RAILROADS AMÉRICAINS
soient également à la portée de l'opérateur. Demandez-vous à déjeuner dans un hôtel ou café quelconque? On vous servira infailliblement des galettes de maïs ou de blé noir, accompagnées de sirop d'érable. En Europe nous regardons la glace comme un objet de luxe, réservé aux malades ou aux privilégiés de la fortune: aux États-Unis, c'est au contraire, un article de première nécessité. Les plus pauvres en font usage. A la Prison et au Dépôt de Mendicité de New-Vork, il se consomme en moyenne, d’un bout de l'année à l’autre, deux mille kilogrammes de glace par semaine: on m'a même assuré que, par une chaude journée de juin, le propriétaire d’un des principaux hôtels de la ville dut fournir d'urgence six mille kilogrammes extra, pour les besoins de l'établissement. Peut-être trouvera-t-on que ce sont là des bagatelles, indignes d’être rapportées; mais c'est justement le constant retour de bagatelles de ce genre qui fait sentir à l'Anglais que si l'Américain est son frère, comme on l'a dit, ‘par le sang, le langage et la religion,” il n'est point son Sosie.
Puisque nous avons parlé de détails de mœurs, mentionnons ici la façon de voyager sur les Æaz/roads américains. Tandis qu'en Europe le voyageur est traité, à peu près, comme un colis et gardé à vue comme un malfaiteur, aux États-Unis, il jouit de toute son indépendance, d’une liberté sans limite. Il peut, à son gré, passer d’une voiture à l’autre, se pencher en dehors du train, admirer le paysage sur la plate-forme extérieure qui règne à l'avant et hliraete de chaque waoon, le tout à ses risques et périls Chacun doit être là-bas son seul protecteur ; à lui de veiller, comme il l'entend, à. sa conservation et à sa sécurité. Dans les gares, on entre, on sort, on va, on vient à volonté. A part les Wagons-palais (Palace-Cars), réservés aux grosses bourses et aux grands personnages, il n'existe en Amérique qu'une seule classe de voitures; s'il y en a de plus confortables que les autres, on les offre aux dames et à ceux qui les accompagnent. Chaque wagon peut contenir cinquante voyageurs. Les sièges sont disposés en long,
sur deux rangs, entre lesquels existe un couloir où l'on peut circuler à sa guise. D'ordinaire un gamin parcourt ce couloir, offrant aux voyageurs des livres, des journaux, des fruits, des comestibles de toute sorte. Il y a dans chaque compartiment une sonnette, un lavabo, des brosses, une fontaine, un poêle qu'on chauffe en hiver. Des wagons-dortoirs accompagnent chaque train. Là, moyennant un faible supplément, on jouit d’un bon lit. Les couchettes, superposées deux par deux, sont bien préférables à celles des bateaux à vapeur. Sur quelques lignes, il y a aussi des cuisines fort bien organisées, et des ÂWagons-Salons; dans ces derniers, on peut écrire, dessiner, lire les journaux, prendre ses repas, jouer à différents jeux. Quand donc tous nos pays d'Europe adopteront-ils ces heureuses innovations, qui épargnent au voyageur tant de fatigue et d’ennui ?”
1 La plupart des détails contenus dans ce dernier paragraphe sont empruntés à l’intéressant travail de M. L.
Simonin, Ze Far-West américain, publié dans Ze Tour du monde, année 1868, 1° semestre, —/Voée du Tradu-teur.
PREMIÈRES IMPRESSIONS
À peine débarqué à New-Vork, je me disposai à me rendre à San- Francisco, c'est-à-dire, à traverser tout le Continent. Ce fut pendant ce voyage que, pour la première fois de ma vie, j'obtins une idée à peu près adéquate de l’immensité du territoire de l'Union. La traversée que je venais de faire sur l'Océan avait été de’41,920 kilomètres "le Marennes entreprendre sur le grand chemin de fer du Pacifique a 400 kilomètres de