‹ A travers les beaux-arts [microforme]Chapitre 1 sur 58 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un mot &'explication nous semble nécessaire, en tête de ce modeste trarail, afin d'en justifier la nouveauté,

En le présentant au corps enseignant de la province de Québec, ee n'est pas notre intention de vouloir introduire Fenseignement technique et régulier des Beaux-Arts à l'école primaire,

Non, loin de nous cette idée,

Dans les pages très imparfaites et élémentaires qui suivent, nous nous proposons simplement d'éveiller dans l'âme des éducateurs de la jeunesse le sentiment du Beau et l'amour de l'Art.

Suivant la belle expression de Schiller, # l'aspiration vive et pure vers le beau amène toujours à la suite la pureté morale”, Et conséquemment, Fun des plus grands bienfaits d'une éducation parfute, cest de provoquer et de perfectionner en nous le culte de T4 nature, En eftet, dit Pelissier (1), la contemplation intelligente et Fadmiration raisonnée de Pordre et de l'harmonie répandus dans la création disposent notre âme à amer partout l'ordre et l'harmonie ; elles nous inspirent la reconnaissance et l'amour pour le Créateur de tant de beautés ?,

Qui plus que l'instituteur n'a souvent besoin de lever les veux vers les hautes et lumineuses régions? Sa mission est, certes, tout à la fois suinte, noble et patriotique. Mais il arrive quelquetois que l'ingratitude du publie, les fatigues inhérentes à la carrière pédagogique et les difficultés sans nombre semées sur la route du maître d'école font courber le front à celui qui a pour imission de diriger l'enfance dans les doux sentiers de la vertu et de la science,

Nous le savons, la religion suffit à calmer toutes les douleurs, à relever le courage abattu, à supporter avec résignation les épreuves les plus rudes, Mais ajoutons aux fortes consolations que donne une foi solide les douces et pures jouissances que procurent les Beaux-Arts, ét nous vivrons d'une vie doublement vraie et doublement belle. Les grands génies qui ont consacré leur vie et leurs talents à l'élévation des âmes et qui, par l'architecture, la

(1) Auteur de La Gymnastique de l'Esprit,

x INTRODUCTION

sculpture, la peinture, la musique et la littérature ont aidé les hommes à aspirer à la divine perfection du Créateur, méritent d'être connus et respectés,

La vie est un combat, difficile toujours et très souvent pénible, Et dans nos sociétés démocratiques qui tendent de plus en plus au complet matérialisme, il importe d'apprendre aux enfants du peuple que l'argent, le commerce et l'industrie ne procurent pas seuls le bonheur sur la terre, qu’à toute âme bien née, il faut un idéal, Cet idéal, qui se trouve au fond de chaque âme, c'est l'amour de Dieu, auteur de toute beauté. Le Beau, voilà ee dont l'âme a soif !

Le Beau est un plaisir supérieur que nous goûtons plus où moins suivant l'éducation que nous avons reçue, Il se retrouve d’abord dans la nature à l'état latent. Ainsi, l'éclat de larc-en-ciel, le grondement du tonnerre, le déchaînement de la tempête frappent tous les esprits, et dans les intelligences plus cultivées, la lumière du jour, la splendeur du soleil, l'éclat des nuages, l'azur du ciel, le scintillement des étoiles, font toujours naître l'émotion du beau.

Le Beau se trouve aussi dans les œuvres de l'homme qui traduit dans un langage plus clair des sentiments et des pensées qui charment notre âme en l'élevant : architecture, sculpture, peinture, musique et littérature, voilà les œuvres des artistes auxquelles peut s'appliquer le jugement du beau.

Cerest pas tout d'apprendre aux enfants qu'il faut habilement et pratiquement tirer parti de lexistence, Il faut de plus conserver quelque prix à cette existence, C'est donc un devoir, il nous semble, pour les instituteurs et les institutrices, de chercher, occasionnellement, à éveiller et à former dans l'enfant le sens du Bean.

Au cours d'une leçon de lecture où de géographie, à propos d'une dictée où d'un devoir d'histoire, Je maître saura donner à «es jeunes auditeurs quelques notions sur les Beaux-Arts et faire connaître les grands maîtres qui, comme Phidias, Michel uge. Raphaël, Murillo, Poussin, Haydn, Mozart, Racine, Bossaet, Paunartine et tant d'autres, sont la gloire et la grandeur de l'humanité,

Les études, mêmes primaires, ne doivent pas se borner aux scicnces, c'est-à-dire à ee qui est utile. Mais elles peuvent aussi, occasionnellement, donner une part aux arts qui permettent à l'âme de recevoir quelques ravons de cette douce poésie qui révèle les splendeurs du Beau aux intelligences tant soit peu cultivées, C'est à le seul moven d'orienter le goût de nos compatriotes vers les Beaux-Arts et de leur inculquer, petit à petit, le culte du Beau.

Page 1