‹ A travers les États-UnisChapitre 8 sur 38 · I.ES POMPES A FEU · texte numérisé non relu

I.ES POMPES A FEU

faut pour le raconter, les chevaux sont attelés et la Toiture prête à partir. L'expérience, deux fois répétée sous nos yeux, ne prend pas plus d'une minute, montre en main.

Nous revenons ensuite à Madison-Square. Là se trouve un des nombreux poteaux qui sont dressé* dans tous les quartiers de la ville et auxquels sont adaptés des boutons électriques correspondant aux différents postes d'incendie. On appuie sur le bouton. Trois ou quatre minutes après nous entendons le roulement d'une voiture et le son d'une cloche. C'est une pompe qu'amènent deux chevaux lancés à plein galop ; un pompier^ assis à côté du cocher, «onne à toute volée une cloche qui avertit piétons et voitures de laisser le passage libre. Un instant après arrive une seconde pompe, puis une troisième.; moins de dix minutes après le signal donné, cinq pompes sont déjà en batterie, les tuyaux ajustés, les échelles dressées ; il ne manque qu'une maison en feu. La foule qui s'est rassemblée éclate en applaudissements. Nous nous y joignons de bon cœur, et nous ne saurions moins faire pour féliciter ces braves gens, fort bien payés du reste, car leur traitement annuel ne s'élève pas m^ins de 8 à 900 dollars (de 4,000 à 4,500 francs). Nous rentrons à l'hôtel tout émerveillés, nous rappelant avec un peu de confusion la déplorable insuffisance de notre organisation parisienne, que les épisodes de l'incendie -des Magasins du Printemps ont révélée d'une façon

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si douloureuse et bien convaincus qu'à New-York éteindre un pareil incendie ne serait qu'un jeu. Quelle n'est pas notre surprise, quelques jours après avoir quitté New- York, de lire dans le journal que, le surlendemain de notre départ, le feu a pris précisément dans les écuries d'un des membres du comité qui assistait avec nous à cette exhibition, et que, non seulement ces écuries et les chevaux qu'elles contenaient ont été consumés par les flammes, mais que l'incendie, après avoir dévoré le pâté de maisons, a gagné un magasin de nouveautés, situé de l'autre côté de la rue et en a détruit une partie ! Est-ce à dire que l'organisation du corps des sapeurs-pompiers de New-York ne soit pas excellente et de tous points très supérieure à la notre ? Assurément non. Gela prouve seulement que le feu est un élément redoutable contre lequel les précautions les mieux entendues sont souvent insuffisantes. D'ailleurs, s'il n'y avait pas de si terribles incendies à New-York, il n'y aurait pas non plus de si belles pompes à montrer aux étrangers, et ce serait bien dommage.

L'Hudson. — West-Point. — Les cadets. — LEcole. — Le New York GentraL — Le Niagara.

7 — 9 octobre.

Dans le comité qui a été nommé, dit son acte d'investiture, « pour étendre aux visiteurs français les courtoisies de l'État de New- York », se trouvent beaucoup de gens du monde. Ils ont eu peu de part à la réception tout officielle qui nous a été faite hier. Ils ont voulu avoir leur tour, et ils ont arrangé pour les deux jours suivants une excursion charmante. Nous devons remonter l'Hudson jusqu'à West-Point ; puis, après y avoir passé la nuit, nous rendre le lendemain au Niagara et, de là, à Baltimore. Seulement, au lieu de nous rendre à West-Point sur un de ces grands bateaux qui font ordinairement le service de la rivière, nous devons être transportés sur deux

vaisseaux de guerre américains, le Vandalia et le Kearsarge, dont l'un, le Kearsarge, est célèbre pour avoir coulé en vue de Cherbourg le corsaire sudiste VAIabama. On nous a donné rendez-vous pour dix heures à Fembarcadère, et nous nous y rendons, tambours en tête, escortés par le bataillon des gardes de Lafayette. A peine embarqués sur le petit vapeur qui doit nous conduire à bord des deux frégates, nous nous apercevons qu'on nous a laissés ignorer la moitié du plaisir qui nous attendait. Nous sommes en effet fort étonnés de trouver, en plus de quelques-uns des membres du comité que nous connaissons déjà, toute une société de jeunes femmes et déjeunes filles mises avec cette simplicité élégante dont je croyais naïvement le secret réservé aux Parisiennes de bonne compagnie. Ce sont les femmes, sœurs, filles ou nièces de membres du comité qui veulent bien nous faire société pendant ces quelques jours. Nous ne nous attendions pas à tant de bonne grâce; aussi, ceux d'entre nous qui n'ont pas l'honneur d'être en uniforme regrettent-ils d'avoir rerais pour la circonstance des vêtements de voyage qui n'ont pas impunément traversé l'Océan et de faire peu d'honneur au renom de l'élégance française par le contraste de leur tenue avec celle des hommes et des femmes qui nous environnent. Mais nous faisons contre bonne fortune bon cœur, et nous nous efforçons (pour ne point mentir sous tous les rapports à la réputation française) de payer en monnaie d'ama-

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"bilité les attentions dont nous somntes comblés. Nous ne pouvons mieux prouver notre reconnais- ■sance à nos hôtes qu'en admirant le paysage qui se déroule sous nos yeux, et nous n'avons pour celu «,ucune violence à faire à notre sincérité. Cette navigation de l'Hudson est vraiment l'une des belles choses qu'on puisse voir et rappelle, me dit-on (je n'en suis pas juge), la navigation du Rhin. A peine a-t-on dépassé New- York que, sur la rive droite du fleuve, s'élève un escarpement qui porte le nom français de Palissades. C'est bien une palissade en effet, mais de quatre cents pieds de Tttaut, et en rochers d'une belle teinte rougeâtre que surmonte une végétation vigoureuse. A gauche, au contraire, l'aspect de la rive est des plus riants, et de belles villas baignent jusque dans les eaux da fleuve leurs pelouses et leurs arbres verts. Au bout de quelques milles, le fleuve s'élargit et forme une sorte de lac qui n'a pas moins de quatre milles de large; c'est ce qu'on appelle Tappan-See. Puis il se resserre de nouveau et coule entre des montagnes rocailleuses, aux flancs abrupts, couvertes d'une végétation rabougrie qui rappelle celle de l'Esterel. Il fait un temps superbe ; le soleil est chaud, et pour que l'illusion du Midi soit complète, il ne manque que deux choses, un ciel moins pâle et des eaux moins jaunes. Comme presque tous les grands fleuves américains THudson roule malheureusement des flots bourbeux et troublés; s'il avait la couleur du Rhône à sa sor-

tie du lac de Genève, V Appleton-GuïdQ aurait peutêtre raison de dire, suivant une formule que nous entendrons souvent répéter, que c'est le plus beau fleuve du monde : finest in the world.

Nos hôtes ne souffrent pas cependant que notre attention soit uniquement absorbée par les beautés du paysage. Ce pays est plein des souvenirs de la guerre de l'Indépendance, et il est naturel qu'on ne nous le laisse point oublier. Ici, à Locust-Hill, a campé en 178i l'armée américaine; là, à Tappan, l'infortuné major André ^ fut arrêté et paya de sa vie l'imprudence qu'il avait commise en quittant son uniforme de soldat pour mieux surprendre les plans de Washington; là^ à Beverly-House, Benedict Arnold, le grand traître de la révolution, était en train de déjeuner lorsque, apprenant l'arrestation de son complice André, il prit la fuite pour se réfugier à bord d'un vaisseau anglais qui était à l'ancre dans le fleuve. Ces récits historiques sont encore relevés par la vivacité avec laquelle ils sont racontés. Les souvenirs de la guerre qui a donné naissance aux États-Unis sont encore vivants dans les cœurs amé-

1. Le major André, qui servait dans l'armée anglaise, avait noué des relations avec le général américain Benedict Arnold, auquel Washington avait imprudemment confié la défense de West-Point. Il eut le tort de pénétrer déguisé dans les lignes américaines, fut découvert et pendu comme espion. Sa mort fut violemment reprochée à Washington, qui ne fit cependant qu'appliquer avec rigueur les lois de lu guerre.

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ricains. On dirait que ces luttes sont d'hier, tant les moindres détails en sont présents à toutes les mémoires. Je devrais, comme Français, trouver un intérêt particulier à ces souvenirs. Cependant, je dois l'avouer, ma curiosité est davantage éveillée lorsqu'on me montre, à travers un épais rideau d'ifs et de chênes plantés par lui, le modeste cottage où Washington Irving a passé les dernières années de sa vie. J'ai toujours eu, je ne sais trop pourquoi, une sympathie particulière pour l'auteur du Sketch- Book; et puis, les souvenirs d'un homme ne sont-ils pas toujours plus vivants que ceux d'un événement, et l'aspect d'une modeste maisonnette où un de nos semblables a respiré n'émeut-il pas davantage l'imagination que celui d'un champ de blé où s'est décidé par les armes le sort d'une nation? Aussi me fais-je montrer la petite église dont, à sa mort, Washington Irving était l'un des gardiens, et le cimetière où, par une de ces belles journées d'automne, claires et calmes, qu'il aimait à décrire, les solennelles paroles du service anglican ont été prononcées sur sa tombe : « La terre à la terre, la poussière à la poussière, et l'esprit à Dieu qui l'a fait. » Je me réjouis même d'apprendre que le dernier vœu de son testament a été exaucé et que cette petite maison, embellie par lui avec tant d'amour, est encore, suivant l'expression de son testament, an Irving homestead.

Enfin, après quatre heures environ de naviga-

tion sur ce beau fleuve que les vaisseaux de guerre peuvent remonter plus loin encore sans danger, nous arrivons au terme de notre navigation. West- Point est l'école des officiers, le Saint-Gyr des États- Unis. La visite de cette école off^re donc pour notre délégation militaire et même pour nous, profanes, un grand intérêt. Une assez bonne route nous conduit au sommet du promontoire où est située l'école. L'emplacement est admirablement choisi. L'Hudson fait ici un double coude et s'élargit jusqu'aux proportions d'un petit lac. Du sommet du promontoire, le regard peut suivre, dans les deux sens, le cours du fleuve et, sur l'autre rive, s'enfonce dans une gorge escarpée. Le promontoire s'aplatit au som^ met en une vaste prairie qui sert de champ de manœuvre à l'école. C'est là que les cadets nous attendent. Ils sont rangés sur deux files et nous font à notre arrivée le salut militaire. L'aspect de ces deux lignes de petits soldats (ils sont tous très jeunes), bien campés dans leurs uniformes gris à buffleteries blanches, par ce ciel bleu, sur cette pelouse verte, est des plus vifs et des plus pittoresques à l'œil. J'ai la vision d'un tableau de Détaille. Les cadets manœuvrent d'abord devant nous avec une précision qui égale (c'est du moins ce que j'entends dire autour de moi) celle des saint-cyriens, bien que peut-être avec une nuance d'apparat. Nous leur faisons subir ensuite une revue détaillée. Nous passons d'abord sur le front, puis entre les deux lignes, puis

derrière la seconde, tout comme si nous étions des. généraux inspecteurs, et j'ai le sentiment que nous autres civils, avec nos ulsters de voyage, nous devons être parfaitement ridicules dans cette besogne. Mais il paraît que je me trompe, ou, du moins, on a la bonté de nous en assurer.

La revue passée, nous visitons les bâtiments de l'école. Le général commandant, les officiers supérieurs, sont logés à part; le général dans un charmant cottage, assez spacieux pour qu'un lunch puisse nous être offert dans la salle à manger, les autres officiers dans des habitations plus modestes, mais très confortables encore, ayant chacune son jardin rempli de fleurs. Ils vivent là avec femmes et enfants et peuvent associer ainsi la vie de famille avec l'accomplissement de leurs devoirs professionnels. Les officiers d'un rang inférieur demeurent tous ensemble dans un bâtiment isolé. Ils vivent en yness, comme les officiers de quelques-uns de nos régiments à Paris, mais leur salle à manger, leur fumoir, ont l'air d'appartenir à une maison particulière élégante, sinon luxueuse. En un mot, ils sont traités par l'État en gentlemen. Quelques-uns des officiers qui font partie de notre délégation militaire ont été instructeurs à Saint-Cyr, et ils font un retour sur les conditions d'existence qui leur étaient faites, sur les petites chambres qu'on leur allouait dans l'intérieur de l'école, sur les médiocres appartements qu'il leur fallait louer au dehors à un prix exorbitant. La

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comparaison n'a rien de flatteur pour notre patriotisme, et nous échangeons nos re^flexions à demivoix.

Quant aux élèves, ils sont logés deux par deux dans des chambrettes d'une propreté minutieuse. Tous les locaux qu'on nous fait visiter, salle à manger, salles de cours, sont dignes de l'aspect extérieur du bâtiment, qui est fort grandiose. Nous nous informons du temps que les cadets passent à l'école, de leur" genre dévie, des conditions d'admission. On pourrait croire que dans ce pays d'égalité démocratique un concours sévère en ouvre seul l'accès. C'est juste le contraire, et l'entrée n'en est due qu'à la faveur et au patronage. Dix élèves sont nommés directement par le président de la République ; de plus, chacun des districts électoraux qui envoie, un représentant à la Chambre des députés a droit à un élève qui est désigné tous les quatre ans par le député du district. Le cours d'études étant de quatre ans, chaque district est toujours représenté par un élève. L'examen d'admission, presque nul, ne sert qu'à écarter les incapables. Quant aux règlements intérieurs de l'école, aux statuts, à la discipline, dans ce pays qui est réputé celui de la mobilité perpétuelle, rien n'y a été changé depuis la création de West-Point, c'est-à-dire depuis quatre-vingts ans, non plus qu'à l'uniforme coquet dont j'ai parlé. Les cadets restent d'abord deux ans sans quitter l'école. Ils vont alors en congé dans leurs familles pendant

deux mois, puis ils passent de nouveau deux ans sans un jour de congé. Mais pendant l'intervalle des cours et des études, ils peuvent se promener librement dans le rayon d'un mille et voir qui bon * leur semble. Aussi a-t-on établi dans les environs plusieurs hôtels très élégants où les familles des cadets viennent passer l'été. L'heure de notre visite est précisément une de celles dont les élèves ont la libre disposition. Aussi, en voyons-nous beaucoup qui se promènent aux alentours avec des jeunes filles, par bandes et surtout par couples. Pareille organisation est-elle impossible dans notre pays (et je suis assez pprté aie croire), ou simplement n'at-elle jamais été essayée ? Sans soulever ici cette question qui touche à bien des choses, je me bornerai à résumer l'impression que nous avons remportée de cette visite. En France, si à cet âge de l'inquiétude et des vagues désirs où il faut faire le choix définitif d'une carrière, un jeune homme hésite à suivre celle des armes, son père fera prudemment de ne pas lui laisser voir Saint-Gyr. En Amérique, au contraire, il n'aura qu'à le conduire à West-Point.

De l'école, une route ombragée et par exception bien entretenue (en général, les chemins sont détestables aux États-Unis), nous conduit jusqu'à l'hôtel où nous devons passer la nuit. Nous y arrivons vers les six heures et nous le trouvons pavoisé en notre honneur. Les quelques heures que nous avons pas. sées à l'école n'ont pas été perdues. La cage de

l'escalier, les rideaux du salon, les ornements des lustres, tout est habillé aux trois couleurs, jusqu'à de petits enfants qu'on nous présente et que nous embrassons, naturellement. Je pense à cette caricature, tout à fait inoffensive du reste, qu'un de mes excellents collègues de l'Assemblée nationale a faite pour le Musée des souverains et qui représente le voyage triomphal d'un des membres de la famille Arago à travers un département du Midi avec cette légende : Emmanuel baptisans trans Garumnam, pueros septembrigenos. Mais nous n'allons point jusque-là.

Après un dîner, dont l'imagination fantaisiste du cuisinier a rajeuni le menu en donnant à des plats fort connus le nom de quelques-uns d'entre nous^ nous passons dans le salon, où nous trouvons installée la musique militaire de l'école. Je ne crois pas qu'Américaine puisse entendre les accords d'un orchestre sans aussitôt se mettre à danser, et j'en ai déjà eu la preuve sur le bateau^ oii nos compagnes de voyage n'ont pas pu résister à la tentation d'un tour de valse au son de la musique du bord. Un petit bal s'organise en effet, et j'admire la grâce avec laquelle les Américaines ont légèrement modifié le mouvement de la valse à trois temps en y ajoutant une sorte de balancement onduleux ; cela s'appelle le Boston. Peu expert au reste en cette matière, je quitte la salle de bal avec deux ou trois de mes compagnons et je descends jusqu'à un petit pavillon qui

<53t presque à pic surl'Hudson. Là nous restons longtemps fascinés par le spectacle que nous avons sous les yeux. Le large fleuve s'argente comme un miroir sous les rayons de la lune; des bateaux, qui vont et viennent, glissent silencieusement sur ses eaux tranquilles, et leurs fanaux verts ou rouges trahissent seuls leurs mouvements. Nous entendons de loin les accords de l'orchestre qui nous arrivent par bouff'ées inégales et en levant la tête nous pouvons apercevoir sur le balcon qui entoure la salle de bal des couples qui se promènent, tantôt apparaissant dans la lumière des fenêtres, tantôt disparaissant dans Fombre de la muraille. Bien qu'il soit assez avant dans la nuit, la température est d'une douceur trompeuse qui fait penser à l'Italie, au lac de Côme, à tout ce que la nature méridionale a de plus attrayant. Je m'attarde dans ce pavillon un peu plus longtemps que les autres et je goûte là une impression complète de charme et de poésie dont le souvenir est demeuré d'autant plus vif dans ma mémoire que cette impression a été unique pendant toute la durée de mon séjour aux États-Unis.

Le lendemain matin, nous partons de très bonne heure pour le Niagara. Un train spécial nous attend sur l'autre rive de l'Hudson, à la station du New- York Central, car nous avons avec nous le fils du principal propriétaire de celte importante ligne, dont le nom n'est pas moins connu en Europe pour la protection qu'il accorde aux arts que pour sa colossale

fortune. Ce train se compose de trois wagons, un salon, un fumoir, une salle àmanger, communiquant les uns avec les autres. L'installation intérieure en est fort confortable et fort luxueuse, ce qui n'en est pas moins cause pour moi de quelques désagréments.

J'ai l'honneur, en effet d'être administrateur d'une grande compagnie de chemin de fer. Aussi , mes compagnons, qui le savent, cherchent-ils à m'humilier par la comparaison de ces magnifiques wagons avec nos wagons français. Vainement je leur dis qu'il ne faut pas comparer les voitures d'un train ordinaire avec celles d'un train de luxe organisé par le propriétaire d'une compagnie; vainement aussi je leur fais observer que, s'il est charmant de voyager tous ensemble, quand on se connaît, dans un salon qui peut contenir trente personnes, cela pourrait être fort ennuyeux si l'on ne se connaissait pas, et je fais valoir que, pour aller de Paris à Marseille, la solitude d'un coupé-lit a du bon. La première impression est la plus forte et je suis obligé de plier devant l'orage, comptant sur une expérience plus prolongée pour amener mes compagnons à cette conclusion, que, si les immenses wagons américains sont ce qui convient le mieux aux grands parcours de l'Amérique, nos wagons et nos coupés sont ce qui convient le mieux aux parcours français.

Pour me dérober à la discussion, je profite d'une halte à Albany et je demande la permission de faire

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