‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 95 sur 113 · STYLE OGIVAL, DE LA 3^ ÉPOQUE (CHAIRES · texte numérisé non relu

STYLE OGIVAL, DE LA 3^ ÉPOQUE (CHAIRES

J'ai figuré un de ces couvercles dans le fomc VI de mon Cours d'antiquités (pi. XC).

Je ne connais pas de couvercles en bois antérieurs au XV* siècle; mais il y en avait dès le XIP , et ces couvertures ont toujours été en rapport avec le style archileclonique de Tépoque oii elles ont été faites.

Nous pouvons donc savoir quelles étaient leur forme et leur décoration, en nous reportant à celles des dais et des pinacles que l'on voit dans les églises du Xll« siècle et du XIII*. Ils devaient offrir l'image d'une tour ronde et octogone, autour de laquelle venaient se grouper d'autres tours plus petites figurant ainsi une enceinte de murailles.

.Jubés. — Clôtures en pierre.

I ES jubés sont des espèces de barrières ou de clôtures très-ornées, I J placées entre la nef et le chœur; ils supportent ordinairement une tribune où l'on venait lire l'évangile, comme on l'avait fait auparavant sur l'ambon (V. la page 4). Le nom de jubé vient d'ailleurs de ce que le diacre, en demandant la bénédiction de l'officiant, avant de commencer la lecture de l'évangile, prononçait le mot juhe, ordonnez.

On ne trouve aucune trace de jubés avant le XIV^ siècle, et tous ceux que je connais sont du XV* ou du XVI*.

Ainsi; le magnifique jubé d'Alby et celui de Rodez, construits avec une pierre blanche d'un grain très-fin, celui du Folgoat (Finistère), si élégant et construit en pierre de Kersanton, le jubé de l'église de Brou (Ain), celui de la Madeleine, à Troyes, celui de St-Fiacre en Bretagne, dont des dessins peuvent seuls faire comprendre la finesse et la beauté, sont des ouvrages du XV* siècle ou du commencement du XVI*. Le dernier jubé, celui de St-Fiacre, est en bois.

Aux jubés viennent naturellement se rattacher, au XV* siècle, les clôtures en pierre qui séparent le chœur des bas-côtés et qui, dès le XIII*, se voient dans quelques églises ; elles deviennent, au XV* et au XVI* siècle, d'une richesse vraiment étonnante. On peut voir, à Amiens, la clôture ornée de tableaux représentant l'histoire de saint Firmin, celle du chœur de Chartres, celle du chœur d'Alby, et beaucoup d'autres qui remontent, pour la plupart, au commencement du XVI* siècle.

Cliaires.

OMME les jubés, les chaires à prêcher ne se rencontrent guère qu'au XV* siècle; au moins n'en ai-je jamais trouvé de plus anciennes.

bL CAUMONT. AUiîcÊDAIUE D'ARCUKOI.OGIE,

telles sont celle de Strasbourg, celle de Fribourg, et, dans l'Ouest celles de St- Lo cl de Vitré : les deux dernières se ressemblent beaucoup et offrent cette particularité d'être l'une et l'autre en dehors des églises, probablement pour prêcher les jours de grande fêle où les églises ne pouvaient contenir toute la foule des fidèles.

Voici l'esquisse de la chaire de Vitré, octogone, portée sur un pédicule comme un font baptismal ; chaque face est décorée de deux arcatures trilobées, 5 frontons supportés par un encorbellement ù leur point de réunion.

Le toit ou dais qui recouvre cette petite tribune ressemble au toit d'un clocheton garni de crochets ; un fronton triangulaire et festonné à sa base garnit chacun des côtés.

Les chaires que je viens de signaler sont en pierre ; on en a fait alors en bois dans le même style, mais il n'en reste plus, je crois, que des débris.

Les lambris sculptés et les boiseries offrent les motifs qui ont été reproduits dans l'ornementation des chaires en bois, et l'on peut très-bien se faire l'idée de ce qu'elles furent au XV« siècle et au commencement du XV!*^. Depuis la fin du XVIe siècle, il nous en reste un assez grand nombre,

M. R. Bordeaux a prouvé que l'abatvoix, ou le toit qui surmonte les chaires actuelles, est une innovation qui remonte à peine au XV^ siècle, et que jusque-là les chaires, comme les ambous anciens, n'étaient pas pourvues de cet appareil.

V^^^XVvv^

STYLE OGIVAL DE I.A 3^= KPOQUE ^TOMBEAUx). 699

Tombeaux.

Au XV« sRclc, les lombeaujf arqués se distinguent non-seulemeut

TOMBEAC &BQOÉ, DANS L'ÉGLISÏ SAINT-LACRENT DU PDV.

DE CAUMONT, ABÉCKDMRE d'aRCBÉOLOGIIÎ.

|;m;i|i II

par la forme de l'ogive, qui bien souvent se relève el affecte la forme de Taccolade, mais aussi par de nombreuses moulures prismatiques, soit sur la partie apparente du cercueil, soit autour et en-dedans de l'arcade.

Le tombeau arqué précédent est tiré d'une église du Puy ; l'arcade est garnie de festons trilobés et surmontée d'un fronton triangulaire découpé au centre, avec rampons bordés de feuillages. Deux clochetons ou aiguilles accompagnent ce fronton, qui reproduit ainsi la même disposition que la façade d'un édifice. Le cercueil, sur lequel repose une statue d'évêque, est décoré de trèfles encadrés dans des losanges, et de quelques autres moulures prismatiques.

A la fin du XV* siècle et au XVP, on employa presque constamment pour les tombeaux arqués l'arc en accolade semblable à celui-ci. Nous voyons, en Bretagne, une prodigieuse quantité de tombeaux de ce genre le long des murs de toutes les grandes églises : on les appelle enfeux ; et près de quelques-uns on a placé en saillie, dans les nefs, des autels

où l'on venait acquitter les messes d'obit, en quelque sorte sur la tombe des défunts : la cathédrale de St-Pol-de-Léon renferme encore un certain nombre d'autels ainsi accolés aux tombes arquées.

Les tombeaux isolés offrent la même richesse, la même complication que les tombes arquées, dans les détails architectoniques qui décorent le cercueil.

La tombe en cuivre de Pierre de Savoisy, évêque de Bcauvais, mort en l/il2, montrait un riche portail encadrant la niche de la statue du prélat, avec ses pinacles ornés de crochets, ses contreforts garnis de figurines, et tout ce qui constitue l'architecture du XV* siècle. La tête de Pierre de Savoisy était coiffée de la mitre épiscopale et abritée sous un dais à trois frontons subtrilobés ; sa chape était bordée de deux bandes verticales portant alternativement deux écussons; le reste du costume était d'une grande richesse; la crosse était, comme toujours, maintenue par le bras, les mains jointes et relevées verticalement.

C'est encore d'aprèsles dessins de Gaignières que je reproduis l'esquisse de celte tombe, ornée de brillants émaux.

ABC TCUlLAlnE E.l ACCOLA.DE.

702 DE CAUMONT. AUKCKOAIRF. d'aRCBÉOLOGIIÎ.

La statue tombale suivante' est celle d'une dame de la famille des

6TAT0E TOMOan D\>S l'église de CAMPIGKT (CiLTiDOS].

STYLE OfilVAL DE I.A 3'' KPOQL'E (tOUBEAUX). 703

Hamon, seigneurs de Campigny ; elle porte le costume du commencement du XVI« siècle. Ses pieds s'appuient sur une levrette ; les dais, les colonnettes et toutes les moulures sont en rapport avec l'époque que j'assigne à celte statue.

L'autre statue, qui a conservé une partie de ses peintures, représente Jacqueline de Brucourt, dans l'église de Launay-sur-Calonne, près de Pont-l'Évêque. Celte dame mourut, d'après l'inscription, l'an M un* un" viii (U88j, le 16 octobre; son costume, élégant et riche, mérite d'être remarqué (V, page suivante).

Parmi les plus beaux tombeaux du XV« siècle, on peut citer celui de Philippe-le- Hardi, au Musée de Dijon. Sur un socle et une base de marbre noir, d'un profil largement prononcé, s'élève un dé, dont les quatre faces forment une suiie d'arcades en ogives qui sont couronnées par une galerie découpée à jour, et soutenues par des pilastres ornés de colonnettes, de chapiteaux chargés de figurines d'anges, de pinacles et de clochetons.

Celte architecture, exécutée en marbre blanc, et projetée en avant d'un massif plaqué de marbre noir, figure un cloître sous les voûtes duquel sont placées quarante statuettes de personnages des maisons civile et religieuse du duc et de différents ordres monastiques.

Ces sculptures, d'une exécution admirable, rehaussées de dorures distribuées avec intelligence et réserve, sont surmoniées d'une table, dont les moulures et la teinte noire contrastent merveilleusement avec la blancheur et la finesse du travail des objets qu'elle domine. On remarque surtout la naïveté de l'expression des religieux pleureurs, et la vérité du jet des draperies de leurs vêtements. Sur la table est couchée la statue du duc Philippe-Ie-Hardi. Ses pieds reposent sur le dos d'un lion.

Pierres tomdales. — A partir du XV* siècle, on voit les pierres tombales chargées, comme les tombes en relief, d'une infinité de détails d'architecture. Le défunt est représenté au centre d'un riche portail, dont les faisceaux de colonnes portent de petites figures de saints, placées à différentes hauteurs dans des niches, comme on vient de le voir sur la tombe de Pierre de Savoisy. Sur d'autres pierres on a figuré l'intérieur d'une église ou d'une chapelle, au centre de laquelle le défunt se lient debout les mains jointes.

La perspective est difficile à saisir dans les dessins au trait, si compliqués, des pierres tombales du XV« siècle. Quelques-unes ont des dimensions très-considérables en longueur et en largeur: on ne trouve plus dans ces grandes dalles, ordinairement d'une seule pièce, aucune

STYLK OGIVAL Df", LA 'J,'' ÉPOQUE ( TOMBKAUX ). T05

diminiilion indiquée vers les pieds ; celte diminulion , ordinaire ad XIIP siècle, se voit d'ailleurs rarement dans les pierres du XIV^

On voit, page 706, l'esquisse d'une pierre recouvrant, duns Téglisc de St-Quentin (Aisne), la dépouille mortelle de Jean Bérangicr, chamoine et bienfaiteur de cette église, décédé en l/i83.

Une chose à remarquer, c'est l'usage, que l'on adopta au XV' siècle et dès le XIVS de former la tête, les mains, les pieds du défunt avec du marbre, quelquefois, quoique rarement, avec du cuivre. Ces pièces de rapport faisaient saillir les parties nues sur celles qui représentaient les vêlements, et donnaient ainsi un peu plus de relief au dessin ; les petites figures placées dans des niches, autour de l'effigie tumulaire, étaient aussi assez souvent gravées sur de petites pièces de marbre rapportées. Ce luxe d'exécution, qui avait commencé au XIV** siècle, mais qui caractérise principalement le XV'S a causé la mutilation de beaucoup d'effigies tumulaires : on a arraché ces pièces de marbre blanc rapportées dans la pierre, et souvent on ne trouve plus que des trous informes à la place de la tête, des mains, des pieds du défunt ou des figurines qui ornaient l'entourage. Le cuivre, par sa valeur, a tenté bien plus encore la cupidité : on n'en trouve plus sur aucune des lombes qui en étaient incrustées.

Les pierres tombales du XV^ siècle sont encore extrêmement communes dons beaucoup d'églises ; elles le seraient bien plus encore si l'on n'avait refait ù neuf le pavé des églises, sans prendre la peine de conserver ces grandes dalles si intéressantes : rien pourtant n'était si facile, et ici, comme dans beaucoup d'autres cas, l'incurie des architectes est impardonnable.

Les lombes les plus belles sont en pierre calcaire plus ou moins dure; plusieurs étaient en cuivre; mais la plupart ont été fondues et je n'en connais plus qu'une en France, à St-Junien (Haute-Vienne) ; l'Allemagne, l'Angleterre en possèdent enaore de magnifiques dont les calques ont donné lieu ù une exposition fjite, il y a quelques années, à Paris, au Palais de la Société d'encouragement, par la Société française d'archéologie.

Quelques pierres tombales ont été faites en schisle légulaire ( ardoise;; d'autres en granité, dans les contrées où celte pierre abonde. La qualité des matériaux a toujours inllué considérablement sur l'ornementation des pierres tombales. Les pierres en granité, par exemple, si difiiciles à tailler, n'ont reçu que très-peu de dessins: la plupart de celles que j'ai vues n'offraient avec l'inscriptioi), lors-

70(3 UK CAUKONT. ADl'XKDAIRK d'aUCKi'oLOGIE. ^ "V — /' -? 15 f

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rifRRK TOMDME DC XV» SIÈCIF, A SAINT-QIE>TI>.

qu'elle exislaif, que de simples altiibuts du mort. Ainsi, sur les

STYLE OGIVAL PE F, A 3^ l'-rOQUI-, (CROIX DE CIIIKTI KItE j. 707

lombes des curés, que Ton vnil dans ijcaucoup d'églises des léjjions grnniliques, ou trouve un calice, une croix ; sur celle d'uu clicvalier, une croix avec une épée et un écnsson.

ToMBF.AL'X DE ciMETiÈnE. — Les monumeuls en pierre, élevés à ciel ouvert, sur les tombes des fidèles n'ont jamais eu autant d'importance artistique que ceux qui étaient à rinlérieur des églises et qui étaient protégés de la pluie, de la gelée et des autres agents destructeurs ; ils ont été généralement disposés de manière à favoriser récoulomenl de la pluie et taillés en forme de toit.

Quelques tombes de cimetière de la 2° moitié du XVc siècle m'ont ofFert la forme d'une croix, et, vues en-dessus, l'imago du toit d'une

TOMBEiC Dt XV*' SIÈCLE.

église : ce sont les plus anciennes que j'aie trouvées dans nos cimetières, dont les pierres tumulaires sont récentes en général.

Celle qui précède est géminée, c'est-fj-dire qu'elle présente deux croix accolées ; elle rccouvraitdeux tombes: celles du mari et de la femme.

En Bretagne, on trouve, près de quelque tombeaux de cimetière, des pupitres en pierre dans le genre de celui qui suit. Probablement on venait, ù CcMtaines époques, réciter des prières près de la tombe du défunt et poser le livre sur ce pupitre. Quelques tombeaux offrent aussi des réservoirs pour de l'eau bénite. Eu Bretagne, on place encore, près ' des tombes, des vases, quelquefois même des fonds de bouteilles de verre pour recevoir de l'eau bénite.

Croix de cimetière

ON a sculpté au XV*' siècle beaucoup de croix on pierre dans les cimetières, et le style des moulures en caraciérise suflisamment l'époque. Ainsi, l'extrémité des bras de la croix porte sou\ent des feuilles frisées ; le chapiteau de la colonne est aussi caractérisé par le

DE CAUMONT. Ani'XKDAlRC D ARCUliOLOGlK,

CROIX nr. ciMmi r.F i>r \y' sieiie

=TVLE 0>IV..\I. DE LA ?.« l'pCQUE (cROIX D'.-: CIMETILUE). 709

CnOIX DE CIXUTltnE Dl' \Vi« SIÈCLE,

DE CAL'MONT. /.UlCiDAIUl-: U AliCHliOLOGlE.

st}Ie (les moulures ; le fût aiïecle parfois la forme octogone ; enfin le piédestal, carré ou octogone, est orné, sur chaque face, de panneaux trilobés prismatiques, couronnés de frontons aigus.

M. de Glanville a découvert, dans la Seinc-Inférieurc, plusieurs croix qui ont de l'intérêt : nous eu reproduisons deux, dont une, plus ancienne que l'autre, doit être du XV'' siècle, peut-être de la première moitié ( V. la p. 708 ).

L'autre ne date probablement que du XVI'' siècle : nous la figurons vue des deux côtés, page 709,

En Bretagne, on a fait des croix sur lesquelles on distingue des groupes de personnages assez comiiliqués, et d'un travail d'autant plus remarquable qu'elles sont en pierre très-dure; les croix de celte

CROIX DE sc\r.n (nwisiÉiu). croix b'rnocDEViLLC (Misent),

espèce les plus anciennes datent du XVI'' siècle, ou de la fin du

STYLlî OfilVAr, DE I.A 3'^ l-I'OQUE ( STAI-l.F.S ).

XV*'. Cello que voici est une des plus simples ; elle a tMé dessinée par M. Bouet ù Scaër, département du Finislère.

Lh croix d'Eroudeville ( Manche 1 montre, d'un côté, le Christ en croix surmonté d'un toit sublrilohé. Les saintes femmes ou peut-être les donateurs sont au pied de la croix. Le pédicule en pierre qui supporte ce tableau est octogone.

Stalles et boiseries.

UNE des décorations les plus remarquables des chœurs de nos cathédrales, c'étaient des stalles, qui ont été très-nombreuses au XV* siècle. Leurs dossiers élevés, les dais, les accotoirs et les miséricordes offraient un luxe de moulures qui alteslail la patience et l'habileté des sculpteurs sur bois. L'introduction, dans les églises, de ces stalles que l'on appelle aussi formes, remonte à une époque qu'il n'est pas facile de déterminer avec précision ; mais, au XIII* siècle, quand le chœur fut entouré de tous côtés d'arcades ogivales accédant aux ailes, le clergé se trouva exposé au vent et au froid, et il dut chercher à s'en garantir au moyen de constructions en bois.

De là les stalles, qui prémunissaient contre l'humidité de la pierre et les impressions du vent : au XV siècle surtout, le sculpteur vint prêter le secours de son ciseau, et trouva, dans les stalles et les boiseries accessoires, matière à exercer son talent. Les dossiers et les dais des stalles se couvrirent de sculptures délicates ; des figures bizarres et fantastiques parèrent les miséricordes et les accotoirs ; chaque stalle eut son basrelief différent de ceux qui ornaient les autres : variété qui avait peut-êli e aussi pour objet de faire plus facilement reconnaître à chacun des membres du clergé sa place habituelle.

Voici le dessin d'une stalle du XV'= siècle, avec ses accotoirs et sa miséricorde à console sculptée.

712 DE CALMOM. AliKCÉDAÎRE D'AnCUl'OLOGiE.

L'cxliémllù des slallcs déposées sur une même lijjiîc offrait, ù l'exléricur, des bas-reliefs et des moulures, comme on le voit par l'exemple suivant lire des slalles de Sl-Benoît-sur-Loire ( p. 713 ).

Les stalles se composaient de trois parties principales : les sièges^ les dossiers et les couronncmcnis : mais il arrive souvent que les sièges seuls ont été conservés, et qu'on a déiruit les dossiers et les dais, comme dans l'exemple précédent ; il nous en reste pourtant de parfaitement intactes: celles d'Amiens, par exemple, les plus belles peutêtre qui existent en France et qui ont été décrites avec le plus grand soin, dans un ouvrage spécial, par MM. Jourdain et Duval.

Les slallcs de St-Marlindcs-Bois ( Oise ) sont également complètes : j'en ai donné la description dans le tome VI de mon Cours cPaniiquUés ( p. C07 et suiv. ). Celles de l'église abbatiale de St-Pierre-sur-Dive sont décrites et figurées dans le V« volume de ma Slatislique moiiU' mentale du Calvados ; elles sont bien conservées et datent de la première moitié du XVI' siècle '. V. la page lih ]; mais elles appartiennent au style de la Renaissance, dont nous allons indiquer les caractères dans le chapitre qui va suivre.

Les slallcs de la cathédrale de Rouen sont du XV* siècle : elles ne sont pas entières et leurs dosiders ont disparu ; les bas-reliefs de ces stalles offrent tous autant de sujets différents, dont M. Laoglois a donné lu description. La plupart des professious du temps y ont chacune leur représentant, dans le costume de l'époque, et occupé des travaux de son étal : ce qui porte à croire que les divers corps de métiers de Rouen contribuèrent, par de pieuses aumônes, aux frais de construction des stulles. Les sculpteurs y ont aussi façonné un grand nombre de Cgurcs grotesques, grimaçantes, fantastiques, dont les analogues se retrouvent souvent ailleurs, et qui ne peuvent être que des caricatures.

u Qu'on examine nos stalles, dit M. de La Sicotière, nos vitraux, les miniatures des manuscrits, partout on trouvera le bouffon, le grotesque, l'obscène même ; partout les sujets les plus bizarres qu'ail pu rêver une imagination en délire, partout le costume monastique ridiculisé, même au pied de l'autel.

0 Les caricatures dont nous parlons, conlinuc-l-il, ont pu être dirigées contre les abus qui s'étaient glissés dans l'intérieur des cloîtres; elles ont pu présenter l'image des passions ou des vices que la religion condamne, devenir la personnification des attributs de notre nature ou l'emblème des diverses formes qu'essaie l'esprit du mensonge pour agir sur rinlclligence et la volonté humaines, v

Les églises de campagne qui n'ont pas eu de sl;llcs, comme les ca-

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