistent (alors que les autres ont disparu sans laisser la moindre trace), quelques-uns montrent leurs débris sur des points plus ou moins voisins de l'ancienne enceinte, maintenant démolie, et qui avait une circonférence de plus de douze kilomètres. Ce sont, outre le médressc de Khodja-Akhrar, des mosquées et des mausolées qui font un effet étrangement pittoresque au milieu des paysages campagnards qui les entourent, mais dont l'intérêt est assez inférieur à celui des autres monuments qu'on peut appeler les « grands monuments » de Samarkand.

Ceux-ci, situés environ à l'extrémité ouest, à l'extrémité nord-est et au centre de la ville indigène actuelle, sont les suivants : Le Goûr-i-Mir, ou tombeau de Tamerlan, le grand médressé de Biby-Khanim, la nécropole de Châh-Zindé (construits du vivant de Timour) ; puis les trois mêdrcssès de la place du Réghistan, médressés qui datent des xve et xviie siècles, et dont l ornementation est presque égale en richesse à celle des monuments élevés par Tamerlan lui-même.

Toutes ces constructions, les dômes qui les coiffent ou les minarets qui les encadrent, sont en brique d'un ton jaune rosé, et revêtues de véritables cuirasses de faïences multicolores dans la disposition desquelles dominent surtout le bleu indigo, le bleu azur, le vert foncé, le vert pâle, le jaune et le blanc, çà et là rehaussés de noirs discrets.

Leurs coupoles, cannelées en tranches de melon, sont couvertes de revêtements de faïence bleu turquoise d'une couleur admirable, si vive et si brillante que les dômes des palais construits par M. Formigé pour

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l'Exposition Universelle de 1889 au Champ-de-Mars ;'et qui ont eu, hélas, une durée plus éphémère que ces mosquées d'Asie) pouvaient en donner seulement une idée approximative.

Bien qu'on ail déjà consacré à ces monuments plusieurs descriptions, les documents graphiques qui les concernent sont rares. Aussi pensons-nous que ceux que nous produisons ici pourront servir à les vulgariser et à les faire mieux apprécier.

Dignes de prendre rang parmi les chefs-d'œuvre de l'architecture, les « grands monuments de Samarkand » devraient être connus au même titre que le sont les plus majestueux édifices des Grecs et des Romains, nos cathédrales gothiques de France, et les créations les plus célèbres de la Renaissance italienne.

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