‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 74 sur 113 · STYLE OGIVAL PRIMITIF (OBJETS DESTINAIS AU CULTE · texte numérisé non relu

STYLE OGIVAL PRIMITIF (OBJETS DESTINAIS AU CULTE

ronnemenl de la Sainle-Viergc, sujet très-fréquemment exécuté au XIII* siècle. La hauteur totale de la crosse, y compris le manche, était de 2 mètres 3^ centimètres.

rROiSt TROCTEC A UtIISX,

Les deux crosses ci-dessus sont aussi du XIII' siècle, l'une a été

chevOque -la Rouen, O.lon Rigaurl, risitcr ce tombeau oh, dit-ll, se faisaient beaucoup de miracles.

a Idus septeml^rls (l';66) acce9>iinus per Del Kratiam ad tumulum beatl « Thomœ de Bnicvillc ob cnjus mcrira multa miracula flebant Inibi manifesta • et varia ab omnipotent! Domino Jhesa Chrisîo. •

DE CACMONT. AOécflDMRE d'aRCHÉOLOGIF..

trouvée dans le dùparleinenl de la Vendée, Tautre dans le tombeau d'un évêque de Lisieux ; la dernière reproduit dans sa volute un agencement ^çracieux de feuill.iges que j'ai trouvé dans plusieurs crosses du même temps.

Les dimensions des crosses et la longueur de la hampe sont parfai» tcment indiquées sur les tombeaux du XIII' siècle, Ggurés pages 5i9 et 552. La crosse atteignait la hauteur du front quand elle était posée verticalement. Des peintures et des sculptures montrent qu'elle était moins longue dans les siècles précédents. Les anciennes crosses sont nombreuses encore dans les colleclions. On en trouve souvent les images dans les vitraux peints, les bas-reliefs, etc.

Tisses. — Je ne dirai qu'un mot des tissus employés aux ornements

d'c^glisc. Quclquc<-un«, npporlt'S de l'Oricnl. offiaîcnl d« ànwàm ^i

STYLE 0C,1\aL PniMlTIF OBJETS DnSTINlls AL' CI'LTE). 57'J

durent souvcnl se rappioclier de ccun du XII* siècle. Vers le XIII% on voit paraître des tissus armoriés qui peuvent avoir été tissés en France. Parmi les tissus présumés indigènes, on peut citer celui-ci, trouvée Angers dans le tombeau de Raoul de Beaumont qui fonda, au XIII* siècle, le chœur de la cnlliédralc, et sur lequel on dislingue alternativement des fleurs de lys, des léopards, des griffuns, des aigles aux ailes éployées et des lions (p. 578).

Ainsi, dons le cours du XII1« siècle, les tissus se modiflèrenl sous divers rapports : on vit paraître parmi les ornemenls les armoiries des donateurs, ce qui n'avait pas eu lieu au XII% et quelquefois des personnages disposés, comme dans les vitraux, au milieu de cadres arrondis, elliptiques ou quadrilobés.

Je puis olTrir encore un exemple de ces innovations dans la chasuble donnée au bienheureux Thomas de Biville, avec le calice que j'ai décrit. Celte chasuble , dont le tissu se compose de soie et de fil d'or, présente sur toute sa surface des compartiments en losange formant unesortededamier. Quatre figures sont bordées dans les losanges, savoir : une fleur de lis, une façade de château à trois tours crénelées, un aigle et un lion efflanqué, allongé : or, ces figures héraldiques appartiennent à saint Louis et à sa famille. Tout le monde sait que la fleur de lis est le signe héraldique des rois de France, et que les trois tours étaient les armoiries de Blanche de Caslille. mère de saint Louis.

Le lion allongé et efflanqué appartenait au royaume de Léon, depuis long-temps uni à la Castille sous la domination de la famille de la reine Blanche : les deux royaumes une fois réunis, on en cumula les armoiries.

Enfin, l'aigle simple de sable formait les armoiries do la maison de Maurienne : or, Marguerite de Provence, femme de saint Louis, était fille de Raymond Béranger, comte de Pro\ence, cl de Béatrix fille de Thomas, comte de Maurienne et de Savoie; ainsi, l'aigle que nous voyons appartenait aux armoiiies de la famille de la reine de France.

DF. CAUMONT. ABÉCKDAIRE d'aRCHÉoLOCIE.

L'esquisse de ia chasuble que je préseule, d'après un dessin de M. Bouet, montre la disposition de ces Ggures béraldiqucs.

Le5 armes de France et de Caslille sont disposées tar la mêoie lifne et alternent ; les lions et les aigles sont disposés eo lignes horiicnialft

STYLE OGIVAL PRlMniF (oUJETS DKSTlNtS AU CULTE.) 581

sans alleriiancc; de sorie que chaque ligne, composée de fleurs de lis et du cliâlrau de Caslille , se trouve encadrée cuire une ligne de lions et une ligne d'aigles.

Les couleurs sont, comme on le pense bieu, Irès-lemies.

Les armes de France et de Caslille paraissent avoir élé sur fond ronge, les autres sur fond de sinople ou verdatre; et comme il y a deux rangs de ces dernières armoiries pour un des armes de France et de Caslille, la teinte verdâtre domine.

Le bas de la chasuble doit avoirélé raccommodé; l'étoffe, du reste fort ancienne, qui a servi, a des couleurs moins altérées que les autres : les principales sont le vert et le jaune.

Le galon qui sépare la chasuble, au centre, est d'un travail particulier.

Avec la chasuble, on conserve à Biville un manipule, dont le travail n'est pas le même que celui de la chasuble et se rapporterait plutôt à celui du galon qui en orne le centre. Il a peu de largeur; on y voit des dessins dont le spécimen que voici fera comprend le l'effet et la disposition.

J'ai trouvé le même dessin sur un très-grand nombre de galons

du XIII« siècle et de la fin du XII% et je suis bien aise d'en offrir

un exemple, parce qu'il me paraît assez bien caractériser cette époque.

Mitres. — Les mitres, partie importante du costume des évoques et des abbés, étaient, au XIII» siècle, formées de tissus précieux comme aux siècles précédents (V. p. 369): on peut consulter l'ouvrage spécial

DE CAUMOXT. ADKCtDAIHK D AlU-UKOIjUCtt.

publié daDS le Bulletin monumental , par le sa\ant abbé Barraud , de Beauvais, sur Torigine de la mitre, sur ses formes aux différents siècles. Les figures d'évèques p. 5^9 et ^52) nous montrent que. les étaient les dimensions de cette coiffure au \II' siècle.

On trouTe une quantité considémble de personnages mitres figarés dans les bas-reliefs, les vitraux peints, les peintures de manuscrits. On y voit que parfois, au lieu de placer les faces trian;;uiaires de la mitre sur le front et l'occiput, on les faisait correspondre aux tempes, de manière à présenter la fente en a\aut et eu arrière : c'est ce qu'on voit sur un sceau de Renier, éttque de Marseille, appendu à une charte de

1206 ; nuiis celte manière de porter la mitre devint rare et fut abandonnée au Xlll' siècle ; elle était plus fréquente au XII*.

Clocres. — Jusqu'ici je n'ai rien dit des cloches , parce que je n'en connais aucune, parmi celles qui subsistent, qui n^monte au-delà du XIII* siècle ; mais je puis en présenter une de celte dernière époque, celle de Fuiiienaiile«, pKs Baveux, que nous signalions en 18Â8 comme fort andennc, sans oser en fixer la date. M. Guérin, chanoine de Baveux, ayant pris un calque de rinscriplioD, coai> posée des lettres suivantes:

tXVXUXIPATMCCII

STYI K Or.IVAJ. PRIMITIF (ODJRTà DF>TINKS iV ŒUh). 583

y vil les mois Xristus vincii^ Xriitvs régnât, Xriyius imf.crai,

CAP.BMNC*U VUE DS LA CLOCHE UB tUMLMILIIb.

que l'on trouve aussi, comme on le sait, sur les monnaies; cl dans les lettres MCCII millesimo (sous-entendu nnno) ducentesimo secundo (1202). Celle cloche serait donc une des plus anciennes, sinon la plus ancienne de l'Europe.

Quelques années après, MM. Bouel et Billon , qui l'ont visilOe, ont pris une esquisse des lellres de l'inscription. Ce sont dos lettres

584 DE CACMONT. ABKCÉDAIBE d'aRCHLOLOGIE.

fleuries dans lesquelles , du reste , on retrouve la forme usitée au XIII* siècle.

La cloche de Fontenailles étant tombée de son beffroi, M. G. Villers, membre de la Société française d'archéologie, a pu Pexaminer à loisir, la décrire avec soin et la faire dessiner.

Aujourd'hui, cette cloche curieuse fait partie du musée de Bayeax : la Société française d'archéologie a contribué pour 100 fr. à cette acquisition lorsque la commune allait la faire refondre.

M. Viollet-le-Duc a cité une cloche moins ancienne que la nôtre, mais également du XIII' siècle, qui existait à Moissac et qui a été refondue en 1S45 ; elle portait des inscriptions dont les lettres fleuries avaient beaucoup de rapport de forme a\ec celles de la cloche de Fontenailles et la date 1273 [A milUsimo CO L\X tercio).

Paléograph-ie.

Voici quelle était la forme des capitales, au XUl* siècle, pour les inscriptions mnrnles.

flBQDQPGfilKliQn OP0RSCaXM3 .

Dans les inscriptions du XIII* siècle, les E ont la forme d'un C dont les deux extrémités seraient reliées par une barre verticale.

Le D, ri, l'L, l'O, l'S conservent la forme ancienne.

Le G affecte les mémos formes qu'au XII' siècle.

L'H et l'N ont leur second jambage allongé et terminé en crochet, et l'M ressemble ù un 0 re|K)sant sur un trait horiionlal et «éparé en deux parties par une ligne \erticalc.

Hn approchant du XIV' siècle, les lettres sont un peu plus larges que dans la première moitié du XIII* ; elles paraissent soivre, en cela, la tendance de l'architecture elle-même, puisque les fenêtres cl le* porte» ont plus d'ampleur que dans le demi-siècle précédent.

L'écriture cursive n'a guère été employée . au XIII* siècle, que pour les manuscrits.

STYLE OGIVAL MUlliriK ( PAL^iOGRAPBIE ).

Voici une inscripfion murale de la fin du XIII» siècle :

fïl HO DOIDII]!

(DILLeSKDODVGenoeSIŒO

OGao6QsiQO-[)o:i]o

Les capitales employées pour les sceaux ont absolument la même forme que celles des inscriptions murales. Nous allons en donner quelques exemples : le sceau cicontre, qui représente un ecclésiastique célébrant la messe , avec cette légende : sigilllm dohini BBGTii PRESBYTERi , doit être de la fin du XIII» siècle; je n'en connais pas la date précise.

Les deux autres sceaux qui suivent, dessinés par M. Hucher,

datent : le premier, de 1222 ; le second, de 1235; ils ont appartenu à des seigneurs du Maine, et portent pour légendes :

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