CALICE DONNÉ PAR SAINT LOUIS AU BIENHELREUX THOMAS DE BIVILLE
CROSSE DL XIIIe. SIÈCLE CONSERVÉE A EVRSLX.
Lu forme de ce calice est bien celle du XIIIe. siècle. J’en ai vu beau-
coup de cette forme gravés sur des tombes de l’époque. 'Il paraît seulement que des réparations ont été faites au pied du calice et que l’inscription qu’on y voit a été regravée lors de cette réparation.
Les lettres ont une forme qui dénote le XVe. siècle.
Crosses. — Les crosses du XIIIe.
siècle sont très-élégantes et offrent dans leurs tours de spire plus de légèreté qu’au XIIe. La sculpture en relief vient aussi s’y marier à l’émail de la manière la plus heureuse. La crosse que voici peut servir d’exemple : elle a été trouvée à l’abbaye de St. -Sauveur, à Evreux, et dessinée par M. R.
Bordeaux. Au centre de la volute, deux statuettes représentent lecou-
tombeau était fréquenté par un grand nombre de pèlerins ; nous voyons l’ar-
ronnement de la Sainte Vierge, sujet très-fréquemment exécuté au XIIIe. siècle. La hauteur toiale de la crosse , y compris le manche , était de 2 mètres 34 centimètres.
Tissus.
Je ne dirai qu'un mol des tissus employés aux ornements d’église. Quelques-uns, apportés de l’Orient , offraient des dessins qui durent souvent se rapprocher de ceux du XIIe. Vers le XIIIe. siècle, on voit paraître des tissus armoriés qui peuvent avoir été tissés en France. Parmi les tissus présumés indigènes, on peut citer celui-ci, trouvé à Angers dans le
chevêque de Rouen , Odon Rigault , visiter ce tombeau où , dit-il , se faisaient beaucoup de miracles.
« Idus septembris (1266 ) accessimus per Dei gratiam ad tumulum beati « Thomæ de Buieville ob cujus mérita multa miracula fiebant inibi manifesta « et varia ab omnipotenti Domino Jhesu Christo. »
tombeau de Raoul de Beaumont qui fonda, au XIIIe. siècle, le chœur de la cathédrale, et sur lequel on distingue alternativement des fleurs de lis, des léopards, des griffons, des aigles aux ailes éployées et des lions.
Dans le cours du XIIIe. siècle, les tissus se modifièrent sous divers rapports ; on vit paraître parmi les ornements les armoiries des donateurs , ce qui n’avait pas eu lieu au XIIe. , et quelquefois des personnages disposés, comme dans les vitraux , au milieu de cadres arrondis, elliptiques ou quadrilobés.
Je puis offrir encore un exemple de ces innovations dans la chasuble donnée au bienheureux Thomas de Biville avec le calice que j’ai décrit. Celte chasuble, dont le tissu se compose de soie et de fil d’or, présente sur toute sa surface des compartiments en losange formant une sorte de damier. Quatre figures sont brodées dans les losanges ; savoir : une fleur de lis , une façade de château à trois tours crénelées , un aigle et un lion efflanqué, allongé: or, ces figures héraldiques appartiennent à saint Louis et à sa famille. Tout le monde sait que la fleur de lis est le signe héraldique des rois de France, et que les trois tours étaient les armoiries de Blanche de Castille , mère de saint Louis.
Le lion allongé et efflanqué appartenait au royaume de Léon, depuis long-temps uni à la Castille sous la domination de la famille delà reine Blanche : les deux royaumes une fois réunis, on en cumula les armoiries.
Enfin , l’aigle simple de sable formait les armoiries de la maison de Maurienne : or , Marguerite de Provence, femme de saint Louis, était fille de Raymond Béranger, comte de Provence, et de Béatrix , fille de Thomas, comte de Maurienne et de Savoie; ainsi l’aigle que nous voyons appartenait aux armoiries de la famille de la reine de France.
DR GAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aKCHÉOLOGIE.
L’esquisse de la chasuble que je présente , d’après un dessin de M. Bouet , montre la disposition de ces figures héraldiques.
Les armes de France et de Castille sont disposées sur la même ligne et alternent ; les lions et les aigles sont disposés en lignes horizontales
CHASUBLE DONNÉE PAR SAINT LOUIS Al BIENHEUREUX THOMAS DE BIVILLE.
sans alternance; de sorte que chaque ligne, composée de fleurs de lis et du château de Castille , se trouve encadrée entre une ligne de lions et une ligne d’aigles.
Les couleurs sont , comme on le pense bien , très-ternies.
Les armes de France et de Castille paraissent avoir été sur fond rouge , les autres sur fond de sinople ou verdâtre ; et comme!, il y a deux rangs de ces dernières armoiries pour un des armes de France et de Castille , la teinte verdâtre domine.
Le bas de la chasuble doit avoir été racommodé ; l’étoffe, du reste fort ancienne, qui a servi , a des couleurs moins altérées que les autres : les principales sont le vert et le jaune.
Le galon qui sépare la chasible, au centre, est d’un travail particulier.
Avec la chasuble , on conserve à Biville un manipule, dont le travail n’est pas le môme que celui de la chasuble et se rapporterait plutôt à celui du galon qui en orne le centre. Il a peu de largeur; on y voit des dessins dont le spécimen que voici fera comprendre l’effet et la disposition.
J’ai trouvé le même dessin sur un très-grand nombre de galons du XIII0. siècle et de la fin du XIIe. , et je suis bien aise d’en offrir un exemple, parce qu’il me paraît assez bien caractériser cette époque.
Paléographie murale.
Quelle éiail la forme des capitales, au XIIIe. siècle , pour les inscriptions murales ?
Les E ont la forme d’un C dont les deux extrémités 'seraient îeliées par une barre verticale.
Le D , l’I , l’L l’O , l’S conservent la forme ancienne.
Le G affecte les mêmes formes qu’au XIIe. siècle.
L’H et l’N ont leur second jambage allongé et terminé en crochet , et i’M ressemble à un O reposant sur un trait horizontal et séparé en deux parties par une ligne verticale.
Vers la fin du XIIIe. siècle, et en approchant du XIVe., les lettres sont un peu plus larges que dans la première moitié du XIIIe. ; elles paraissent suivre , en cela , la tendance de l’architecture elle-même, puisque les fenêtres et les portes ont plus d’ampleur que dans le demi-siècle précédent.
L’écriture cursive n’a guère été employée , au XIIIe. siècle , que pour les manuscrits.
Voici une inscription murale de la fin du XIIIe. siècle :
fR 1)0 D0fl)II}I (DILLflSKDO • OVGflUflflSKBO OGG066 SIQO • r)0I}0
Les capitales employées pour les sceaux ont absolument la même forme que celles des inscriptions murales. Nous allons en donner quelques exemples ; le sceau suivant, qui représente un ecclésiastique célébrant la messe , avec cette légende : sigillum domini bruni presbiteri , doit être de la fin du XIIIe. siècle; je n’en connais pas la date précise.
Les autres sceaux que voici, dessinés par M. Hucher, datent : le premier, de 1222 ; le second, de 1235 ; le troisième, de 1240, et le quatrième de 1295; ils ont appartenu à des seigneurs du Maine, et portent pour légendes :
Cloches. “Jusqu’ici je n’ai rien dit des cloches, parce que je n’en connais aucune , parmi celles qui subsistent , qui remonte au-delà du
XIIIe. siècle ; mais je peux en signaler une de cette dernière époque, celle de Fonlenailles , près Bayeux, que nous signalions en 1848 comme fort ancienne, sans oser en fixer la date. M. Guérin , chanoine de Bayeux, ayant pris un calque de l’inscription , composée des lettres suivante :
fX V X U X I P A T MCCII
y vit les mots Xristus vincit, Xristus régnât, Xristus imperal , que l’on trouve aussi , comme on le sait , sur les monnaies ; et dans les lettres MCCII millesimo ( sousentendu anno ) ducentesimo secundo (1202 ). Cette cloche serait donc une des plus anciennes , sinon la plus ancienne du pays; de l’an 1202.
Quelques années après, MM.
Bouet et Billon , qui l’ont visitée, ont pris une esquisse des lettres de l’inscription. Ce sont des lettres lleuries dans lesquelles, du reste , on retrouvé la forme usitée au lCIIIe. siècle.
Tout récemment la cloche de Fontenailles étant tombée de son beffroi , M. G. Villers , membre de la Société française d’archéologie , a pu l’examiner à loisir , la décrire avec soin et la faire dessiner.
Nous donnons ( p. 515 ) une vue de cette cloche vénérable d’après son dessin ; le mémoire de M. G. Villers paraîtra dans le tome XXV du Bulletin monumental .