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ÉTAT DE L'ÉGLISE DU CANADA, APRÈS LE TRAITÉ DE

L'ordination du Père Jean- Baptiste Pétrimoulx, fut la dernière conférée sous le régime français. Elle avait eu lieu en 1758. Près de huit ans s'écoulèrent pendant lesquels aucun jeune lévite ne reçut l'ordre de la prêtrise en Canada. Quelques jeunes Canadiens, passés en France, y furent ordonnés et revinrent se dévouer au Gcrvicc des missions Canadiennes.

L'évêque de Québec, qui ne prit possession de son siège épiscopal qu'en 1766, ne voyait pas sans douleur son vaste diocèse réduit à un très petit nombre d'ecclésiastiques. La source d'où lui étaient venus près des deux tiers de son clergé, se trouvait désormais étrangère. Les ordres religieux des Jésuites et des Récollets se trouvaient supprimés. Le diocèse par lui-même ne pouvait fournir que peu de sujets pour réparer toutes ces pertes, et les besoins spirituels se faisaient ressentir davantage, après les malheurs de la guerre. Que restaitil à faire ? appeler des prêtres de France au secours du

diocèse Pendant trente ans, on fit des eftbrts

incroyables pour parvenir à ce but, sans pouvoir surmonter la résistance invincible qu'y opposait le gouvernement Britannique''^

Pour lever cet obstacle il ne fallut rien moins que la Révolution Française. Elle fit voir ce qu'il fallait penser

(I) Un mémoire des catholiques de la Province de Québec, fut présenté en 1783, à la Cour de Londres, demamiant avec instance qu'd fût permis à l'évêque de Québec de faire venir des suj-jts ecclésiastiques d'Europe.

des ^-cîésiastiques Français ; combien ils étaient attachés aux vjns principes, et ennemis de la nouveauté. Alors, ^^ '753 et depuis, tout prêtre Français muni d'un pasr,eport, portant la signature d'un des secrétaires du Roi, fut rer,'; < Québec, sans la moindre difficulté.

C^'y>t ainsi que le Canada s'enrichit des dépouilles de VE;f'.\ft de France, et eut le double avantage et de donner a-Jle à des malheureux, et de se procurer des sujets éprouvés par la persécution. Plus de trente prêtres Franrais sont ainsi venus partager les travaux des missionnaires Canadiens.

^Lf-'i documents qui suivent, nous renseignent sur les démarches faites à cette occasion, par l'évêque de Québec, Monseigneur Briand :

"A l'Honorable William Smith, \ Juge-en-Chef, à Québec. j

"Monsieur, — J'ai l'honneurde vous transmettre, et, par vous, à Son Excellence et au Conseil, mon opinion touchant les moyens de favoriser l'accès et l'établissement des émigrés Français en Canada. La conduite pleine d'humanité et de générosité que le gouvernement Britannif|uc tient à leur égard, est un de ces motifs puissants qui doivent leur concilier la bienveillance de tous les cœurs sensibles. Uni, comme je le suis, à la plupart de ces illustres exilés, par les liens d'une même croyance et d'un même sacerdoce, je me crois particulièrement obligé de leur procurer de l'assistance en tout ce qui dépend de moi, et j'aperçois, monsieur, avec bien de la consolation, que vos dispositions personnelles ne leur sont pas moins favorables. C'est dans le concours de nos efforts réunis avec ceux d'un gouvernement libéral et magnifique, que ces victimes de leur attachement à leurs anciens principes doivent espérer de trouver enfin le calme et le repos, après les tempêtes violentes qui les ont malheureusement dispersées.

"J'ai l'honneur,

" t JEAN-FRANÇOIS,

"Evêque de Québec.

"Québec, le i6 avril 1793.

"Ofixion de l'Evêque de Québec sur les moyens de subvenir en Canada à la subsistance et à 1 etablissesementdes ecclésiastiques et des nobles que la révolution de France a forcés de s'expatrier, et qui paraissent désirer un refuge en ce pays, humblement soumise à la considération de Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur de la province du Bas-Canada, et du Conseil de Sa Majesté.

" Son Excellence, et le Conseil peuvent être persuadés qu'en tout temps et en toute occasion, l'évêque de Québec, justement attendri sur le triste sort des Français émigrés, fera tous efforts et usera de toute son influence pour adoucir, à ceux qui se réfugieront en ce pays, le malheur de leur expatriation.

" S'il ne s'agissait que de pourvoir à la subsistance d'une centaine d'ecclésiastiques Français, il n'hésiterait pas à prendre sur lui de les placer, d'hui à un an, dans différents endr^^its du diocèse, où ils auraient le double avantage et de subsister et de se rendre utiles aux peuples, par l'exercice de leurs fonctions sacerdotales. Il est pareillement à présumer qu'un petit nombre de familles émiorrées trouveraient, dans la o-énérosité des habitants du pays et dans leur propre exertion, des ressources promptes et suffisantes.

" I^Iais comme il est probable qu'un nombre beaucoup plus considérable d'ecclésiastiques et de familles Françaises aborderont à Québec, dans les premiers mois de la navigation prochaine, il devient indispensable à la Province de prendre des mesures plus étendues, tant pour les accueillir d'abord sans se surcharger, que pour les établir ensuite d'une manière solide et durable.

" Quant au premier de ces deux objets, il est important de répandre ces émigrés dans les différents endroits de la Province, dès le moment de leur arrivée ; la ville la plus peuplée de ce pays n'étant pas capable de nourrir, pendant huit jours, trois ou quatre mille étrangers, sans courir les risques de s'affamer elle-même. Or voici un moyen de les répandre promptement qui ne serait probablement pas sans succès.

" L'évêque, en réclamant par une lettre-circulaire la charité des curés de son diocèse en faveur des émio-rés

Français, peut les prier de lui faire savoir immédiatement combien ils pourraient en recevoir dans leurs paroisses respectives, soit en les logeant dans leurs propres maisons, ou dans celles des Seigneurs, ou dans une maison commune, qui serait louée à cet eftet, ou enfin chez les particuliers. Il y aurait peu de paroisses qui n'en pussent accueillir une dizaine, d'auties pourraient en recevoir vingt, d'autres quarante, et d'autres peut-être davantage, suivant les facultés et la bonne volonté tant des Seigneurs et des curés, que des tenanciers et des paroissiens. On pourrait également, soit par une quête, soit par une souscription dans chaque paroisse, leur procurer les meubles les plus nécessaires.

"Chacune des deux villes de Québec et de Montréal peut, de la même manière, et à la faveur d'une pareille souscription, loger un ou deux cents réfugiés, et les Trois- Rivières, cinquante, surtout avec le concours des apparments qu'offrent plusieurs communautés presque désertes.

" Il paraîtrait plus convenable que les hôpitaux de ces trois villes fussent réservés pour donner retraite aux malades, qu'il ne peut manquer d'y avoir dans un tel nombre de personnes, à la suite d'une navigation longue et peut-être malsaine.

" Outre les quêtes, et souscriptions que l'on tâchera de procurer dans les campagnes pour porter le plus prompt secours aux émigrés Français, qui y seraient respectivement envoyés, il paraît tout-à-fait nécessaire de former incessamment, dans chacune des deux principales villes de la Province, un bureau ou comité, chargé de préparer les voies à la réception de ces exilés, de les accueillir, de les diviser par bandes, de faciliter leur transport dans les différentes paroisses, où ils seraient attendus; et pour cet effet, d'ouvrir immédiatement une souscription et de presser, en leur faveur, la libéralité des citoyens de ces deux villes. L'Evêque de Québec, en épargnant sur ses modiques revenus, offre cinquante guinées pour sa part dans une telle souscription.

" En supposant que les mesures suggérées ci-dessus eussent le succès que l'on en désire, les émigrés Français pourront, pendant quelques semaines, se délasser tran-

quillement des fatigues de la navig-ation ; après quoi on songerait à prendre des mesures ultérieures pour leur établissement solide en ce pays, dernier objet dont le ministère Britannique paraît sérieusement occupé, et sur lequel il serait peut-être plus à propos d'attendre des directions.

" Voici néanmoins ce que l'on peut proposer en attendant.

" La grande ressource des émigrés Français, surtout de ceux qui seront attachés à la culture des terres, est, sans doute, dans la libéralité et la générosité du gouvernement de Sa Majesté Britannique, qui pour mettre en exécution, le charitable dessein qu'il a de les recevoir et de les établir en Canada, ne pourra se dispenser de leur accorder des vivres pour deux ou trois ans, et des instruments d'agriculture. ]Munis de ce secours, ils pourront défricher indifféremment, ou des terres de la Couronne, ou des seigneuries appartenantes à des particuliers et moins éloignées du fleuve. Ceux-ci, de leur côté, ajouteraient peut-être paix avantages que les émigrés auraient préalablement reçus du gouvernement, ou les mettraient en état d'en mieux profiter. Les bureaux ou comités proposés ci-dessus ne pourraient-ils pas, en vertu d'un Acte de la Législation ou par des lettres-patentes, être autorisés à conférer sur cet objet avec les seigneurs particuliers de la Province, et même à contracter avec eux au nom des émigrés et aux termes les plus avantageux^'\

" L'Evêque de Québec verrait, avec consolation, une communauté d'ecclésiastiques émigrés en possession des biens des Jésuites en Canada, si Sa Majesté n'en a disposé autrement, et chargée des devoirs que remplissaient autrefois ces religieux, tant à l'égard de certaines missions sauvages que par rapport à l'éducation publique de la Province, dont le clergé de Québec pourrait être comme le centre.

" Voici les ressources que le diocèse de Québec présente aux ecclésiastiques émigrés : i° Le Séminaire de

(I) Les Sei:îneuries de Eeaubamais, de Beaupré, de la Rivière-du-Loup, au bas du fleuve, de Tlle-Verte, des Trois-Pistolei, du Bic et de Riraouski pourraient devenir trèsavanti^-euîes aux émigrés à raison de leur position maritime.

Montréal a un pressant besoin de sujets ; 2° Il se présente des nouvelles paroisses à établir; 3^ plusieurs anciennes sont dépourvues de curé ; 4° d'autres, trop peuplées pour être desservies par un seul prêtre, ont besoin de vicaires. L'Evêque se prêtera de tout son pouvoir à multiplier ces places autant que la position et l'état du revenu des différentes cures et missions le pourra permettre. Seulement il aura l'attention de ne rien faire qui puisse décourager les sujets du pays, et de prendre le loisir nécessaire pour faire le discernement des sujets étrangers, avant de leur donner mission."

MAI (1794)

Le 6. — Son Altesse Royale le Prince Albert avait pour

maître de musique, Augustin Scavoie, natif de Thionville,

en Lorraine, ce dernier épousait à Québec, le 6 mai 1794,

Marie-Anne Coupeau de Saint-Martin. {Rcg-. de Québec)

Le 28. — Michel Champou, cultivateur de la paroisse de Nicolet, est écrasé par la chute d'ua arbre. Il était âgé de 35 ans. {Rcg\ de A'îcgIcL)

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