‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 1 sur 182 · PA1US , ROUEN · texte numérisé non relu

PA1US , ROUEN

HARDF.L, imprimeur, éditeur, rue Froide, 2; DERACHE, rue du Bouloy, n®. 7 ;

DENTU, Palais-Royal, galerie d’Orléans; DIDRON , rue St.-Dominique-St.-Germain, 23 ; AUBRY, rue Dauphine, 16;

LE BRUMENT, successeur de Frère.

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PRÉFACE RE L’ÉDITEUR

Trois éditions rapidement épuisées de Y Abécédaire cC archéologie de M. de Gaumont nous imposent le devoir d’en publier une quatrième qui renferme 100 pages de plus que la dernière et un grand nombre de figures nouvelles.

Le succès de cet ouvrage n’a rien qui étonne quand on sait que M. de Gaumont a, le premier, établi par l’observation des faits le système de classification chronologique adopté généralement aujourd’hui et qu’il a été, dans plusieurs grandes réunions , proclamé à bon droit fondateur de l’école française d’archéologie.

M. de Caumont eut effectivement de bonne heure la pensée d’appliquer aux monuments français une méthode de classification chronologique , dont les classifications des géologues lui traçaient en quelque sorte le plan ; il conçut alors l’ouvrage qui a fait sa réputation comme archéologue. Il publia d’abord dans le premier volume de la Société des Antiquaires de Normandie ( 182 lx ) , un Essai sur l’architecture religieuse du moyen-âge accompagné de onze planches.

Ce mémoire, qui traçait une classification pour les monuments du moyen-âge, fut partout remarqué malgré ses imperfections , et analysé dans plusieurs journaux scientifiques français et étrangers. Il importa en France, on peut le dire, un genre d’étude dont presque personne ne s’occupait et que plus tard M. de Caumont devait rendre populaire par la publication de son Cours d’antiquités , qui fit dans l’étude de l’archéologie nationale une véritable révolution.

Ce fut en 1830 que parut le premier volume de cet important ouvrage : avant de le mettre sous presse , M. de Caumont avait fait de i’archéologie l’objet d’un enseignement oral dans la ville de Caen. Il avait entrepris des voyages qui lui avaient permis de voir et de comparer un grand nombre de monuments ; il avait fait de longues recherches dans les bibliothèques de Paris ,

PRÉFACE DE l’ÉDITEUR.

groupé et analysé les faits consignés dans les collections de l’Académie des Inscriptions . de la Société des Antiquaires de Londres et dans plusieurs autres recueils du premier ordre ; puis, généralisant ces faits et les comparant aux résultats qu’ils avait obtenus par ses propres observations, il arriva à poser des règles de classification chronologique que son œil clairvoyant , son esprit juste et son talent d’analyse lui avaient fait découvrir et parfois deviner, règles que les nombreuses observations faites depuis dans les diverses contrées de l’Europe n’ont fait que confirmer.

Plus de soixante auditeurs avaient suivi le Cours d’antiquités monumentales. Un grand nombre de dessins de grande dimension et même des modèles en relief, mis sous les yeux de l’assemblée , donnaient aux leçons du jeune professeur un plus grand intérêt encore. Il était impossible de les entendre sans y puiser des connaissances précises sur l’histoire de l’art et la succession des formes aux différents âges. Le cours imprimé a fidèlement reproduit ces conférences , et le succès en a été prodigieux , on peut le dire.

Le quatrième volume , qui traite de l’architecture religieuse du moyen-âge, fut bientôt épuisé. Il a fallu le réimprimer plusieurs fois.

En 1835 , parut une nouvelle édition des tomes U et 5 du Cours d’antiquités , sous le titre d 'Histoire de l’ architecture religieuse, civile et militaire du moyen-âge. Trente planches accompagnaient ce volume.

L’ Histoire sommaire de l’ architecture religieuse en un volume in-8°. , avec atlas in-Zf. et des gravures sur bois dans le texte , autre édition de la partie de l’histoire de l’art , relative aux monuments religieux, a été publiée on 18A1.

Enfin Y Abécédaire d’archéologie , édité en 1850 , n’est luimême qu’une nouvelle édition du dernier ouvrage, avec quelques changements dans la forme et de nombreuses illustrations dans le texte.

Ces différentes réimpressions donnentun total de 10,000 exemplaires , qui se sont répandus sur tous les points de la France, en Belgique , én Allemagne , en Italie et en Angleterre.

On conçoit combien un succès aussi complet dut produire de

préface de l’éditeur

résultats pour la propagation des connaissances dont M. de Caumont rendait l’étude si simple et si facile.

De tous côtés on ouvrit dans les séminaires des cours d’archéologie, dans lesquels on reproduisait oralement les leçons faites à Caen par M. de Caumont. Bon nombre de sociétés académiques firent , de la lecture de ces leçons , l’objet de leurs séances. Les hommes du monde , aussi bien que les artistes , les femmes même, se mirent à étudier l’hisloire de l’art dans les livres de notre collègue.

Ce ne fut pas seulement une révolution qui s’opéra dans les idées et les connaissances , une révolution se fit aussi dans le goût. Pour les marbres , les bronzes , les tentures , les décorations de tout genre , on chercha de nouveaux motifs dans les formes élégantes et sveltes du style que , quelques années auparavant , les artistes qualifiaient de barbare et de gothique.

Certes, l’homme qui a exercé sur son époque une influence aussi considérable doit tenir une place dans l’histoire du siècle , et ce mouvement était dû tout entier à M. de Caumont. Que l’on ne vienne pas dire, en effet, que d’autres avaient suivi la même carrière , car la publication de son ouvrage a devancé de huit années tout ce qui a paru sur le même sujet en France.

Les imitateurs et les copistes n’ont pas manqué dans la suite ; mais, quand on se met à lire ces différents traités, on voit bientôt que presque tout a été pris dans celui de M. de Caumont. On y a même puisé trop largement et souvent servilement copié le texte et les planches. Tel est ce curé des environs de Fontainebleau , qui écrivait à notre collègue : Je vous ai fait de nombreux larcins , mais ne me faites pas de peine : je vous en demande C absolution , en considérant que le produit de la vente de mon livre sera employé à faire bâtir une école de filles dans ma commune.

Par la fondation de la Société des Antiquaires de Normandie en 182Zi,M. de Caumont avait imprimé une activité considérable, dans cette province, aux études archéologiques.

Plus tard, il voulut communiquer cette impulsion aux autres provinces par la création d’une nouvelle Société archéologique embrassant tout le territoire français.

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Dès l’année 1829 , plusieurs sociétés savantes et divers archéologues de l’ouest et du nord de la France , se réunirent pour réclamer près du ministre de l’Intérieur contre les décisions municipales qui devaient entraîner la démolition d’un certain nombre de monuments précieux. Cette association , improvisée sous l’inspiration de M. de Caumont , qui parcourait la France pour réunir les éléments de son Cours dJ antiquité s , se signala surtout lorsqu’en 1832 le Conseil municipal de Poitiers eut la mauvaise pensée de sacrifier le baptistère Saint-Jean de cette ville , monument unique en France et qui date du Ve. siècle , pour élargir une rue. Des pétitions motivées furent adressées de différentes villes, et ces justes réclamations obtinrent gain de cause: le baptistère Saint-Jean est resté debout, il a été conservé, grâce à ces efforts.

Cependant l’association qui s’était spontanément formée entre les archéologues du Poitou , du Maine , de la Touraine , de la Normandie, etc., etc. , avait d’autres services à rendre. Le Gouvernement n’avait pas encore songé à créer les comités qui fonctionnent aujourd’hui.

L’association comprit que sa mission était grande : elle fit un appel à tous les hommes de cœur qui voudraient coopérer à son œuvre , et après avoir étendu ses rameaux sur presque tous les points du royaume, elle s’organisa définitivement , en 1 83Zi, sous le titre de Société française cC archéologie pour la conservation des monuments nationaux.

Le Congrès archéologique de France, fondé par cette Société, a constamment offert un grand intérêt depuis l’année 183â. M. de Caumont l’a vivifié par ses enquêtes archéologiques si intéressantes , si habilement dirigées , qui , tout en réunissant de précieux matériaux pour l’histoire de l’art dans chaque province , donnent lieu à un véritable enseignement oral toujours infiniment profitable pour les hommes réunis à l’appel de la Société.

Quand on observe attentivement les monuments de plusieurs provinces , on reconnaît bientôt dans les édifices contemporains des types généraux , uniformes ; mais on voit en même temps des différences dans la manière dont les ornements sont traités, dans la prédominance de telle ou telle sculpture , dans l’adoption

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de certaines combinaisons habituelles dans une province, plus rares et insolites dans d’autres ; en un mot, dans une multitude de détails qui ne frappent pas toujours au premier abord , mais qu’un œil exercé apprécie bientôt avec un peu d’attention.

La Société française d’archéologie a, la première, dans les enquêtes archéologiques qu’elle a faites depuis vingt-cinq ans, essayé de préciser les caractères qui différencient, à la même époque, l’architecture des diverses contrées de la France ; en d’autres termes , de tracer la géographie des styles architectoniques , de déterminer le synchronisme des différents genres d’architecture dans les provinces de la France. Les résultats obtenus sont positifs, concluants, etM. de Gaumont a pu, dès l’année 1838, diviser le royaume en plusieurs grandes régions monumentales nettement délimitées.

Ces enquêtes de M. de Gaumont ont évidemment donné, long-temps après, l’idée des questionnaires que le ministre de l’instruction publique a fait paraître par les soins de son comité.

Le Cours d’antiquités de M. de Gaumont , qui avait fait de la classification chronologique des monuments du moyen-âge l’objet d’un enseignement régulier , lorsque personne n’y songeait encore , ne fut pas sans influence sur le succès de la Société française d’archéologie. Ce cours était l’ouvrage qui , par toute la France et à l’étranger, avait initié aux mystères de l’archéologie , et l’auteur était devenu un centre vers lequel venaient se grouper tous les amis des études historiques. La Société française fut un lien qui unit plus intimement cette association , que les sympathies et les rapports d’étude avaient d’abord fondée.

Bientôt de nouveaux cours furent , à la demande de la Société française d’archéologie, institués dans un grand nombre de séminaires.

Des livres distribués , des encouragements et des médailles d’argent décernés par la Société , donnèrent à cet enseignement une grande impulsion.

Administrée avec la plus sage économie, la Société française d’archéologie qui n’a point obtenu de secours du Gouvernement, qui n’a d’autres fonds que ceux provenant de la cotisation annuelle de ses

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membres, a pu voter bon nombre d’allocations pour aider à restaurer des édifices intéressants.

Outre tant de services rendus par la Société à l’art et à la propagation des connaissances archéologiques , on lui doit encore une large impulsion donnée à la rédaction des statistiques monumentales et à la composition des recueils d’inscriptions ; effectivement la Compagnie , qui , comme son nom l’indique, se voue exclusivement à l’exploration et à la conservation des monuments français, ne pouvait laisser dans l’oubli ces nombreux monuments épigraphiques dans lesquels l’histoire du pays se trouve écrite aussi bien que dans les chroniques ; elle a voulu les recueillir avec soin, les classer, en former une grande collection.

De pareils résultats devaient attirer sur son auteur l’attention de tous ces hommes studieux de la France et de l’étranger. Aussi, des l’année 1833, M. de Caumont était élu correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ( 18 janvier ). En décembre 1833, il était, à la demande de M. Guizot, nommé chevalier de la Légion-d’Honneur; en 18 Ixlx , il reçut la croix d’officier de l’Ordre royal de Belgique, et successivement les décorations de l’Aigle-Rouge de Prusse, de St.-Maurice de Sardaigne , de l’Etoile polaire de Suède.

Peu de temps après , S. M. le Roi Maximilien lui envoyait, avec une lettre autographe, la croix de St. -Michel de Bavière, le roi de Hollande le nommait commandeur de la Couronne de Chêne des Pays-Bas, Sa Sainteté Pie IX le décorait de son ordre en lui adressant un bref dans lequel il donnait sa haute approbation aux publications de notre compatriote sur l’archéologie du moyen-âge.

A tant de témoignages honorables , nous n’avons plus qu’à ajouter les éloquentes paroles que prononçait M. le comte de Monlalembert dans une séance publique du Congrès archéologique de France.

L’illustre membre de l’Académie française , après avoir présenté un tableau rapide et saisissant du mouvement archéologique développé en France , terminait ainsi sa belle improvisation :

« Ainsi donc, Messieurs, ayons confiance et réjouissons-nous.

« Certes nous aurons encore à lutter contre les dédains des uns ,

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR

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« contre la mauvaise volonté des autres, et surtout contre la par- « cimonie d’un trop grand nombre de corps constitués. Nous ver- « rons encore démolir ou dénaturer plus d’un monument digne « d’admiration ou d’intérêt ; mais sachons bien que notre cause est « gagnée. Il nous restera le devoir et le mérite de la persévérance « dans l’œuvre commencée, il y a vingt ans, sous peine de la voir « dégénérer et s’éteindre. Mais tout annonce qu'elle durera et que « nous verrons de plus en plus ce que nous voyons déjà, c’est-à- « dire notre art ancien et historique compris, étudié, restauré et « appliqué jusque dans les moindres détails , depuis les voûtes « aériennes qui couronnent nos églises, jusqu’aux carrelages his- « toriés et émaillés destinés à remplacer ces tristes dalles noires et « blanches qui leur servent de pavé moderne. Bientôt la flèche de la « Sainte-Chapelle, en se dressant de nouveau au centre de Paris, « dans la plus belle position qu’offre peut-être aucune ville du « monde, viendra témoigner à tous que l’heure de la renaissance « de l’art catholique et national a définitivement sonné.

« Sans doute , dans cette renaissance , tout n’est pas irrépro- « chable : on peut beaucoup critiquer et se moquer dédaigneuse- « ment de telle tentative avortée , de telle exagération puérile. « Mais, comme je l’ai dit ailleurs, on peut avoir raison dans le dé- « tail et se tromper sur l’ensemble. Les échecs partiels ne changent « rien au résultat général. Quoi qu’on fasse , la marée monte , le « flot marche. On ne voit pas bien ce qu’il gagne à chaque moment « donné. Dans ses mouvements réguliers , mais intermittents , il « semble reculer autant qu’avancer, et cependant il fait chaque « jour sa conquête imperceptible, et chaque jour le rapproche du « but marqué par la Providence. Messieurs, la justice exige que « nous sachions rendre un hommage légitime à ceux qui ont été « les auteurs et les principaux instruments de cette régénération. « Parmi eux, il est trois noms qui se recommandent sans réserve à « votre reconnaissance et à celle de la postérit é. Je ne crois pas me « laisser égarer par l’amitié en réclamant une place hors ligne pour « M. Riot, dont le livre jusqu’à présent unique sur la peinture chré- « tienne en Italie a initié tant de lecteurs et de voyageurs aux plus « pures merveilles de l’art religieux. Vous connaissez tousM. Di-

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« dron , son infatigable activité , son dévouement un peu belli- « queux à notre cause , ses publications , qui ont tant fait pour « répandre dans le public, et surtout dans le clergé, le goût et l’in- « telligence des trésors qui nous restent. Mais, avant tout , vous « rendrez hommage avec moi à M. de Caumont , au fondateur de « nos Congrès. Le premier, lorsque nous étions tous, les uns dans « l’enfance , les autres dans l’ignorance , il a rappelé en quelque « sorte à la vie l’art du moyen-âge ; il a tout vu, tout étudié, tout « deviné, tout décrit. Il a plus d’une lois parcouru la France entière « pour sauver ce qui pouvait être sauvé , et pour découvrir non- « seulement les monuments, mais ce qui était plus rare encore, les « hommes qui pouvaient les aimer et les comprendre. Il nous a « tous éclairés , encouragés , instruits et rapprochés les uns des « autres. Qui pourrait dire les obstacles, les mécomptes, lesdé- « goûts de tout genre contre lesquels il a dû lutter pendant cette « laborieuse croisade de vingt-cinq an nées ? Les honneurs auxquels « il avait droit en France , ne sont pas venus le trouver. Sachons « lui en tenir lieu par notre affection, notre reconnaissance, notre « respect. Je lisais l’autre jour dans l’admirable livre de Mme. de « Staël, intitulé : Dix années d’exil , qu’en arrivant à Salzbourg « elle avait vu une grande route percée dans le roc par un arche- « vêque, et, à l’entrée de ce vaste souterrain, le buste de ce prince « avec cette inscription : Te saxa loquuntur . Messieurs , quand « nous élèverons un buste ou une statue à M. de Gaumont, nous « y graverons ces mots : Te saxa loquuntur ! Et ces pierres, ce « seront les monuments de notre vieille France , c’est-à-dire les a plus nobles pierres qu’on puisse voir sous le soleil. »

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