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LA COLLECTION DE FRÉDÉRIC LE GRAND

vous déconcertera. Et vous serez stupéfaites, belles dames, dont les vastes robes à paniers conviennent à la grâce des démarches nonchalantes et des danses paisibles, en considérant les jupes collantes de vos arrière-petites-filles, si collantes que vous nous semblez aujourd’hui presque chastes, ô baigneuses de Pater!

Cependant, ne vous arrêtez pas à ces apparences. Depuis que vous avez émigré en Prusse, votre patrie a un peu changé. Et, pourtant, vous que j’ai vu là-bas exilés en Allemagne dans votre charmant palais, il m’a semblé, hier, que je vous voyais pour la première fois. Vous n’êtes pas, sans doute, des personnages d’Exposilion universelle. Mais, n'importe ! aujourd’hui que vous êtes sous le ciel natal, vous prenez une jeunesse nouvelle parmi vos descendants et vos descendantes. Désavouez, si vous le voulez, vos descendants : nous sommes hideux. Mais ne désavouez pas vos descendantes : si leurs robes vous offusquent, voyez comment elles marchent et comment elles sourient. Est-ce que l’on marchait, est-ce que l’on souriait ainsi devant vous à Potsdam? Nous faisons monter de bien vilaines fumées sur vos horizons d’autrefois ; mais regardez à l’heure où le soleil descend, et où l’atmosphère s’éclaircit, ne retrouvez-vous

pas la douce et tendre lumière de France ? Nous vous aimons, comme jamais personne ne vous aimera en Germanie, et, à la joie que vous découvrez dans nos yeux fraternels, reconnaissez que vous êtes chez vous.

L’automne prochain, vous reprendrez le chemin de la Prusse. Alors nous serons très trisles en vous disant adieu, bien que nous vous sachions aux mains de maîtres respectueux qui connaissent le prix de leurs trésors. Vous rentrerez donc dans les salons de Sans-Souci; et le soir, lorsque tous les badauds auront fini de défiler devant vous et que le castellan aura fermé les portes du château, vous tromperez vos nostalgies en évoquant vos souvenirs de voyage, disons mieux, d’ambassade. Car, sans vous en douter, vous êtes une manière de diplomate, vous, la gentille petite danseuse d’Antoine Watteau. On ne vous a pas envoyée ici, seulement pour vos beaux yeux Vous ôtes chargée de nous faire vos plus belles révérences. Votre visite, — ainsi l’annonce le catalogue français de la « Collection Frédéric le Grand », — est un hommage rendu à la gloire impérissable que la nation française acquit au xviiL siècle dans le domaine des arts ; car, sur ce point ,/’ Allemagne, aujourd'hui comme au temps de Frédéric

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