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LE GRAND CANON

solitudes. Tout au fond du précipice, on aperçoit la rivière, aussi ténue qu’un fil d'argent, s'épuisant en vains efforts et battant de ses vagues en miniature les murailles massives qui l’emprisonnent ; mais aucun son ne monte de l’abîme. Même la voix des eaux n’est pas entendue. Un mystère lugubre plane sur elles. Poursuivant leur cours solitaire et se heurtant avec furie contre les énormes pierres roulantes qui semblent vouloir les arrêter, elles s’enfoncent toujours plus dans les entrailles des rochers. La solennelle grandeur de ce spectacle ne saurait se décrire.”

En usant les parois de la gorge, l’action séculaire de l’eau a donné à la pierre les formes les plus fantastiques. Là, ce sont des tours ou des colonnes de basalte qui atteignent jusqu'à 30 pieds de hauteur sur 3 ou 4 de diamètre. Plus loin, ce sont des clochers, ou de frêles et élégants minarets. La richesse des teintes métalliques qui colorent ces parois est aussi des plus remarquables. Tous les tons imaginables s’y trouvent réunis. Le jaune vif, indiquant la présence du soufre, est la nuance dominante ;! mais sur ce fond brillant se détachent des bandes rouges, vertes, pourpres, noires, produites par d'innombrables filtrations d'eaux minérales qu'on voit jaillir par des milliers d'ouvertures. En certains endroits, les parois en gypse sont revêtues d'incrustations calcaires, blanches comme la neige, et qui renvoient la lumière en reflets éblouissants.

Il va sans dire que le Grand Cañon du Yellowstone est infranchissable sur toute sa longueur. Ce n’est même qu'au prix des plus pénibles efforts qu'on parvient à descendre jusqu’au bord de la rivière. ‘ Accompagné d’un de mes cavaliers, je fis au moins quatre milles dans le ravin,” écrit le lieutenant Doane. “En levant la tête, du bas des effrayants remparts qui nous entouraient, nous aperçûmes le ciel. Il était environ trois heures de l’aprèsmidi, et l’on pouvait distinguer les étoiles, tant la lumière du soleil s’affaiblit en pénétrant dans ce gouffre. Les grands pins du bord paraissaient avoir deux ou trois pieds. En cet endroit le cañon a deux étages, séparés à peu près à mi-hauteur ; sa profondeur totale est probablement de plus de 3,000 pieds.”

Au lieu de suivre les sinuosités du Grand Cañon, les premiers explorateurs entreprirent de se rendre directement au point où ils pensaient qué devaient se trouver les cascades. Pour cela, ils durent franchir un pic auquel ils donnèrent le nom de Mont-Washburn, en l'honneur de leur commandant. La hauteur barométrique de cette cime est de 3,385 mètres au-dessus du niveau de la mer. Du sommet, qui dépasse de 13 mètres la zone des neiges perpétuelles, l'œil embrasse une vue splendide. L'air est d'une transparence telle que des objets situés à 30 kilomètres, cascades, rochers, bouquets d'arbres, semblent pouvoir être touchés de la main. Au sud, apparaît une grande nappe d’eau: c’est le lac Yellowstone. On peut suivre le cours de la rivière,

! C’est probablement à cette couleur jaune, résultant de la présence du soufre, que la région et la rivière qui

l’arrose doivent leur nom. Ye/owstone signifie Sierre jaune.—Note du Traducteur.

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