MOUNT-VERNON
Potomac ne passe devant Mount-Vernon sans abaisser son drapeau et sans faire tinter la cloche du bord. Cette marque de respect a été donnée pour la première fois par un Anglais, le commodore Gordon. Pendant la guerre de sécession, on s'est battu tout autour de Mount-Yernon, mais l'endroit même a été neutralisé par une sorte de convention tacite, et plus d'un piquet de soldats du Nord ou du Sud, venant visiter la tombe de Washington, a laissé ses armes à l'entrée du sol sacré. Je pense à tout cela dans ma petite cabine que j'ai regagnée et qui, au lieu d'ouvrir comme celles de presque tous mes compagnons sur le salon intérieur, donne, au contraire, sur une sorte de balcon, où je peux m'asseoir seul. J'envie ce peuple, qui, divisé qu'il est dans le présent en factions politiques ardentes, est au moins uni dans un enthousiasme commun pour les souvenirs de son passé. Je l'envie d'avoir su mettre audessus des attaques d'une critique destructive sa plus grande figure historique. A un siècle de distance, l'influence politique de Washington se fait sentir encore aux ?]tats-Unis. Le principe qu'il a posé en refusant une troisième élection à la présidence (bien que ce principe n'ait été inscrit dans aucune loi) est en quelque sorte une règle constitutionnelle, et le respect de cette règle a peut-être préservé les Etats-Unis de verser dans cette grande ornière des démocraties, le césarisme. Lorsque le général Grant a voulu se faire porter une troisième
fois à la présidence, il n'a pas trouvé de barrière plus forte devant lui.
La personne inorale de Washington n'est pas demeurée moins intacte que son autorité politique; elle n'a pas été soumise à ces procédés de dissection dont les biographes de nos jours sont coutumiers et ail:î{:qiiels aucune vie hilmaine ne saurait résister. L'opinioil universelle des Américains sur son compte se résume dans ces paroles d'Ëverett : « qu'il fut le plus gtând des hommes de bien et le meilleur des grands hommes. » A vrai dire, il n'est pas possible de faire taire tout à fait les mauvaises langues. Quelques ërudits, qui ont étudié les choses de près, vous disent bien à l'oreille qu'il n'était pas étranger à toutes les imperfections humaines, qu'il se mettait quelquefois en colère et jurait effroyablement. D'aucuns vont même jusqu'à prétendre que d'autres faiblesses encore ne lui étaient pas tout à fait inconnues. Mais il est fort possible que te soit une calomnie, et je serais désolé de paraître y prêter appui en donnant ici la traduction de quelques vers d'amour écrits de sa main (des vers de Washington, et dos vers d'amour !) que j'ai découverts dans les archives du département d^État. '^' "'**'^^ ^' — ''
« 0 dieux ! comment se peut-il que mon pauvre et faible cœur ait résisté si longtemps à votre force et h votre puissance pour succomber à la fin sous les traits de l'Amour et saigner, comme il le fait aujourd'hui à chaque heure du jour, pour celle qui