CHVPITEAIX DE LA CRYPTE DF. SAINT-ATIT
Le chapiteau le plus remarquable est celui des colonnes rondes de la confession, où des petites faces triangulaires facilitent le passage de la partie carrée à la partie circulaire. Nous trouvons là le t}'pe primitif de certains chapiteaux bizarres de la première moitié du XI' siècle.
86 DE CACMONT. ABÉCÉDAIRE d'ARCHFOLOGIE.
Au milieu des cryptes de la cathédrale de Chartres, construite par l'évêque Fulbert au XI* siècle, on trouve un caveau central placé dans le sanctuaire, dont le plan a été publié par IVf. Ramé dans le Bulletin monumental , et qui doit être, selon lui, la crypte de la ralhédrale reconstruite après le désastre de 858 par les soins de Tévêque Gislebert. On retrouve dans celte crypte, dont les murs ont été renforcés de manière à boucher les fenêtres 6, b, 6, b, des parties
PLAS DE LA PiRTIE DE I, \ CRYPTE DE CHARTRES REHO^TAM AC IX^ giEClE.
renionlanl probablement à la date que nous venons d'indiquer, notamment un pilier de grand appareil séparé par des lits de ciment épais, avec briques posées verticalement dans quelques points, et couronné par un tailloir sur le biseau duquel est appliqué un double cartouche.
Le mur auquel les pilastres sont adossés, et qui forme le côté occidental de la crypte, présente de longues assises horizontales de briques séparant un petit appareil R (1).
Ainsi voilà bien des faits concordants pour affirmer la date approximative des tailloirs et des chapiteaux observés à Orléans et dans quelques autres localités.
Moulures diverses. — Je présente maintenant des moulures d'orne-
(1) Voir le t. XXVI du Bulletin monumental^ i>. "3 et suivantes.
ÈRE ROMANE PRIMITIVE (PÉRIODE CARLOVINCtIENNE). 87
ment provenant d'une partie des ruines de St-Samson-sur-Risle , que quelques-uns ont attribuées à la reconstruction faite , au IX* siècle, après la destruction des Normands , et qui, selon d'autres, pouvaient même avoir appartenu à l'église primitive.
L'une de ces moulures montre une série de losanges en méplat, au centre desquels sont de petites cavités circulaires qui avaient été remplies avec du ciment coloré.
Dans la seconde une branche de vigne est conduite en serpentant.
de manière à dessiner des ]rinceaux ; au centre de chacun des enroulements, est un fruit qui ressemble à un gland, et un oiseau becquetant une grappe de raisin.
88 DE CAUMONT. ABKChDAIRE d'aRCHKOLOGIE.
Dans la troisième, on voit un rang de palmettes et, au-dessus, une branche ondulée, chargée de feuilles et de fruits.
Dans la quatrième, on distingue un vase d'où sortent deux feuilles et deux cornes d'abondance, qui laissent échap];cr deux grappes de raisin.
Les figures suivantes d'animaux, parmi lesquelles on dislingue des paons, des phénix: des cerfs, des chevaux, des hippocampes,
et quelques autres animaux, sont tirées de la frise d'une église, au-
jourd'hui détruite, replacée sur la tour de Si-Germain d'Auxerre.
On a trouvé, à St-Samson-sur-RisIe, des briques moulées, qui avaient été incrustées dans les murs et disposées de manière ù former une ornementation régulière. On peut facilement, avec ces briques, obtenir
diverses combinaisons dont les figures ci-jointes indiquent quelques-
DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
unes. Il est certain que la brique a été employée comme ornement dans des conditions analogues , sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, autant qu'on peut en juger par les débris de terre cuite trouvés dans plusieurs édifices présumés antérieurs au X* siècle, notamment dans les ruines de l'église mérovingienne de Vertou , près de Nantes. Les figures suivantes (A, B) sont des briquet moulées, qui paraissent avoir fait partie d'une ou de deux archivoltes à St-Samson.
Tout porte à croire qu'elles sont très-anciennes ; elles avaient été employées dans la reconstruction.
Il est certain que des fragments de sculptures anciennes ont souvent été employées dans les nouvelles constructions élevées aux XI* et XII* siècles, par respect pour les églises auxquelles elles' ont succédé : on peut donc tirer, d'une étude attentive de ces débris , quelques renseignements sur l'ornementation antérieure au roman secondaire.
On voyait de pareilles pierres dans le parement extérieur des murs du chœur et de la nef d'Évrecy (Calvados) où, dès le VIII* siècle, il existait un monastère.
La plupart des pierres sculptées d'Évrecy paraissent avoir composé une ou plusieurs archivoltes; elles ont appartenue deux rangs de claveaux distincts et probablement concentriques; car les unes (les plus petites) n'ont que 21 centimètres de longueur sur 11 centimètres à la partie la plus large et 40 à la partie la plus étroite; les autres ont 30 centimètres de longueur. La plupart sont rectangulaires par
un bout, tria:ii{ulaires par l'autre. Il devait donc rester, enlre leurs
CN CLATEAD D'AHCHIVOLTE DR l'ÉGLISE PRIMITIVE o'ÉTRECT.
extrémités, un carré ou un losange rempli par une pièce de rapport.
92 DE CAUMONT. ABÉC^^DA1RE D'ARCHÉOf.OGlE.
On trouve , en effet, d'autres pièces de cette forme , dont les di-
mensions s'accordent avec celles du vide à remplir : c'est une disposition que nous voyons dans les archivoltes de l'église de
FRàC^EM DHS ARCniYOLTFS DE PISTRE.
Distré , près Saumur , et dans beaucoup d'églises Irès-anciennes.
Si les entrelacs ne sont pas un ornement qui appartienne exclusi-
vement aux IX« et X« siècles, il n'en est pas moins vrai qu'ils ont été employés très-fréquemment durant cette période , et qu'on peut
94 D€ CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
ENTRELACS PR^SCMés CitLOTiNCIIRf.
les considérer comme uu des éléments de la déc.jralion carlovingienne.
Appareils, fenêtres, etc. — Nous avons quelques églises en Anjou et en Touraine qui doivent être antérieures au XP siècle, et qui se distinguent par leur petit appareil, quelquefois entremêlé de lignes en arêtes de poisson ou d'assises horizontales, d'appareil allongé, etc., etc., telle est l'église de Gravant, près de Chinon, qui vient d'être achetée par la Société française d'archéologie. Voici le dessin très-exact d'un des côtés de la partie ancienne de cette église (V. la page suivante).
Les assises de petit appareil , tantôt cubiques, tantôt disposées en arêtes de poisson, sont remplacées, à divers niveaux, par des chaînes en pierre de taille.
Les fenêtres sont garnies de cintres ornés de billettes et alternant avec des frontons dont les rampants et la base portent le même ornement. Les fenêtres et les frontons se continuent sur la face occidentale de l'édifice, mais, le centre de cette façade ayant été reconstruit, les frontons n'existent plus qu'en partie, près de deux angles qui joignent le mur occidental aux murs latéraux du nord et du sud. Je crois qu'il y avait au-dessus du portail occidental deux fenêtres et trois frontons; s'il y avait trois fenêtres, il y a eu quatre frontons.
Entre les fenêtres, les pierres de petit appareil sont disposées symétriquement au milieu de l'appareil moyen , de manière à dessiner des pyramides étagées: disposition que j'ai retrouvée dans l'église de Sl- Mesme de Chinon, qui ne date que du XI* siècle, mais qui me paraît un caractère incontestable d'ancienneté.
St-Généroux. — J'ai décrit, il y a longtemps, l'église de St-Généroux (Deux- Sèvres); elle offre des rapports incontestables avec celle de
PORTION DES HCRS LATERAUX DE SAIIST-GENEROCX.
Gravant, soit dans les fenêtres et les frontons de ses murs latéraux, soit dans rordonnance de son chevet.
DE CAUMONT. ABECEDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
kïiP. ROMANE PRIMITIVE ( PÉRIODE CARLOVIXGIENNE
Le» fenêtres sont à plein-cintre, sans colonnes, et assez étroites; un cordon horizontal en pierre, reposant sur des consoles, court d'une fenêtre à l'autre, au niveau des impostes, comme à Gravant, et décrit des cercles encadrant les archivoltes ; l'espace compris entre chaque fenêtre est occupé par un fronton triangulaire; un second cordon horizontal décrit une ligne continue au-dessus de ces frontons. Le tout est surmonté de plusieurs assises de pierres taillées en arêtes.
FFAUTRES ET AlinUflIS \ SMNT-CENLIIOIX,
Le grand comble oriental de Saint- Généroux, au-dessus des absides, présente aussi différents appareils curieux.
Au lieu de se servir de pièces de même forme et de même volume, on a , dans plusieurs parties des murs, employé des pierres de taille d'une dimension assez considérable, sur lesquelles on a figuré les compartiments réguliers de l'appareil , au moyen de rainures creusées dans la pierre et remplies de ciment coloré. La même disposition se voit dans quelques parties des murs de l'église de Gravant.
L'église de Germiny-les-Prés, bâtie, au IX' siècle, par Théodulphe,
eu Pris
DR CAUMONT. AUKCKnAIRK D AHCHEOLOGIE.
évêque d'Orléans, présente une abside voûtée en cul-de-four et garnie d'une mosaïque dorée , la seule qui existe en France aujourd'hui ; des pilastres en avant du sanctuaire, dans ce qui forme le transept , portent une tour quadrangulaire; les transepts sont arrondis comme l'abside principale ; les chapiteaux des colonnes, ceux des pilastres, les mosaïques et les inscriptions confirment, par leur style, l'époque reculée qu'onassigne à l'église ; et tout porte à croire qu'elle est encore, en grande partie, celle que fit bâtir l'évêque Théodulphe. Le revête-
PLtN DE L'tGLl⣠DE CEaUINT-LES-raÉS.
ment extérieur des murs est en petit appareil.
Table d'autel. — J'ai donné ( p. àS) le spécimen d'un autel du VII« siècle (celui du Ham) ; je puis olfrir la table complète d'un autre autel conservée dans la cathédrale de Rodez. On lit sur le bord de celte table :
DEVS DEDIT EPISCOPVS IKDIGNVS FIERI IVSSIT HANC ARAM. L'évêque DicU-
donné vivait au Vl"^ siècle; mais on croit que celte table d'autel a été refaite. C'est toujours un monument du plus haut intérêt que les explorateurs ont élé plus portés à attribuer au IX* siècle qu'au VI*. On voit au musée de Rodez quatre colonnes en marbre, très-éléganles, qui portaient celle table d'aulel avant qu'elle eût été déplacée.
Tombeaux de l'époque carlovingienne. — J'ai décrit et figuré dans mon Cours d'antiquités , t. VI, j). "21x2 et suiv. , les tombeaux trèscurieux qui existent dans la crypte de Jouarre ( Seine-el-Marne ) ; il n'est pas facile d'en préciser absolument les dates, parce qu'ils ont probablement élé élevés plus ou moins longtemps après la mort des personnes auxquelles ils ont élé destinés.
Le tombeau très-curieux de Tedchilde, morte au VII* siècle,
ÈRE ROMANE PRIMÎTIVF ( PÉRIODE CARLOVINGIF.NNe)
BrôLiOThuCA
DE CAOMONT. ABKCBDAIRE D ARCHEOLOGIR.
quant aux
que l'on voit dans cette crypte , ne ressemble pis ornements , aux sarco pliages des IV% V« et VI"= siècles précédemment décrits, et qui tous appartenaient au midi de la France ; il n'est pas en marbre , mais en pierre de liais. Des coquilles ornent l'extérieur de l'auge ; sur le couvercle , qui est prismatique, on dislingue des guirlandes de vigne dans lesquelles se jouent des oiseaux (d). Ce tombeau pourrait bien être du VII'" siècle; néanmoins, on le croit postérieur à cette époque, et j'ai dû le ranger parmi les monuments carlovingiens.
S'il reste des doutes sur la dale de l'inscription et du sarcophage qui la porte, on peut admettre qu'ils sont antérieurs au Xl"= siècle.
Dans le cours du VHP siècle, du temps de Charlemagne et de ses successeurs immédiats , les tombeaux apparents offrirent à peu près les mêmes formes qu'au VII* siècle : je n'en connais guère à ciler de cette époque; mais nous avons un certain nombre d'inscriptions lumulaircs qui étaient, vraisemblablement, incrustées dans les nuiraillcs voisines des cercueils, et qui ont été conservées après la destruction des tombeaux.
(1) V. la pi. LXXXX de mon Cours d^antiquités monumentaUs.
A en juger par celles que j'ai pu examiner, on ne gravait plus habituellement sur ces tablettes le monogramme du Christ : les inscriptions carlovingiennes que j'ai rencontrées ne sont point accompagnées des figures symboliques que nous avons vues aux V*, VP et VII* siècles (les colombes, les paons, etc., etc.)'.
Voici quelques sarcophages qui paraissent antérieurs au X* siècle, et qui donneront des spécimens de l'ornementation usitée alors.
Sur Tua, sont des espèces de roues ou de croix encadrées.
Sur les autres , ce sont des croix h plusieurs barres figurées sur le couvercle; les uns sont plats, les autres prismatiques, et d'autres
bombés en dos-d'àne. Les quatre tombeaux que voici ont été dessinés à Civaux, en Poitou, il y a quarante ans.
Paléographie murale carlovingiennr. — Le fragment d'inscription suivant existe au Musée d'Auxerre; il porte sa date, et quoiqu'il n'en reste plus que quelques lettres, elles sont tellement pures que j'ai cru devoir le faire graver : l'encadrement de l'inscription offre
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d'ailleurs des moulures bien conservées, et les quatre fleuves du
Paradis se trouvaient maine, comme dans l'antiquité classique.
L'inscription qui suit doit être moins ancienne et peut être de la fin du IX* ou du X« siècle.
Elle est ainsi conçue :
VII idus fehrunrii obiit Ranoldus. Ule fuit natus de Gesta Francorum anima ejus requiescnt in pace» Amen. Illefecit istam eccleaiam.
aux anMesdu cadre, représentés sous la forme hu«
R.ANQLDVS'
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