‹ áA mes prãetres (volume 3)Chapitre 83 sur 114 · LA SAINTE MESSE · texte numérisé non relu

LA SAINTE MESSE

Et le meilleur moyen, pour le prêtre, de l'acquérir, cette sainteté, c'est de bien dire la sainte messe, de la dire avec toute la ferveur dont il est capable. Prêtre, il l'est avant tout pour célébrer le saint Sacrifice. L'offrir dignement à Dieu pour son honneur et pour son service ; le célébrer pour en percevoir à son propre profit les fruits de sanctification et pour les appliquer aux âmes qui lui sont confiées : voilà la fin première du sacerdoce et l'œuvre capitale du prêtre.

Le prêtre doit donc exister pour sa messe et par sa messe ; sa vie doit se dérouler tout entière autour de la messe qui en est le centre et le pivot. Se rendre capable de l'offrir saintement, c'est-à-dire, dans l'esprit et les dispositions de Jésus- Christ, premier prêtre de ce sacrifice dont il est le ministre visible ; demeurer dans tout son ministère le prêtre qu'il est à l'autel, afin de vivre lui-même et de faire vivre les âmes des vertus de l'autel ; voilà le but et l'effort, voilà l'exercice capital d'une vie sacerdotale bien entendue et réglée conformément à sa fin principale.

Le secret pour un prêtre d'être un saint pour toute sa vie et un apôtre victorieux des âmes, c'est d'être en perpétuelle préparation et en perpétuelle action de grâces au sacrifice quotidien de l'autel. .

Y-a-t-il, même au ciel par les ministères que remplissent les bienheureux, une dignité qui soit comparable au pouvoir de consacrer et d'offrir en sacrifice le corps et le sang de Jésus-

Christ ? Saint Bernard ne le pense pas: " Comprenez, ô prêtres, nous dit le grand docteur, do quelle distinction vous avez été l'objet ; comprenez les illustres prérogatives de votre ordre -acre. Dieu ne s'est pas contenté de vous mettre audessus dos rois et des empereurs, il ne vous a- pas seulement préférés à tout ce qu'il y a de plus élevé sur la terre ; il vous a donné la prééminence sur tous les princes de sa cour céleste. "

Celui que Dieu engendre éternellement de sa propre substance dans les splendeurs des Saints, le prêtre l'engendre en quelque sorte et l'immole en même temps dans la mystérieuse obscurité de nos sanctuaires ; celui qui s'est incarné une fois dans le sein virginal de Marie s'incarne tous les jours dans nos mains ; relui qui a versé son sang sur la croix pour le salut du monde en renouvelle par nous la divine oblation sur nos autels !

Ce n'e>t pas sur une simple créature, sur un être dépendant et borné comme tout ce qui est dans le monde que le pouvoir du prêtre s'exerce à l'autel. C'est sur une personne divine, sur Dieu lui-même, auprès duquel ce qu'il y a de plus grand dans la création et la création même tout entière, n'est qu'un néant. Quoi de plus incompréhensible ! on admire qu'un prophète ait fait par sa parole descendre le feu du ciel sur la terre, que Josué ait commandé au soleil et l'ait arrêté dans sa course ; combien ne doit- on pas trouver plus merveilleux que le Fils de Dieu soit soumis à la voix de son prêtre et que la parole d'un homme ait la vertu de le faire descendre en personne ici-bas ? si ici qu'il faut redire la parole de l' Esprit-Saint sur le miracle de Gabaon: Obediente Domino voci hominis. (eccl., xlvi, 5.) Dieu obéit à la voix de son ministre. Il ne se borne pas à faire fléchir à la prière d'un homme les lois de la nature ; c'est luimême qui s'assujettit à la volonté de sa créature et qui en fait la règle de sa conduite.

Pensons donc toujours à cette merveille de puissance et d'honneur qui a épuisé l'éloquence des plus grands docteurs de l'Église et devant laquelle ils sont demeurés comme en exne pouvant en dire autre chose sinon : " qu'elle est im-

mense, infinie, la dignité du prêtie sacrificateur, qu'elle est un prodige propre à jeter dans la stupeur celui qui la contemple. "

Rappelons-nous donc toujours que le sacrifice de la messe est essentiellement le même que celui après lequel le monde a soupiré pendant quatre mille ans, qui a été prédit par les prophètes, figuré par toutes les cérémonies de l'ancien culte, offert, au milieu des temps, près de Jérusalem, sur le Calvaire et nous reconnaîtrons, avec toute la Tradition, que l'Église catholique n'a rien de plus auguste : Quid augustius habeat Ecclesia catholica f Nihil ; que la fonction de sacrificateur, sous la loi de grâce, est la plus grande qui se puisse concevoir ; Qua nulla major excogitari potest. Hugues de St- Victor, parlant de ce ministère, s'écrie . Magna dignitas, mira potestas, excelsum et expavendum mysterium.

Pour avoir la mesure de la grandeur du prêtre à l'autel, il nous faudrait voir les influences qui partent alors de lui, comme autant de rayons bienfaisants, et vont se répandre sur les créations divines. Rappelons-nous le beau tableau imaginé par la piété de M. Olier pour exprimer cette idée et ce spectacle sublime.

L'autel est le centre de ralliement des trois Églises, de telle sorte que s'il était .renversé, trois mondes en seraient ébranlés. L'Église souffrante, dont les martyrs sonfc plus nombreux que les voyageurs de la terre, selon quelques auteurs, une fois privée des subsides du sacrifice de la messe pousserait un gémissement inconsolable ; les cieux qui ont coutume d'assister en adoration à la messe, perdraient, par sa suppression, une de leurs contemplations les plus ravissantes ; et l'Église militante, déshéritée de presque tous ses sacrements par l'abolition du plus auguste, s'éteindrait, parce qu'il lui serait ôté, non seulement la source mais encore l'auteur de sa vie, F ère omnia sacramenta, dit saint Thomas, in Eucharistia consumantur.

Encore une fois, il faudrait voir le monde de la hauteur des

pensées divines pour savoir ce qu'il deviendrait à l'heure où ce paratonnerre de nos misères qui s'appelle le sacrifice de la messe serait abattu. On a souvent cité ce trait d'Albuquerque, au moment de la tempête, élevant le berceau d'un enfant audesstu de sa tête pour sauver le navire. Tel apparaît, dans la nef si ballottée de l'Église, le ministre de l'Eucharistie plaçant l'Hostie Immaculée entre la colère de Dieu et les iniquités des Dations.

Tout eela nous fait comprendre à quel degré de perfection nous devrions être élevés pour célébrer dignement le saint Sacrifice de la messe. Si, dans l'ancienne Loi, il fallait que ceux qui portaient seulement les vases sacrés fussent sans tache : Mundamini qui fertis vasa Domini, combien ne doivent pas être plus purs ceux qui portent Jésus-Christ même dans leurs mains et dans leur poitrine !

Il faut avouer, dit le Concile de Trente, que l'homme ne peut pas faire une œuvre plus sainte et plus divine que celle de célébrer le saint Sacrifice de la messe. " Donc, ajoute le saint Concile, le prêtre doit s'employer tout entier à le célébrer avec la plus grande pureté de conscience possible. "

L'Auteur de l'Imitation de Jésus-Christ dit que pour mériter d'offrir les saints mystères, il ne suffit pas d'être exempt de péchés, il faudrait être parfait et orné de toutes les vertus : Sacerdos omnibus virtutibus débet esse ornatus.

Saint Jean Chrysostôme affirme que " l'âme du prêtre doit avoir la pureté des rayons du soleil ; elle doit resplendir de justice comme cet astre resplendit de lumière ; il lui faut une telle innocence, une telle perfection de vertus que s'il était transporté au ciel, au milieu des Esprits bienheureux, il n'y parut point déplacé. Puisqu'il a été préféré aux Anges pour ce glorieux ministère, il doit mener une vie plus angélique qu'humaine. "

Saint François de Sale- a appelé la messe : " Le soleil des des exercices spirituels. " Saint Alphonse de Liguori prétend que " le prêtre qui célèbre une messe rend à Dieu un honneur infiniment plus grand en lui sacrifiant Jésus-Christ que si tous

les hommes lui faisaient, en mourant pour lui, le sacrifice de leur vie. " Un autre saint affirme que " le prêtre à l'autel est la colonne puissante qui soutient le monde chancelant sous le poids de ses fautes. "

Le prêtre doit donc être pénétré de cette grandeur du Sacrifice de la messe s'il veut l'offrir comme il le doit.

Le Concile de Trente ne cesse de dire aux prêtres de mettre tou s leurs soins à célébrer la messe avec la plus grande dévotion et il avertit avec rai -on que c'est précisément sur les prêtres qui célèbrent avec négligence et sans ferveur cet auguste sacrifice, que tombe la malédiction lancée par Jérémie : Maiedictus qui facit opus Dei neglig enter.

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