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viennent four à tour exercer les gredins et les pieds-plats. Heureux qui se distingue par quelque maladresse inouïe! Heureux qui détériore la justice et met un deuil nouveau parmi ieshommes.il connaîtra le renom de Montgommery, qui, sans fiel ni traîtrise, bouhourdason adversaire, transperça d"une écharde le front aimé de son protecteur et de son roi. A moins que désenchanté par la soixantaine et les rides approfondies, M. Paul Deschanel, après di.t ou douze ans, ne reprenne un métier congruant à ses aptitudes : coiffeur pour dames, par exemple, ou régisseur d'un théâtre enfantin.

Page 55 : Ballade pour magnifier le cerveau chef.

Le premier vers du poème ci-dessus donna lieu à un envoi de témoins à l'auteur par M. Ernest Lajeunesse Et motiva la rencontre enregistrée dans les procès-verbaux suivants :

« La main droite de AL Laurent Tailhade n'étant pas

encore complèlemenl guérie, les lémoiiis de celui-ci ont déclare à MM. Joseph-Renaud et Jean de Milty que leur client désirait se battre de la main pauclic.

« Après en avoir référé à leur client, MM. Josepb- Renaud et Jean de Mitty ont accepté.

• Ils ont d'ailleurs informé MM. Ph. Dubois et Le Pic que, par courtoisie, .M. La Jeunesse tirerait aussi de l.t main gauche.

«1 Le combat sera dirigé par M. Joseph-Renaud.

Pour M. Laurent Tailliade : Pour M. E. Im Jeunesse : Pu. Dubois. Joskpb-Rexacd.

Le Pic. Jean de Mitty.

De Paris, le 18 de janvier.

« Le combat eut lieu conformément aux conditions cidessus, t Quatre balles ont été échangées sans résultat.

• Les docteurs Edmond Vidai et Jacomet assistaient les adversaires.

Pour M. E. La Jeunesse : Pour M. Laurent Tailliade: Josf.pii-RENAcn. I'm. Dubois.

Jean de Mittv. Le Pic.

« A la liQ du combat, d'un mouvement spontané, M. Laurent ïailhade et M. Ernest La Jeunesse se sont offert la main. »

Le Journal, 2/i janvier 1899.

Pa^îe 64 : Pour toi, Gucrin frappe, Thiéhaud nasille-

Un petit homme, épais moins que bouffi, avec, dans toute son allure, quelque chose de ces grotesques en baudruche par quoi les aéronautes éprouvent l'almosphère. Les yeux étroits, d'un noir sans flammes et sans larmes, ont l'air découpés dans les matières les plus inertes. Une lace poupine d'adolescent monté en graine, la voix d'un difeur de riens et les façons d'un conims, tel d'abord apparaît Georges Thiébaud. De la lêle aux pieds, la vulgarité l'estampille. Ce serait le « Monsieur Quelconque » d'Herman Paul, si le néant qu'il représmte ne l'avait fait à son image et, par l'accumulation des négatives, doué d'une espèce de physionomie.

ICO A TRAVERS LES GR0UIN3

Ce n'est pas. comme l'ex-député de iNaiicy, un avorton malsain, un fœtus arraché avant terme, il n'a pas le dos voûté, l'eunucliisme, l'indi^'euce pileuse de Barrés. Il n'en a pas non plus la méchanceté froide, l'élégance rastaquouère, le manège, l'impudent égoïsnie, — l'ambition forcenée inhérente aux castrats. Si sa vie publique est celle d'un marchand de contre-marques.

Il semble à qui l'approche capable de scnlimcnls humains, d'une bonté sans élévation, de modisic ou de bureaucrate. Ses gestes d'un collégien que faii^'ue la croissance ne manquent de rondeur ni de cordialit". Chose inconnue à {'Ennemi des lois, Thiébaud a de la barbe avec de belles dents.

Ce n'est pas un monstre, c'est un inachevé. Le nez petit, mollasse trop loin de la bouche, surprend par sa candeur, par son indécision. Le fashionable d'Edgard Poë eût ajouté, pour ce nez-là, un chapitre à sa JVaséaulogie. C'est le nez badaud, élastique, insurrectionuel du gavruuhc parisien, le nez du mitron suiveur d'émeutes. Les cartilages en sont restés mous. Nulle yolonté ne l'ossific. Il est le trait essentiel, la marque physiognomonique d'un subalterne que nul cataclysme ne saurait affiauchir.

Tliiébaud, négligé dans se. mise, est vraiment l'homme à tout faire qui prend ses nippes chez la Belle Jartlinière et ses idées chez le fruitier du coin.

Les hasards l'ont fait politicien. Il pourrait, avec la même gloire, exercer n'importe quelle fonction d'ordre misérable. Clerc d'avoué, pédicure, intijiidant de prince nègre ou, comme disait Hervé, « surveillant du gaz dans une riche famille péruvienne » — colleur d'affiches ou candidat, on ne l'imagine point hors de l'office, des potins et de la domesticité.

Ce fut proprement l'innéité ancillaire qui détermina son orientation vers le boulangisme. Il se vante à présent d'avoir créé le • Prétorien de cirque '. Mais cette gasconnade funèbre n'en saurait imposer à quiconque. Il a suivi en larbin, non précédé en éclaireur, la grande mascarade.

Napoléon III fut le César des riches propriétaires, de l'armée et du clergé; Gambetia le dictateur des ronds de-cuir, des marchands de vins et des officiers d'académie. Boulanger, à son tour, connut l'omnipotence. Il régna sur les camelots de l'une et l'autre rive. Georges Thiébaud, qu'entraînait son penchant naturel, suivit éper-

dument ce roi des Halles. Chassé par le comité boulan-

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gislp, il échappa au krack dernier, h la tragédie, au cimetière d'Iielles, à toute cette fin de roman, si louchante qu'elle efface presque les hontes du général < Sapoire ». El voici où l'instinct de Thiébaud le sert miraculeusement : un flair de mercanti le poussant aux besognes sordides, il revendique pour autrui l'ergaslule, son habitacle naturel. Ses articles chez Arthur Meyer — Meyer qui connut aussi l'étal de chambrière et rinça les porcelaines nocturnes de Blanche d'Antigny — ses articles du Gauloia montrent bien les deux tendances du pâtissier révoluliminaire et du larbin soumis qui se partagent l'intellect embryonnaire de Thiébaud.

Comme tous les minus habentes, le candidat patriotaril de Vaucluse regorge de vénération pour l'uniforme, de sentiments grandiloques et de chrétienté. A nous qui travaillons, cherchant, d'une àme inTatigable à penser juste, à vouloir haut, il reproche le scepticisme, le manque de croyance et tout ce qu'il vous plaira. Ur Thiébaud qui est un genre, Thiébaud pareil, en cela, comme en loole ch3se, à la caste invertébrée qa'il représente, Thiébaud ne croit et ne peut croire à rien. Il Tcnèrc les galonnés, sous le dulmaii du sabreur ou la chappe de l'évé-

que. Il salae et s'aplatit. Il défère aux superstitions mais ne saurait couuaitre ce que Michelet nomnia la < foi profonde ».

Quand il incrimine le scepticisme libertaire il semble qu'on entende un visage de cire, maquillé, fardé et raccrocheur, alléguer que le sang rouge et libre colore insuffisamment la peau — que la vie est bien inférieure à l'art des perruquiers.

Page 71 : Quaiorzain d'hiver.

M. Jean Rameau, poule, nous fil tenir à l'Aurore le message que voici :

Monsieur le direct eur,

Ce m'est toujours une grande joie de constater que mon brave ami, Laurent Tailhade, ne m'oublie pas. Jadis, il m'écrivait des lettres inquiétantes, où il me donnait du

lt)l A TRAVF.ns I,ES GROIIINS

« clicr confrère en Apollo » et me dédiait ainsi des livres:

« Au poète Jean Rameau, hommage de sympathie cl d'estime artistique. »

J'aimo autant, à vrai dire, qu'il m'accuse de ne pat: être « joli, joli » cl même de « monter en oranihus ».

M. Tailhade, si j'ai bonne mémoire, n'avait pas alors !,M-and'ch03c de commun avec l'Antinous ; mais depuis, heureuse victime d'un beau geste, son visage s'est arrangé ^an3 doute, et c'est ce qui lui donne le droit de nous écraser de sa plastique. Proclamons donc sa beauté de bonne grâce.

Une autre de ses amabilités consiste à me reprocher les écus que me vaudrait la lécilatlon de mes épodes. Cette légende me flatte trop pour que je la détruise moimême.

Remerciez, je vous prie, M. Tailhade de l'avoir accréditée et dites-lui (|ue je reste Son très reconnaissant

Jean Rameau.

En présence d'une protestation si courtoise et spirituelle, nous oiïrinies des excuses au poète, spuutauémcut.

ir.5

Il a parlé, le gens irritable, Rameau,

Plus notoire que Géraudel ou que Momo.

Pour m'habiller d'opprobre et me faire la nique

Il a de son esprit mù la pyrotechnique,

El cela fait penser à Clianipcenetz. Or, donc

J'en tiens au flanc : car il me conteste le don,

Cher à Loti, cher à Cypris, cher à Liane,

D'être beau comme Ernest la Jeunesse ou la cane

De Montesquieu. Pourquoi mes parents m'onl-ils fait

Bancroche, nasitord, punais et contrefait

(Gela est bon pour yous induire en parricide)

Jusqu'au point que Claudicator — combien acide.

M'incrimine pour un défaut de vénusté.

En vers simples, en vers confits d'humilité. J'éloignerai de moi cet exemple funeste. Adonc, je me rétracte et, fuyant comme peste Les ccncetti, les agudas, le calembour, Je déclare que, de Nante à Christraas-Harbour, Rameau tient le record des beautés familières.

S'il boilc, c'est à la façon de La Vallièrc :

El le dernier morceau, gloire d'un tel cerveau,

Son billet est si beau que l'on dirait du veau.

Page 75 : Canriidals à l'immortalité.

« Les poètes, disait Rivarol, sont pourla plupart comme les rossifîiiols : ils ont reru leur cerveau en gosier. •

Ceux d'aujourd'hui, les poètes qui débitent le macaroni des rimes riches ou le fromage mou du vers libre ; les sexagénaires du Parnasse et les petits vieux du dccadisme, n'ayant plus ni cerveau ni gosier, semblent avoir substitué à ces organes un moignon qui les remplace : de même le, proboscide éléphantin joue, en même temps, la bouche et les dix doigts. C'est le goût de la réclame ; c'est la trompe de la renommée, une trompe qui jamais n'éprnnva de saipyngitfi et oii bavent sans relâche les plus éliiinlés nigauiis.

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Un mercaiili de littérature industrielle, néjîociant en contremarques, et gargotier en chef d'une revue sans nom, M. Léon Deschamps (si j'ose m'esprimer ainsi) Deschamps le vrai, le seul, le Géraudel ; celui qui, sous couleur de banquets esthétiques, vendait, naguère, pour dix francs, aux gens de lettres, un dîner de trente sols, partageant la plus-value avec un cafetier du boulevard Michel ; Deschamps qui vécut — telle une ptomaïne — du cercueil de Baudelaire, s'ingénia, voici quelques années, d'une invention merveilleuse.

Paul Verlaine traînait encore, dans les estaminets de la rive gauche, sa gloire, ses douleurs et sa déréliction. Touché par le démon de l'ivrognerie, le pauvre Chouletle agonisait. Déjà, les a( arus du poème et les sarcoptes de la chronique choisissaient leur morceau du cadavre futur, préludant à cette curée de vermines où le comte Robert de Montesquieu embrassa Bibi-la-Puréc.

Deschamps alors imagina de faire consacrer la gloire de Paul Verlaine par les chansonniers qui batifolaient nuitamment au Soleil d'Or.

Joseph (^.anquetau sacra « Lélian» prince des Poètes sur l'air du Père la Victoire. Buffalo voua au maître quel-

les A TRAVERS LTS GROCINS

(lues hymnes dclicieD:^ ordieslrés à la manière de Polin.

Ovations plutôt modestes. Les lampes Popp du caboalot seules éclairèrent ce triomphe ; les pipes grésillantes servirent d"oiicensoir au nouveau Pétrarque. Gazais même fui l'unique Ciniabuë qui, pour les âges à venir, consigna l'apothéose.

Verlaine mort, l'invention fit tache d'huile. Ocschamps avec sa Plume interrogea les volailles dont elle était sortie. Moréas, le marchand de kakaouets, perruche de Ronsard et sansonnet de Malherbe, otTrit sa pacotille aux peuples ébaubis, héritier, avec son ami Maurras, de la gloire Vendônioise, l'un en ayant pri« les vocables, Tautrc la surdité.

Ces Cornibus de la chose rimée imposèrent à l'auteur à'Ilérodiade un pavois métaphorique dont ils pensaient bien, quelque jour, faire leur chaise percée. Maurras entend par le nez ; Moréas ne rime que sur cahiers de bonnes expressions; mais ils ont pour eux Barrés, Barrés de la tribu des édentés. Barrés qui, n'ayant ni la barbe ni les dons qu'elle implique, aime servir de duègne aux plus notoires fausses-couches.

Si hâtif, le deuil de .Mallarmé revêt de crêpe nos mé-

NOTES ie9

moires et nos cœurs : les histrioDS de cimetière reprennent déjà sur son tombeau leurs pantalonnades sacrilèges. On interviewe quiconque tient une plume, un crayon, pour connaître son avis touchant les mérites comparés des gentilshommes à hémistiches. Les jeunes poètes de quarante ans éprouvent de rechef les sensations du premier rendez-vous. Leurs cœurs palpitent comme une tourterelle malade à l'imagination de se voir élus.

Pensée inégalable de Deschamps 1 Nous avions déjà la première encre, le plus éminent charcutier, les meilleurs journalistes et la plus sévère proxénète de Paris. Vexilla régis prodeunt ! voici venir aussi le Prince des poètes, garanti sur facture par une demi-douzaine de banquistes, par un escadron inégalable d'idiots !

Page 76 : El ceux dont les neuraslhéniqnes mucilages

Pour monsieur de Vogue sont emplis d'agrément.

C'est vraiment un joli garçon — patron de modes néochrétiennes, de bafouillage salonnier, que Molchior de

ITO A TRAVERS LÉS GROUINâ

Vogué, académicien départemental, journaliste à la guimauve et commis voyageur pour Tolstoï, dans les milieux distingués. Hobereau, parti de son Ardèche à la conquête des intelligences, il a couru le vaste monde. Les paysages, les mœurs, les cités et les plaines, les golfes et les cimes ont défilé à ses yeux. H a promené, du couchant au ponant, sa cervelle d'oiseau, ses doctrines de collège, ses élégances de coiffeur, sans que tant de milieux divers, (le spectacles inouïs aient conféré à son écriture le moindre vestige de couleur ou de passion.

l'ne ti'te embryonnaire, un fœtusdedandie échoué dans le figarisme, la iillérature slave et autres balivernes; un de ces confesseurs laïques préposés à la direction des vieilles dames qui, « pour se consoler de leurs llueurs blanches, font de la musique religieuse •, tel apparaît le sieur Vogiié. 11 se targue d'avoir initié la Fram-e aux beautés de l'alliance russe : nul, en effet, n'a plus tartiné, plus bètiGé que lui sur Gogol et sur Pouskine, <nr Piscmskift Goncharoff. C'est la mouche du traîneau, le lianneloii de la Neva, le dwornik de Dostoiewsky.

L'.\cadémie a consacré tant d'élégance. Pour jouer Renan dans les châteanx de province, .Melohior affecte

NOTES l7t

des airs penchés, une grâce élégiaque de blonde romantique. Dans lo inonde spécial, où son conlrère Loti recrute des frèryves, on ne manquerait pas de lui infliger des surnoms tels que La Fleur fauchée ou la Môme cold-cream.

Un personnage de cette onction ne peut manquer d'offrir quelques dragées aux caporaux qui nous gouvernent. Hier, il sucrait, dans le Figaro, une tartine vermineuse à la louange des armées. Incroyable effet du pantalon rouge sur les vieilles lymphatiques ; Vcgiié peuple deux colonnes et demie avec tant d'aisance qu'il continuerait jusqu'au leuderaain si les nécessités du tirage n'enrayaient sa faconde.

Il aune parole émue, un verbe enthousiaste, un « continuez » pour chaque nègre de l'État-Major. Les officiers, dit-il, sont « astreints à des travaux savants ». Il entend par là, sans doute, les patenôtres de Boisdeffre, les revues d'astiquage, les tables tournantes du Paty de Clam, les mensonges de Pellieux et l'espionnage teuton d'Estherazy.

" La règle de ces moines • qu'il admire, avec • le public de Coppée », autre bonnet à poil flanqué de palmes vertes, l'attendrit jusqu'aux rognons. De fait, celte règle qui comprend la vie de café, l'alcoolisme, le bac-

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carat, le lieu d'hoimeur pour Jes roturiers, la sottise et les intrigues mondaines pour les vicomtes de Saint-Cyr, imprime un caractère indélébile à quiconque l'exerça pendant un lustre ou deux. C'est à 'vrai dire une ascwe merveilleuse d'ignorance et de brutalité.

Vogiié en proclame les résultats :

Il Par cela seul (l'Armée) nous avons chance de vivre, de continuer nous et nus enfants, se dit le peuple. >

Le peuple a bien raison, instruit, comme il fut et par les conseils de guerre où l'on canarde ses enfants, lorsque, entre deux vins, ils protestent contre la tyrannie du dernier sous-o(T, et par Fourniies, et par les insur!.'és de Milan que canardaient, hier encore, les miliciens d'Humherlo.cepomhinlque le souverain festoyait avec placidité devant son peuple expirant de famine.

Ces jolies choses plaisent aux belles mondaines, aux casernes et aux séminaires. M. de Vogué ne l'ignore pas. Etre un sot n'empêche pas qu'on soit un aigrefin. De là ce dithyrambe académique, cette courbette servi le du langoureux Alelchior, qui connaît h quel point sont utiles, honori(l(|ues et rémunéraloires la reptation devant le sahii', r:iplatis>.('Mii'nl devant les galonnés.

Aux premiers jours de mai, Rome cciébrail jadis — avant l'infeclion chrétienne — une Vigile de Vénits. Ainsi, Melchior de Vogiié solennise à sa manière, par surcroit de bassesse, la Vigile du procès Zola.

Page 113 : <. Vive l'armée! » exclama Dcvoiilèûe.

Si l'ingénuité se mesure à l'aune, M. Paul Déroulède représentant des trois couleurs et de la ville d'Angoulême — est digne qu'on l'immatricule parmi les plus grands bêtas du dix-neuvième siècle. Long comme un jour sans pain, maigre comme un aztèque, avec ses yeux ronds, ses yeux de pruneau cuit, sa bouche déhiscente, l'auteur de l'Hetmann porte sur son visage l'expression hébétée d'une candeur que cinquante ans n'ont pu réduire. Il bée naturellement, comme la grenouille au jeu de tonneau. Il gobe les mouches de toute sa lèvre inférieure que surplombe un nez extravagant. Ce nez lamentable, pharamineux et truculent contraste avec le chef

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exigu, la tcle d'oiseau sans cervelle — dindon ou canari. Des ailes noires pendent au corps, achèvent la ressemblance. L'on ne saurait imaginer Déroulède sans sa rcdingue plus que Charles XII sans ses boites.

Ce n'est pas un méchant homme. S'il éructe des métaphores sanguinaires, des Iropes aussi guerriers que mal bàlis, la faute en est aux dieux qui le firent si bi'te. Il brait, ''orarae un roussin,des àneries anthropophages parce que nulle autre virtuosité n'est dans son registre.Le patriotisme est un refuge suprême on les ratés, les grimauds, sans cœur, esprit ni orthographe peuvent suspendre, comme une guirlande, leur imbécillité.

Déronlcde ne crie pas : < Vive l'armée ! > comme Barrés pour fréquenter chez des personnes titrées, ni, comme Jude(,pour suborner les cuisinières, ni, comme Dnimont, pour crocheter les serrures. L'éléphant harit, le baudet renâcle ; ainsi DéroulèJe vocifère, tendant le poin'.' du coté des Vosges.

C'est un € mirliton d'alarme», ainsi qu'on l'avait surnommé, an orgue de Barbarie qui moud naturellement tous les poncifs, toutes les sottises du chauvinisme le plus abject.

Bourgeois cossu, paisible et de mœurs ilouiliettes, il aime les soldais. Il rythme la mesure à l'escadron en marche. C'est une bonne d'enfant — une sorte de Germinie Lacerteux, bafouilleuse et militaire. Il s'attendrit sur l'uniforme, t Tambours, clairons, musique en tète », il suit le régiment et dégaine avec héroïsme un sabre de bois. Coppée, lui, adore les officiers, les panaches, les bourreaux galonnés qu'il sait capables d'égorger, un beau matin, quiconque pense avec hauteur.

Les sympathies de Déroulède vont de préférence aux troubades, aux pousse-cailloux, aux culs terreux de la Grande Muette, qu'il endimanché de solécismes éperdus : car on ne saurait trop le répéter, c'est le plus bénin des hommes.

Ses vers à qui Thérésa prêtait une âme tragique au point de faire illusion sur leur néant, ses vers dépassent l'imaginable. Les Intimités, en comparaison, semblent une œuvre d'art.

Et gloire d ceux que rien n'épouvante, Qui, tombés vainqueurs, sont morts, réjouis. Leur perte qu'on pleure est un deuil qu'on chante, 0 grands cœurs, ils sont l'dme d'un pays.

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Eu vcrilé, le capitaine Lucien Irabard lui-même ne saurait Taire mieux !

El certes, il est juste que M. Déroulède ligure à la Chambre, seul lieu adéquat à sa mentalité. Avec le talent qu'il possède et l'esprit qu'on lui voit, il peut bien légiférer, mais non rimer des poèmes pour le chocolat Menier ou les savons du Congo.

Pa:-'e m : Humbert évumant, furieux, épUeptiqiu.

Ce nest point certes une savate ordinaire que M. AlphiiMse Humberl, ex-président du Conseil municipal, député majoritard et larbin chez Sabathierla Buse, ainsi qu'Ajalberl surnomma le grand Chef de VEclair. Ancien membre de la Commune, condamné à mort par les cannibales de Versailles, puis expédié vers Nouméa, le boulet aux pieds, il est de ces martyrs que Proudhon jugeait presque aussi odieux que les tyrans.

Les jours passés à La Nouvelle lirciil cclorc son gouie, le rendirent au monde civilisé prêt à n'importe quelle besoijne pour conquérir l'assietle au beurre. Tel Mahomet après l'Hégire. Les caractéristiques de M. llumbert manquent de complexité; nul n'est plus simple que lui, plus naïf daus ses manifestations. L'ini^cnuité de ce sexagénaire tient le milieu entre la pbanérogamie des grands singes et le retroussis violent des diarrhéliques. Etats d'âme peu variés, il est atteint par la folie des grandeurs, il a toujours besoin de cinquante cenlimcs.

Ces deux formes de cérébralité parvinrent à leur maximuni de gloire pendant la visite de l'amiral Avellan, premier numéro du cabotinage franco-russe. Eu qualité de prévôt des bourgeois, Humbert promeua le Moscove dans les carrosses officiels, à travers « la capitale» et le « tapa » dequelques francs sous la custode. Humbert excelle dans le geste d'emprunter un petit écu. Malgré l'appellation glorieuse de père Pol-de-vin dont le blasonnèrent ses rondsde-cuir, la nécessité chronique de palper quehiue billon lui est un empêchement rédhibitoire à fomenter les plus juteuses affaires.

Il n'est bas employé à l'hôtel de ville, concierge, ba-

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layeur, ilonl il ne souliie la inoiiiiaio, sous couleur ilf lireiidrc un liacre ou d'acquérir un melon. Encore qu'il soit plutôt il'une malpropreté nauséabonde; encore qu'il ue porle point le maquillage de ma tanle Loti, un nu-me goût théâtral induit le vieux communard el l'académicien d'urinoir à Ihuiibuler devant les puissances militaires. Son voyage à Toulon, pour flagornor l'escadre russe, pour intenter le lècheraenl de pieds qui lit baver les âmes tricolores, comptera dans les fastes de la pitrerie nationale et de la servilité française. Humbert qui, pareil à Bilboquet, connail toutes les banques, hormis la Banque de Franco, ne manqua pas, sitôt débarque dans Toulon,

ynic que l'infamie et la gloire enncmenccnt Où, du forçat pensif, le fer tond les ehevetix,

d'aller rendre visite au serrurier qui, avant son départ pour le bagne, l'avait ferré, de ces bienheureuses chaînes qu'au retour il exhiba, pendant plus de dix ans, à travers les réunions publiques. Ce fut beau comme le De Mris, la Morale en actions elles Vi'w do Plutarque.

La chose p lurrail fournir un sujet au concours de peinture pour les candidats chez qui respirent encore les sai-

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