PLAN DE LA CHAPELLE DU SÉMINAIRE DE BAVEUX
Le plan ci-joint fera comprendre cette disposition , qui s’est quelquefois reproduite dans les siècles suivants.
(î) V. le tome III de ma Statistique monumentale du Calvados.
Appareils. — On cessa tout-à-fait d’employer les petites pierres taillées carrément ; les pièces de l’appareil furent généralement plus grandes et de forme moins régulière ; on ne disposa plus les pierres en arête de poisson ni en échiquier.
Arcs-boutants et contreforts. — Un trait hardi du nouveau style fut de projeter en l’air ces arcs-boutants qui s’appuient, d’un côté, sur les contreforts des collatéraux et qui vont, de l’autre, soutenir les murs du grand comble. Ce moyen ingénieux de consolider le sommet des édifices était inconnu dans les XIe. et XIIe. siècles ; alors les arcs-boutants, qu’on élevait parfois le long des murs de la principale nef, étaient cachés sous la toiture des ailes.
Du moment que les arcs-boutants formèrent des arcades aériennes ,
ARCS-BOUTANTS DU XIIIe. SIECLE. — -NEF DE LA CATHÉDRALE DE RA YEUX.
3/jO DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.
les contreforts s’élevèrent comme des tours au-dessus des toits des ailes. On les couronna de clochetons tantôt carrés, tantôt octogones, quelquefois d’un fronton aigu ou d’un toit à double égout. Sur les piedsdroits de ces contreforts pyramidaux , on pratiqua des niches garnies de colonnes dans lesquelles on plaça des statues.
Comme les arcs allaient soutenir le haut des murs, on en fit aussi des aqueducs pour l’écoulement des eaux pluviales du grand comble ; ces eaux étaient reçues dans une espèce de gouttière en pierre ; elles coulaient ensuite sur les dalles pratiquées dans l’épaisseur des arcs , puis étaient rejetées au-delà des murs par des conduits saillants que l’on a nommés gargouilles.
Il faut avoir examiné nos belles églises du XIIIe. siècle, pour se rendre compte de l’elfet des arcs-boutants et des contreforts pyramidaux qui les soutiennent. Dans les édifices les plus élevés, chaque contrefort supporte jusqu’à trois arcs, projetés les uns au-dessus des autres avec une hardiesse surprenante et en apparence téméraire.
Ces arcades, qui décrivent une multitude de courbes autour de l’abside et des nefs, viennent toujours butter contre les massifs qui séparent les fenêtres ; par là les architectes ont neutralisé la poussée des voûtes, dont les arceaux se réunissent et portent sur ces mêmes massifs.
Les contreforts, soit qu’ils supportent des arcs-boutants ou qu’ils soient immédiatement appliqués contre les murs, comme dans les façades et le long des églises qui n’ont point de collatéraux, présentent des pilastres de forme carrée ; ils sont divisés en plusieurs étages par des corniches; et leur saillie, souvent très-considérable vers la base , diminue progressivement en approchant des étages supérieurs.
Ornements. — ■ Une grande révolution s’opéra, au XIIIe. siècle, dans l’ornementation architectonique : au lieu de palmettes , de feuilles grasses perlées, de galons plus ou moins riches, empruntés à la Flore ou à la décoration orientale, on se mit, au XIIe. siècle, à imiter les végétaux indigènes : le sculpteur y trouva d’immenses ressources ; il reproduisit des types nouveaux avec une grande habileté, et la Flore murale du XIIIe. siècle présente au monumentaliste un intéressant sujet d’études dans ces feuilles indigènes, si naïves, si délicatement découpées et jetées avec tant de bonheur sur les murs de nos cathédrales.
Nous n’avons pas la prétention de présenter le tableau complet de la Flore murale du XIIIe. siècle, mais seulement quelques ligures : elles sufliront pour montrer toute la dissemblance qui existe entre l’ornementation du style roman et celle du style ogival (1).
Il ne faudra pas toujours chercher dans l’exécution des végétaux une imitation rigoureuse : selon ses tendances , le sculpteur a été plus ou moins fidèle dans la reproduction , ce qui fait dire à notre savant botaniste et ami, M. Des Moulins, de Bordeaux : « Les fleurs artificielles « ne datent pas du jour où les modistes en ont orné les chapeaux de « nos dames. Dans les monuments, comme dans les tableaux, comme « dans les modes, on remarque et on remarquera toujours, on signalera, « comme une exception précieuse , l’imitation fidèle et rigoureuse des « formes de détail des végétaux. On peut arguer de faux les modèles « classiques , tout aussi bien que les types les plus élégants des di- « verses phases sculpturales de notre art chrétien. »
Les feuilles de vigne, de chêne, de rosier, de saule, de fleurs crucifères très-élégantes, les feuilles et les fleurs de nénuphar, de fraisier, de renoncule, les feuilles de trèfle à pétales arrondis , ont été reconnues dans plusieurs de nos cathédrales du XIIIe. siècle.
(I) La Flore murale du XIII' . siècle n’est pas encore faite : nous avons engagé plusieurs botanistes archéologues, notamment M. Des Moulins, à s’en occuper; il y a déjà consacré un mémoire. Voici le catalogue des plantes reconnues dans la cathédrale de Reims par M. Saubinet :