‹ Abailard et HéloïseChapitre 77 sur 80 · SUR LA FILLE DE JEPHTÉ DE GALAAD · texte numérisé non relu

SUR LA FILLE DE JEPHTÉ DE GALAAD

Rassemblez-vous, vierges d’Israël ! formez les chœurs accoutumés ! Que les hymnes lugubres se succèdent ! Accomplissez le rite gémissant de vos cérémonies. Arrivez les cheveux épars, le front chargé de tristesse, avec des larmes et des cris.

Loin de vous les riches atours et les bijoux précieux. La fille de Jephté de Galaad, la vierge pure, immolée par son père, réclame aujourd’hui l’offrande anniversaire de vos élégies, et le rhythme de vos pieux concerts. Sa vertu a mérité ce funèbre hommage.

O vierge, plus digne encore d’admiration que de larmes ! Où est l’homme qu’on pourrait lui comparer?

Pour que le vœu de son père ne reste point sans effet, pour que la victime promise ne soit point dérobée au Seigneur, c’est elle qui console le peuple, elle qui tend sa gorge au couteau.

Au moment où son père victorieux revient du combat, entouré de ses guerriers, poussée par la joie elle accourt à sa l'encontre en faisant retentir le tyrnpanon.

A sa vue le père troublé, gémissant, change son allégresse en sanglots; car il se souvient de son vœu. Son triomphe est devenu le deuil de sa maison :

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« lu as lionipc imm esjioii', mu lillo, ô mon iiniijiii' cnraiil, clil le capitaine. Ion erreur te fera payer cruellement notic joie, et cette victoire (jue le Seigneur nous a donnée sera ta perte ! »

Klle répond : «Je remercie le c.iel que mon ignorance t’ournisse pour une si grande cause une victime résignée comme moi. Aliraham, voulant immoler son fils, ne put obtenir de Dieu cette faveur que son enfant frit accepté de scs mains comme hostie.

Celui qui a repoussé le jeune garçon accepte par votre vœu la jeune lillc. Voyez, mon père, la gloire de mon sexej voyez I honneur insigne fait a votre sang, et sachez en être lier. Comme jiar le sexe, soyez homme par le courage, je vous en supplie. rVe vous opposez ni à ma gloire ni à la vôtre, en me préférant à votre àrae, et en blessant Israël par un blâmable exemple.

IlespectoMs le choix du ciel, et qu’il dispose de sa victime. Autrement vous offenseriez à la fois le Seigneur et le peuple; vous perdriez la faveur de celui-ci en déplaisant à l’autre.

C est ici un acte cruel, mais la piété le commande, car la victoire est le prix de la victime. Payez votre dette, ô mon père, et apaisez ainsi le Seigneur. Vous consentiriez plus tard à ce sacrifice, et peut-être ne serait-il plus accepté. Ce qu’une, vierge tendre affronte sans trembler, que la main d’un homme ose l’accomplir. La promesse qui vous lie est un vœu sacré.

•Mais vous m’accorderez un sursis de deux mois, pour que je puisse parcourir les vallées et les collines avec mes compagnes, et pleurer I arrêt du Seigneur qui me prive de postc- I ité, I arrêt qui lait de ma mort la sanction nécessaire de la loi, et qui ne peut être racheté par la pureté d’une hostie qui ne connaît ni tache ni souillure. »

(,e temps écoulé, la fille uniipie de Jephté revint près de son père.

Llle se rend dans la partie réservée de ses appartements, elle dépose ses vélemenis fniu'bres e( ses \oiles de demi. Lllc

COMPLAINTES

entre dans la salle du bain au milieu du cercle gracieux de ses compagnes. L^onde ranime son corps languissant, le purifie de la poussière du pèlerinage, et lui rend sa force et sa fraîcheur.

Les jeunes fdles apportent en pleurant diverses pâtes précieuses contenues dans des coffrets d’or. Les unes parfument la victime ; d’autres disposent ses cheveux d’une main habile, et l’ornent pour le fiancé qui l’attend, le tombeau.

Bientôt la jeune vierge sort du bain; elle envoie dire à son père de faire préparer l’autel et le bûcher, tandis qu’ellemême prépare avec soin la victime pour qu’elle plaise au Seigneur, et qu’elle soit digne du prince.

Oh ! quelle explosion de douleur provoque de toutes parts ce sombre message, et par combien de lamentations il est accueilli ! Le capitaine presse le peuple éploré de bâter ses préparatifs, et sa fille presse les vierges ses compagnes de lui apporter ses vêtements et de l’habiller pour la mort comme elles l’auraient fait pour ses noces.

L’une lui présente la tunique, une autre le mantelet de pourpre ; des larmes ont mouillé la tunique; des larmes brillent sur le mantelet.

L’or, les pierreries, les perles étincellent dans le collier qui orne sa poitrine, et empruntent un nouvel éclat aux pendants d’oreilles, aux bracelets et aux cercles d’or qui chargent les membres délicats de la jeune vierge.

Mais déjà impatiente, elle se lève de son lit, et repousse les autres ornements : « Ce serait assez pour celle qui se marie ; c’est trop pour celle qui va mourir. »

Peu après, elle saisit l’épée nue, la présente à son père....

Qu’ajouterons-nous, que dirons-nous de plus? Faut-il ouvrir la source des larmes et des gémissements ? Parcourons toute cette triste carrière puisque nous y sommes entrés.

Elle rassemble autour d’elle les plis de sa robe sur les degrés de l’autel enflammé, et reçoit à genoux la pointe du fer que sa main a présenté.

O juge insensé ! ô zèle égaré du prince! — O père mallicu-

COMPLAINTKS.

3 Dr.

reux, (iesUucleur de la postérilé de saillie uiiiipie (pi’il anéantit par la mort.

Itépétez, jeunes lilles, les louanges de la vierge glorieuse, de la sublime vierge d^lsraël. N’oubliez jamais celle ijui est votn’ orgueil !

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