CHICAGO
Ce ne fut qu'à Chayenne, point de jonction de la ligne du Pacifique et de celle du Colorado, que je quittai mon ancien parcours.
Le Nébraska, dans lequel nous entrons, faisait partie de la vaste étendue de territoire que le gouvernement américain acheta en 1803 à la France. Depuis 1867, il est organisé en Etat. L’extrême fertilité du sol, son climat doux et tempéré, le rendent très favorable à la culture des céréales et à ‘élève des bestiaux. À Omaha, jolie ville de fondation toute récente, située à la frontière est de l'Etat, nous passons le Missouri, la rivière monstre, aux eaux boueuses comme celles du Tibre. C'est, sans doute, à sa couleur jaunâtre et à son aspect tourmenté qu'il faut attribuer l'espèce d’aversion que les Américains ont pour lui. Tandis qu'ils parlent du Mississipi avec orgueil, qu'ils l’appellent ‘leur Nil à eux, leur fleuve mystique et légendaire,” ils joignent toujours une épithète méprisante au nom du Missouri: laid, sale, affreux Missouri. Du Nébraska nous passons dans l’Iowa, puis dans l'Illinois, et enfin nous arrivons à la “cité des jardins,” à la ‘reine des lacs,” ainsi qu'on a surnommé Chicago.
Si l’on demandait à un voyageur arrivant d'Amérique quelle est la ville qui représente le mieux tous les Etats-Unis, sans contredit il nommerait Chicago. On raconte qu'un homme d'Etat anglais disait à un de ses amis qui partait pour New-York: ‘Ne voyez que deux choses aux Etats-Unis, les chutes du Niagara et Chicago”? C'est qu’en effet la Reine des Lacs est le type le plus parfait de la grande Confédération américaine. En elle se résume, pour ainsi dire, ce qu'il y a de meilleur et de plus mauvais dans le caractère national. Energie passionnée, audace indomptable, persévérance à toute épreuve, optimisme sans bornes, désir effréné de s'enrichir, force d'âme admirable sous les revers les plus écrasants, vices grossiers, vertus chrétiennes et sublimes : voilà Chicago. Les commencements de cette ville ont été bien humbles. En 1830, elle ne contenait que 70 habitants. Il y avait Ià une station militaire (le Fort Dearborn) destinée à tenir les Indiens en respect, et unposte de traitants qui achetaient des fourrures aux sauvages: Aujourd’hui c'est une ville de 500 mille âmes, siège d’un grand commerce et en relations d’affaires avec le monde entier. En 1870, les produits des droits d'importation avaient atteint la somme de 4 millions 264,000 francs. Pour donner une idée au lecteur du rapide développement de cette ville, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de placer sous ses yeux les tableaux suivants, pris à des sources officielles :