‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 164 sur 182 · FONT BAPTISMAL DANS L’ÉGLISE DE SAINT-SEBALD · texte numérisé non relu

FONT BAPTISMAL DANS L’ÉGLISE DE SAINT-SEBALD

On a fait encore quelques fonts baptismaux en plomb au XVe. et au XVIe. siècle : celui qui se trouve dans la collection publique d’Amiens est un des mieux conservés que j’aie vus : il devait être pédiculé ; le pourtour en est orné de douze arcades et de divers dessins dans le style ogival de la dernière époque , en application sur la planche de plomb qui forme le réservoir. Chacune de ces douze arcades encadrait une figure d’apôtre en demi-relief.

Le font que voici est aussi en plomb et se trouve dans l’église de Mesnil-Mauger (Calvados), où M.

Bouet l’a dessiné pour moi il y a long-temps : il est octogone. Chaque panneau , séparé des autres par des contreforts appliqués en pénétration sur les angles, est orné d’une arcature en forme d’accolade subtrilobée, garnie de feuilles de choux, au centre de laquelle sont des figurines. On distingue, parmi ces figures , la Sainte Vierge,

saint Laurent, saint Etienne, patron de la paroisse, et sainte Barbe , patronne de l’abbaye voisine , qui nommait à la cure.

Le diamètre de ce font est de 0 mètre 75 ; le réservoir est partagé en deux parties.

Les figures suivantes sont celles de deux fonts qui doivent dater

STYLE OGIVAL DE LA 3*. ÉPOQUE (FONTS BAPTISMAUX). 613 de la fin du XVe. siècle ou du XVIe., et dont les types se trouvaient

encore assez souvent, il y a quelques années , dans nos églises de campagne.

Le suivant est muni d’un couvercle pyramidal à huit pans , en bois de chêne , qui ne date que du XVIIe. ou même du XVIIIe. siècle.

Quelques-uns de ces couvercles ont été , au XVe. siècle , remarquables par leur élégance et présentaient toute la complication des clochetons les plus ornés de l’époque.

On comprend combien était gracieux l’aspect des fonts baptismaux de la période ogivale , combien il y avait d’élégance dans ces beaux vases de pierre surmontés d’une pyramide en bois, ornée d’une profusion de ciselures et découpée à jour.

Il n’aurait pas été facile de déplacer ces pyramides , qui avaient parfois 7 à 8 pieds de hauteur , si l’on n’avait eu recours à un moyen mécanique pour les faire mouvoir. Ce moyen était très-simple : le couronnement était soutenu latéralement par deux barres de fer, qui allaient s’attacher à un pivot. Or, ce pivot étant fixé le long du mur voisin ou assujetti de toute autre manière, on pouvait facilement le faire tourner sur lui-même et promener horizontalement le couvercle à droite ou à gauche.

61/t DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

J’ai figuré un de ces couvercles dans le tome VI de mon Cours d’antiquités (pl. XG).

Je ne connais pas de couvercles en bois antérieurs au XVe. siècle ; mais il y en avait dès le XIIe., et ces couvertures ont toujours été en rapport avec le style architectonique de l’époque où elles ont été faites. ^

Nous pouvons donc savoir quelles étaient leur forme et leur décoration , en nous reportant à celles des dais et des pinacles que l’on voit dans les églises du XIIe. siècle. Ils devaient offrir l’image d’une tour ronde ou octogone , autour de laquelle venaient se grouper d’autres tours plus petites figurant ainsi une enceinte de muraill s.

Jubés. — Clôtures en pierre.

Les jubés sont des espèces de barrières ou de clôtures très-ornées , placées entre la nef et le chœur ; ils supportent ordinairement une tribune où l’on venait lire l’évangile , comme on l’avait fait auparavant sur l’ambon (V. la page 4 ). Le nom de jubé vient d’ailleurs de ce que le diacre, en demandant la bénédiction de l’officiant, avant de commencer la lecture de l’évangile, prononçait le mot jubé , ordonnez.

On ne trouve aucune trace de jubés avant le XIVe. siècle, et tous ceux que je connais sont du XVe. ou du XVIe.

Ainsi , le magnifique jubé du Folgoat ( Finistère ) , si élégant et construit en pierre de Kersanton , le jubé de l’église de Brou ( Ain ) , celui de la Madeleine, à Troyes, celui de St.-Fiacre en Bretagne, dont un dessin peut seul faire comprendre la finesse et la beauté , sont des ouvrages du XVe. siècle ou du commencement du XVIe. Le dernier jubé, celui de St.-Fiacre , est en bois.

Aux jubés viennent naturellement se rattacher, au XVe. siècle, les clôtures en pierre qui séparent le chœur des bas-côtés et qui , dès le XIIIe., se voient dans quelques églises; elles deviennent, au XVe. et au XVIe. siècle, d’une richesse vraiment étonnante. On peut voir, à Amiens, la clôture ornée de tableaux représentant l’histoire de saint Firmiu , celle du chœur de Chartres, celle du chœur d’Aiby, et beaucoup d’autres qui remontent, pour la plupart, au commencement du XVIe. siècle.

Chaire».

Les chaires à prêcher ne se rencontrent guère qu’au XVe. siècle , comme les jubés ; au moins n’en ai-je jamais trouvé de plus anciennes :

STYLE OGIVAL DE LA oe. EPOQUE (CHAIRES). 615

telles sont celles de Strasbourg, celle de Fribourg, et, dans l’Ouest,

celles de St.-Lo et de Vitré : les deux dernières se ressemblent beaucoup et elles offrent cette particularité d’être l’une et l’autre en-dehors des églises , probablement pour prêcher les jours de grandes fêtes où les églises ne pouvaient contenir toute la foule des fidèles.

Voici l’esquisse de la chaire de Vitré , octogone , portée sur un pédicule comme un font baptismal ; chaque face est décorée de deux arcatures trilobées, à frontons supportés par un encorbellement à leur point de réunion.

Le toit ou dais qui recouvre cette petite tribune ressemble au toit d’un clocheton garni de crochets; un fronton triangulaire et festonné à sa base garnit chacun des côtés.

Les chaires que je viens de signaler sont en pierre; on en a fait alors en bois dans le même style, mais il n’en reste plus, je crois , que des débris ; au moins je ne me rappelle pas d’en avoir observé de bien entières dans mes courses.

Les lambris sculptés et les boiseries offrent les motifs qui ont été reproduits dans l’ornementation des chaires en bois, et l’on peut très-bien se faire l’idée de ce qu’elles furent au XVe. siècle et au commencement du XVIe. Depuis la fin du XVIe. siècle , il nous en reste un assez grand nombre.

Tombeaux.

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