Abécédaire ou rudiment d'archélogie
QCATBB édiiioos de V Abécédaire d'arct^éoiogie ( Arcbitacture religieuse) oot été épuisées en quelques années. La cinquième, que nous publions, renferme cent seize pages de plus que la précédente et un grand nombre de nouvelles figures.
Le succès de cet ouvrage n'a rien qui étonne quand on sait que M. de Caumont a, le premier, établi par l'observation des faUs le système de classification clu*onulQgique adopta généralement aujourd'hui dans les diverses contrées de l'Europe et qu'il a ét^, dans plusieurs grandes réunions , proclamé à bon ATo\i fondateur de Cécole française dC archéologie-
M. de Caumont eut eCTectivement de bonne beure la penséç d'appliquer aux monuments français une méthode de classi^cation chronologique. Il avait entrepris des voyages qui lui avaient permis de voU* et de comparer un grand noçabre de monuments; il avait fait de longues recherches dans les bibliothèques de Paris, groupé et analysé les faits consignés dans les collections de l'Académie des Inscriptions, de la Société des Antiquaires de Londres et dans plusieurs autres recueils de premier ordre; puis, généralisant ces faits et les comparant aux résultats qu'il avait obtenus par ses propres observations, il arriva à poser des règles de classification chronologique que son œil clairvoyant, son esprit juste et son talent d'analyse lui avaient fait découvrir et parfois deviner.
U conçut alors l'ouvrage qui a fait sa réputation comme archéologue. Il publia d'abord, dans le premier volume de la Société des Antiquaires de Normandie ( 182/i} . un Essai sur Carchiteclure religieuse du moyen-âge accompagné de onze planches.
Ce mémoire , qui traçait une classification pour les monuments
VI PRÉFACE DE l'Éditeur.
du moyen-âge , fut partout remarqué malgré ses imperfections , et analysé dans plusieurs journaux scientiGques français et étrangers. Il importa en France, on peut le dire, un genre d'étude dont presque personne ne s'occupait et que plus lard M. de Caumont devait rendre populaire par la publication de son Cours (JC antiquités (6 vol, in-8° avec allas), qui Gl dans l'étude de l'archéologie nationale une véritable révolution.
Le quatrième volume de ce Cours, qui traite de l'archi lecture religieuse du moyen-âge , fut réimprimé plusieurs fois ; le cinquième , consacré à l'architecture civile et militaire du moyenâge , ouvrait un champ tout nouveau aux études historiques.
En 1835, parut une édition des tomes IV et V du Cours accompagnée de trente planches , sous le titre d'Histoire de Carchitecture religieuse^ civile et militaire du moyen-âge ; et en i8/il, V Histoire sommaire de Carchitecture religieuse en un volume in-8* , avec atlas in-/i* et des gravures sur bois dans le texte , autre édition de la partie de l'histoire de l'art relative aux monuments religieux.
Enfin V Abécédaire d^ archéologie , publié en 1850, n'est luimême qu'une nouvelle édition de ce dernier ouvrage, avec des changements importants dans la forme et de nombreuses illustrations dans le texte.
Ces différentes réimpressions donnent un total de 15,000 exemplaires, qui se sont répandus sur tous les points de la France , en Belgique , en Allemagne , en Italie et en Angleterre.
On conçoit combien un succès aussi complet dut produire de résultats pour la propagation des connaissances dont M. de Caumont rendait l'étude si simple et si facile.
De tous côtés on ouvrit dans les séminaires des cours d'archéologie, dans lesquels on reproduisait les leçons professées à Gaen. Bon nombre de sociétés académiques firent , de la lecture de ces leçons , l'objet de leurs séances. Les hommes du monde, les artistes, les femmes même, se mirent à étudier l'histoire de l'art dans le Cours et V Abécédaire dC archéologie.
Ce ne fut pas seulement une révolution qui s'opéra dans les idées et les connaissances , ce fut aussi une révolution dans le
PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. VJl
goûL Pour les marbres, les bronzes, les tentures, les décorations de tout genre , on chercha de nouveaux motifs dans les formes élégantes et svelles du style que, quelques années auparavant , les artistes qualifiaient de barbare et de gothique.
Certes, Thomme qui a exercé sur son époque une influence aussi considérable doit tenir une place dans l'histoire du SIÈCLE, et ce mouvement était dû à M. de Gaumont Que Ton ne vienne pas dire , en effet , que d'autres avaient suivi la même carrière , car la publication du Cours dCanliquilés a devancé de huit années tout ce qui a paru sur le même sujet en France.
I^r la fondation de la Société des Antiquaires de Normandie en !82à, M. de Caumont avait imprimé une activité considérable, dans cette province , aux études archéologiques.
Plus tard , il voulut communiquer celte impulsion aux autres provinces par la création d'une Société archéologique embrassant tout le territoire français.
Dès Tannée 1829 , plusieurs sociétés savantes et divers archéologues de Toue-st et du nord de la France, se réunirent pour réclamer près du ministre de l'Intérieur contre les décisions municipales qui devaient entraîner la démolition d'un certain nombre de monuments précieux. C'est ainsi que cette association , improvisée sous l'inspiration de M. de Câumont , se s%nala surtout en 1832 en sauvant par ses réclamations le baptistère Saint-Jean de Poitiers, monument du V« siècle, unique en France, que la municipalité voulait démolir pour élargir une rue.
Cependant l'association qui s'était spontanément formée entre les archéologues du Poitou , du Maine, de la Touraine, de la Normandie, etc., etc , avait d'autres services à rendre. Elle comprit que sa mission était grande : elle fit un appel à tous les hommes de cœur qui voudraient coopérer à son œuvre , et après avoir étendu ses rameaux sur presque tous les points du royaume, elle s'organisa définitivement , en 1833, sous le titre de Société française <Carchéologie pour la conservation et ta description des monuments nationatix.
Le Congrès archéologique de France, fondé par cette Société , a constamment offert un grand intérêt depuis l'année 183/i. M. de
vin PROPAGE DE l'Éditeur.
Gaumonl Ta vivifié par ses enquêtes archéologiques si intéressantes, qui, tout en réunissant de précieux matériaux pour riiistoire de i*arl dans chaque province, donnent lieu à un véritable enseignement oral toujours infiniment profitable pour les hommes réunis à l'appel de la Société.
Des livres distribués, des médailles et des encouragements; décernés par la Société, donnèrent une grande impulsion, à l'enseignement archéologique qu'elle avait recommandé dans^ les écoles et les séminaires.
Administrée avec la plus sage économie, la Société française d'ai*chéologie , qui n'a d'autres fonds que ceux provenant de la cotisation annuelle de ses membres , a pu cependant voter bon nombre d'allocations pour aider à restaurer des édifices intéressants et pour faire des fouilles.
De pareils résultats devaient méiiler à M. de Gaumont les récompenses honorifiques les plus flatteuses. Ainsi, en janvier 1833, il était élu correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et en décembre de la même année, il était, à la demande de M. Guizot , nommé chevalier de la Légiond'Honneur; en 1844, il reçut la croix d'officier de l'Ordre royal de Belgique, et successivement la décoration d'officier de l'Aigle Rouge de Prusse , sur la piésentation du célèbre comte de HuQiboldl , les décorations de Sl-Maurice de Sardaigne, de l'Étoile polah^ de Suède.
Peu de temps après, S. M. le roi Maximillen envoyait à M. de GaumoDt. avec une lettre autographe, la croix de St-Michel de Bavière, le roi de Hollande le nommait commandeur de la Couronne de Cbènc des Pays-Bas, Sa Sainteté Pie IX le décorail de son ordre, en hii adressant un bref dans lequel il donnait une haute approbation à ses publications.
Enfin, les délégués des Sociétés savantes de France , réunis en congrès à Paris en 1861 , ont fait frapper une médaille à son effigie qui lui a été solennellement ofi'erte.
A tant de témoignages honorables, nous n'avons plus qu*à ajouter les éloquentes paroles que prononçait M. le comte de
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Hontalembert dans une séance publique du Congrès arctiéologique de France.
L'illustre membre de l'Académie française, après avoir présenté un tableau rapide et saisissant du mouvement archéologique développé en France , terminait ainsi sa belle improvisation :
« Ainsi donc , Messieurs , ayons conûance et réjouissons-nous.
« Certes, nous aurons encore à lutter contre les dédains des uns,
« contre la mauvaise volonté des autres , et surtout contre la par-
« cimonie d'un trop grand nombre de corps constitués. Nous ver-
« rons encore démolir ou dénaturer plus d'un monument digne
« d'admiration ou d'intérêt ; mais sachons bien que notre cause est
« gagnée. Il nous restera le devoir et le mérite de la persévérance
« dans l'œuvre commencée, il y a vingt ans , sous peine de la voir
« dégénérer et s'éteindre. Mais tout annonce qu'elle durera et que
« nous verrons de plus en plus ce que nous voyons déjà , c'est-à-
« dire notre art ancien et historique compris, étudié, restauré et
« appliqué jusque dans les moindres détails , depuis les voûtes
« aériennes qui couronnent nos églises , jusqu'aux carrelages his-
u tories et émaillés destinés à remplacer ces tristes dalles noires et
a blanchesqui leur servent de pavé moderne. Bientôt la flèche de la
« Sainte-Chapelle, en se dressant de nouveau au centre de Paris,
« dans la plus belle position qu'ofTre peut-être aucune ville du
« monde, viendra témoigner à tous que l'heure de la renaissance
« de l'art catholique et national a définitivement sonné.
« Sans doute, dans cette renaissance, tout n'est pas irrépro- « cbable : on peut beaucoup critiquer et se moquer dédaigneuse- « ment de telle tentative avortée, de telle exagération puérile. « Mais , comme je l'ai dit ailleurs, on peut avoir raison dans le dé- « lail et se tromper sur l'ensemble Les échecs partiels ne changent « rien au résultat général. Quoi qu'on fasse, la marée monte, le « flot marche. On ne voit pas bien ce qu'il gagne à chaque moment « donné. Dans ses mouvements réguliers, mais intermittents, il « semble reculer autant qu'avancer, et cependant il fait chaque a jour sa conquête imperceptible, et chaque jour le rapproche du « but marqué parla Providence. Messieurs, la justice exige que « nous sachions rendre un hommage légitime à ceux qui ont été M les auteurs et les principaux instruments de cette régénération.
^ PRéRAfiK DE l'Éditeur.
u Parmi eux, il est trois noms qui se recommandent sans réserve à a votre reconnaissance et à celle de la postérité. Je ne crois pas me M laisser égarer par famitié en réclamant une place liors ligne pour « M. Riot, dont le livre jusqu'à présent unique sur la peinture cbréa tienne en Italie a initié lant de lecteurs et de voyageurs aux plus « pures merveilles de Tart religieux. Vous connaissez tous M. Di- « dron, son infatigable activité, son dévouement un peu belli- - queux à notre cause, ses publications, qui ont tant fait pour « répandre dans le public, et surtout dans le clergé, le goût et Tin- « telligenc^ des trésors qui nous restent. Mais, avant tout, vous a rendrez hommage avec moi h M. de Caumont , au fondateur de ¥ nos Congrès. Le premier, lorsque nous étions tous, les uns dans « Tenfance, les autres dans Tignorance, il a rappelé en quelque i sorte à la vie Part du moyen-âge ; il a toul vu, tout étudié, tout H deviné, toul décrit. Il a plus d'une fois parcouru la France entière « pour sauver ce qui pouvait élre sauvé , et pour découvrir nont> seulement les monuments, mais ce qui était plus rare encore, les « hommes qui pouvaient les aimer et les comprendre. Il nous a « tous éclairés, encouragés, instruits et rapprochés les uns des M aulres. Qui pourrait dire les obstacles, les mécomptes, les déu goûts de tout genre contre lesquels il a dû lutter pendant cette « laborieuse croisade de vingt-cinq années ? Les honneurs auquels u il avait droit en France, ne sont pas venus le trouver. Sachons t< lui en tenir lieu par notre aiïection, notre reconnaissance, notre « respect Je lisais l'autre jour dans l'admirable livre de M"* de « Slaèl, intitulé : Dix années (CcxU^ qu'en arrivant à Salzbourg u elle avait vu une grande route percée dans le roc par un arche- « vêque, et, à l'entrée de ce vaste souterrain, le buste de ce prince ^ avec celte inscription : Te saxa loquuntur. Messieurs, quand u nous élèverons un buste ou une statue à M. de Caumont, nous u y graverons ces mots: Te saxa loquuntur ! ^t ces pierres, ce u seront les monuments de notre vieille France, c'est-à-dire les u plus nobles pierres qu'on puisse voir sous le soleil. »