‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 175 sur 182 · ÉTAT DE L’ ARCHITECTURE AU XVII • SIECLE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L’ ARCHITECTURE AU XVII • SIECLE

Qu’ appclle-t-on la seconde époque de la Renaissance ?

On a appelé ainsi, mais je ne veux justifier en aucune manière cette dénomination, les monuments de la fin du XVIe. siècle et de la lre. moitié du XVIIe.

En quoi les monuments de cette époque diffèrent-ils des autres?

Les arabesques, que l’on avait semées avec tant de profusion , furent répudiées comme de frivoles puérilités ; on vit paraître les colonnes à bossages, les appareils rustiques, dont Florence et plusieurs villes d’Italie offraient de nombreux exemples, les consoles renversées , les modifions , les frontons coupés, etc. , etc. L’architecture prit un caractère de solidité et de pesanteur bien dînèrent de ce qu’elle avait offert d’abord. Le règne de Louis XIII nous fournit beaucoup d’exemples de ce style , qui a bien son mérite et qui se conserva jusqu’au-delà de l’avènement de Louis XIV, en 16à3.

L’esquisse qui suit montre l’ordonnance qui fut usitée assez souvent, sous Louis XIV, pour les façades d’églises et qu’adoptèrent les Jésuites. L’église dont elle reproduit un fragment est de l’an 1658.

FRAGMENT D’UNE ÉGLISE DU XVIIe. SIECLE, A AUXERRE.

STYLE DE LA RENAISSANCE

Quelques fenêtres du XVIIe. siècle conservent non-seulement l’ogive, mais aussi les compartiments e.i pierre de la Renaissance, que nous avons vus dans la fenêtre de la Ferté-Bernard : telle est celle qui suit

et qui est tirée de l’église de St.-Martin-ès-Vignes, à Troyes.

A partir du XVIIe. siècle, les tours furent supprimées ou elles perdirent leur élévation et leur élégance. Les architectes furent très-embarrassés pour les relier à l’édifice.

Le département du Finistère olfre pourtant des exceptions remarquables à ce fait général dans les tours de beaucoup de ses églises qui, formées d’étages et de balcons superposés, ressemblent de loin à des minarets et paraissent avoir été calquées les unes sur les autres: on en jugera par une esquisse de la tour de Roscoff : ce n’est pourtant pas la plus svelte que nous ayons vue dans ce département.

Peinture sur verre. — Au XVIIe.

siècle , dit Le Vieil , les grandes entreprises de peinture sur verre étant rares , le verre colorié devint inutile : les verriers se virent contraints d’éteindre ce grand nombre de fours qui pouvaient à peine suffire, un siècle auparavant, à la quantité considérable d’ouvrages dont ils étaient chargés. Les émaux, perfectionnés en France par Pinaigrier , et devenus susceptibles d’exprimer les tons les plus fins, suffirent aux peintres sur verre pour colorier les sujets en petit auxquels ils s’exercèrent.

A peine reconnaît-on, dans les premières années de ce siècle, l’usage du verre colorié dans les verrières; à mesure que le siècle avança, les morceaux de grande exécution cédèrent la place aux tableaux de chevalet , s’il est permis de s’exprimer ainsi.

Ces divers morceaux , qui se distinguaient par la délicatesse du travail , par l’habileté avec laquelle les émaux étaient employés et mariés les uns aux autres, étaient, relativement aux grands tableaux du XVIe. siècle, ce qu’un petit tableau de chambre est à une grande toile, ce qu’une miniature est à un tableau.

Les vitres blanches montées en peLit plomb, qui ont remplacé les

STYLE DE LA IlENAISSANCE. 681

villes coloriées, affectent différentes formes assez élégantes dont

M. Bordeaux a réuni les principales combinaisons dans les planches précédentes. Le môme système fut adopté pour le vitrage des maisons privées.

La multiplication des textes au moyen de la presse multiplia bientôt le nombre des lecteurs, et quand les fidèles surent lire et qu’ils purent avoir des livres de prières , ils se prirent à murmurer contre l’obscurité produite par les vitraux. Le dédain que les artistes affichaient pour les œuvres du moyen-âge favorisa les plaintes , les encourage i môme , et l’on vit détruire les vitraux les plus riches d’effet pour les remplacer par les pâles tableaux de la fin du XVIe. siècle et du XVIIe. , mais bien plus souvent encore pour ne mettre à leur place que du verre blanc : c’est ainsi que nous voyons, pendant le XVIIe. et le XVIIIe. siècle, le clergé occupé partout de ces changements déplorables.

Une immense quantité de vitraux , qui avaient coûté des peines et des sommes considérables , furent anéantis par ceux même qui auraient dû les mieux apprécier et les conserver comme un gage sacré de la piété de leurs prédécesseurs. Le clergé du XVIIIe. siècle a été plus vandale, sous ce rapport , que les protestants dans leurs luttes acharnées, et que les iconoclastes les plus zélés de 1793. Ceuxci n’attaquaient , le plus souvent , que les vitraux à leur portée , au lieu que le clergé a détruit systématiquement et à grands frais les plus grandes verrières , celles qu’il fallait aller chercher au sommet des plus hauts murs.

STYLE DE LA RENAISSANCE

Tombeaux.

Les monuments accessoires, tels que les tombeaux, ont été remarqua-

bles durant la période que je viens d’indiquer ; on y employa les marbres les plus variés : on représenta souvent le défunt à genoux.

On vit alors quelques cercueils renflés en forme de carène de navire, mais les anciennes formes continuèrent encore d’être employées et l’on plaça aussi, comme aux siècles précédents, les statues couchées sur le tombeau. Les inscriptions, gravées sur des tables en marbre noir,

occupaient le centre des grands côtés du cercueil. La tombe que voici est un bon type de ce style ; elle recouvre les restes d’un seigneur , mort en 1616, et ceux de son épouse : elle doit être un peu postérieure à cette date.

Beaucoup de tombeaux de la même époque consistèrent dans de simples applications d’arphitecture sur les murailles, avec une inscription relatant les titres et les vertus du défunt ; on en trouve beaucoup de cette espèce jusque dans les églises de campagne, et ces inscriptions, malgré leur date peu ancienne, méritent d’être transcrites, parce qu’elles ont souvent leur importance pour l’histoire de la commune dans laquelle elles se trouvent.

Vers la fin du XVIIe. siècle, on se jeta déplus en plus dans la manière, la recherche, l’allégorie, et la pensée de l’artiste devint souvent une énigme difficile à interpréter. Les formes de ces monuments sont, trop variées pour que j’essaie de les décrire : on en trouvera des dessins dans les Antiquités nationales de Millin, et beaucoup de tombeaux de cette époque existent encore dans diverses églises.

STYLE DE LA RENAISSANCE

Dans le cours du XVIIe. siècle, et dès le XVIe. , on représenta quelquefois , au trait, l’image hideuse d’un corps dépouillé de ses chairs ; ou bien le sculpteur, quand il fit une statue, figura le cadavre nu du défunt rongé par les vers. Ces images, qui demandaient, il est vrai, du talent pour être supportables , sont toujours repoussantes, et les sculpteurs qui entreprenaient de pareilles tâches voulaient se faire remarquer par l’exécution anatomique des formes humaines et par la difficulté vaincue ; mais , sous le rapport monumental , c’était suivre une fausse direction que de représenter un homme à l’état de décomposition et privé de tous les attributs qui pouvaient caractériser son état social , et perpétuer le souvenir de sa vie.

C’était une aberration de l’art que de faire de l’anatomie sur un mausolée.

Comme je l’ai déjà dit, on trouve, au XVIIe. siècle, dans les contrées dont le sol fournit des matériaux difficiles à travailler, des pierres tombales semblables à celles que j’ai figurées page 671.

ÉTAT DE L’ARCHITECTURE AU XVISIe. SIECLE.

Que devint l'architecture à la fin du XVIIe. siècle et au XVIIIe. ?

L’avènement de Louis XIV ouvrit une nouvelle ère pour l’architecture et les arts accessoires ; mais, à la fin de son long règne, on tomba dans le mauvais goût que l’on a appelé le goût rocaille , ou rococo , et qui obtint surtout faveur sous Louis XV. Bernini (1), Fontana (2) et quelques autres architectes romains montrèrent un penchant déplorable pour la recherche et donnèrent une fausse direction à l’architecture et à la sculpture.

« Ce furent eux , dit M. Hoppe , qui mirent à la mode les colonnes « en tire-bouchon , les architraves en papillotes et les frontons brisés , « torturés , de toutes formes. Dans les surfaces, les lignes, les moulures « d’une nature plus légère servent en quelque sorte de broderie, « de frange aux édifices ; il n’y eut sorte de contorsions et de grimaces « auxquelles on ne les pliât. »

Les tombeaux, les boiseries d’église, les tissus, les vases sacrés et tous les accessoires de l’autel , subirent les influences de ce goût

(1) Né en 1598, mort en 1680.

(2) Né en 1634» mort en 1714.

singulier que l’on appela quelquefois , à l’étranger , le vieux goût français , quoiqu’il nous fût venu de l’Italie.

On commença à s’en affranchir sous le règne de Louis XVI , et il était abandonné à la fin du siècle dernier.

Les tours en forme de coupole, comme le dôme des Invalides, celui de l’Institut et quelques autres de Paris , ont été très-usitées au XVIIIe. siècle et jusqu’au XIXe.

L’église N.-D. de Dresde nous montre ce type, qui n’était pas moins répandu en Allemagne qu’en France et en Italie. A la même époque ,

Dartlelet seul]'.

E. Sagot del.

vue de l’église notre-dame , a dresde.

on a construit des tours élancéPs, espèces de flèches composées d’un nombre indéterminé d’étages ( 3 , k ou 5 ) et d’arcades superposées : quelques-unes de ces tours sont élégantes. On en voit aussi à Londres, en Italie et en Allemagne : pour exemple , voici la tour de l’église de la cour, ù Dresde.

STYLE DE LA RENAISSANCE

Page 1