‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 3 sur 114 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

ES premières éditions de nos Souvenirs de voyage ayant été accueillies avec un empressement auquel nous étions loin de nous attendre, nous en publions une nouvelle dont le texte a été revu de très près; toutefois, aucun changement notable ne nous a paru devoir être introduit dans ces récits familiers. Il s'en faut bien que nous ayons jamais eu la prétention de faire une œuvre littéraire ; nous avons seulement essayé de raconter avec simplicité ce qui nous avait frappé durant nos longues et laborieuses pérégrinations dans la Haute-Asie. Les contrées que nous avons visitées étaient alors à peu près inconnues des Européens modernes. Ces vieilles races tartares, qui ont jadis tant agité les autres peuples, ont apparu comme un monde nouveau, et cela nous explique comment le lecteur a pu parcourir avec quelque intérêt les relations d'un missionnaire peu exercé à écrire ', et absorbé depuis quatorze ans par V étude des langues asiatiques.

Nous avions quitté la France le cœur plein de courage, mais opprimé de sanglots, car nous pensions alors dire un éternel adieu à notre patrie bien-aimée. Embarqué sur le brick TAdhémar, qui faisait voile vers la Chine, nous dûmes sillonner pendant cinq ou six mois V Adriatique, le Grand Océan, le détroit de la Sonde avant d'arriver à Macao.

he Bienheureux Perboyre venait d'être récemment mis à mort : ce fut sous les atispices de notre vénérable confrère que nous fîmes les premiers pas dans

1. Quoi qu'en i)ense le trop modeste auteur, on a partout youté ces Voyages : ils ont ohteuu un j^rij- Moutyon et, tant qu ils Ji' étaient pas tombés dans le dunaiiite pullu', les premiers éditeurs itn^it pas man(ii,c d'en réaerver la traduction ou reproduction en n'importe quelle langue, au nom des traités internationaux. L'État, du reste, en adoptant cet ouvrage, a suffisammejit montré quelle estime il en avait.

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ce pays inhospitalier. Les habits que portait le glorieux confesseur en allant au supplice nous furent remis, et nous eûmes le bonheur, — la témérité peutêtre, — de nous revêtir de ces précieuses reliques, rougies du sang d'un martyr.

Après trois mois de courses dans les diverses provinces de la Chine, nous arrivâmes à Pékin, pénétré de reconnaissance envers Dieu, mais en même temps stupéfait d'avoir échappé à tant de dangers, et de nous trouver dans la capitale du Céleste Empire. Ce peuple, dont la vieiVe civilisation étonne les jeunes nations de l'Europe, n'était plus pour nous un peuple séquestré de l'humanité et enveloppé de ténèbres : nous vivions au milieu de lui, nous le touchions de nos mains, et nous respirions son air. Ses arts, son industrie, la singularité de ses mœurs et de ses habitudes, sa langue monosyllabique avec ses bizarres caractères que nous commencions h déchiffrer, son génie commercial et agricole, tout cela se manifestait à nous par degrés, et nous jetait dans un étonnement profond.

Nous ne tardâmes pas à franchir la grande Muraille, barrière fameuse élevée par les Empereurs chinois contre les irruptions des Tartares, mais qui ne saurait arrêter la sainte invasion du Christianisme. La Mongolie fut pendant plusieurs années la Mission qui nous fut assignée. La vie du missionnaire dans ces rudes et âpres contrées est souvent bien laborieuse : le défrichement de cette portion de l'immense champ du. Père de famille ne s'opère qu'à force de résignation et de patience. Ce n'est pas que la nature du sol soit toujours inféconde : mais il y a tant de ronces, les mauvaises herbes y sont si épaisses et si profondément enracinées que souvent la divine semence y languit et meurt... Ce fut vers cette époque que nous commençâmes à étudier plus particulièrement la religion bouddhique dans les monastères des lamas, et que le désir d'aller à la source des superstitions qui dominent les peuples de la Haute- Asie nous fit entreprendre ces longs voyages qui nous conduisirent jusqu'à la capitale du Thibet. Le despotique protectorat que la Chine exerce sur ces contrées vint y troubler notre séjour et^ après de longues mais inutiles résistances, nous fûmes expulsé de Lha-Ssa et escorté jusqu'à Macao par ordre de l'Empereur chinois. C'est là que nous rassemblâmes les quelques notes recueillies le long de la route, et que nous essayâmes de rédiger ces souvenirs pour nos frères d'Europe dont la charité veut bien s'intéresser aux épreuves et aux fatigues des missionnaires...

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