‹ Abécédaire du salon de 1861Chapitre 8 sur 8 · MO · texte numérisé non relu

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faits sont connus de tout le monde. Ils groupaient ou faisaient se lieurter à leur fantaisie des combattants imaginaires, prétexte à des contrastes de couleur ou à des développements anatomiques, donnant plutôt l'idée abstraite de la guerre que la représentation précise de telle ou telle bataille. C'est ainsi que, dans un ordre élevé, procédèrent Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël et Lebrun ; et, dans un ordre inférieur, Salvator Rosa, Aniello Falcone, le Bourguignon , et d'autres inutiles à rappeler.

Le choc de cavaliers, le carton de la guerre de Pise, la bataille de Constantin et de Maxence, celles d'Alexandre, le combat de Salvator, malgré son énergique mêlée, les rencontres de cavalerie et les escarmouches tant de fois répétées des anciens peintres adonnés à ce genre, n'offrent aux artistes de notre temps chargés de rendre un ernnd fait d'nrmes qu'un sujet d'étude purement pittoresque. La bataille stratégique ne date guère que de Van der Meulen. Encoio, dans la représentation des campagnes du grand roi , Louis XIV et les carrosses de la cour occu-

penl-ils de rigueur le premier plan. Il tant arriver jusqu'à Carie Vernet pour voir les lignes se développer sur de larges espaces, et le régiment, ce héros multiple, se substituer au héros individuel. Carie Vernet, c'est une gloire qu'on a trop vite oubliée, a osé avant tout accepter franchement l'aspect moderne de la bataille, et son fils Horace l'a suivi résolviment dans cette voie féconde. — Gros fit, dans les proportions de Thistoire , d'admirables combats épiques ; Girodet, Gérard, Géricault, produisirent aussi de magnifiques morceaux et de superbes épisodes, mais non une bataille entière : peut-être le panorama seul est-il en état de réaliser ce rêve.

Bien des difficultés se présentent à l'artiste qu'une victoire récente met en face dune toile blanche, si vaste qu'elle soit, où doivent se heurter deux armées. S'il fait ses personnages de grandeur naturelle, il n^ peut en placer relativement qu'un bien petit nombre. — La bataille disparaît sous l'épisode. — S'il les réduit à la proportion de figurines, ils diminuent d'importance, et le tableau prend l'aspect d'un plan stratégique. — Il faut pourtant

opter entre ces deux partis à preadre, t(iii chacun olïrent leurs inconvénients.

Bien des connaissances spéciales sont nécessaires au peintre de bataille. Il doit savoir faire les chevaux, le paysage, le portrait; posséder sur le bout du doigt les mille détails de l'uniforme, de l'armement et de la manœuvre, — ce n'est pas peu de chose.— On ne se contente pas aujourd'hui des monstres chimériques qu'on acceptait jadis pour des chevaux: la facilité des voyages a rendu familiers à tout le monde l'aspect et le climat des lieux ; les généraux et les officiers mis en scène existent, du moins ceux qu'un boulet ou une balle n'a pas emportés au milieu du triomphe ; l'on peut les rencontrer dans le grand salon regardant la bataille qu'ils commandaient.

— Trompez-vous d'un bouton de guôlre ou d'un passe-poil, faites exécuter un mouvement faux à un soldat, le premier zouave qui passe devient un critique C(^pétent,

Nous ne parlons pas des exigences générales de l'art, de la composition, du dessin et de la couleur. Les lignes stratégiques contrarient les groupes savamment balancés , les mouvements voulus dérangent le

contour plein de style, lestons réglementaires de l'uniforme s'opposent parfois j^ des harmonies ou à des contrastes rêvés par le peintre ; eh bien, tout cela n'a pas empêché M Pils de faire un excellent tableau — la Bataille de V Aima.

Ce n'est pas, à proprement parler, une bataille, puisqu'on no s'y bat point, mais une grande manœuvre de guerre irrésistible et décisive, admirablement propre à la peinture. — Nous transcrivons les lignes de la notice insérée au livret, qui donnent l'historique du fait d'armes, avant de passpr à la description de l'œuvre.

u A onze heures, la deuxième division, commandée par le général Bosquet, franchit l'Aima... Son artillerie, sous les ordres du commandant Birral (batteries Fievée etRobinot-Marcy), accomplit des prodiges. Montant en colonnes par pièces, suivant des sentiers à peine tracés et presque impraticables, elle avait escaladé avec une rapidité extraordinaire ces hauteurs regardées comme inaccessibles... Cette manœuvre hardie, exécutée par le général Bosquet, a décidé du succès df^ In journée. »

M. Pi!s u ciu'adré « celle maiiunivre hardie » dans une vaste toile, et au premier plan ses hommes ont la grandeur naturelle. — L'Aima vient battre le bord du cadre. Dans ses eaux troublées, le général Bosquet s'avance à cheval, suivi de ses officiers et de son porte-fanion. Des turcos, submergés jusqu'aux genoux, le précèdent sur deux files, le fusil à l'épaule.

Ces figures au teint bronzé, aux tempes rasées et bleuissantes, fournissaient à l'artiste peiûtre d'excellentes occasions de couleur dont il a très-bien profité. Leur pittoresque costume algérien, leurs physionomies caractéristiques et leurs allures indolemment farouches, font un contraste heurpux avec l'uniforme sévère des artilleurs. — L'un d'eux, déjà parvenu à l'autre rive, s'agenouille et se penche pour remplir sa gourde. — Une pièce d'artillerie, enlevée par son puissant attelage et poussée à bras d'homme, franchit l'escarpement du bord en y traçant de profonds sillages. Les tambours des turcos, la caisse s.ur l'épaule ou sur la hanche, gravissent la pente à côté do la pièce que d'autres attelages précèdent sur \p revers abrupt de

la colline, dont le sommet so garnit do troupes. A divers points de la rivière des trains d'artillerie passent à gué et remontent avec un victorieux effort de l'autre côté de la rive. Plus loin, dans la plaine, se dessinent des lignes de troupes et blanchissent des fumées; un contour onduleux de colline ferme l'horizon.

M. Pils peint les soldats avec une simplicité mâle, sans fanfaronnade et sans fausse crânerie. Il met une âme sous leur uniforme et donne à chacun un caractère. — Ses têtes ne sont pas, comme on dit, des têtes de chic ; elles représentent une individualité humaine, tout en gardant le cachet militaire. Ce ne sont pas de vagues comparses ainsi qu'en font trop souvent les peintres de bataille. Vous pouvez les regarder un à un, ils vous intéresseront tous : ils vivent, ils pensent et ils agissent.

Il y a une extrême variété de mouvement dans les groupes qui s'empressent autour des pièces, escaladant la colline, tandis que le devant du tableau repose l'œil par une tranquillité relative. — Ici la pensée qui conçoit, là-bas la force dévouée qui exécute !

L'effet général du tableau ost harmonieux. Les premiers plans, d'une couleur sobre et solide, repoussent les fonds, et la lumière détache au flanc de la montagne la fourmillante ascension d'une multitude de figurines, si justes de mouvement qu'il semble qu'on les voie marcher.

Disons encore à la louange de M. Pils qu'il a su rompre sans mensonge ce bleu réfractaire des uniformes, que les uns font bleu de ciel, les autres indigo, ceux-ci noir, ceux-là gris, mais personne de la nuance vraie. Les chevaux ont une bonne allure ; ils ne sont pas satinés et moirés de luisants comme s'ils sortaient d'un box anglais, mais ils déploient la vigueur du cheval de guerre et tirent à plein collier.

Le litre Bataille de Solferi?io, donné par M. Armand-Dimiarescq à son tableau, serait bien ambitieux s'il n'était tout de suite corrigé par le sous-titre Episode des chasseurs à pied. — Et d'abord cet épisode vaut-il le? honneurs d'une si grande toile? Traité dans des dimensions moindres, il n'aurait rien perdu, ce nous semble, de son intérêt, et les convouancps de propor-

t.lon entre le sujet, et l'œuvre eussent rendu la critique moins exigeante.

Rien n'est plus singulier d'aspect que le tableau de M. Ârmand-Dumarescq. — Sur le talus intérieur d'un pli de terrain qui les masque, parmi des broussailles et quelques grêles arbres écimés, égratignés, amputés par les boulets, les chasseurs k pied sont couchés à plat ventre, prêts à faire feu, vus eu raccourci et présentant à l'œil une série de semelles h gros clous. C'est, vous en conviendrez, un étrange premier plan ! — Ces diables de semelles ont une importance énorme. Les corps qu'elles chaussent étant diminués par une perspective directe, elles semblent plus grandes qu'elles ne le sont en réalité. Un officier se hausse à demi pour commander le feu au moment précis, et le t'iairon agenouillé approche le cuivre de sa bouche pour que la fanfare éclate en même temps que la fusillade.

En effet, une batterie d'artillerie autrichienne arrive au plein vol de ses chevaux animés par les coups de fouet et les détonations ; un officier galope en tête, le pistolet à la main, le sabre attaché au poing, ne s'attendant pas à la grêle de ballos qui

le va saluer au passage. Au loin s'étend le champ de bataille avec ses mouvements de troupes, ses monceaux de blessés et de morts, ses collines surmontées de tours, ses masses de fumée, ses dentelures de montag.ies et son ciel orageux, haché, dans un coin, d'une pluie diagonale.

Faut-il dire toute notre impression ? Sans doute la guerre a ses exigences, et ce serait s'attendrir hors de propos que de faire de la sensiblerie sur un champ de ba'aille. L'embuscade est un moyen de détruire l'ennemi qui en vaut un autre ; et, certes, ceux qui courent au-devant de la mitraille ont le droit de l'employer. Cependant cela nous froisse un peu de voir ces pauvres diables d'Autrichiens qui galopent avec tant de confiance, se croyant relativement en sûreté, arriver devant ces chasseurs à pied, lasés contre terre comme des Mohicans, et prêts à les canarder. — Nous leur crierions volontiers : « Ne passez pas là ! » L'artiste aurait pu trouver aisément un fait d'armes plus propre à mettre en lumière l'héroïsme de ces braves chasseurs à pied que cet épisode : il eût peut-être évité ainsi de rappeler une lithographie bien connue de

Ratfet, qui présente une dispusilioii analogue, piquante sans doute dans un croquis, mais trop bizarre pour un tableau de grandeur hii-torique.

Ces critiques faites, on ne peut que louer la facture énergique et savante de M. Arraand-Dumaresq, son coloris solide et bien empâté, et le talent réel qu'il a fallu pour dessiner cette file d'hommes en raccourci.

Renonçant franchement à s'astreindre aux règles ordinaires de l'art, M. Beaucé nous semble avoir trouvé la vraie manière de traiter la bataille moderne. La grande composition de la Bataille de Solferino occupe plusieurs. lieues carrées, elle «e groupe autour de trois centres et s'étage sur sept ou huit plans. Les personnages se comptent par milliers, les incidents et les épisodes par centaines. Si vaste que soit la toile de M. Beaucé relativement aux figures, elle ne nous donne cependant qu'une partie de la bataille de Solferino, car les fameuses hauteurs qu'enlèvent la garde et le 1" corps s'aperçoivent à une certaine distance, sur l'extrême gauche du tableau. Le maréchal Niel, voulant arrêter la marche des renforts autrichiens qui se dirigent sur Solferino, fait avancer le

corps dans la plaine qui s'étend entre ce dernier point et la ferme de Casa-Nuova. Le maréchal occupe avec son état-major le centre et le premier plan de la composition , à quelque distance de la ferme sur laquelle se porte l'effort de l'ennemi et qui commence à brûler et à s'écrouler. Toute la gauche du tableau est occupée par une formidable artillerie, rangée en arc de cercle et qui intercepte « inébranlablement » — comme dit le livret — les communications des Autrichiens avec ceux des leurs qui défendent Solferino ; à deux kilomètres au delà, on distingue leurs lignes blanches rayant la plaine et se confondant avec la fumée de l'arlillerie et des' feux de peloton. Sur la droite, la batterie se prolonge, perpendiculairement au plan du tableau, pour prendre l'ennemi à revers. Derrière l'état-major, sur un terrain parsemé çà et là d'arbres décapités et écorchés par les l)oulets, au milieu d'une cohue de fantassins, de cavaliers, de caissons et de l'ourgons, s'avance une colonne de prisonniers autrichiens; un soldat conduisant à l'ambulance un officier supérieur resté à cheval malgré sa blessure mortelle, un ré-

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giment de hussards dont on n'aperçoit que les premiers rangs et qui attend son tour de donner, remplissent la droite du tableau, qui ligure, pour ainsi dire, la coulisse de cet immense théâtre. Des nuages, amoncelés du côté de Solferino, commencent à se déverser en pluie sur l'ennemi et vont lui faciliter la retraite en cachant ses mouvements.

Malgré son immense développement, la composition s'équihbre bien, et le spectateur saisit au ^ premier coup d'œil l'esprit de cette manœuvre qui restera célèbre.

M. Beaucé a vu ce qu'il a peint, et sans chercher à rehausser son tableau d'épisodes sentimentaux et invraisemblables, il a fait quelque chose d'émouvant, de grand et de vrai.

Il y a beaucoup de mouvement dans l.i Hataille de Solferino de M. Paternostre. L'Empereur, arrêté à mi-côte d'un monticule, donne l'ordre à l'artillerie de la garde de se mettre en batterie devant Cavriann. Des attelages ivres de bruit et de peur se dressent et se renversent au premier plan ; défilant deva)it TEmpereur, ils gagnent au galop hMir posilioti et gravissent Li

<M'ète de la colline. L'effet de ces silhouettes de cavaliers, de canons et de chevaux cabrés, se détachant en vigueur sur un ciel orageux illuminé par une éclaircie subite, est vraiment fantastique.

Au lieu d'intituler son tableau Bataille de Solferino^ M. Yvon aurait dû le désigner sous le titre de rEmpercur à Solferiîio, il se serait par là évité bien des critiques. Tout en effet, dans cette toile, converge vers l'Empereur ; la bataille, reportée à l'arrière-plan, se distingue à peine, cachée en partie par la hauteur sur laquelle est placé le Souverain.

« L'Empereur donne au général Camou l'ordre d'envoyer la brigade Manèqiie (garde impériale) appuyer la division Forcy {{" corps) et s'emparer de la position de Solferino. » Tel est le texte et le véritable titre de l'œuvre de M. Yvon. Établi au sommet du mont Fénile, l'Empereur étend la main dans la direction de Solferino, dont on voit la tour se dresser au fond du tableau. Le général Camou, à qui s'adressent le geste et l'ordre de l'Empereur, salue et passe au galop, escaladant la pente abrupto du niiuitirule que tourne

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la brigade, gagnant la position indiquée. Derrière l'Empereur, se groupent, dans des attitudes calmes , les officiers composant l'état-major impérial. Au delà du mont Fenile, se développent ou plutôt se devinent les différents incidents de la vaste bataille. Une batterie française tacheté de ses bouffées blanches la gauche sombre du tableau, tandis que sur la droite s'étend, baignée de lumière, la plaine de Mantoue.

Si, au point de vue de la peinture de bataille , cette œuvre n'est pas exempte de reproches, on ne peut que louer la disposition du groupe central, la ressemblance fidèle des personnages. L'Empereur s'isole bien sur le terrain labouré par les boulets où râlent quelques Autrichiens. L'immuable sérénité qui règne sur son visage donnerait de la confiance et du courage aux timides s'il pouvait s'en trouver autour de lui. — Comme dernière observation, nous nous permettrons de dire que nous n'aimons guère ces soldats coupés à mi-corps par le cadre et qui garnissent le bas de la toile. Cela produit un effet de shakos et de sacs qui ne nous semble pas très -heureux.

M. Janet-Langi' procèJe un peu à la

façon de M. Y von. L'Empereur et sa maisen militaire à Solferino olfre une réunion fort intéressante de portraits ; mais la gêne imposée à l'artiste par la nécessité de la ressemblance amène une certaine roideur dans l'exécution et dans la pose des personnages. Heureusement les blesses, les cadavres, les affûts brisés, les caisses crevées, les chevaux éventrés, que M. Janel- Lange a entassés sur la droite de son tableau, nous rappellent que nous assistons à une vraie bataille.

Le Dénoûment de la journée de Solferino^ de M. Devilly, est d'un aspect assez Uigubre. L'orage, qui a menacé toute la matinée, et que nous connaissons déjà par les tableaux précédents, vient d'éclater, favorisant la retraite de l'armée autrichienne, L'Empereur, du haut d'un mamelon qui domine la plaine, suit, avec sa lorgnette, les mouvements de l'ennemi. On s'est terriblement battu sur ce petit plateau. C'est, par terre, au milieu des débris d'armes et d'objets d'équipement, un pêle-mêle d'Autrichiens et (le lurcos. L'acharnement de la lutte persiste eno«ro sur leurs visages décolorés par la mort, car les nègi'es ont leur

pâleur, lout aussi sensible et tout aussi alfreuse que celle des blancs. Une pluie torrentielle strie le fond du tableau gt permet à peine de distinguer la tour de Solferino, centre de l'action multiple de la terrible bataille. Nous ne pouvons mieux clore que par cet épisode tinal la série des peintures inspirées par la grande journée du 2i juin

Parmi les tableaux qui ont trait à la bataille de Magenta, nous citerons une m<Mée de M. Rigo, représentant le Combat de Marcallo. Français et Autrichiens, engagés corps à corps, occupent le devant de la composition. A gauche, la lutte plus opiniâtre et plus sanglante encore se groupe autour d'un drapeau autrichien qu'un zouave vient d'arracher à ses défenseurs. Plus loin on voit déboucher, d'un bois qui borne l'horizon, de nouvelles troupes qui vont amener le succès des nôtres.

La bataille de Magenta^ de M. Couverchel, n'est encore qu'un épisode, traité, il est vrai, avec beaucoup de vigueur et de sûreté. Des chasseurs, lancés dans un terrain planté de vignes et d'arbres, les uns Hebout. Ips autres conpr^ p'ir les boulets,

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fondent de toute la rapidité de leurs chevaux arabes sur les tirailleurs ennemis.

Derrière eux se pressent les zouaves et les grenadiers. auxquels ils ont ouvert le chemin. Cela est mouvementé, sans confusion, et fort habilement peint.

On sait l'habileté spirituelle de M. Hippolyte Bellangé à manœuvrer ses troupes; c'est un des généraux de la peinture de bataille. Il a exposé plusieurs tableaux oîi l'on retrouve ses qualités ordinaires : Le Combat dans les rues de Magenta ; Un carré d'infanterie républicaine repoussant mie charge de dragons autrichiens. — L'espace nous manque pour en parler, mais nous dirons quelques mots de la toile intitulée Les Deux Amis., qui est une note nouvelle dans le talent de 1 artiste, la note attendrie, la note du cœur :

Et tels avaient vécu les deux jeunes amis. Tels on les retrouvait dans le trépas unis.

lieux amis, deux frères d'armes ont été tués devant Sébastopol l'un à côté de Tautre. Leurs agonies se sont cherchées et leurs cadavres ont gardé l'atlitude de l'embrasî-e aient suprême.

:isi - -

Ce spectacle touche hs s'jldnfs chargés d Vnlerrer les morts. Avant de jeter à la fosse ouverte les corps enlacés étroitement, ils s'arrêtent émus par cette amitié qui survit au trépas, et nous ne jurerion-; pas qu'une larme ne coule sur la moustache stoïque du capitaine qui inscrit leurs noms dans son carnet funèbre.

SCI LPT1 RE

MM. ClÉSINGKK, 1;aV£I.IE1'. , GuiLLAUMi;, G.-J

Thomas, Perbaid, Babbe, Maillet, Mabcellin.

SCHOENEWERKE, OtTIN, FbANCESCHI, Le HaBIVEL- DUROCHER, CORDIEB, PoLLET, FbÉMIET, GaSTON-

GtiiTTON, Sanzel, Chateoussf, Robinet, Pbouha,

AlZELlN, CVMBERWORTH, ClÈRE, CbAICK, EtEX.

Le bel art cte la statuaire disparaîtrait bien vite sans le dévouement des fidèles qui le pratiquent. — Le public y reste indifférent et ne de&eend guère au jardin oîi sont exposées les sculpUiies que pour fumer son cigare; la dernière bouffée exhalée, il remonte en toute hâte aux galeries des tableaux. Quoique au fond il ait un respect vague pour le sculpteur et le poëte, parce que le marbre et le vers sont durs à façonner, il trouve les statues et les poé-

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sies également ennuyeuses. Cttte forme abstraite lui déplaît. — Pas de sujet intéressant, pas de drame, pas d'actualité. — Cela ne fait pas son affaire, D'ailleurs, il faut bien le dire, la statuaire, si naturelle à la Grèce, sous une religion anthropomorphe, n'est dans notre civilisation chrétienne qu'une fleur de serre chaude, fleur précieuse et qu'on doit ne pas laisser mourir. Nos mœurs, notre climat, lui sont involontairement hostiles. Cet art, destiné aux glorifications de la forme humaine et qui ne peut vivre que par le nu, choque nos pudeurs ou tout au moins nos habitudes. Uq peuple toujours vêtu des pieds à la tête, comme nous le sommes, s'étonne à l'aspect de ces marbres découvrant avec la chasteté de l'art des beautés dont l'Amour ose à peine soulever les voiles. — Comment admirer et juger ce qu'on ne voit jamais ? et quoi de plus inconnu à l'homme civilisé que sa propre forme ?

Sans la sculpture, il en perdrait Tidée.

iMalgré tous ces obstacles, les statuaires persistent dans leur ingrat métier : ni l'oubl', ni le délaissement, ni la misère ne les découragent. — ils maintiennent obstiné-

nient la tradition du Beau et périraient à la tâche si la haute protection du Gouvernement, le seul acheteur qu'ils aient, ne les soutenait en leur faisant des commandes de travaux. — Pour embrasser cet art austère, il est besoin d'une vocation bien décidée, et la médiocrité même y demande de longues études. — A la fois plus idéale et plus réelle que la peinture, la statuaire ne permet pas les moyens échappatoires. La lumière, qui ne ment jamais, l'enveloppe sur toutes ses faces, accusant les défauts et les beautés. Les erreurs y sont palpables. — Aussi les études anatomiques du sculpteur sont-elles généralement plus fortes que celles du peintre : le corps humain es-t d'ailleurs son unique sujet. Pour lui, la nature ambiante n'existe pas.

L'exposition de sculpture de cette année est une des plus remarquables que l'on ait vues depuis longtemps, pour le nombre, l'import.mce et le méiite des morceaux qu'elle renferme. Les marbres et les bronzes y abondent, sans compter les modèles en plâtre qui, plus tard, recevront une exécution définitive. On ne saurait trop

louer les efforts courageux des artistes voués au maintien de ce grand art.

M. Clésinger a envoyé de sa laborieuse retraite de Rome des ouvrages qui n'attestent pas moins son talent que sa fécondité. Le principal est un groupe en marbre de Cornélie montrant ses deux fils, bijoux vivants dont se pare son orgueil de mère romaine, dédaigneuse des colliers d'or et des unions de perles. Sa beauté tîère a bien le type antique. De chastes draperies se plissent respectueusement autour de son noble corps, et les deux enfants, dans leur grâce puérile, ont une énergie qui fait déjà pressentir les Gracques.

L'aspect du groupe est monumental. — Cornélie trône au centre sur son tabouret, comme une divinité du foyer romain, comme un symbole de la maternité virile ; ses deux fiL-, qu'elle a poussés au-devant de la dame visiteuse qui lui demandait à voir ses joyaux, se détachent de chaque côté avec une symétrie heureusement balancée.

Peur sculpter ce groupe, M. Clésinger a cherché les lignes pures et tranquilles de l'antiquité et modéré la fougue qui caracté-

rise sa manière, — Il n'a pas voulu montrer sa personnalité à travers son sujet. Cornélie et ses fils ont le cachet de la statuaire romaine; — le type des têtes, la nature des formes, l'agencement des draperies, tout rappelle cet art, moins beau que celui des Grecs, mais encore magnifique.

Une telle œuvre eût paru à tout autre un envoi suffisant ; mais M. Clésinger ne se contente pas de si peu. Il a exposé eu outre une Diane au repos. — La déesse, fatiguée de la chasse, s'est endormie sur un bloc de rocher. L'un de ses bras s'arrondit au-dessus de sa tête ; l'autre glisse languissamment le long du corps, retenant à demi les javelots et l'arc. — Une draperie, qui préserve sans la voiler la beauté virginale de la déesse du contact de la pierre, accompagne de ses pHs l'ondulation des lignes, remplit les vides et assure la solidité de l'œuvre , admirablement ramassée dans son bloc. A côté de Diane, un lévrier dort, la tête sur ses pattes.

La nature fine, souple et nerveuse de la chasseresse a été bien comprise et parfaitement rendue par M. Clésinger. On reconnaît, à la sveltesse élégante des jambes

iiUongées dans le repos, l'agile déesse qui force les biches sur le Ménale ; à la pure fermeté du sein, la vierge des forêts qui, seule avec P.dias, n'a pas partagé la grande orgie olympienne. Ceux qui ont parlé d'Endymion sont des fciiseiirs de cancans; et, d'ailleurs, les affaires de Phébé ne regardent pas Diane, non plus que celles d'Hécate.

Rarement M. Clésinger a caressé un torse féminin d'un ciseau plus pur; il s'est abstenu de ces baisers ardents, de ces touches de flamme dont la hardiesse lui réussit, se souvenant qu'il avait affaire à une déesse virginale et farouche sans pitié pour les téméraires.

Comme si un groupe de trois personnages et une figure en marbre n'étaient pas assez, l'infatigablesculpteurles faisaitsuivre d'une Cléopàire, d'une tète de Rome, d'un buste d'Hélène à mi-corps, sans compter un essai de restauration appliqué à ces figures frustes du Paithénon qu'on désigne sous le nom de Parques. — Ces morceaux, arrivés trop tard, n'ont pu être placés que pendant la fermeture temporaire du Salon.

Clcopàtre s'est arrangée en grande voluptueuse pour mourir délicatement, avec toutes ses aises, sans agonie et sans laideur. Vêtue d'une tunique du plus fin tissu, elle s'est étendue nonchalamment sur tin lit de repos, onduleuse et souple à mériter l'épithète de « Serpent du vieux Nil » que lui donne Shakspeare. Le panier de figues qui recelait l'aspic gît au pied du. lit. La bète venimeuse a mordu le beau sein qu'on lui offrait, et le premier frisson du venin parcourt le corps charmant de la reine comme un spasme de plaisir. En sentant le froid de cette douce mort l'envahir, Clédpàtre ramène son genou, étend la main et renverse sa tête couronnée encore : elle va rejoindre Antoine et se dérober aux ignominies du triomphe.

Dans cette statue couchée, M. Clésinger, qui possède au plus haut degré le sentiment féminin, a déployé une morbidesse rare et dont on ne croirait pis le marbre susceptible. Sous les plis fripés et transparents, pour ainsi dire, de la tunique, le corps fait deviner ses formes, ou plutôt il les montre dans une nudité mystérieuse plus agréable peut-être que la nudité abso--

lue. Le ventre, les lianes, la hanche qui se relève par un voluptueux contour, sont indiqués à travers la mince étoffe avec une prodigieuse habileté de ciseau. La poitrine, les bras, que ne dissimule aucun voile, ont comme une fleur d'épiderme : quant à la fête, sa beauté déUcate a bien le caractère que lui attribue l'histoire.

Le buste d'Hélène trahit une certaine influence de Canova qui s'explique par le long séjour de l'artiste à Rome, où abondent les œuvres de ce statuaire, proclamé par Stendhal le seul homme de génie du siècle, avec Rossini et Vigano. Une élégance allongée, une grâce vaporeuse, une mollesse coquette se fondent à la beauté antique dans le buste de M. Clésinger, comme dans les types du grand sculpteur italien ; mais ressembler une fois par hasard à Canova n'est pas un grand mal, quand on possède soi-même une individuaUlé franche, et puis le mouvement de la main qui joue avec les perles du collier, comme pour donner une contenance à la belle créature embarrassée des regards d'amour fixés sur elle, est si heureusement trouvé, si féminin, si joli! l'nrrangement dr la

coiffure et des cheveux tordus sur sa nuque d'un goût si charmant I

Dans le buste qui personnifie Rome sous Ja figure d'une femme du Transtévère, M. Clésinger est revenu à son originalité. Cette tête aux lignes fières et puissantes est du plus grand caractère. Malgré la sévérité du type, la grâce ne lui manque point, car le nom secret, le nom cabalistique de Roma est A7nor.

Ld restauration des Parquer, groupe en plâtre, comble ingénieusement et avec une beauté probable les vides faits dans les divines sculptures, non par le temps, — il est pur de ce sacrilège, — mais par la stupide barbarie des hommes.

Une rencontre d'idées toute fortuite a i';iit s'occuper du même sujet deux artistes, l'un à Rome, l'autre à Paris. M. Cavelier, l'auteur de la Pénélope, a exposé une Curnélie avec ses enfants, placée au Salon non loin de la Cornélie de M. Clésinger. L'œuvre de M. Cavalier est pleine de mérite, et chaque groupe a ses partisans. Celui de M. Cavelier nous sem ble plus moderne de sentiment. Les enfante se rattachent à la mère comme des enfants

gâtés, et SI ies trois figures s'agencent et se lient mieux de la sorte , peut-être l'action même n'est-elle pas si bien exprimée. Pour une matrone romaine, cette Cornélie serrant ses fils près d'elle est un peu tendre et pas assez fière. Du reste, les têtes des enfants sont charmantes, les draperies ajustées avec un goût parfait, et l'ensemble de l'œuvre est digne de l'auteur.

Le Napoléon /" législateur représente l'Empereur en costume antique, largement drapé d'un manteau qui laisse les bras nus, couronné de laurier et tenant les tables de la loi. Sa tête un peu penchée a un caractère de méditation profonde. C'est le législateur et non k conquérant qu'il s'agissait d'exprimer. M. Cave lier y a complètement réussi. Le visage réunit à la ressemblance exacte l'idéalisation nécessaire quand on fait revivre dans le marbre un héros que l'apothéose permet de dépouiller du \êtement moderne.

Outre sa Cornélie et son Napoléon y M. Cavelier a exposé un buste en marbre d'Horace Vernet, traité d'une façon supérieure.

Tout à l'heure nous comparions le

groupe de M. Ciwelier an groupe de M. Clésinger. Son Napoléon lérjklafpur a un pendant et un rival dans le Nop-déon I" de M. Guillaume, une statue très-remarquable aussi et que nous avions déjà admirée à la Maison pompéienne de l'avenue Montaigne. — M. Guillaume a représenté l'Empereur tenant d'une main le sceptre, de 1 autre le code, le diadème en tête, l'épée au flanc, son aigle à ses pieds, dans une attitude victorieuse, sereine et fière. Sa statue se recommande par la beauté de la tête, la noblesse du style, le jet antique des draperies. Pour réchauffer la pâleur du marbre, l'artiste a sobrement teinté d'or et de couleurs légères la couronne, le rebord du manteau et quelques ornements. — Dans cette limite, nous admettons la statuaire polychrome, car il nous siérait mal d'être plus difficile en fait de goût que les Athéniens et que Phidias, qui mêlait dans ses chefs-d'œuvre l'or, l'ivoire et les pierres dures.

Le Virgile de M..G. -h Thomas est une des meilleures figures que la statuaire moderne ait produites. C'est bien là, tel que l'imagination se le représente à l'aide de

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quelques vestiges incertains, le chaste poëte qu'on appelait la vierge, le timide ami d'Auguste, de Mécène, dHorace et de Varius, le trop modeste écrivain qui, par testament, livrait VÉnéide aux flammes. — Une mélancolie inconnue des anciens attendrit son regard, et, sur son front penché, luit comme un rayon du christianisme près de naître et qu'il semble annoncer dans sa fameuse églogue. Jamais poëte antique ne fut plus humain, et, en ce sens, plus moderne. Chez lui, sous la beauté plastique, vibre l'accent du cœur. S'il a la blancheur déhcate du marbre, il n'en a pas la froideur ; il devine le premier la sensibilité et les larmes des choses, siint lacrijmœ rertim^ mot immortel et qui ouvre tout un monde ! Aussi le moyen âge a-t-il refusé de le damner, quoique païen. N'estil pas un prophète? et, né quelques années plus tard, n'eût-il pas embrassé avec ferveur la religion nouvelle qu'il avait pressentie par une faveur particulière de Dieu? — Le farouche Dante, qui l'appelle son maître et son auteur, le prend pour guide dans son voyage au monde souterrain, où il erre exempt de supplices. — Déjà In

crédulité naïve des âges barbares en avait fait un saint, confondant le poêle avec le mailyr.

L'artiste nous montre Virg'le dobout daijs raltilud-^ de la nif'ditation ; la draperie qui i^e ihythme autour de son f'orps, à plis élégants et noble.-, lai laisse les bras libres D une mùn il li-nt un r< ulrau de papyrus sur Ipquel il semble r lire i hexamètre qu'il vient de tracer; de l'autre, le style dont il note ses pensées. A. ses pieds, un pipe.Tu, une gerbe et une épée sjmbo- ]i«^'tlt les Bucoliques, les Georgiqnes fl V Enéide, les tiois genres de pciëiue où il a pxctl é. Une couronne de laurier ceint son fr'nt rêveur et presse ses cheveux demi-tombants. Le masque rappi lie un peu le profil que M. Ingres donne au pnële mmiouan récitant en présence d'A.ugu5'e et de Livie : « Tu Marcel lus eris. s) Une ceriaine langueur, qui n'altère pas la pureté des lignes, indique bien la nature valétudm:tire de Virgile et la supériorité chez lui de. l'homme moral sur Ihomme physique. Lps bras, quoique suffisamment p'eins, ne sont pas ceux d'un ath ète ou d'un travailleur. Les mains ont la délica-

tfsse élégante, nervpus*^ et fine de m'\ins liitéiairesdont tout le l.ibeLirev>>tdefixt^r les paroles ailées, les vers immortels destiués à voltiger sur les lèvres des g'^nérations.

Toute la figure s'ajuste avec une rare élégance; le bras replié sur \\ poitrine, comme pour indiquer que l'in-piration prend sa source dans le cœur, dis''ipline la draperie, empêche les plis de flotter au ha'sard, et la force à serrer le corps. Cette disposition heureu-e degtge la statue et lui prête une sveltesse sans maigreur.

Une pure forme aniique, animée pnr un sentiment moderup comme l^s ve-s d'André Chéuier, tel est le Virgile de M. G. Thomas.

Quelle est la douleur qui accable de sa prostration la remarqiihble figure de M. Perraiid? Est-ce un amour ir.ihi, une ambition d'Ç'ie, une perte ir épar ible?Oi^A'a souffert ce beau jeune homme a sis h terre, les bras pen lants, les j imbe-; inertes, la tête bisse et ne regardant rien, d ins une pose de désespérance romplète? Eh quoi ! si j'Mine, si beau, si fi»rt, s'abdiquer a'n>i, donner sa démission de la vie, se retirer de l'arène comme un athlète vaincu, ne

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plus croire à la joie, au bonheur, à l'amour, à la gloire, et laissar tomber d une lèvre pâle cette morne sentence : Ahi ! nulC altro che pianto al mondo dura I Il n'y a au monde que les pleurs qui durent ! — Bel inconsolable, c'est encore là une illusion. Les pleurs ne durent pas plus que le reste. L'oubli les sèche bien vite, et vous-même vous relèverez biemôt votre front, et vous ne vous souviendrez plus de ce chagrin qui devait être éternel ! — Ne serait-co pas plutôt sa propre douleur que l'artiste a symbolisée dans ce beau jeune homme triste : fatigue de la lutte avec l'idéal, attente trop longue de la gloire méritée, renoncement à une juste fortune, misanthropie exacerbée par la so'ilude? Mais voilà bien de la métaphysique à propos d'une statue.

Outre sa beauté, la figure de M. Perraud fait penser. On voudrait lui arracher son secret. — La tête, légèrement amaigrie, n'a pas le galbe antique, la forme aquiline du nez s'éloigne de la coupe grecque, les coins de la bouche s'abaissent ; mais l'ensemble du masque n'en est pas moins beau pour cela. Les bras sont élégants et purs,

et le dos, qu'arrondit une courbe légère, présente une grande finesse de modelé.

M. Perraud se soutient à la hauteur de son Faune, et sa figure gagnera encore à l'exécution définitive en marbre, car c'est le marbre que d-^mande cette œuvre mélanco'ique et délicate.

M. Barre a fait un portraitenpieddeS. M. rimpératrice, où il a vaincu avec un rare bonheur les nombreuses difficultés que le costume moderne oppose au marbre. Heureusement le manteau d'hermine rentre dans les conditions sculpturales, et sa noblesse antique accompagne bien la pose simple et majestueuse de la Souveraine; la ressemblance de la tète ne laisse rien à désirer. Nous en dirons autant du buste, qui répète les mêmes traits, mais avec une beauté plus individuelle, plus étudiée dans ses gracieux détails, comme l'exige la difiërence d'un buste à une statue.

Le buste de S. A. ï. la Princesse Clotilde est bien réussi ; les chairs sont d'un modelé souple et fin, les cheveux et les draperies arrangés avec goût.

Quant, au buste de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. il a une vie et une ressem-

blance auxquelles atteignent peu souvent les portraits de marbre.

L' Afjripijinc portant les cendres de Germanicus, statue en marbre de M. Maillet. ei;t une b die figure nob em-nt drapée, qui attire l'attention par un tour de force plus facile à exécuter que le Yulg:aire ne le pensf. Un voile couvre la tête d'Agrippine et mfisque =;on vis-ag*^, ^ont cependant on devine les traits à travers la transparence du mirbre. — Un sculpteur napolitain avait ftiit de cette impo-sibilité apparente son piinr-ipal ou plutôt, i-on unique moyen de succès. — M Miillet n'en est pas là; il possède a!-Sfz de sérieuses qualités pour se pa.-ser de ce p'Hit charlatanisme. L'idée qui l'a guidé, SUIS doute, eft la répugnance que les anciens avaient à se laisser voir agités par des émotions extrêmes; l'expression d'une vive d-juleur blessait, selon eux, les convenances; nulle grimace ne devait altérer Itur sérénité sculpturale. Un statuaire, devait comprendre un pareil scrupule.

De cette fi^^ure sévère nous passons à une charmante fantaisie an.icréouiiqiie. — Cela s'appelle la Répi^imande. L'Amour

n'a pas été sage, et sa mère le réprimaTirle en le menaçant du doig-t,avec un joli geste qui ne paraît pas effrayer beaucoup l'enfant. — Soyez sûr qu'il recommencera à troubler les cœurs, à taquiner les Givâres, à mettre le désordre partout; peut-être même déco«'hpra-t-il une de ses flèches à Yénus ellp-même.

On dirait que M. Mnrcellin a sculp'é une épigramme de rAnthnlogie dans son groupe intitulé la Jeunesse capti' e l Amotir. Représent'^e par une b^-ll*^ fille, la !■ unesse ti( nt l'Amour garr.tté par des liens de fleurs et lui s rre son bandeau. L'Amour se laisse f.tire; il sait qu'il est en bonnes mains. Ls lignes ont de l'hirmonie, et les chaiis sont traitées d'un ciseau souple et tondre.

La D 'Uceur, statue en marbre, n'aurait pas besoin, pour êire reconnue au premier coup d'œil, des attributs que l'artiste a cru devoir lui donner. — A quoi bou l'agneau et la tourterelle? La bonté caressante ne sourit-elle pas sur sa figure sympathique?

An hord ihi nils>ie'/u. M. Schoenewt^ike uous montre Uf\(' ji'uue fiil(3 a^si^p auprès d'une source où elle vient remplir son

urne. L'âge choisi parle statuaire est cette transition de l'enfanoe à la puberté, si gracieuse et si difficile à rendre chez la femme; les formes pleines de promesses conservent la fine sveltesse de la vierge et les délicieuses mdgreurs de l'adolescence. La fl^'ur va passer fruit. Aujourd'hui tout ej>t cliarmant, demain tout sera beau. L'amour n'a plus qu'à venir, mais il n'^sl pas venu encore. — Instant unique ! habile et heureux qui le saisit. M. S hoenewerke l'a fait. — Impossible de rêver une beauté plus jeune, plus fraîche, plus migoonae, avec une fleur de grâce plus veloutée. La tête a gardé son innocence enfantine, le corps est déj;\ plus féminin, comme cela arrive dans la nature. Les pieds et les mains sont d'une délicatesse extrême, et, de quelque côté qu'on la regarde, cette adorable figure présente des profils d'une grâce inattendue.

Dans son Jeune Pêcheur, élude en marbre, M. Scho' newt^rke a chf^rché au?si à reproduire les formes grêles de la première fidolescence. Le sujet est moins intéressant que celui de Au bord de Veau-, mais il est tout aussi bien rendu. Seulement un petit garçon de douze ou quatorze ans n'a pas

pour nous la gcAce d'une fillette de quinze. Nous préférons P.-yclié à l'Amour, avec une galanterie que les Grecs n'avaient pas. -^ Rien de plus fin, de mieux étudié que ce jeune corps maigrelet qui se penche vers l'eau pour surveiller ses engins de pêche.

Psyché et P«?Z(5?/)/'e, bas-reliefs en plâtre, sont conçus dans la manière et le style de Jean Goujon : ces deux figures d'un relief très-mince ont beaucoup d'élégance.

Citons encore de M Schoeneweike deux beaux bustes représentant M. Triât et M. Edouard Delessert , dont la tête ferme et d'un beau caractère antique prêtait à la sculpture.

Le Centaure Térée de M. Frémiet réunit, dans une proportion heureuse pour la spécialité de l'artiste, la figure humaine et l'aaimai. — 11 paraît., d'après les Métamor-^ phases d'Ovide, que ce brave centaure s'amusait à prendre dans les montagnes de rilémus des ours qu'il apportait à sa caverne, renâclant et se fusant tirer l'oreille. Plaisanterie de centaure un peu lourde ! bsloire de diveilir sa petite famille! — Dune Térée, renversant son torse d'homme sur son garrot de cheval, maintient par les

bajoues, pour l'empêcher de mordre, im ours qu'il force à le suivre. L'ours distord son rictus, f.iit une grimace affreuse, se piète, s'arc-boute, agitant comme des bras ses pit'ds de devant dont les gr.fies ouvertes enéventail ne trouvent rien pour s'agripper. — Le bon centaure, rengorgé dans sa barbe, rit des efforts de la bête impuissante et augmente son allure, pressé de rentrer au logis pour fdire hommage du monstre à madame la centauresse.

M. Frémiet sait faire les ours et les chevaux, cela n'est douteux pour persî^nne; mais il n'a pas moins bien réussi la partie humaine de son groupe. Le torse et les bras du centaure sont d'un bon modelé, et la tête, coiffée de petites spirales de cheveux à la m'^nière archaïque, a une expression de bonhomie narquoise et de jovialité athlétique très-finement rendue.

Être et ParaUre ne sont pas la même chose, et M. Le Harivel-Durocher en donne une preuve avec son marbre. Affaissée dans son fauteuil, une jeune femme, dont le peignoir à garnitures tuyautées a glissé jusqu'à la hanche, tient un masque qui sourit, tandis que sa figure exprime les langueurs et

les accablements de l'ennui. Des bouquets effeuillés, des roses flétries jonchent le sol à ses pieds. — M. Le Haiivel-Darocher a traité son suj-^t avec des formes et un style parisiens. — Nous connaissons cette tète, nous avons vu au bal, un peu moins décolletées peut-être, ces épaules et cette gorge. Ce peignoir chiffonné vient de chez la faiseuse à la mode et n'a pas la moindre prétention à la draperie antique. — Malgré sa mo lernité ou à cause même de sa moderniié, Être et Paraître arrête le regard et le retient agréablement.

Le Triomphe d' Amphi frite, deM.Cordier, est un modèle de fontame décorative dans le goût italien du \ BSiècle, un goût rocaille et tourmenté de déf^adence , mais amusant à l'œil et se pré tant aux fantaisies ornemental^^s.

Sur un massif de roches entremêlées de madrépores et de plantes marines, la dée«se trône dans sa blanche nudité. D^s tritons enfantins se suspendant aux flancs du rocher, sonnant de la conque, agitant des tridents, tourmentant des poissons et se livrant, à mille folàireries mythologiques sous le rejaillissement des eaux figurées par une teinte verte.

Lf goût une fois admis, la fontaine décorative de M. Cordier lemplit bien son but. L'ornemf nt.ilùm en est touff le, riche et bizarre; les queues squamm'^nspf! des monstres mirins frétillent allègrement à tri vers les pétoncles, les algues, les coraux et toute II flftr»^ éfrins^e de la m' r.

La Be/Ja GaUinnra^ jeune fille des environ-; de R ime, statue en marbre, ramène M. Cordier à ses prédileclions ethnographiques. U' y a beaucoup de grâce dans cette figurp, et le type de la contadine romaine y est admirdblemf^nt senti.

Qnanl à la Copresse^ négresse des colonies, buste polychrome, c'est un véritable chef-d'œuvre. La têie en bronze noir reproduit à s'y méprendre les traits et la couleur de l'origmal. Lemnsqne, le col, la poitrine sont d'un modelé qui fait ilîusion, on y voit le grain et le luisant de la peau. — Uu buste semblable résume tonte une race. Elle est jolie cette capresse, malgré sa petite moue i-imiesque ! L i plus riche ofnementa'ion est d'ailleurs mise au servi e de cette G^ â ',e noire : une chemisette d'argent, une coiffure d'or, des draperies d'onyx etdes pendants d'oreilles en pierres

duies, voilà sa toilette, dont les tons s'accordent avec une haimonie que nos yeux habitués aux pâlHin» àa marbre ne reconnaissent pas volontiers à la statuaire multicolore.

M. Ottiti a eu à lutter contre les exigences du costume morlcrne dins sa statue de / Ewpereur Napoléon Jll. Le Souverain est représenté debout, -je corps posant sur la jambe gauche, sceptre en main, et revêtu du grand uniforme militaire. Le m^inteau impérial jpté sur les épaules se drape bien, et donne de l'ampleur au personnage ; la figure calme et sévère reproduit avec une exactitude frappante les traits caractérisés de l'iuiffuste modèle.

Le briste de S. M. V Empereur^ de M Follet, surprend un peu par ses dimensions colossales. Cette tête ferme et expressive, couronnée de lauriers, n'est pas faite pour Aire vue de près ou au milieu d'objets taillés S'^.lon les proportions ordinaires; elle devrait plutôt surmonter une colonne trajane ou dominer un arc de triomphe.

M. Franccr-chi, dont ou n'a pas oublié V Andromède du Salon dernier, a exposé cette nnnée une statue en bronze destinée

à surmonter la tombe d'un jeune so'dat, fils d'un nob'e Polomis, Miecislas Ka~ mienski, tué à Migenta dans les r^ings de la légion étrangère. Le sculpteur a abordé hardiment son sujet, à la manière de Rude et de David d'Angers, sans chercher à se rattacher par quelque subterfuge maladroit aux traditions antiques. Le jeune héros vient d'être frappé à mort. Étendu à terre, il se soulève sur le bras gauche, tandis que le droit, traversé par une balle, retombe inerte sur la cuisse. La tête, noble et pure, s'incline avec une expression de regret plutôt que de douleur. La capote déboutonnée découvre une poitrine et un col d'un dessin pur, en môme temps qu'elle fournit le motif de draperie indis^pensahle. Le sac, auquel s'adosse le mourant, ses armes et sa giberne, complètent l'ensemble et garnissent les vides laissés par le mouvement des membres. Il y a dans cette statue une remarquable entente du sujet : le noble Polonais meurt sans emphase, sans contorsions, sans colère.

Une strophe de Sapho a inspiré à M. Gaston -Guitton le sujet de sa statue intitulée PAtfetitP : la sculpture, astreinte

à une pureté et à une correction qui n'admettent pas rarîifîce comme la peinture, est la seule langue qui traduise bien le grec. Assise sur un bloc, le torse un peu affaissé et penché en a\ant, la jambe gauclip repliée sur la droite qui pose à terre, la jeune femme laisse retomber un bras sur son genou, taudis que de l'autre elle s'appuie sur le rocher. Elle rêve, la tête légèrement tournée de côlé, le regard ne se fixant sur rien, ou plutôt tourné en dedans.

On pourrait peut-être reprocher à cette figure, fort séduisante du reste, un sentiment un peu trop moderne, quelque chose d'efféminé et de délicat que n'a point l'antiquité. Jamais Lesbienne n'eut ce nez effilé, ces chevilles fines, ces extrémités aristocratiquement mignonnes. L'âge du personnage ne nous paraît pas non plus suffisamment indiqué. Il y a là des gracilités e; f uitines et des ampleurs de femme faite qui s'accordent mal. Ces réserves faites, nous ne pouvons que louer l'élégance et le charme de l'œuvre de M. Gaston Guilton.

L'Amour captif de M. Sanzel s'est laissé lier à la statue en gaine d'un dieu Terme. Ce n'est pas le petit (lupidon qui a

frit cette maladresse, c'est un b^l adolescent aux formes éltncées. Ses ailes palpitent, ses poings sp crispent de d<^pit de se sen"'r ainsi maîiriïés; le t-ourire équivoque du dieu couroiin*'- de p mpre et de chèvrefi'ui le ne fait que redoubl-r sa colère. Le gronpe de M S^inzel est tout à fait antique d'idée et de sentiment.

Il nous faudrait plus d'espace qu'il ne nous en reste pour rendre une justice mêirie sommaire à toutes les œuvres de mérite rangées le long des plates-bandes de ce grand j udin, dont le centre est occupé par cette grande sculpture d'exportation dt^stinée au Brésil, et qui produira sans doute un meilleur efftt sous le ciel ar !ent des tropiques que sous le ciel en verre du palais de l'Industrie.

La Renaissance de M. Chalrousse est une iigure qui se caractérise par son style à la Germain Pilon et se passerait aisément des noms indicateurs de l'époque, écrits sur la colonne où elle s'appuie. Il y a de l'élégance dans la Snppho et Vondine de M. R»bini:'t. La Vérité vengeresse de M. Pronha s'élance avec un beau mouvement d'indignation. La Nyssia d»^ M. Ai-

zeliD, descendant au bain sous ses voiles, exprime bien la suscep ibililé des pudeurs orientales.

On ne pput qu'approuver la jolip statue de ffuCuiTibeiAvoîth, achevée par M. Cifre, de can sser d'jin baiser sa [jrupre épaule dans V Amour de soi, car ce mouvcnent produit une inflexion de ligues charïDante,

Le Faune en bronze de M. Cr.iuck vaudrait bien un long alinéa ; il est modelé avec une vitalité énergique, et pourrait danser sur un versant du Ménale ou du Taygète.

Si le projet de fontaine de M. Etex est plus humanitaire qu'architectural, en revanche l Amour piqué par une abnlle, groupe en marbre, et la L4da, groupe en marbre agate, nous montrent le ^1aluair*^ habile, l'artiste maître de sa forme et de son ciseau, qui n'a d'antre tort que d'éparpiller des facultés puissantes.

Une foulo de noms se présententsous notre plume ; mais l'heure presse, le temps marche, il y a déjà quinze jours que le Salon est fermé. A quoi bon parler sculpture à des oreilles non pas sourdes, mais déjà

tendues vers d'autres rumeurs? Finissons en priant ceux que neus avons omis de nous pardonner. Que pouvions-nous faire seul contre 4,097 objets d'art?

Tvpngniphip F.. PANCKOIT.KF, Pt r.ie, quai Voloirs, lo.

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