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ÈRE ROMANE SECONDAIRE ( VOUTES EN COUPOLE

Le nombre des églises à coupoles est assez limité aujourd'hui en France. Un fait très-curieux, c'est la manière dont ces églises sont distribuées sur le sol français. Il y a long-temps que j'avais constaté Vabsence d'églises à coupoles au nord de la Loire, tandis que Fontevrault, sur la rive gauche du fleuve, nous en oflre des exemples remarquables ; mais, depuis, M. de Vcrneilh, qui a fait une étude spéciale des églises à coupoles en France, a trouvé que ces monuments sont décidément beaucoup plus nombreux qu'on ne le pensait : « J'en connais, dit-il, un certain nombre dans le seul département n de la Dordogne ; je sais qu'il en existe au moins autant hors du 0 département. Les enquêtes faites par la Société française d'ark( chéologie en ont révélé d'autres dans la Charente-Inférieure. «•

M. de Verneilh croit que tous les monuments à coupoles, compris entre la Loire et la Dordogne (au-delà de laquelle il n'y en a pas, selon lui), se rattachent par St-Front de Périgueux à la grande souche byzantine ; c'est un point capital qu'il a établi au moyen de plans et de coupes à une échelle uniforme, où l'on peut suivre les dégradations successives d'un seul et même type, comme à St-Front de Périgueux et à St-Marc de Venise.

Il était très-important de constater la vraie date de St-Front. Cet édifice a été construit, d'après M. de Verneilh, peu de temps après St- Marc, de 976 à 1047, au moment oii les colonies vénitiennes se fondaient dans la région centrale de la France. L'an 1000, la comtesse Emma de Périgord, mère de l'évêque Martin, bâtissait l'abside ou chapelle de St-André, ce qui prouve que les constructions étaient déjà assez avancées. — L'église à coupoles de St-Jean-de-Colle, en Périgord, a été bâtie par l'évêque Raymond de Thiviers, dans la seconde moitié du XI* siècle; celle de St-Astier, dans la première moitié du XII*, par l'évêque Raoul de Couhé. Celle de St-Avit-des-Autels date de 1117 et de ll/i2. La cathédrale d'Angoulême est de 1101 à U30 ; celle de Saintes, dont il ne reste qu'un des transepts, était du même temps. Les églises de Fontevrault et de Cahors ont été consacrées par le pape Calixte II ; ainsi des autres. La plus ancienne, après St-Front, serait la cathédrale du Puy-en-Velay. En somme, la présence de voûtes en coupole dans une église n'est point un signe de haute antiquité : elle annonce plutôt le XIP siècle que le XI'".

Il est une autre espèce de voûtes qui se montre très-fréquemment en Anjou, en Poitou et ailleurs, dans la deuxième moitié du XII* siècle: ce sont des \oiiles ogivales cupoliformes qui s'abaissent, non-

DE CAUMONT. ABKCKDAIRE D ARCHEOI.OGIF..

seulement vers les murs latéraux des nefs, mnis aussi vers l'archivolle des arcs de chaque travée, dans le sens longitudinal (Voir p. 223). D'après les intéressantes analyses de M. de Verneilb, ces voûtes montrent la disposition de la coupole.

Que Ton suppose, en effet, une coupole ou calotte qui se confond avec ses pendentifs, et Ton aura l'idée première qui a produit les voûtes dont nous parlons. Mais, comme le dit M. de Verneilh, en prenant pour rayon de toute la coupole la demi-diagonale de piliers, et non plus la moitié du carré seulement, la voûte devenait aussitôt beaucoup plus surbaissée, c'est-à-dire plus hardie. Telle coupole, qui n'aurait dû avoir que dO mètres environ de diamètre, se trouvait bien près d'en avoir d5 ; et comme sa culotte était plus découpée en même temps que plus aplatie, les conditions de solidité n'étaient plus les mêmes.

Or, on fit une combinaison de ce système avec celui des voûtes d'arêtes, sans nervures, qui existait déjà dans le nord de la France et dans beaucoup d'autres contrées, et on imagina de fortifier les voûtes sphériqiies aplaties avec des nervures ou arceaux du même genre.

Sommot (le l'arc ogiva

7 Summet de l'arc ogival

Il y on cul qui réunissaient diagonalemenl les piliers (1, ?, 3, 4), comme dans la voûte d'arête ordinaire, et qui doublaient seulement la voûte sphériqup. tandis qu'ollcs supportaient l'autre ; mais on en fil aussi qui se croisaient dans l'intervalle des premi» res nervures (les ner-

KRR ROMANE SECONDAIRF. ( VOUTES EN COUPOLE ).

vuies diagonales), en s'arrêlant au sommet de chaque grand arc (5, 6, 7, 8 (p. 222), et qui étaient beaucoup plus courtes, mais décrites dans le même rayon.

La voûte spbérique ù double croix de nervures se voit souvent en Anjou, en Poitou, dans le Maine, etc., etc. Durant la deuxième moitié du XII* siècle, elle pénètre dans d'autres contrées. L'église Notre-Dame d'Étampes, près Paris, en offre de beaux exemples; j'en ai vu d'autres en Normandie.

M. Parker appelle celte voûte voûte Plantagenet, parce qu'elle est un des attributs de rarchitecture du règne des Plantagenets, ducs d'Anjou ; ou voûte dômicale, c'està-dire voûte d'arête en manière de dôme.

Voici la coupe longitudinale d'une voûte dômicale de l'Anjou. Nous sommes d'accord avec M. de Verneilh pour ses appréciations au sujet de ce système de voûtes : il tient unegrandeplacedans l'artnational des XII* et XIII* siècles, et quelquefoisil entraîne des modifications dans la forme des édifices. En effet, les grandes églises ainsi voûtées n'ont pas toujours de bas-côtés (Si- Maurice d'Angers, nef de la Couture, au Mans, la Trinité de Laval, etc. , etc. ) ; les nefs sont extrêmement larges et divisées en travées carrées par des arcs doubleaux massifs, qui sont carrés en section. Pour résister à la poussée des arcades, on a, au lieu de piliers butants ou contreforts ordinaires, de solides masses de maçonnerie qui sont des prolongements du mur, conduits à angle droit et conservant souvent autour d'eux leurs corniches et leurs autres ornements : ce qui a fait dire qu'une

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partie de ce qui est en dehors, dans rarcliitcclure romane ordinaire, se trouve en dedans, dans l'architecture de l'Anjou et du Poitou.

Tours.

LES Romains se servaient de clochettes et ce furent eux qui les introduisirent en Gaule ; mais il y avait loin de ces clochettes aux cloches des églises. L'époque où ces dernières devinrent d'un usage général n'est pas encore certaine ; on la fixe communément au V« siècle. D'abord peu volumineuses, les cloches ne nécessitèrent pas l'érection d'un bâtiment particulier : ce ne fut guère qu'au VIII* ou au IX' siècle que leur \olume, plus considérable, rendit les tours indispensables. Anastase-le-Bibliolhécaire rapporte qu'en 770 le pape Etienne III en fit bâtir une sur l'église St-Pierre de Rome, dans laquelle il plaça trois cloches pour appeler les fidèles aux oflices (1). L'auteur ne dit pns que cette église manquât de tour auparavant, mais il y a lieu de le supposer.

Or, si la première basilique du monde chrétien ne fut pourvue d'une tour que dans la deuxième moitié du VIII« siècle, nous pouvons admettre hardiment qu'on n'en éleva guère avant cette époque en France, et encore y furent-elles rares jusqu'à la fin du X« siècle. La plupart de nos abbayes n'en avaient point dans le IX% car il n'en est pas fait mention dans les descriptions que nous possédons et qui renferment des détails Irès-circonstanciés sur la forme, les murailles, les fenêtres, les pavés, les dorures, et sur les différentes parties de ces édifices, tels qu'ils existaient alors.

Tout en admettant que les tours d'églises fussent extrêmement rares chez nous avant le IX* siècle, je ne prétends pas déterminer l'époque de leur apparition, ni la limiter absolument au VIII*: quelques rudiments de tours pouvaient déjà s'être montrés auparavant.

L'association des tours avec le corps des édifices religieux présenta, pondant long-temps, de grandes diflicultés : tantôt on les plaça près du portail de l'ouest, quelquefois aux extrémités des transepts ; mais bien souvent les architectes, moins hardis, établirent leurs tours à côté des églises et en firent ainsi des constructions accessoires, presque sans liaison avec le reste. C'est ainsi qu'on les lrou^e presque toutes, à Ravenne et dans les filles d'Italie.

(I) Steplianus ITI, un, D. 770, feclt snper basilicam Sanctl Peiri tarrim In qua trcs posult caiii}ianas qii.T clerum l't po))uluin al oHicium Dol conrocarcnt. (Anait. Biblloth., in vita Stephnni IIl.)

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Quelle que fût, d'ailleurs, la place que les tours occupassent, elles élarent assez ordinairement carrées, terminées par une pyramide obtuse à quatre pans, et percées, sur leurs faces, d'un certain nombre de fenêtres semi-circulaires ; cette forme s'est conservée dans les tours des églises de Rome. Par une exception très-remarquable, on avait adopté, à Ravenne et dans quelques contrées, la forme cylindrique.

Les tours qui furent construites au commencement du XI" siècle durent être peu élevées. Dans le cours du X1I% on les exhaussa de plusieurs étages ; on orna les murs d'arcades bouchées et de fenêtres.

Un grand nombre de tours étaient terminées par une pyramide ù quatre pans, soit en pierre, soit en charpente ; le plus souvent, cet obélisque était obtus, comme dans les siècles précédents ; mais on Gt aussi des pyramides plus élevées.

On ne savait pas encore marier les toits octogones aux tours quadrangulaires : lorsqu'on trouve la forme octogone appliquée au toit des tours romanes, il y a presque toujours lieu de croire que ces pyramides sont moins anciennes que le corps de la tour qui les supporte.

Il faut bien remarquer que mon observation est seulement applicable aux tours dont la base est quadrnngulaire, car on trouve aussi, dans l'architecture romane, des tours octogones qui ont dû être invariablement couvertes par des toits de même forme ou par des toits ronds. Ces tours octogones sont rares dans l'architecture romane du Nord, et j'ai lieu de croire que celles qu'on y voit ne datent que du XII« siècle ; ce sont, pour ainsi dire, des tours de transition. J'en ai rencontré un plus grand nombre dans le Poitou et dans le centre de la France, et elles sont communes sur les bords du Rhin.

Un autre genre de couronnement est celui qu'on désigne sous le nom de bâtière, et qui est formé de deux gables, supportant un toit plus ou moins incliné à double égout. Cette forme est la moins élégante de toutes ; je n'ai pas la certitude qu'elle ait été employée dans l'archileclure romane : elle m'a paru postérieure à toutes les tours des XP et XIl« siècles dans lesquelles je l'ai rencontrée et dater des dernières époques, sauf quelques exceptions.

Un très-grand nombre de tours n'ont été achevées que dans les XIII% XIV* et XV« siècles, et sans doute elles étaient primitivement couvertes en bois. Il ne faut pas confondre ces additions avec les parties anciennes : il y a toujours quelques indices qui les font reconnaître.

Voici une série de tours romanes de différents genres et de différentes dimensions qui, pour la plupart, doivent appartenir au XII' siècle ou à la fin du XI^ 45

226 OF, CACMONT. ADKCtOAlRE D*ARr.nf-OLOGIF.

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