‹ áA mes prãetres (volume 3)Chapitre 89 sur 114 · DU SANCTUS A LA FIN DE LA MESSE · texte numérisé non relu

DU SANCTUS A LA FIN DE LA MESSE

Depuis ce moment jusqu'à la consécration, le bon prêtre se croit avec le Sauveur sur le Calvaire. Il redouble d'attention, il s'applique avec toute la ferveur dont il est capable, à se pénétrer vivement des diverses prières qu'il récite et de la signification toujours touchante des cérémonies qu'il fait.

Il commence par dire à Dieu : Te igitur, clementissime Pater. Donc, igitur, convaincu de sa misère profonde, le cœur au ciel

où il élève les yeux, et les mains sur l'autel de la terre où sa fragilité doit s'appuyer encore, Clementissime Pater, ô Père de Jésus et le mien, ô source inépuisable d'où découlent tous les biens ; si mon indignité me fait trembler, votre clémence me rassure ; il m'est permis de compter sur elle à la vue de l'autel, au souvenir du Calvaire, Supplices rogamus, je vous demande, au nom et par les mérites de ce Dieu Sauveur qui est en quelque sorte la personnification de votre miséricorde à notre égard, Per Jesum Christum, de vouloir bien agréer mon offrande, uti accepta habeas.

Cette offrande, le prêtre l'offre avant tout pour l'Église : in primis quœ tibi ojferimus pro Ecclesia. Cette Église, Jésus- Christ l'a rendue sainte et toute pure, sancta ; elle est répandue par toute la terre, catholica. Dieu ne peut manquer de la protéger, car elle est son ouvrage ; mais Dieu veut que nous montrions l'amour que nous avons pour elle, en demandant qu'il la protège contre tous les efforts de Satan, quant pacificare ; qu'il la délivre de la persécution des tyrans, des troubles, des divisions, des désordres qui l'affligent. Custodire, qu'il la con- ' serve, qu'il la soutienne contre la malice, la fureur des hérétiques et contre tous ses ennemis visibles et invisibles, que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle. Adunare, qu'il la préserve des schismes, qu'il réunisse tous ses enfants en les maintenant dans une parfaite unanimité et qu'ils vivent dans une entière unité de sentiment et d'affection. Regere, qu'il daigne conduire et gouverner l'Église par toute la terre, en lui donnant de bons pasteurs, en la soutenant contre les dérèglements de ses enfants, en donnant à tous les pasteurs le zèle, la lumière, la sagesse nécessaires pour faire marcher leurs brebis dans la voie de la vérité, en inspirant à tous les fidèles une entière soumission à ceux que le Saint-Esprit a établis pour gouverner l'Église.

Mémento, Domine, souvenez-vous, Seigneur de tous ceux que nous vous recommandons, et omnium circumstantium, non seulement de ceux qui assistent au sacrifice dans cette église mais encore de tous les chrétiens.

Pro se suisque omnibus. Il est bien juste que l'on pria pour soi et ensuite pour les autres.

Mais pour obtenir toutes ces faveurs, le prêtre est si indigne ! Il sent le besoin de s'unir à cous les amis de Dieu, qui, après avoir été voyageurs comme lui sur la terre et arrivés au terme du bonheur, ne font cependant toujours qu'un même corps avec nous. Il les invite à offrir le sacrifice avec lui.

Imprimis gloriosœ semper Virginis Maiiœ. Ah ! Qu'il lui est doux d'unir d'abord ses prières à celles de Marie, ses hommages aux siens et de recourir à son intercession. Il est juste qu'ici comme partout elle soit nommée la première, avant tous les Saints, puisqu'elle est leur reine et qu'elle les surpasse en mérites, en crédit auprès de Dieu et en amour pour nous : Gloriosœ semper virginis genitricis Dei et Domini nostri Jesu Çkristi.

Après la très sainte Vierge, le prêtre fait ment:on des douze apôtres d'abord, parce qu'ils sont les colonnes de l'Église ; il leur joint douze martyrs illustres, puis des saints pontifes, et il invoque tous les Saints. Il espère qu'en considération de leurs mérites ec se laissant fléchir par leurs prières, quorum tis precibusque, Dieu lui accordera d'être couvert de leur protection comme d'un bouclier impénétrable qui le mettra à l'abri de tout danger : Concédas ut in omnibus protectionis tuœ mu nio mur auxilio.

Le prêtre se sent appuyé auprès de Dieu quand il a pour lui son incomparable Mère et tous ceux dont il a promis de faire la volonté en récompense de leur docilité à le servir. Il se sent encouragé ; sa confiance a grandi ; tout lui fait espérer que ses dons seront favorablement reçus. Alors il dit sans crainte : Hanc igitur oblationem quœsumus, Domine, ut placatus accipias.

Et comprenant que clans un pareil moment il peut tout obtenir, il ose tout demander : Diesque nostros in tua pace disponas. La paix, non pas celle du monde qui n'a jamais fait un heureux, mais la paix de Dieu qui remplit le cœur d'une joie tranquille et se conserve au milieu des afflictions les plus amères, super a-

bundo gaudio in omni tribulatione nostra. Que Dieu dispose ses jours en cette paix, Diesque nostros in tua pace disponas, voilà pour la vie présente et que demandera-t-il pour la vie future ? La préservation du plus grand de tous les maux : ab œterna damnatione nos eripi et in electorum tuorum jubeas grege numéral i.

Quam oblationem tu Deus. C'est le moment redoutable ; pour la dernière fois, le prêtre prie sur les dons matériels. Il supplie le Seigneur de regarder d'un œil favorable cette offrande et de la bénir : benedictam ; de l'accepter : adscriptam ; de la ratifier : ratam ; de sorte qu'elle soit une oblation digne et agréable aux yeux divins.

Qui pridie quam pateretur. Ici dans une fonction si surhumaine comment le prêtre ne serait-il pas tout absorbé en Jésus- Christ qui se sert de lui comme d'un instrument pour produire son corps et son sang sur l'autel ?

Le prêtre emprunte ses paroles ; il imite son action dans la Cène ; tout ce que Jésus fit la veille de sa mort quand il Institua cet ineffable sacrifice, le prêtre va le faire en ce moment.

Jésus prit du pain dans ses mains saintes et vénérables ; le prêtre en prend dans les siennes. Jésus rendit grâces à son Père de tous les effets du sacrifice de la croix ; le prêtre remercie comme lui, Tibi grattas agens ; Jésus bénit, et donna à ses apôtres et à ses disciples : benedixit f régit deditque discipulis suis dicens : accipite, prenez, leur dit-il, c'est mon corps, c'est mon sang, c'est mon âme, c'est ma divinité, c'est tout ce que j'ai, c'est tout ce que je suis. Prenez, nourrissez-vous de ma substance : manducate ex hoc omnes. Le prêtre dit absolument la même chose.

Et au moment de prononcer les paroles de la consécration, il fléchit le genou ; il adore Jésus- Christ, Dieu et homme, assis à la droite de son Père et en même temps placé dans ses mains ; il est comme anéanti sous le poids de sa majesté sainte. Adoro te supplex, latens Deitas.

Le premier, il rend à Jésus dos hommages avec les anges prosternés autour de l'autel, puis il présente le Sauveur à l'adoration (1rs fidèles en élevant l'hostie, sans toutefois la perdre de vue un seul instant ; et il livre son cœur à tous les mouvements qu'une foi vive et une ardente charité auraient dû y produire s'il eut été sur le Calvaire, à côté de la mère inconsolable ou du diseiple bien- aimé, s'il lui eut été permis d'embrasser les pieds ou la croix de Jésus mourant, d'être témoin de sa cruelle agonie, d'entendre ses dernières paroles, de recevoir sur sa tête le sang rédempteur qui coulait de ses plaies.

Ce sont les mêmes sentiments qui animent le prêtre durant ia consécration du vin. Il élève aussi le calice ; il rend grâce à Dieu qui a répandu ce sang précieux pour lui et pour tout le monde, et pro muUis effundetur.

La Victime esc immolée. Les prêtres, ses serviteurs et avec eux toute la famille chrétienne, nation sainte, royal sacerdoce, et plebs tua sancta, présentent à la Majesté suprême, offerimus pra darœ majestati tuœ, l'hostie pure, sainte et sans tache, qu'ellemême a bien voulu nous donner, le pain sacré, principe d'une vie sans vieillesse et sans déclin, panem sanctum vitœ œternœ, délicieux breuvage qui donne le salut éternel, calicem salutis-. perjh tuœ.

Supra quœ propitio ac sereno vultu respicere digneris, Dieu peut -il se dispenser non seulement de regarder d'un œil propice mais de contempler avec amour et de recevoir avec une complaisance infinie une victime aussi grande et aussi sainte que lui-même ?

Supplices Te rogamus. Le prêtre supplie D-eu d'envoyer ses anges afin qu'ils présentent ses humbles hommages devant le trône du Très-Haut et en disant ces mots : Omni benedictione ti et gratia repleamur il doit dilater son âme, concevoir de vifs désirs de recevoir la plénitude des grâces qu'il a voulu obtenir ; il ne peut douter qu'en agissant de la sorte, il ne voie tous ses souhaits réalisés.

Mémento etiam, Domine. L'Église pense à tout ; sa mater-

nelle sollicitude s'étend à chacun de ses enfants, quelque part et dans quelque situation qu'ils soient. Comment oublieraitelle, dans un moment où elle peut essuyer tant de larmes, ceux qui pleurent dans les flammes du purgatoire ? Elle veut que nous fassions descendre sur eux la rosée de sa miséricorde. Et que demanderons-nous pour ces âmes affligées ? Trois choses qui répondent à leurs trois genres de souffrances : Locum refrigerii, lucis et pacis. L'Église demande pour ces âmes le rafraîchissement à cause des peines qu'elles endurent ; la lumière à cause des ténèbres où elles sont ; la paix à cause des agitations où elles se trouvent. C'est alors le temps pour le prêtre de penser aux âmes pour lesquelles il dit particulièrement la messe, aux âmes de ses parents, de ses amis, de ses bienfaiteurs, à celles qui souffrent des peines plus horribles.

Et ce beau ciel, cette ravissante société des élus que le prêtre demande pour ses frères qui sont dans le purgatoire, peut-il ne pas les désirer, les demander pour lui-même ? Nobis quoque. Il est vrai qu'il s'en sent indigne puisqu'il est pécheur : peccatoribus. Aussi il ne sollicite un si grand bien qu'en frappant sa poitrine et en s'avouant coupable ; il n'a d'espérance que dans l'étendue et la multitude des miséricordes divines, de multitudine miserationum tuarum spei antïbus.

Et pour obtenir les fruits de ce sacrifice qu'il offre, le prêtre se met encore en communication avec les Saints. Il nomme des apôtres, des évêques, des prêtres, des diacres, des saintes mariées, des vierges, afin de se rappeler que le chemin du ciel est ouvert à tous, que tous peuvent y marcher aussi bien que ceux qui portaient le poids des mêmes infirmités sous lesquelles nous gémissons actuellement. Il supplie Dieu de lui donner part à leur bonheur, non par la considération de ses mérites mais en usant d'indulgence à son égard, non œtimator meriti, sed veniœ, quœsumus, largitor admitte.

Mais il obtiendra ce bonheur surtout par la grâce du Seigneur qui produit ces dons, hœc bona créas ; pain et vin auparavant, il les a sanctifiés et vivifiés, sanctificas et vivificas, les changeant au corps et au sang de Jésus-Christ. Aussi tout ce

qu'il fera ne pourra être méritoire pour ['éternité s'il n'agit pas par Jésus-Christ, avec lui et en lui, per ipsum, cum ipso et in

ipso.

Alors Le prêtre élève un peu le calice et l'hostie comme pour remettre entre les mains de Dieu ce sacrifice qu'il tient de sa libéralité et pour protester que c'est par Jésus-Christ seulement, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ qu'il prétend s'acquitter des devoirs que la religion lui impose envers la divine majesté : adoration, louanges, action de grâces : omnis honor et gloria.

C'est à haute voix et au nom des assistants que le prêtre récite alors l'Oraison dominicale. " Prions, or émus, dit le sacrificateur, cm à ce mot, s'il est compris, l'attention de l'assemblée se réveille ; dans toutes les âmes, il n'y a plus qu'un désir : celui de bien prier. Pour y disposer encore mieux les fidèles, le prêtre, par une courte préface, les engage à bien considérer ce qu'ils vont faire ; il s'applique à leur faire concevoir une haute et juste idée de l'admirable supplique qu'ils vont adresser au Seigneur. Cette formule de prière nous établit en effet dans un commerce si glorieux et si intime avec la divinité ; tout y respire une confiance si filiale ; en un mot, elle est si parfaite et si supérieure à notre intelligence que, pour oser nous en servir, nous avons besoin de nous rappeler le salutaire commandement qui nous en a été fait et le maître adorable par qui nous avons été formés à prier de la sorte : Prœceptis salutaribus moniti et divina institutione formati, audemus dicere.

Quels trésors de lumière, quel doux éclat de vérité, quelle onction dans cette sublime requête présentée au Seigneur et dictée par la Seigneur lui-même ! La foi y découvre presque toute la religion en quelques mots. Dans les trois premières nous voyons Dieu avec sa grandeur, sa bonté, ses droits ; dans les quatre autres l'homme avec son indigence, ses misères et ses devoirs.

Le prêtre a dû être entendu des fidèles pendant qu'il était

leur organe et leur médiateur, en récitant l'Oraison dominicale.

si pour cela qu'il l'a récitée tout haut. Le peuple, pour té-

moigner qu'il s'est en effet uni à ses prières, récite lui-même la demande qui est d'ailleurs comme la vive expression de ses souffrances et de ses peines : Sed libéras nos a malo. Il sent le poids de ses maux, il en gémit et il demande à en être délivré : Amen qu'il en soit ainsi, ô mon Dieu ! reprend le célébrant ; je vous en conjure en mon nom et au nom de tous mes frères * " délivrez-nous de tous les maux : Libéra nos, quœsumus, Domine, ab omnibus malis. "

O Seigneur, continue le prêtre, puisque vous êtes un si bon Père, délivrez-nous de tous les maux passés, présents, à venir. Tant de fautes que nous sommes certains d'avoir commises et dont la pénitence est malheureusement si douteuse ; les tristes suites qui nous en restent, les châtiments qu'elles nous méritent, voilà dans le passé les maux qui nous inquiètent, prœteritis. Des passions toujours vivantes, des ennemis extérieurs toujours acharnés à notre perte et dont nous avons sans cesse à soutenir les assauts, notre lâcheté, notre langueur, nos illusions, ce n'est encore là qu'une partie des maux présents qui nous affligent, praesentibus. Enfin dans l'avenir que de nouvelles tempêtes, que de dangers, que d'obstacles à notre bonheur ! et futuris.

Nous pouvons cependant réduire tous ces maux à un seul, le péché, puisqu'il traîne après lui tous les autres. Aussi nous supplions bien Dieu de nous en délivrer : Ut a peccato simus semper liberi et ab omni perturbatione securi. Dans cette prière que nous adressons à Dieu, comme dans toutes les autres du reste, nous n'envisageons que sa miséricorde, nous ne nous appuyons que sur elle : ope misericordiœ tuœadjuti, et sur les mérites infinis de Jésus- Christ son Fils, Notre- Seigneur : Per eumdem Dominum, nostrum Jesum Christum. Afin d'obtenir encore plus sûrement cette double grâce d'une innocence et d'une paix inaltérable, nous prions la Bienheureuse Vierge Marie, mère de Jésus et la nôtre, les saints apôtres et tous les Saints, de présenter et d'appuyer nos supplications : Intercedente Beatâet gloiiosâ semper Virgine, Dei genetrix Maria. . .et omnibus sanctis.

A partir de ce moment jusqu'à la communion, le prêtre s'at-

tache presque exclusivement à demander la paix. Il la souhaite aux fidèles lorsque, tenant en main une parcelle de l'hostie sainte qui a pacifié le ciel avec la terre et traçant par trois fois sur le ealiee avec le corps même de .Jésus- Christ, une image de cette croix, instrument sacré de cette paix, il leur dit : Pax Domini sit BCtnper vobiscum. que la paix du Seigneur soit avec veus et qu'elle y soit toujours. De son côte le peuple désire que le prêtre ail la paix :</ cum spiritu tuo.

Ah ! que les prêtres et les fidèles demandent surtout alors cette paix délicieuse dont ils jouiront, lorsqu'après les combats de cette vie, consommés en Dieu, ils vivront de son éternelle et bienheureuse vie • haec commixtio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi fiât accipientibus nobis in vitam œternam.

Alors humblement incliné et les yeux tendrement fixés sur la sainte victime, le prêtre lui dit, dans un langage où tout respire le respect, la confiance et l'amour : " Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, " et, en prononçant ces dernières paroles, il frappe sa poitrine parce qu'il considère ses péchés avec le repentir qu'il en a, comme le plus puissant motif de commisération qu'il puisse représenter à Jésus- Christ qui s'est immolé pour les pécheurs. Qu'il ait pitié de nous et qu'il nous donne la paix, doua nobis pacem, la paix qui est le bien par excellence.

Les mains jointes sur l'autel, les yeux toujours attachés sur l'adorable sacrement, le prêtre la demande, cette paix, avec une instance nouvelle dans la première des belles oraisons qui précèdent immédiatement la communion. Mais comment peutil se promettre une paix si désirable, comment peut-il l'obtenir pour ses frères, puisque lui-même est pécheur ? Aussi il conjure Dieu de ne pas considérer la grandeur et la multitude de ses fautes : ne respicias peccata mea ; au contraire qu'il regarde son Église s'appropriant les mérites de son divin Époux pour en couvrir tous ses enfants et les dérober en quelque sorte aux regards de sa justice. Sed fidem Ecclesiœ tuœ.

Le moment de consommer le sacrifice par la réception de la communion est arrivé. Le prêtre s'adresse à Notre-Seigneur et lui dit : Domine, Jesu Christe, Fili Dei vivi, Seigneur Jésus- Christ, Fi) s du Dieu vivant, vous avez donné la vie au monde par votre mort ; je contemple en ce moment et je vais m'incorporer tout à l'heure cette humanité sacrée qui a été le moyen de notre rédemption. Je vous le demande par ce même corps divin et ce sang adorable, per hoc sacrosanctum corpus et sanguinem tuum, délivrez-moi de tous les péchés et de tout mal, ab omnibus iniquitatibus meis et unversis malis. Et puisque votre bonté encourage ma confiance, accordez-moi une autre grâce qui mettra le comble à toutes les grâces, éternisez la sainte union que je vais contracter avec vous, en m'at tachant si fortement à votre loi que jamais rien ne puisse jamais me séparer de votre amour : fac me tuis semper inhaerere mandatis et a Te nunquam separari permutas.

Je crains qu'il y ait présomption de ma part à oser recevoir le corps de mon Seigneur et de mon Dieu : Quod ego indignus sumere prœsumo. Je tremble de trouver mon jugement et ma condamnation dans l'acte le plus saint si je ne le fais pas avec la sainteté qu'il exige. Ne le permettez pas, ô mon Dieu : non mihi proveniat in judicium et condemnationem. Quand je considère la bonté dont vous usez à mon égard, l'amour prodigieux avec lequel vous voulez vous donner à moi, je me rassure, je viens à vous et j'espère tirer un grand profit de la visite que vous daignez me faire : pro tua pietate prosit mihi. Vous serez le le lieu de mon refuge dans les alarmes que me cause la justice de votre Père : ad tutamentum ; vous serez mon rempart et ma défense contre tous les ennemis qui ne cessent de m'attaquer. Votre corps produira dans mon corps une impression de force et de pureté qui me rendra vainqueur de la concupiscence : ad tutamentum mentis et corporis et ad medelam percipiendam. Si le commerce que je suis obligé d'avoir avec le monde me fait contracter quelque souillure, j'irai, ô mon Dieu me laver dans le sang de l'Agneau et dans mes larmes ; et puis vous-même, charitable médecin, vous viendrez par le sacrement de votre

amour achever la guérison de mon âme, ad medelam. Si les travaux m' accablent, si le découragement se fait sentir à la pensée de l'inutilité de mes sueurs pour la culture du champ que vous m'avez confié, quelles que soient mes souffrances et et mes peines, j'en trouverai en vous le remède.

Maintenant la Victime est immolée, la table est dressée, Jésus eei impatient de se donner à ceux qu'il aime: desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum. Le prêtre tombe à genoux et adore profondément celui qui s'abaisse jusqu'à devenir sa nourriture. Il se relève et avec l'empressement d'un homme affamé : je prendrai, dit-il, le pain qui seul peut rassasier tous mes désirs ; pain céleste, c'est le ciel qui le donne et il donne lui-même le goût du ciel à ceux qui le mangent : panem celeshni accipiam, et, dans la joie de mon âme j'invoquerai le nom du Seigneur, et nomen Domini invocabo.

Le prêtre sent le besoin de reconnaître encore une fois son indignité profonde et, frappant sa poitrine, il s'écrie : Domine non sum dignus ! Que suis-je pour que vous logiez dans ma maison ? Je vous en supplie, dites une parole et mon âme sera purifiée : sed tantum die verbo et sanabitur anima mea. Alors il se livre tout entier à un ami si généreux et il lui demande de marquer son âme du sceau de l'immortalité bienheureuse : corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam œternam. Amen. Cette union si sainte est consommée!

Le bon prêtre s'enferme aussitôt avec Jésus dans le sanctuaire de son âme. Il recueille avec respeet les parcelles de la divine hostie et tout occupé de sa reconnaissance, il dit à Dieu : quid retribuam Domino pro omnibus quœ retribuit mihi ? Que donnerai-je au Seigneur pour ce qu'il vient de faire pour moi ?

Calicem salutaris accipiam. Le meilleur moyen de remercier Dieu des dons qu'il nous a faits c'est d'étendre la main pour en recevoir de nouveaux. Je prendrai donc le calice du salut et j'offrirai au Père éternel le sang précieux de son Fils, lui disant : respice in faciem Christi tui, et C3tte divine offrande paiera mes dettes, Jésus sera mon défenseur ; avec lui je serai à couvert de

tous les traits de mes ennemis : ab inimicis meis salvus ero.

Avec quelle vivacité de foi, d'espérance et d'amour, le prêtre fervent boit le sang de Jésus ! Il lui semble le voir couler de toutes ses plaies. Puisse son âme, fécondée par cette rosée divine, porter des fruits ! Puisse ce sang rédempteur guérir ses blessures, la rendre invulnérable et la conduire à la vie éternelle ! Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam œternam.

Après un si grand bienfait, l'action de grâces ne peut ni commencer trop tôt ni trop se prolonger. Le bon prêtre n'attend pas qu'il soit descendu de l'autel pour s'acquitter de ce devoir. Il récite dévotement les prières qui terminent la messe et qui ont principalement pour objet de tenir l'âme dans une intime union avec le Sauveur et dans un ardent désir de profiter de sa visite.

Quod ore sumpsimus, Domine, purâ mente capiamus. Il ne s'agit pas seulement de communier au corps de Jésus, il faut participer à son esprit, à sa vérité, à sa sainteté, par la communion de l'âme, afin que ce don céleste qui nous a été accordé dans le temps puisse nous guérir de tous les maux pour l'éternité, et de munere temporali fiât nobis remedium sempiternum.

Quand on possède Jésus-Christ, on n'a plus qu'une chose à désirer, c'est de le posséder toujours, de le conserver au plus intime de soi-même et, pour ainsi dire, dans les entrailles de son âme. Le prêtre le demande par la prière : Corpus tuum, Domine, quod sumpsi et sanguis quem potavi, adhœrat visceribus meis.

Alors le prêtre va lire l'antienne qu'on appelle "la Communion" parce qu'elle est ordinairement tirée d'un psaume qu'on chantait autrefois pendant la communion des fidèles. Puis il lit la dernière oraison par laquelle l'Église lui fait remercier Dieu publiquement des grâces reçues avant qu'il le fasse en particulier. Et quand il l'a récitée, il ferme le missel ; la messe est dite : Ite, missa est. Allez en paix, dit le prêtre aux fidèles : les divins mystères sont achevés : vous avez été associés au

sacrifice de Jésus-Christ ; un grand devoir nous reste à accomplir, répondent les assistants : rendons grâces à Dieu : Deo gratins. Cette prière si courte est en même temps si conforme aux justes sentiments d'une âme qui vient de recevoir du ciel un immense bienfait que la messe ne peut finir d'une manière plus convenable.

Le prêtre dit alors une prière qui est bien propre à remplir son cœur de dévotion ; elle est une espèce de récapitulation de tout ce qu'il a dit à Dieu dans la grande action qu'il vient d'accomplir, un résumé de toutes les saintes affections qu'il a produites et qu'il renouvelle avec ardeur. C'est un effort suprême par lequel il conjure la Sainte Trinité d'agréer le saint ministère dont il vient de s'acquitter, tout indigne qu'il en était, de recevoir en odeur de suavité le sacrifice qu'il vient d'offrir et d'en répandre les effets salutaires sur lui et sur tous ceux pour qui il l'a offert. Placeat tibi sancta Trinitas, obsequium servitutis meœ. . . mihique et omnibus pro quibus illud obtuli sit, te miserante, propitiabile.

Les fidèles ne veulent pas se retirer avant que le prêtre les ait bénis. Aussi celui-ci approche ses lèvres de l'autel comme pour puiser à la source des grâces ; et le cœur, les mains, la bouche pleine de bénédictions, il les bénit au nom du Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, benedicat vos omnipotens Deus.

Avant de quitter l'autel où il a fait de si grandes choses et reçu de si grands biens, le prêtre doit réciter avec attention et ferveur l'Évangile de saint Jean que saint Augustin voulait voir écrit en lettres d'or sur tous les murs, qui est un merveilleux abrégé de tous les mystères de notre sainte religion. Il est heureux d'adorer les grandeurs de ce Verbe qui était dès le commencement, qui était en Dieu, qui était Dieu et par qui toutes choses ont été faites. Il est heureux de se rappeler que ce Verbe s'est fait chair et qu'il habite en lui. Il y est plein de grâces et de vérité, plénum gratiœ et veritatis, de vérité pour l'éclairer, de grâce pour le sanctifier et faire de lui le sanctificateur de ses frères. Aussi il va descendre de la sainte montagne bien décidé

à ne se servir de ses yeux que pour voir le Seigneur et de ses oreilles que pour l'écouter.

Le prêtre doit, descendre de l'autel avec la gravité d'un homme qui vient du ciel, qui a vu et qui porte Dieu dans son sein. Il ne doit permettre à aucun objet de le distraire des mystères profonds qui s'accomplissent en lui ; il doit être muet, sourd, aveugle en ce qui concerne les créatures, n'avoir des sens comme n'en ayant plus pour toutes les choses d'ici-bas. Quand seraitil à Dieu et aux choses de l'éternité si ce n'était en ce moment ? C'est alors pour lui le moment de se mettre à l'écart et de pratiquer en silence l'avis de Notre-Seigneur : Intra in cubiculum tuum et, clauso ostio, or a Patrem tuum qui videt in abscondito.

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