‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 150 sur 182 · STATUES TOMBALES DANS L’ÉGLISE DE CAMPIGNY · texte numérisé non relu

STATUES TOMBALES DANS L’ÉGLISE DE CAMPIGNY

STATUE TOMBALE DU XIVe. SIECLE, DANS L’ÉGLISE DE CAMPIGNY.

île mailles et de la cotte d’armes. On voit attachés au côte gauche son bouclier, son épée, ses gants; sous ses pieds, un lion. La femme porte un habillement à manches serrées, garnies de boulons jusqu’au coude , recouvert d’un surcot largement drapé, et un voile sur la tête. Ses pieds reposent sur un chien, emblème de la fidélité.

Le second tombeau est celui d’une femme dont le costume est le même. Un portique subtrilobé, dans le style du XIVe. siècle, surmonte la tête de la statue qui repose sur un coussin porté par deux anges.

Trois tombeaux remarquables du XIVe. siècle existent dans la grande église de Fécamp.

Sur un de ces tombeaux, autour de la statue assez bien drapée et la tête surmontée d’un dais, étaient six figurines, dont deux seulement subsistent ; les autres, mutilées, n’offrent plus qu’une partie du corps : autant qu’on peut en juger aujourd’hui , les poses de ces statuettes étaient très-bonnes , et l’on doit regretter qu’elles aient été si complètement endommagées.

Sur la partie antérieure du tombeau sont des arcades à présent au nombre de neuf et demie , car la dernière, vers la tête du défunt, a été presque supprimée : elles devaient être primitivement au nombre de dix. Dans chacune de ces arcades, tréflées à l’intérieur , sont sculptées en bas-relief diverses scènes de la vie de Jésus-Christ , savoir : la Nativité, la Passion, la Résurrection, l’Ascension, etc., etc.

L’autre tombeau n’avait, en-dessus, que quatre figurines. La mitre et le collet de la statue sont ornés de pierreries. La partie antérieure du tombeau est garnie de six niches en bas-relief, plus soignées que les précédentes. Les personnages étaient plus grands. Chaque compartiment est couronné de trois petits frontons triangulaires, disposés de manière à abriter les personnages. La même chose existe à l’opposé. Ce tombeau devait être isolé , et je pense qu’il n’est plus dans sa position primitive.

Le troisième tombeau est fort endommagé. U y a sept arcades en avant du tombeau. Entre les frontons se voient des anges ailés , debout.

On distingue différents groupes de personnages dans les arcatures.

Les statues tombales en bronze ont été usitées au XIVe. siècle comme au XIIIe. Je donne, à la page 555 , la statue de Jean de Dormans, évêque de Beauvais, qui avait été inhumé à Paris, dans l’église des

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Chartreux. Celte statue, en cuivre jaune, était posée sur une table de marbre noir sur laquelle on lisait l’inscription suivante, que je reproduis d’après la copie de Gaignières :

ANNO MILLENO TER C. TER I SEPTÜAGENO (1373)

SOLVITUR ET MEMBRIS SEPTENA LUCE NOVEMBRIS J. DE DORMANO PRIMO PRO SEROMANO PU ESC LE SUSCEPTUS , PATER HINC BELVACLS ADEPTlS SUB FRANCO REGE CANCELLAVIT DUCE LEGE .... FOVENDO SUB ACTIS INTUS CONFRATREM PLERORLM QU EM SCITO PATREM COLLEGII CLAUSTRI BRUNELLI SIT SCIUS ASTRI.

Des deux côtés sont des anges en cuivre jaune comme la statue ; ils soutiennent chacun un phylactère sur lequel on lisait ce qui suit : sur l’un. In pace fiat locus ; sur l’autre. Et Imbitatio ejus in Syon.

Au milieu du chœur de l’église du collège de St. -Pierre de Beauvais, à Paris, on voyait, entre le pupitre et les degrés du sanctuaire, deux statues en cuivre jaune , reposant comme la précédente sur une table en marbre noir, lesquelles appartenaient à d’autres membres de la famille de Dormans (1375-1387).

Pierres tombales. — Les pierres tombales ont été, au XIVe. siècle, magnifiques d’exécution: tous les détails du costume y sont rendus avec une grande exactitude; les compositions architecturales destinées à former l’entourage des personnages représentent des chapelles ou des travées d’une église. Ils ont leurs types correspondants dans les décorations de même genre dont on encadrait, au XIVe., sur les vitraux, les personnages que l’église offrait à la vénération des fidèles. Dans le Nord , les Pays-Bas et dans quelques localités , ce sont des dalles de marbre gris ou noir qui ont été employées ; dans l’Ille-de-France , la Normandie et une très-grande partie de la France , ce sont surtout des tables de pierre calcaire blanche ou jaune appartenant aux formations secondaires et tertiaires ; enfin, dans les rédons granitiques et schisteuses, on s’est servi des tables fournies par ces roches, mais elles étaient bien moins faciles à tailler.

Je présente, pour exemple des plus belles pierres tombales historiées

du XIVe. siècle, la pierre tombale dessinée à Sl.-Ouen-en-Belin, département de la Sarthe, par M. Hucher, membre de l’Institut des provinces. Cette pierre , qui recouvrait deux tombes , offre aussi deux effigies : celles d’Andrieu d’Averton , sire de Belin , et d’Isabeau de Breinville , sa femme, morts dans la première moitié du XIVe. siècle.

La pierre est divisée en deux arcatures ogivales trilobées encadrant les deux personnages, lesquelles sont surmontées de frontons présentant les découpures les plus fines et les ornements les plus élégants du XIVe. siècle.

Andrieu d’Averton, dit M. Hucher, nous présente l’aspect fidèle d’un chevalier du XIVe. siècle équipé de pied en cap ; il porte en tête le pot de fer conique , identique à celui du Prince Noir , dans l’effigie sculptée sur son tombeau à la cathédrale de Cantorbéry ; comme dans la statue de ce dernier , le casque est relié au carnait qui protège le col par un système de chaînettes très-caractérisé. Le haubert , ou plus spécialement le haubergeon, recouvre tout le tronc depuis la partie inférieure du visage qu’il encadre d’un austère ornement, jusqu’aux deux tiers des cuisses.

Le seul vêtement apparent et qui recouvre tous les autres jusqu’à mi-cuisses, est la cotte d'armes chargée du blason du chevalier et se terminant en lambel , c’est-à-dire en lanières crénelées de 10 centimètres de longueur.

La ceinture militaire, large d’environ k centimètres, entoure le bas des reins et la naissance des cuisses du personnage ; elle paraît ornée de pierreries, ou tout au moins de rosaces émaillées, enchâssées dans des articulations de métal, selon l’usage du temps ; elle soutient, d’un côté, la dague de miséricorde ; de l’autre, Y épée à deux tranchants; pardessus celle-ci , du côté gauche du personnage , on voit appendu Vécu du chevalier, blasonné comme la cotte d’armes.

Des brassards avec cubitières articulées protègent les bras ; au défaut de l’aisselle , on voit paraître le haubergeon ; les jambes sont couvertes de plates nommées cuissards , genouillères ; derrière les cuisses , on voit paraître le cuir gamboisé placé directement sur la peau ; les pieds du personnage sont appuyés sur un lion.

L’effigie de la dame de Belin n’est pas moins compliquée de détails intéressants ; elle a la tête couverte et la figure littéralement encadrée dans un camail : le costume des femmes a toujours suivi, de loin ou de près , celui des hommes.

La taille et les hanches sont comprises dans cet élégant vêtement, qui, sous le nom de surcot , a été en usage depuis saint Louis jusqu’au milieu du XVe. siècle. Rien de plus élégant, en effet, que ce vêtement qui dessine et effile la taille, puis l’encadre et la voile à demi dans deux espèces d’ailerons; la partie antérieure, celle qui descend de la gorge sur le ventre , est composée d’une plaque de fourrure de menu vair ; cette même fourrure orne l’intérieur des ailerons ; les bras de la dame de Belin et les faces latérales du surcot portent , d’un côté , le blason d’Averton , et de l’autre , celui de Breinville qui est composé de frettes ; une sorte de galon orné entoure les hanches et a l’air de tenir la place de la ceinture.

Les deux personnages ont les mains jointes sur la poitrine : celles de la femme, qui étaient en marbre blanc comme celles du mari, ont disparu.

De chaque côté de leur tête, figure un petit écu aux armes réciproques du chevalier et de sa dame. Le cimier du casque, qui surmonte les écus en tournois du chevalier , représente un âne , ou un cheval , dont la peau se termine en lambrequins.

Un système de fenestrages découpés d’une manière admirable décore les côtés des personnages ; sous ces espèces de niches à pinacles , particulières aux pierres tombales du XIVe. siècle, on voit une série de six petits personnages , espèces d’acolytes d’une cérémonie funèbre ; le premier , à gauche , porte la croix processionnelle ; le second , audessous, un livre fermé; le troisième, qui paraît être une femme, un livre ouvert, à fermoirs ; le premier, à droite , soutient un flambeau ; le second plonge l’aspersoir dans un vase d’eau bénite ; le dernier lit dans un livre.

Ces niches à pinacles paraissent représenter les travées d’une église, d’autant qu’elles sont surmontées d’autres fenestrages et terminées par un faisceau de clochetons. De chaque côté des deux pinacles principaux, qui abritent le sire et la dame de Belin, est un ange encensant d’une main et portant de l’autre une navette à encens. Ces quatre anges nimbés complètent la décoration du monument (1).

(I) Voir le mémoire de M. Hucher dans le t. XIV du Bulletin monumental.

Stallos et boiseries, vases sacrés , croix, ornements en métal.

Nous trouvons dans les stalles de l’abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, un magnifique spécimen des boiseries sculptées du XIV'. siècle : nous en donnons des fragments p. 561.

Les châsses , les calices , les croix processionnelles , les ciboires , les crosses , les encensoirs , etc. , etc. , offrent au XIVe. siècle à peu près les mêmes formes qu’au XIIIe. Les détails architectoniques seulement se modifient suivant le style du XIVe. Quelques crosses se chargent de crochets et de festons trilobés ; la magnifique crosse conservée dans le trésor de la cathédrale de Cologne est un bel exemple des plus riches monuments de ce genre au XIVe. siècle. Quelques ciboires tendent à s’élargir et à se comprimer , tel est le ciboire conservé à Sens et décrit parM. l’abbé Barraud, dont je donne l’esquisse à la page suivante. Les encensoirs ont encore, au XIVe. siècle, une forme globulaire comme au XIIe. (V. page 289). Ce n’est que dans la seconde moitié du XIVe. qu’ils commencent à s’allonger pour prendre , au XVe. , une forme décidément pyramidale. Enfin les devants d’autel en bronze doré , émaillé en argent , en or, reproduisaient dans leur composition les décorations architectoniques de l’époque ( arcatures , pinacles , feuillages, etc., etc. ) ; le travail en était absolument semblable à celui des châsses et souvent des statuettes occupaient les arcatures. Les rétables prennent des dimensions un peu plus considérables qu’au XIIIe. siècle.

Tissus.

Déjà , dans le XIIIe. siècle, on avait quelquefois brodé sur quelques tissus des personnages encadrés, comme sur les vitraux, dans des cercles ronds , quadrilobés , etc. Au XIVe. siècle, diverses chapes sont ornées de la sorte, telle que celle de St. -Maximin (Var) qui offre, dans une suite de cadres arrondis, diverses scènes de la vie de J.-G. , depuis sa naissance jusqu’à sa mort. M. Rostan , inpecteur des monuments , l’a décrite et a prouvé qu’elle remonte au XIVe. siècle (lre. moitié).

J’ai vu, dans le trésor de la cathédrale de Gênes , une chape sur la bordure de laquelle sont brodées les images des apôtres, encadrées dans des niches ogivales. Ces figures m’ont paru du XIVe. siècle.

Enfin je possède le dessin d’un habit qui fut apporté chez moi , il y a quelques années, et qui, d’après une inscription ancienne écrite sur parchemin, aurait été le pourpoint de saint Charles de Blois, tué à la bataille d’ Auray en septembre 1364.

Décrit par M. l’abbé Barraud dans le Bulletin monumental.

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