‹ A travers les Etats-UnisChapitre 94 sur 130 · LES PÈLERINS SE RENDANT A L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES PÈLERINS SE RENDANT A L'ÉGLISE

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KHONDATION DE LA COLONTE.

qu’un désert hideux et désolé, plein d'animaux et d'hommes sauvages dont ils ignoraient le degré de férocité et le nombre. La terre était glacée, le sol était couvert de forêts et de buissons. Le tout avait un aspect barbare. Derrière eux, ils n'apercevaient que l'immense océan qui les séparait du monde civilisé. Pour trouver un peu de paix et d'espoir, ils ne pouvaient tourner leurs regards qu'en haut”?

Au printemps suivant, la moitié des exilés étaient morts. Les survivants étaient si faibles que c’est à peine s'ils pouvaient administrer des secours aux malades. Toutefois, au milieu des dangers et des souffrances, leur courage ne faiblit point. Quand le chef d’une tribu indienne leur envoya, en signe de défi, un faisceau de flèches, enveloppé dans une peau de serpent à sonnettes, Bradford, gouverneur de la petite colonie, lui renvoya la peau, remplie de poudre, pour marquer qu'il relevait le gant. A partir de cette époque, l’émigration ne s'arrêta plus. Au bout de deux ans, les pèlerins avaient construit une église, sur le toit de laquelle ils placèrent six canons. Deux ans plus tard, la colonie consistait en 34 maisons, entourées d’une muraille, avec des portes fortifiées. Les Indiens, intimidés par l’attitude indomptable des colons -conclurent avec eux. des traités de paix. Les terres furent achetées aux tribus qui consentaient à les vendre; elles furent prises, de vive force, aux plus récalcitrantes.

On le voit : “la fondation de la Nouvelle-Angleterre à offert un spectacle nouveau. Presque toutes les colonies ont eu pour premiers habitants des hommes sans éducation et sans ressources, que la misère et l’inconduite poussaient hors du pays qui les avait vus naître. Les émigrants qui vinrent s'établir sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre appartenaient tous,” au contraire, ‘‘aux classes aisées de la mère patrie. Il y avait, proportion gardée, une plus grande masse de lumières répandue parmi ces hommes que dans le sein d'aucune nation européenne de nos jours. Tous, sans en excepter peut-être un seul, avaient reçu une éducation assez avancée, et plusieurs d’entre eux s'étaient fait connaître en Europe par leurs talents et leurs sciences . . ” De plus, ils ‘“apportaient avec eux d’admirables éléments d'ordre et de moralité: ils se rendaient au désert accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Mais ce qui les distinguait surtout de tous les autres était le but même de leur entreprise. Ce n'était point la nécessité qui les forçait d'abandonner leur pays; ils ne passaient point dans le Nouveau Monde afin d'y améliorer leur situation et d’y accroître leurs richesses. Persécutés par le gouvernement de la mère patrie, blessés dans la rigueur de leurs principes par la marche de la société au sein de laquelle ils vivaient, les Puritains cherchèrent une terre si barbare et si abandonnée qu'il fût encore permis d'y vivre à sa manière et d'y prier Dieu en liberté”?

1 New Englands Memorial. ‘Traduction de M. de Tocqueville. ; 2 À, de Tocqueville, De Za Démocratie en Amérique, tome I”, pages 48-50. Le lecteur nous saura gré, pensons-nous, d’avoir mis sous ses yeux cette belle page, qui, du reste, est parfaitement à sa place dans un

ouvrage sur les Etats-Unis.—Voe du Traducteur.

LA NOUVELLE ANGLETERRE

Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage, qui a surtout pour but de faire connaître au lecteur la nature américaine, de suivre les Puritains dans leur œuvre de colonisation. Disons seulement que le caractère, les principes, les mœurs des premiers colons ont laissé sur leurs descendants une empreinte indélébile. Même dans les grandes cités, où le flot de l’émigration a apporté les éléments les plus divers, on retrouve quelque chose de l’austérité et de la vaillance de ces nobles exilés qui, pour obéir à la voix de la conscience, renoncèrent, il y a deux siècles, aux douceurs de la -patrié "Aroutes les époques de l’histoire américaine, les citoyens de la Nouvelle-Angleterre se sont fait remarquer, par leur courage moral, par l’inflexibilité de leurs principes, qu'ils ont su défendre au besoin envers et contre tous, à leurs risques et périls. Ils en ont acquis une influence prépondérante dans les affaires publiques

et dans le gouvernement du pays. Lors de

À la guerre de l'Indépendance, ce furent eux qui

les premiers prirent les armes contre la mère patrie. ‘‘ Sitlé rochertde Plymouthes ie berceau du peuple américain, on peut dire que la’ colline ‘de Bunkermesth cette liberté nationale! Ce fut encore la Nouvelle- Angleterre qui, dans la guerre de Sécession, affirma la première les droits sacrés de l’esclave ; et lorsque les Etats du centre hésitaient à repousser par la force l’armée du Sud, les hommes du Massachusetts ne reculèrent jamais devant le devoir et ne marchandèrent pas leur sang à la noble cause qu'ils soutenaient. Il peut être vrai, comme leurs compatriotes le leur reprochent et comme les étrangers l'ont quelquefois observé, que le

MONUMENT SUR SUNRER SLI caractère Vankee” n’est pas exempt d'une

certaine dose d'opiniâtreté, de raideur et de suffisance ; mais il est impossible de leur refuser les vertus inestimables du courage civique et de la fidélité à la conscience.

51 Chicago peut être prise pour type des villes de la jeune Amérique, Boston est, sans contredit, le représentant de la Nouvelle-Angleterre. C'est une ville très importante, située sur la baie de Massachusetts, et d’une population de 250 mille âmes. Elle a même la prétention d’être la métropole intellectuelle, la cité savante des Etats-Unis. Du reste, personne ne lui conteste

! Bunkers Hill, éminence qui domine Boston. C’est là qu’eut lieu, en 1775, la seconde bataille entre les Anpolais et les insurgés américains. La victoire resta À ces derniers. Cette bataille eut une influence décisive sur l'issue de la guerre.— More du Traducteur.

* Nom générique donné en Europe à tous les citoyens des Etats-Unis; mais qui, dans le pays, ne s’applique qu’à la population du Nord. Ce substantif doit, dit-on, son origine aux efforts des Indiens pour prononcer le mot

€éc 1c LE) 1 English,” anglais.— Mose du Traducteur.

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