AbdelKader, sa vie politique et militaire
bien agréer rbommage de ce travail , destiné à faire eonnaître la, *vie politique et militaire de Thomme célèbre qui a tenté la reconstitntion de la société arabe et soutenu, durant quinze années, une guerre acharnée contre la France. Je me suis efforcé d'y montrer Abd- - el-Kader tel qu'il a été, tel qu'il est, tel que je l'ai vu, et, m'mspirant des nobles paroles placées en téte de ces pages, de rétablir à son égard (dût même quelquefois notre amour-ijropre national en souffrir) la vérité des faits, qili seule explique et la durée de la résistance et lee difficultés de la victoire. * Paisse ce livre rappeler à Votre Excellence les temps
oii elle préludait par dMminents services en Afrique
à réclatant triomphe qui a illustré sa carrière! . Je prie Votre Excellence de me permettre d'associer à mon hommage Tannée cpii a triomphé de Innomme dont je vais raconter l'iiistoire.
Yenillez agréer, Monsieur le Maréchal, l'expression de mes sentiments de profond respect.
Alex. B£LL£mar£«
M. le maréchal Soult disait, en 1843» k l'une des
personnes de son iiiUmilé :
. « Il n*y a présentement» dans le monde, qae trois
« lioiiimcs auxquels on puisse accorder légitimec ment la qualiûcatiou de grands^ et tous trois ap-
« partiennenL à l'islamisme; ce sont : Abd-el-Kader, c Méhémet-Ali et CbamyL »
Nous venoiis racoulcr riiistoire du premier d'entre eux.
Mais avant d'aborder l'exposition et le jugement des taits qui se rattachent k Âl>d-el-Kader, il est
important que le lecteur se rende compte de l'organisatioa du gouvcmement turc dans la régence d'Alger au nioaient où l'armée française va mettre le pied sur la presqulle de Sidi-Ferruch. Ce coup d'œil rétrospectif est nécessaire pour apprécier la faute politique que nous allons commettre au début même de roccupation, et qui aura pour conséquence Télévalion d'Abd-el-Kader.
A l'époque du 5 juillet 1830, la régence d'Alger se trouvait divisée en quatre gouvernements principaux, dont trois , formant les beyliks de Tittery, d*Oran et de Gonstantine> étaient administrés par de grands feudataires relevant *du dey, sous les ordres duquel restait directement placée (abstraction faite delaKabylie, qui ne fut jamais réellement soumise) la portion de la province actuelle d* Alger qui est la plus rapprochée de la mer. La population de ces quatre gouvernenieiUs s'ùlevait à environ 2 7ûûûOU habitants» répartis ainsi qu'il suit, d*après leur ori* gîne : Arabes des tribus, 1 500 000; Kabyles ou Berbères, 1 000 000 ; Arabes des villes, Maures, Juifs, SOO 000.
Il s'en fallait de beaucoup que le gouvernement s'exerçât d'une manière complète et uniforme à régard de ces diverses populations. Si le pouvoir des beysétait absolu sur les habitants des cités, il était nul sur le pays kabyle compris dans le pâté montagneux situé à Test d'Alger, et surnommé depuis la Grande
INTHODUCÏION. h
Kabylie; contesté dans certaines tribus de même
origine, mais qui, se trouvant isolées du principal faisceau de la résistance, tiraient uniquement leur force des positions inaccessibles qu'elles occupaient; complet enfin sur les Arabes qui, résidant en général dans les plaines, se trouvaient plus à portée de la répression en cas de désobéissance ou de soulë* vement. En résumé, si Ton excepte la portion insoumise des populations berbères, la domination turque s'exerçait sur les quatre cinquièmes environ de ce que Ton appelait alors la régence d* Alger.
Un tel résultat eût été impossible à aUcindrc au moyen des seules milices turques, dont le nombre ne s'éleva jamais à 20 000 hommes cl fut souvent réduit à 15000, si les deys ne Tussent parrenus à créer un système d*organisation militaire d'une ha- . bileté incontestable, et auquel ils durent de maintenir pendant plusieurs siècles TAlgérie sous leurs lois. Ce système consistait, d*une part, à établir sur difîérents points, choisis avec soin, des colonies militaires peuplées de KouloughliSf c'est-à-dire de ûïs de Turcs et de femmes indigènes qui, sans participer à tous les avantages que les dominateurs ne croyaient pas devoir partager avec des enfants nés de femmes appartenant à la race vaincue, jouissaient cependant de certains privilèges en considération du sang osmanli qui coulait dans leurs veines ; de Vautre, à s*attacher par des exemptions
oa des faveurs les tribas arabes répolées les plus
guerrières, et à s'en faire une milice accessoire chargée d'assarer la tranquillité et d'appuyer au besoin les milices turques lorsqu'elles se mettaient en campagne. L'Algérie, avant 1830, ressemblait donc à un immense damier, dont certaines cases se trouvaient occupées par les tribus alliées des Turcs, et les autres par les tribus taillables et corvéables à merci. Uneagitation se produisait-elle sur un point» iunnédiutement les contingents des tribus auxiliaires, désignées sons le nom de douatrs dans Fouest, de dcïras dans l'est, ou sous le nom générique de makhzen, se repliaient sur la tribu récaldlrante» et
le gouvcrncuicat apprenait souvent à la fois el la faute commise et la punition infligée.
Il est facile de juger combien une organisation pareille devait susciter de haines de la part des tri* ^ bns opprimées conlre les tribus opprimantes, et comment, en présence de la désunion qui régnait entre les membres d'une môme race, il fut possible aux Turcs d'assurer, à Taide de forces relativement peu importantes, une domination absolue sur le pays arabe.
Lorsque nous primes possession d'Alger, rien n'était plus facile que de substituer notre action à celle du gouvernement que nous venions de détruire* Il eût sufû pour cela d'accueillir les propositions que firent les milices turques, car, par leur entremise.
IMTRODUCTJOII. '7
nous obtenions le concours des tribns makksm^ trop
heureuses de trouver un appui qui les garantît des représaiUes dont les menaçaient les tribus qu'elles avaient si iougtenips rançoiinées. Mais, ignorants de toat ce qui nous atvait inréeédé et des divisons intestines du pays, nous nous crûmes encore en Ëgypte, et nous pens&mes n*aToir d'autres ennemis que les Turcs : notre premier acte, comiae notre première Ikute, fut donc de les expulser. Dès ce moment, les tribus, débarrassées de toute préoccupation du côté des milices exilées, certaines de n'avoir plus rien à redouter de la part des tribus makhzefif désormais réduites à leurs profères Ibrces, commencèrent à s'abandonna à tous les abus de la liberté, se ruant sur leurs oppresseurs de la veiUe et exerçant contre eux toutes les ^n^eanees. Un tel état de clioses eut pour conséquence d'amener les Arabes sages et ennemis du désordre à chercher un chef assez puissant pour rétablir la tranquillité après laquelle aspirait le pays : ce chef M Abd-el« Kader.
Abd-el-Kader, porté au pouToir par les acdama-
tions de la classe intelligente et ennemie du trouble, dut naturellement tfouyer appui chez toutes les tri* bus oppriiaées par les Turcs ou par les tribus maUum^ et résislaiiee de la part de ces dernières. En éloignant les Turcs, nous lûmes doue les instruments de Félévation d*Abd-el-&ader. Mais si Témir
fut aidé par cette circonstance, il n*en a pas moins eu d'immeûscs difficultés à vaincre pour rétablir l'ordre dans le pays et assurer son pouvoir sur les tribus inféodées à Tancien gouvernement. Comment est-Il parvenu k les surmonter, à assouplir des populations d*autânt plus difficiles à contenir qu'elles ^ avaient une première fois secoué le joug ; à former, pour nous l'opposer ensuite, un tout de cette masse d'unités divisées entre elles par la haine? Tel est le sujet d*une étude qui emprunte un nouvel intérêt aux événements dont la Syrie a été naguère le théâtre*
Avant de commencer l'histoire de l'homme célèbre auprès duquel nous avons vécu pendant un temps malheureusement trop court, nous éprouvons le besoin de remercier les personnes qui nous ont fourni les moyens de rendre ce travail moins incomplet, et, avant toutes autres, M. le général Daumas, auquel nous devons là communication de documents précieux. Envoyé en mission auprès d'Abd^eUKader pendant son séjour à Toulon, cet officier général a obtenu de Témir des révélations du plus haut intérêt sur un certain nombre de faits liistoriques reslés jusqu'ici inconnus ou incertains. Le lecteur comprendra tout ce dont nous sommes redevable à M. le général Daumas en lisant les. pages extraites des documents qu*il a bien voulu nous confier. Nous avons pris soin d*en indiquer
Digitizea by <jOOgle
INTRODUCTIOIT,
chaque fois rorigine, non pas seulement pour rendre à César ce qui appartient à César, mais afin de garantir par un nom qui fait loi eu matière d'affaires arabes TauUicnticité des renseignements que
nous lui avons empruntés.
MAHHI-ED-DiN.
MABHI-BD-nilf.
Le père d Abd-el-Kader. — Éducation de l'émir. — Sa généalogie. — Prédictions. — Situation de la province d'Oran. — Persécutions. — Départ pour la Mekke. — Baghdad. — Retour en Algérie. — Prise d'Alger. — Le bey d'Oran. — Premier acte politique d'Abd-ei-Kader*
Âbd-el-Kader ben Mahbi-ed-Dia est né au commencement de l'année 1223 derhégyre(1808), près de Mascara, dans cette même plaine de Ghrls où Tingt' quatre ans plus tard il devait être prodamë sultan par les Arabes. Il a donc aujourd'hui cinquante-quatre ans.
La famille d*Abd-el-Kadcr appartient à Timportante tribu des Hachems, mais elle est originaire du Maroc, et ne vint s'établir on Algérie qu*à une époque asseis récente, puisque ce fut seulement Sy Mouslapha ben Mohammed ben Mokhtar, aïeul de Vémir, qui transporta son dcmar dans la province
MAHfil-ËD-DlN. 11
d Oran. Malgré le peu d'ancienneté de celle famille dans le pays, dk ne tarda pas cependant à y *aequérit* une influence considérable, grâce à la réputation de sainteté de raièul, et surtout du père d'Abd-el-Kader, Sy Mahlii-ed-ûîn.
Mahhi-ed-Dln eat quatre femmes et m enfants : de Ouiida bent sid el-Miloud, Sy Mohaiiiined Said et Sy Ifonstapha ; de f athma bent Sidi Daho» Sid el«liousseïn; de Zûhia bent Sidi Omar beu Douba, AlKM-Kad^r et une fille, Khedidja; de Kheîra, enfin, Sy-el-Mortedi. Abd-el-Kader est donc le troisième fils de Mabiii-ed-Dîn; il a quatre frères et une sœur mariée à Monstapha ben Tbamy, ancien kiialifah de Mascara^
HahbHed-Dttt était un homme uniquement préoccupé de la crainte de Dieu; ses enfants furent éle^ par lui dans ce sentiment* Sa fortune, relativement considérable, était moins la sienne que celle des pauvres, car jamais Tinfirme ou le voyageur ne firent un vain appel à sa générosité. Chaque année, la miqeure partie du produit de ses récoltes était consacrée à soulager les naalheurcux, et l'on n'eslime pas à moins de 500 le blé qu'il distribuait ainsi aux Arabes dans le besoin.
1. Lt père d« Mmiftttplu ben Thamy avait épousé la Meur de Malihi-edoDIn , Lella-Keltouma. Koustapha est donc en même 4emps cousin germain et beau-frère d*Abd-el-Kader.
t. Mesure contenant ISO Uires»
lâ . MAHHI-£D-DlN.
Non content de donner la nourriture du corps, Mahbi-ed-D!n atait voalu être également le dispeiH
sateur de celle de Tesprit et du cœur. Dans ce but il avait établi, à titre d'œavre pie, non loin de sa demeure de FOued eHIaxuaiàm, une école de lettrés {tMbas)f où» sous sa surveillance et sa direc* tion, se donnaient gratuilement l'enseignement des lettres, celui du droit et de la théologie. C'est dans celte espèce de zaouïa que le jeune Abd-el-Kader fit ses premières études ; c*est auprès de son père, dont il fat toujours le fils préféré, qu'il puisa ces sentiments religieux qui ont été partout et toujours le mobile de ses actions. Si Pon songe, enfin, qu'à la générosité de son caractère,* à la pureté d'une vie qu'il passa à faire le bien, Mahhi-ed*Dtn joignait la dignité de marabout et celle de chéri f\ il sera facile de comprendre Tinfluence qui s'attachait à son nom respecté dans une province ou la noblesse religieuse a été et est encore la seule noblesse. Cette influence ne s'exerçait pas seulement dans le cercle restreint de sa tribu; on peut dire qu'elle s'étendait partout où la renonuiiée du saint personnap^e s'était répandue, c'est*à-dire dans tout le beylik d'Oran. Il n'était pas rare que des Arabes accourussent de trente et quarante lieues de distance à la gitetna de Mabhied-Dtn, afin de lui soumettre les diCTérends qui les