‹ áA mes prãetresChapitre 19 sur 35 · LE LEVER · texte numérisé non relu

LE LEVER

*' Le matin, dès que je m'éveille, mon âme tourne ses regards vers Marie " disait le Bienheureux Henri Suzo. Comme cela est naturel ! La première pensée n'est-elle pas pour ce que l'on aime ? La mondain pense à ses plaisirs ; l'homme d'affaire à ses intérêts, l'ambitieux aux honneurs. Nous, pourquoi ne penserions-nous pas à notre Mère du ciel ?

Cet acte initial de notre journée donnerait en quelque sorte le ton, la note dominante à tout ce que nous ferions ensuite. La première heure du jour est l'heure décisive, qui donne l'impulsion aux heures suivantes et tout marche ensuite sous l'action de ce premier coup.

Durant notre sommeil, Marie a eu sans cesse le regard fixé sur nous ; elle a recommandé à notre bon ange de veiller sur nous avec une diligence spéciale, sub umbra alarum tuarum protège nos. N'est-ce pas juste que notre premier regard soit pour elle ? Notre premier soupir, un soupir d'amour ? notre première pensée, le souvenir de Marie ?

Dès que sonne l'heure déterminée pour le lever, levez-vous promptement, immédiatement ; vous n'avez rien à gagner à attendre et à vous bercer dans de somnolentes rêveries.

Faites le signe de la croix posément, en prononçant pieusement les noms du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vous mettant ainsi au service de la Sainte Trinité. Alors de suite, fixant le regard de votre âme sur Marie, dites-lui : " Titus totus sum ego, ô Virgo gloriosa, super omnia benedicta. 0 Vierge glorieuse, placée par votre Fils au-dessus de toutes les créatures, je suis à vous avec tout ce que je possède." A vous mon cœur, à vous mes pensées ; à vous mes actions de la journée. Que tout cela soit pour la plus grande gloire de notre divin Sauveur dont vous êtes la Mère.

Que ce regard sur Marie a de charme ! Sur son front est peinte

une telle expression de maternelle indulgence que toute appréhension fuit en sa présence. Mieux en quelque sorte que Jésus Marie nous dit, en nous tendant la main, en nous séduisant par Faménité de son regard : "Si vos yeux humectés de larmes par l'angoisse ou rendus timides par vos faiblesses et vos défaillances n'osent se lever jusqu'à ceux de mon Fils, de peur d'y rencontrer la majesté du monarque ou le courroux du juge, vous pouvez sans crainte fixer les miens qui vous disent : Je puis beaucoup sur Celui dont la grandeur vous effraie, et votre prière peut tout près de celle qui met sa gloire à montrer qu'elle est Mère."

Pendant que vous procédez aux soins de votre toilette, ne perdez pas le souvenir de votre douce Mère. Récitez par cœur le Salve Regina, le Magnificat, ou autres antiennes que tout prêtre sait par cœur ; ou mieux encore dites la Salutation angélique, cette sublime prière qu'un ange apporta à la terre quand il vint annoncer à Marie qu'elle deviendrait la Mère du Sauveur. Ce salut au front de la Sainte Vierge est la plus glorieuse couronne que ses enfants puissent y déposer.

" Ceux-là me trouveront qui viennent à moi dès le matin, qui manè mgilant ad me, inventent vitam,(Prov. vin, 17), paroles des Proverbes que l'Eglise met dans la bouche de Marie et par lesquelles la Sainte Vierge nous dit : ceux qui sont diligents à me chercher dès le matin, me trouveront bien certainement.

Un compositeur célèbre dont les ouvrages n'ont pas vieilli et sont encore admirés de tous les connaisseurs, l'illustre Chérubini, n'a écrit aucune page de musique religieuse, si courte qu'elle fût, sans la terminer par ces mots : " Laus Deo, Louange à Dieu." Ce grand artiste savait que le travail de l'homme ne devient fécond que par l'assistance de Dieu et sa croyance à cet égard était si fermement arrêtée qu'il ne manquait jamais de l'exprimer dans ces deux mots qu'on lit encore, tracés de sa propre main, à la fin de tous ses manuscrits.

Cette conviction de l'illustre Chérubini est la nôtre. Chaque matin nous offrons à Dieu le travail de la journée afin qu'il

soit fécond ; nous demandons à Celui qui est la lumière et la vérité même d'éclairer nos intelligences, de bénir nos efforts et de les rendre fructueux. Sans doute nous ne voulons pas mettre Dieu de côté, mais nous voulons suivre le conseil que la raison et les Saints nous donnent, le conseil de passer par Marie, afin d'arriver plus facilement à Jésus-Christ, de suivre le canal pour éviter les écueils et arriver plus facilement à la source, le conseil d'intéresser la Mère à notre sort pour obtenir les faveurs du Fils.

Par ces prières que vous réciterez avec ferveur, vous vous préparerez une sainte journée en attirant sur elle la bénédiction de Dieu et celle de sa divine Mère. Il est si facile et si doux de s'unir ainsi dès le matin à sa douce Mère du ciel ! L'esprit, encore libre des soucis et des préoccupations qui assaillent parfois, si nombreuses, le prêtre peut se tourner vers le ciel avec tout l'élan et la spontanéité de l'amour.

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