‹ AbélardChapitre 116 sur 122 · Joan. xi · texte numérisé non relu

Joan. xi

19. C'est Abélard lui-même (Ep. I, 11) qui applique à sa retraite ce passage de saint Jérôme, dont voici la traduction: « Les » sens sont comme des fenêtres par où les vices s'introdui- » sent dans l'âme. La métropole et la citadelle de l'esprit ne » peuvent être prises, tant que l'armée ennemie n'est pas » entrée. Si quelqu'un prend plaisir à regarder les jeux du * cirque, les luttes des athlètes, le jeu des comédiens, la beauté

» des femmes, l'éclat des pierres précieuses et des étoffes, et » tout le reste, la liberté de son âme se trouve prise par les y> fenêtres de ses yeux, et alors s'accomplit cette parole du » prophète : « La mort est entrée par nos fenêtres. » Lors » donc que l'armée des troubles faisant irruption aura pénétré » dans la forteresse de notre âme, où sera la liberté? où sera » la force? où sera la pensée de Dieu? surtout si l'on songe » que notre sensibilité se retrace les images mêmes des plaisirs » passés, réveille le souvenir des passions, force l'âme à en » subir de nouveau les impressions, et en quelque sorte à t> revivre dans le passé qui n'est plus? Telles sont les raisons » qui ont déterminé beaucoup de philosophes à s'éloigner » des villes peuplées et des beaux jardins qui les entourent, » où ils trouvaient réunis la fraîcheur des campagnes, le » feuillage des arbres, le chant des oiseaux, le cristal des fon- » taines, le murmure des ruisseaux, tout ce qus peut charmer » les oreilles et les yeux; ils craignaient, au milieu du luxé et » des jouissances, d'énerver la vigueur de leur âme, d'en souiller » la pureté. Et dans le fait, il est inutile de voir souvent les » choses qui peuvent séduire, et de s'exposer à la tentation de » celles dont on ne pourrait plus se passer. Voilà pourquoi les » pythagoriciens, évitant tout ce qui pouvait flatter les sens, » vivaient ordinairement dans la solitude et les déserts. » (Hieron. II, contra Jov. 9.)

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