‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 76 sur 182 · AUTEL ROMAN, A ST. -GERMER · texte numérisé non relu

AUTEL ROMAN, A ST. -GERMER

portant quatre cintres dont les archivoltes sont garnies de petites moulures quadrangulaires en creux. Des feuillages occupent les tympans de ces quatre arcades.

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242 DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’àRCIIÉOLOGIE.

L’autel de l’église Ste. -Marguerite, près de Dieppe, ressemble beaucoup à celui de St,-Germer.

A Aven as ( Saône-et-Loire), l’autel, de la seconde moitié du XIIe. siècle très-probablement, offre un type beaucoup plus riche. On voit

autel d’aven as (Saône-et-Loire).

sur le devant , au-dessous de la table portée par des colonnes , le Christ dans l’auréole elliptique, el les douze apôtres rangés sur deux lignes.

L’autel de St.-Guilhem-du-Désert (Hérault), de la fin du XIe. siècle (1076), est de la même forme que le précédent, mais 'il participe à la fois de la sculpture et de la peinture en ce qu’il est orné de mosaïques.

Sur un large panneau de marbre blanc, deux cadres d’arabesques entourent deux figures du Christ: l’une assise, tenant un livre dans ses mains et entourée des quatre symboles évangéliques ; l’autre en croix, accompagnée des figures de Marie, de saint Jean, et de deux anges ; les côtés reproduisent seulement la bordure d’arabesques. Ces figures et ces arabesques ont été sculptées en relief plat , et l’intervalle entre les reliefs est rempli de verres colorés de teintes très-foncées. Comme le relief plat ne pouvait rendre que le contours extérieur dans les figures, on a indiqué par un trait léger les détails intérieurs.

Nous devons à Mgr. Muller, évêque de Munster, l’esquisse d’un devant-d’autel , aujourd’hui dans sa ville épiscopale , mais qui autrefois se trouvait dans celle de Soest.

Ce devant-d’autel est en bois ; les figures ont été peintes en couleurs très-vives sur un fond d’or. La bordure est en saillie sculptée et peinte. Aux angles supérieurs de cette bordure , se voient , dans des médaillons circulaires, deux des grands prophètes, que l’on reconnaît, à leur légende, pour les prophètes Isaïe et EzécUiel ; dans les angles inférieurs, qui ont perdu les figures correspondantes , devaient se trouver les deux autres prophètes , Jérémie et Daniel.

Ces quatre prophètes correspondaient aux figures symboliques des quatre évangélistes qui entourent le trône de J.-C. Au centre du tableau : le Rédempteur est assis au milieu d’une auréole à quatre lobes ; bénissant de la main droite, il porte dans la main gauche le livre ouvert, offrant ces mots qui indiquent le mystère de l’Eucharistie : Ego sum panis vivus qui de cœlo descendi ; il est accompagné d’abord de la Sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste. La Sainte Vierge occupe le côté droit, elle porte les sept colombes, représentant les sept dons de l’Esprit; la colombe centrale , dans un cadre de plus grand diamètre , est le symbole de la Sagesse, Sapienticc, Saint Jean porte l’Agneau dans un cadre arrondi.

La sainte placée h droite de la Sainte Vierge est la patronne de l’église

AUTEL DE L ÉGLISE DE SAINTE- WALPUHGIS DE SOEST , AUJOURD’HUI A MUNSTER DANS LE MUSÉE DE KUNSTVESCIN,

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (AUTELS). 2/l5

où se trouvait l’autel , sainte Walpurgis ; la ligure d’évêque , portant le pallium, près de saint Jean-Baptiste , doit être, d’après Mgr. Muller, un archevêque de Cologne. La ville de Soest a appartenu , en effet, à la circonscription métropolitaine de Cologne jusqu’à la dernière organisation des évêchés du royaume de Prusse.

N’y avait-il pas des autels revêius d’or et d’argent ?

Les églises les plus riches avaient parfois des tableaux en métal qui recouvraient toute la partie antérieure de l’autel et qui pouvaient , à volonté, s’y placer et s’en détacher. Nous citerons, pour exemple, le magnifique devant-d’autel de la cathédrale de Bàle , de la première moitié du XIe. siècle, figuré dans l’atlas de mon Cours d’antiquités , pl. LXXXX. Ce devant-d’autel est en or et pèse au moins 26 marcs. Il a 3 pieds 8 pouces de hauteur sur 5 pieds 6 pouces de largeur. 1! a été acquis pour le musée de Cluny où on peut le voir.

La planche d’or , travaillée au repoussé, est appliquée sur un fond de bois de cèdre de 3 pouces d’épaisseur.

Elle renferme cinq figures en relief de 22 pouces d’élévation, qui représentent le Sauveur, les trois archanges, Michel, Gabriel , Raphaël , et saint Benoît.

Comment consacrait-on les autels chrétiens ?

Les autels étaient consacrés par l’onction du saint chrême , par la bénédiction sacerdotale et par des reliques qu’on y déposait : ces reliques étaient scellées dans des cavités pratiquées dans la pierre de l’autel.

Grégoire de Tours indique suffisamment comment se faisait cette dédicace, dans les premiers siècles de l’Église, en parlant de celle qu’il fit d’un oratoire : « Après avoir passé la nuit en prière, » dit-il, « nous sommes « entré le matin dans la chapelle et nous avons béni l’autel que notre « piété y avait fait élever . De retour à la basilique , nous avons fait « enlever les saintes reliques , et , au milieu d’un cortège de prêtres « et de lévites, nous nous sommes dirigé vers la porte de l’oratoire « avec les restes des saints, ornés de voiles et portés sur un bran- « card. »

Quelques autels étaient adossés à des tombeaux de saints (St.-Savin , St. -Mathias de Trêves ) ; quand ils étaient ainsi en contact, ou qu’ils étaient placés au-dessus des cryptes qui renfermaient des reliques , on se dispensait d’en incruster dans l’autel même.

Voici le curieux bas-relief représentant r à Tarascon , la consécration du principal autel de l’église de cette ville , à la fin du XIIe. siècle ;

on y voit deux évêques , s’appuyant sur leurs crosses et ayant chacun1 2 * 4 devant soi un vase rempli d’huile sainte pour les onctions.

Quels étaient les ornements et accessoires cle l’autel ?

Il paraît que, jusqu’au IXe. siècle, on ne plaçait rien sur la table de l’autel ; les ornements qu’on y voit aujourd’hui n’ont commencé que fort tard à être tolérés : on croyait que rien ne devait être mis en présence de l’Eucharistie, excepté le livre des Évangiles renfermant la parole de Dieu même.

Ce n’est, à ce qu’il paraît, qu’à partir du Xe. siècle que des croix ont été placées sur les tables des autels.

Les images placées sur l’autel ont été extrêmement rares avant le XIIIe. siècle ; il ne faut pas confondre avec celles-ci les peintures qui décoraient les murs de l’abside et dont parlent les écrivains.

L’abbé Thiers, savant liturgiste, pense qu’avant le XIIe. siècle on suspendait bien des guirlandes et des couronnes de fleurs autour et au-dessus des autels (1) et sur les murs (2) , mais qu’on n’en déposait point sur la table même de l’autel.

Les autels figurés sur la châsse émaillée de saint Calmin , de Riom , montrent la simplicité de ce que nous appelons de nos jours

(1) Texistis variis altaria festa coronis,

Pingitur ut filis floribus ara novis.

Fortunati Carm. 9 ad Radegund. , 1. VIII.

(2) Grégoire de Tours, De gloria Confessorum , rapporte que le prêtre Severin

attachait des iis autour des murailles d’une église qu’il avait bâtie : Solitus erat flores liliorurn , tempore cfuo nascuntur, colliger e, o.c per parûtes hujus œdis appen-

dere.

îa garniture de l’autel, on ne distingue qu’une croix, un calice et un chandelier.

Il n’y avait pas de tarbernacle pour recevoir les hosties, l’Eucharistie se conservait dans des vases faits les uns en forme de colombe, les autres en forme de tour, qui étaient tantôt suspendus, tantôt renfermés dans des armoires placées à côté de l’autel.

Aux XIe. et XIIe. siècles, les autels étaient souvent consacrés en l’honneur de plusieurs saints. On y renfermait aussi plusieurs reliques.

Des inscriptions dédicatoires étaient quelquefois gravées sur le bord de la table des autels, comme à St.-Savin, en Poitou, et quelquefois, comme à Montierneuf de Poitiers, sur des tables en pierre qu’on incrustait dans les murs voisins (1).

(!) Voir mon Cours d’ antiquités , t. VI, pages 155 et suivantes.

Une de ces inscriptions dédicatoires de Montierneuf de Poitiers, que je cite comme exemple, peut être lue de la manière suivante :

Hoc. aliare. XII. kalendas. februarii. est. consecratum. in. honore, sanctorum. apostolorum. Simonis. et. Judœ. et. omnium, apostolorum. et. Vincentii. martyris. atque. ibi. sunt. condilœ. reliquiœ. sanclorum. Abundi. Pétri, et. martyrum. Maxivù . presbyteri. Archelai. diaconi.

C’est-à-dise :

Le XII des calendes de février, cet autel a été consacré en l’honneur des saints apôtres saint Simon et saint Jude, de tous les Apôtres, et de saint Vincent, martyr.

Les reliques des saints Abundus, Pierre, et des martyrs Maxime, prêtre, et Archelaus, diacre, y ont été renfermées.

Qu’appelez-vous des crédences ?

Ce sont des niches , plus ou moins historiées , pratiquées dans l’épaisseur des murs, le plus souvent du côté de l’épître, mais quelquefois des deux côtés de l’autel.

A quel usage étaient-elles destinées?

Le pape Léon IV, qui vivait au IXe. siècle, nous l’apprend quand il recommande, dans la curieuse instruction qu’il adresse aux évêques, qu’il y ait près de l’autel un lieu où l’on puisse jeter l’eau qui a servi à laver les vases sacrés, et que le prêtre y trouve de l’eau et du linge blanc pour se laver les mains et les essuyer après la communion (1).

Les crédences , avec des piscines pour l’écoulement des eaux , paraissent avoir succédé aux armoires qui, dès le Ve. siècle, existaient dans les églises des deux côtés de l’autel.

D’après Paulin, évêque de Noie, dans celle de droite étaient enfermés les objets composant le saint ministère, c’est-à-dire, les calices et les autres vases en usage dans les cérémonies religieuses ; celle de gauche contenait les livres saints, savoir: le livre des Évangiles, ceux des psaumes et des épi très et le missel.

A quelle époque voit-on paraître les crédences dans les églises ?

Ce n’est que dans la 2e. moitié du XIIe. siècle ( cathédrale de Lau-

(1) Locus in secretario aut juxta altare sit prœparatus , ubi aqua effundi possit , quando vasa abluuntur et ibi linteum nitidum cum aqua dépendent , ut ibi sacerdo* manus lavet post communionem.

ÈKE ROMANE SECONDAIRE (FONTS BAPTISMAUX). ‘2/j9

saillie, Sugères (Deux-Sèvres), Pontigny (Yonne), etc., et encore sontelles rares avant le XIIIe. La plupart de celles qu’on voit dans les églises romanes ont été établies après coup..

A défaut de crédences , il paraît qu’il y avait, près de certains autels, des piscines pédiculées et percées , au fond de la cuvette, d’un trou pour l’écoulement de l’eau qui avait servi à laver les mains du célébrant.

J’ai dessiné celle que voici dans l’église de l’ancien prieuré de St. -Gabriel (Calvados) , où elle se trouve encore en place dans le sanctuaire, du côté de l’épître ; la cuvette en est très-peu profonde et les moulures qu’elle porte sur chaque face annoncent le XIIe. siècle.

PISCINE PÉDICULÉE DU XIIe. SIÈCLE, A SAINT-GABRIEL.

Fonts baptismaux.

Les fonts devaient être en pierre; le concile de Lérida, tenu en 524, décida que le prêtre qui ne pouvait s’en procurer, devait avoir un vase consacré exclusivement au baptême et attaché à l’église à perpétuelle demeure. Conformément à cette prescription , les anciens fonts qui existent sont presque tous en pierre , plus ou moins dure ( calcaire marbre, grès, granité, etc.); un petit nombre seulement sont en plomb. On en a fait aussi en bronze.

Quelles sont les formes principales des fonts au XIe. et au XIIe siècles ?

On peut indiquer plusieurs types. Les fonts en forme de cuve 3 ressemblant à une margelle de puits, son t le plus souvent parfaitement ronds, parfois ovales, ou quadrilobés comme celui

de Pont-à-Mousson , décrit par M. Digot et figuré dans le tome XII

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