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LE BAMBOU

de fortes épines, forment les palissades, les haies impénétrables; aux Moluques et à Java, un bambou si dur qu'il résiste aux plus forts coups de hache. Les indigènes en font des armes redoutables, des flèches qu'ils empoisonnent, des piques dont ils aiguisent le bout, dont ils font durcir la pointe en la mettant au feu, et elles tuent comme des lames de fer.

Pour les habitants des montagnes, pour les peuplades des régions septentrionales, le bouleau et le sapin sont vraiment des arbres providentiels. Mais leur emploi n'est pas comparable à celui du bambou.

Des jeunes pousses du bambou on fait dans la Malaisie un remède excellent pour le scorbut.

De ses petites branches on fait des plumes qui remplacent nos plumes d'oie et nos plumes d'acier.

De son écorce les Chinois font du papier. « On broie, dit le Père du Halde dans sa description de la Chine, cette écorce avec de l'eau claire. Les formes dont on se sert pour élever cette matière sont longues et larges, en sorte qu'on voit des feuilles longues de 3 à 4 mètres, et davantage. On trempe chaque feuille de papier dans de l'eau d'alun, qui tient lieu de colle : c'est ce qu'on appelle « papier fané », parce que fan en chinois signifie alun. Cet alun empêche le papier de boire et lui donne un tel éclat qu'on croirait qu'il est argenté ou vernissé. Ce papier est blanc, doux et

uni, sans qu'il y ait rien de raboteux qui puisse arrêter le pinceau et en séparer les filets. Comme il est d'écorce d'arbres, il se coupe plus aisément que celui d'Europe; il est susceptible d'humidité. La poussière s'y attache, et insensiblement les vers s'y mettent si l'on manque d'attention à l'en préserver. »

Avec le bambou, dit M. Jagor, le Javanais construit sa maison jusqu'aux poutrelles du toit, qu'il recouvre de feuilles de palmier. Avec le bambou il façonne son lit, sa table, ses chaises, ses ustensiles de ménage et divers objets de fantaisie. Avec le bambou il érige des ponts, il taille ses palissades, ses instruments agricoles et ses tuyaux d'irrigation. Sur un feu de bambou, en voyage, il fait cuire son riz dans un vase de bambou.

La plupart des habitants de Siam vivent, le long du fleuve, dans des maisons flottantes construites en bambous.

Cette malheureuse entreprise date de l'an 1695.

Depuis plus d'un siècle, le fils de Marie Stuart, Jacques I", en succédant à Elisabeth, avait réuni le royaume d'Ecosse au royaume d'Angleterre. Mais c'était une union purement nominale. L'un et

l'ail Ire pays conservaient dans celte alliance leurs lois, leurs institutions, leur administration distinctes. L'un et l'autre, si longtemps en guerre, conservaient encore leurs anciens préjugés et leurs vieilles inimitiés. Mais, sous le règne d'Elisabeth, l'Angleterre avait fait de grands progrès, et l'Ecosse, tourmentée, affaiblie par ses dissensions, était, selon l'expression de Macaulay, le plus pauvre royaume de la chrétienté.

Dans cette pauvreté surgit un homme actif, intelligent, hardi, un marchand nommé Paterson. Diverses circonstances l'avaient dans sa jeunesse entraîné en différentes régions. Dans le cours de ses voyages il avait connu Dampier, l'ardent navigateur. Il avait eu aussi des relations avec ces bandes d'aventuriers, ces « frères de la côte », ces boucaniers, ces pirates, qui faisaient une rude guerre aux possessions américaines de l'Espagne. Paterson avait ainsi appris à connaître la géographie, l'état des Antilles, de l'Amérique centrale, de l'Amérique du Sud, et il avait conçu le projet de fonder une colonie près de l'isthme de Panama, dans le Darien, glorifié par Balboa. A son retour en Ecosse, il se mit à l'œuvre. Il fit une séduisante description de cette terre tropicale arrosée par deux océans. Il dit comment par là on atteignait promptement le Pacifique, et comment par le Pacifique on conquerrait le commerce de l'Inde et de la Chine. Ainsi que l'infortuné Raleigh

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dans son expédition en Virginie, il déclarait que, dans l'expédition qu'il voulait faire, il ne porterait aucun préjudice aux Espagnols, que le Darien était occupé par de pacifiques Indiens, avec lesquels on aurait aisément de bons rapports.

Par ces belles perspectives il enthousiasma les Écossais.. Riches et pauvres applaudirent à son entreprise. Les uns lui apportaient leur argent, les autres s'engageaient à servir sous ses ordres. Il obtint aussi des souscriptions considérables en Angleterre, en Hollande et à Hambourg. Enfin, il réussit à se faire octroyer une charte royale qui autorisait la formation d'une compagnie écossaise pour le commerce des Indes.

Mais ce succès de Paterson révolta les Anglais. Ils se souvenaient, dit Walter Scott, que cette fière nation écossaise avait osé, malgré l'exiguïté de ses ressources, leur faire la guerre. Maintenant que la guerre était finie, ils ne pouvaient admettre que ce même pauvre petit peuple osât entrer en concurrence avec eux dans les afiaires commerciales.

La Chambre des communes et la Chambre des lords condamnèrent l'audace des Écossais. Elles adressèrent au roi un acte officiel où elles disaient que la colonisation du Darien par l'Ecosse aurait un effet désastreux pour la marine marchande de l'Angleterre et pour la Compagnie des Indes Orientaies. Elles firent comparaître les capitalistes qui

s'étaient adjoints à Paterson, et les déterminèrent à rompre leur engagement.

Le roi déclara qu'on l'avait trompé. Pour réparer son erreur, pour rassurer ces bons Anglais qui voyaient déjà avec etTroi l'immanquable prospérité des rives de la Forth et de la Clyde, la prochaine grandeur de Glasgow, l'éclatante suprématie d'Edimbourg/ Guillaume, le complaisant Guillaume d'Orange, le successeur de Jacques II, proscrivit l'œuvre de Paterson là où il avait eu le plus de succès. Il ordonna à ses agents diplomatiques en Hollande et à Hambourg de la combattre par tous les moyens possibles et de faire rayer toutes les souscriptions qui lui étaient promises.

L'Ecosse restait ainsi livrée à elle-même avec ses faibles ressources. Dans cet isolement, la prudence lui ordonnait de renoncer à une difficile et dangereuse expédition. Mais sa fierté nationale ne lui permettait pas de céder à l'hostilité des Anglais : l'expédition fut résolue, et, dans l'été de 1698, au milieu d'une foule enthousiaste, trois navires partirent du port de Leith avec douze cents hommes.

Au commencement de novembre les émigrants arrivèrent près d'une large baie, dans une île où ils devaient s'installer, et leurs premières impressions les réjouirent. L'air était doux et tiède, le sol couvert d'une multitude de plantes

vertes, au-dessus desquelles s'élevaient les dômes aériens des palmiers, et, en regardant d'un côté les collines couvertes de grands bois, de l'aulre les flots de la mer, les agiles Écossais pouvaient se promettre de belles chasses et de belles pêches.

L'île où ils allaient dresser leurs tentes, construire leurs cabanes, s'appelait l'île d'Or. Le Darien était renommé pour ses mines d'or. Ils espéraient découvrir encore de précieux filons.

Près de là, dans l'isthme, vivait le roi d'une peuplade d'Indiens. Paterson lui demanda une audience et alla le voir avec quelques-uns de ses compagnons. Son arrivée fut saluée par une troupe de musiciens qui avaient, comme Pan, des flûtes de roseau. A cette musique une foule d'Indiens joignait ses acclamations. Le roi apparut avec une robe de coton, un diadème en or sur la têlc et un anneau dans le nez. Il reçoit très courtoisement ses hôtes, tandis qu'une assemblée de prêtres les examine attentivement. Elle doit scruter leur caractère et deviner leurs desseins. Au moment où elle commence cette tâche, des claquements se font entendre, les branches des arbres sont agitées et l'on voit tout à coup apparaître une troupe de singes. Les prêtres aussitôt s'écrient que cette apparition est d'un bon augure, et le roi signe avec les Écossais un traité de paix qui doit durer, selon son expression, aussi longtemps

que les rivières couleront, aussi longtemps que l'on trouvera de Tor dans le Darien, c'est-à-dire éternellement.

Tranquillisés de ce côté, les Écossais avaient à redouter l'agression des Espagnols. Pour résister à ce danger, ils construisirent un fort, des remparts, une ville. En mémoire de leur cher pays, ils donnèrent à ce fort le nom de Saint-André, à la ville le nom de Nouvelle-Edimbourg, et à leur territoire le nom de Calédonie.

Mais les braves Calédoniens n'étaient pas en état de surmonter d'autres périls. En quittant la terre natale, ils n'avaient point prévu tout ce qui leur serait nécessaire dans leur migration. Leurs approvisionnements étaient incomplets ou mal choisis. Une partie de ceux dont ils avaient le plus besoin fut bientôt avariée. C'était une grande perte, et l'Angleterre, la jalouse, l'implacable Angleterre, les poursuivait encore. Par un édit du gouverneur des Barbades, du gouverneur de la Jamaïque, du gouverneur de New-York, au nom du roi il était formellement défendu de correspondre avec la colonie du Darien et de lui donner le. moindre secours.

Dans cet état de disette vint la saison des pluies, qui rendaient la chasse et la pèche à peu près impossibles, et avec ces pluies torrentielles les autres rigueurs de la région tropicale, si redoutables pour les étrangers : l'air lourd, chaud,

suffocant, les myriades d'insecles venimeux et les exhalaisons des marécages.

Un grand nombre d'Écossais, affaiblis par les privations, moururent en peu de temps. Les plus robustes montaient sur la colline, et là, les regards fixés sur l'horizon, cherchaient à découvrir dans le vague espace le navire qu'ils attendaient, le navire de la patrie.

A ce fléau succomba la femme de Paterson, la seule femme qu'il y eût dans la colonie. Elle n'avait pu se résoudre à quitter son mari, elle avait voulu le suivre dans son lointain voyage, et elle mourait victime de sa fidélité conjugale. Pour lui, cette mort était le plus cruel désastre, et il s'efforçait de réprimer sa douleur pour assister ses compagnons, pour raffermir leur courage en soutenant leur espoir.

Enfin, après de longs jours d'attente, les pauvres colons s'embarquèrent sur les trois navires qui les avaient amenés dans cette fatale région, et partirent. Un de ces bâtiments s'arrêta à la Jamaïque, deux autres arrivèrent à New-York, et malgré les proclamations hostiles des gouverneurs, dans l'une et l'autre de ces stations, les pauvres voyageurs furent efficacement secourus.

La nouvelle de ce retour produisit en Ecosse une douloureuse surprise. Cependant on ne voulait pas croire à F abandon de la colonie à laquelle s'attachaient tant de grandes espérances, et l'on

résolut d'y envoyer des renforts pour la soutenir et la raviver.

Quatre navires furent à la hâte équipés ; deux compagnies de soldats sous la conduite d'un vaillant capitaine, et des légions de travailleurs se réunirent gaiement pour s'en aller vers l'île d'Or du Darien. Mais à leur arrivée quel triste spectacle! Tout le sol désert, les cabanes renversées, et, par la puissance de la végétation dans celte contrée, les remparts du fort Saint-André et les maisons de la Nouvelle-Edimbourg envahies déjà par des amas d'arbustes et de plantes grimpantes. L'aspect de cette colonie abandonnée et de ces ruines bouleversa les idées des nouveaux émigrants. Ils voulurent relever les murs délabrés; mais ils se mirent à cette œuvre tristement, sans ardeur, comme s'ils entreprenaient une tâche dont ils n'avaient rien à espérer. Ils n'essayèrent point d'élargir leur domaine, ils passaient la plus grande partie de leur temps sur leurs navires.

Un jour ils furent bloqués par une flotte espagnole. Le sentiment de l'honneur national alors ranima leur courage. Ils luttèrent avec une héroïque fermeté. De leurs ustensiles d'étain ils firent leurs dernières balles, et quand ils n'eurent plus aucune munition, ils capitulèrent.

Ainsi finit la colonisation du Darien.

Paterson y avait mis toute l'ardeur de sa jeunesse et toute sa fortune. Il retourna en Ecosse,

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affligé de son deuil, vieilli et ruiné. Ses compatriotes ne lui firent point un reproche de la malheureuse entreprise où il les avait entraînés. Il avait lui-même sacrifié sa fortune à cette aventure. Il y avait perdu sa femme aimée, la joie, le charme de sa maison. Il vécut longtemps encore et resta pauvre, mais honoré.

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