L'APPARTEMENT D'HÉLOISE
HÉ LOI SE, voyant entrer Abélard,
Ah ! c'est vous! (Elle va à lui.) C'est toi.
Oui, ma chère, ta lettre m'a fait peur, et j'ai couru. Tu as quelques chagrins?
Il lui prend la main»
HÉLOISE
Je ne suis pas malheureuse.... mes ennuis viennent de notre amour: ne me plains pas.
Dis-tu vrai?
Je craios quelquefois d'être trop heureuse et que cela ne puisse durer.
Et pourquoi? Ne sentez- vous pas que je vous aimerai toujours?
HÉLOISB.
Est-ce possible?
Qu'y a-t-il au monde de plus beau que toi? qu'y a-t-il de plus doux que ton amour?
HÉLOISE
Que vous êtes bon !
Je suis bon d'être le plus heureux des mortels ?
HÉLOISE
Est-ce vrai?
Ne sois donc pas humble, ô ma beauté! Ne le sais-tu pas qu'il n'y a rien de tel que toi au monde? On dit que je sais tout : Eh bien, je t'apprends qu'il n'y a rien de tel que toi sur la terre et dans le ciel.
HÉLOISE, souriant.
Vraiment!
ABÉLAÇD.
Tu ris?... Eh bien, moi, je trouve cela, je le crois à la lettre. Ce ne sont pas de vaines paroles, des formules convenues que les expressions de l'amour. Ne viennentelles, pas naturellement, irrésistiblement sur les lèvres?
Ne sont-elles pas la voix de quelque chose de plus qu'une idée, la voix d'une émotion? N'échappent-elles pas# du coeur qui n'invente rien, et qui sent comme Dieu Ta voulu? Rien n'est réel comme l'amour; et ce qu'il pense, ce qu'il éprouve, ce qu'il atteste ne seraient pas vérité ? Jamais je n'ai rien cru au monde comme ce que tu m'inspires. Oui, je t'affirme que tu es belle comme le ciel.
HÉLOISB, souriant.
Mais je veux bien.
Pourquoi sourire ainsi? Tout est sérieux. — Enfin l'amour est vrai, n'est-ce pas ? Tu y crois comme à ta vie. Qu'est-ce que l'amour, si ce n'est ce que fait éprouver l'amour? Or, ne persuade-t-il pas avec une autorité inexplicable qu'il est Comme l'anticipation d'un monde plus beau? Donc... (Bn liant.) mon syllogisme est en forme; embrasse-moi.
HÉLOISB.
Je ne suis pas si grande dialecticienne que vous.
Comme j'aime tes yeux!... Regarde-moi.... Tu as un beau regard, si triste, si profond ! Quand tu le fixes sur le mien, il semble que je vois dans l'intérieur de ton âme, que tu pénètres dans la mienne. C'est une perspective infinie qui s'ouvre devant moi.... Il est singulier comme l'infini est partout dans l'amour. — Parle, parle-moi.
HÉLOISB.
N Que dirais-je? et qu'est-ce qui vaudrait ce que j'entends? Qu'y a-t-il, ô maître bien-aimé, de comparable à la musique pénétrante de tes paroles? Songe donc à ce que j'éprouve:
je suis ravie ensemble et confuse ; toute l'éloquence de la terre employée à me dire que je suis aimée ; tout ton génie dans ton amour! Tu me dis que je suis humble; j'ai peur que tu ne me rendes la plus orgueilleuse des femmes.
L'humilité, c'est de t'étonner que je t'adore.
HÉLOISE
Gomment ne pas m'en étonner? Vous oubliez que je suis une pauvre fille, pour qui c'était trop d'honneur que d'être votre écolière, moi la servante, moi la vassale de mon redouté.... de mon adoré seigneur et maître! Vous m'auriez demandé... toutes choses, de quitter cette maison, d'entrer au couvent, de mendier par les rues, d'aller à Jérusalem, de vous amuser comme une esclave mauresque... j'aurais obéi, je m'en serais fait gloire 56. Et que me demandez-vous? De vous aimer. Comment me récompensez-vous? Par votre amour. Je suis aiipée de vous! Héloïse est aimée de Pierre Âbélard! Mais c'est incroyable, mais il faut que je me répète ces paroles la nuit tout haut; et je n'y crois pas, et cela me paraît un songe. Pensez donc, vous! Abélard m'aimer!... J'ai bien raison de dire que vous êtes bon.
Héloïse, il n'y a pas de compte à établir entre nous. Je vous ai aimée sans le vouloir, tout naturellement. Vous ne m'auriez rien donné que je vous aurais aimée de même. Mais vous m'avez donné.... bien plus que je ne puis vous rendre. — Tu t'es donnée à moi.
HÉLOISE
Donnée! n'étais-je pas à toi?
Non, rien ne m'avait présagé ce qui m'arrive, non, dans les efforts les plus ambitieux de ma pensée, dans les rêves les plus hasardés de ma fantaisie, rien ne m'avait donné l'idée de l'amour, de ton arpour. Tu es l'éternel étonnement de celui qui pensait tout connaître, ou avoir tout deviné.
HÉLOISE
Eh bien, oui, je vous donne ce qu'on n'a jamais donné, je vous aime comme on n'a jamais aimé. Il faut que ton bonheur soit incomparable comme toi. Le sentiment que tu inspires doit être, ainsi que toi, sans modèle. Je sens que j'ai été faite pour toi seul ; je suis l'Eve innocente et bienheureuse du premier des mortels.
Ah! parle. — • Chante, harpe céleste, tes sons vibrent dans mon cœur.
Us se regardent longtemps sans se parler.
Je te regarderais toujours. *
HÉLOISE
Et moi !... quand tes regards se fixent sur moi, ils plongent dans mon âme. Ne la vois-tu pas, dis ?
Comme à travers une eau limpide et profonde on voit une perle merveilleuse, il me semble que je vois t5n amour.
En' la regardant, 11 joue avec ses cheveux, et essaie de les détacher.
HÉLOISE
Que faites-vous?
J'aime tant vos cheveux. (En riant.) Savez-vous pourquoi vous avez de beaux cheveux?
HÉLOISB.
Pour vous.
Oui , d'abord. Et puis, tous rappelez-vous un verset de saint Paul où il dit que les femmes doivent avoir de longs cheveux à cause des anges w?
HÉLOISB.
Non. Eh bien?
Cela veut dire que les longs cheveux empêchent les anges qui vivent au-dessus d'elles, de voir leur visage, et d'être séduits comme au temps de Noé M.
RÉLOISB, riant.
Mais ils pourraient être tentés du moins de les enlever par les cheveux.
C'est vrai, ma glose n'est pas bonne ; vous êtes meilleure théologienne que moi.
HÉLOISB.
Profane!... mais puisque vous parlez d'ange, dites-moi votre chanson. Savez-vous? vous avez deux choses qui suffiraient pour tourner la tête à une reine, c'est la façon dont vous récitez et celle dont vous chantez 50.
Eh bien, je vais essayer sur la reine que voici.
HÉLOISB.
Prenez le théorbe.
ABÉLARD, chante en s'accompagnant.
Aux jours de mon jeune âge, Pauvre et seul, j'entrepris Le périlleux voyage De ce fameux Paris.
De la Bretagne en France Long était le chemin; Mais j'avais l'Espérance Qui me tendait la main.
Toi qui souris comme elle, Ange, fée ou mortelle, L'Espérance si belle Est moins belle que toi....
Comme elle sois à moi.
L'École la première M'appelle et me séduit.
J'y cherchais la lumière, Et j'y trouvai la nuit.
Mais ma main imprudente, Dans son obscurité, Comme une torche ardente, Porta la Vérité.
Toi qui brilles comme elle, Ange, fée ou mortelle, La Vérité si belle Est moins belle que toi....
Comme elle sois à moi.
Ma parole «st puissante, J'enchaîne qui m'entend.
L'école obéissante S'incline en m'écoutant, Le peuple m'environne, Et la gloire à sa voix M'a donné la couronne Qui manque au front des rois.
Toi que j'aime comme elle, Ange, fée ou mortelle, Pour moi la gloire est belle, Mais moins belle que toi...
Comme elle sois à moi.
Merci, que vous êtes bon ! Ceftc chanson me va, Dieu sait !... Mais n'importe, vous l'avez faite pour moi. J'accepte d'être un ange... mais alors que serez-vous, vous ? (souriant.) Une domination?
Que tu es folle!
HÉLOISE
Je ris... je suis si contente. Maître, ne grondez pas votre écolière... Mais ne lisons-nous pas? Nous oublions la leçon.
Je ne suis pas venu pour cela ; ce n'est pas l'heure.
HÉLOISE
H est vrai... mais comment vous voit-on à présent?
Ne savez-vous plus que vous m'ayez écrit une lettre inquiétante ?
HÉLOISE
N'y songeons plus. Cest vrai, je suis un enfant; je m'alarme, quand vous n'êtes pas là... J'ai tort.
Mais non, vous me disiez des choses sérieuses. Vous me parliez de votre oncle, de soupçons...
HÉLOISE
Ce n'est rien. Je vous répète que c'est ma mauvaise tête... Encore une fois, j'avais tort. Pardon, causons de notre bonheur ; je suis si complètement heureuse !
Non, Héloïse,ne me trompez pas; ne vous trompez pas vous-même. Dites-moi tout. De mon côté je suis inquiet, j'ai observé des choses...
HÉLOISB.
Et quoi, mon Dieu ! Vous me faites mourir de frayeur. Pierre, mon ami, dites, dites -moi tout.
ABÉLARO.
Voyons d'abord ce que vous savez de votre oncle?
HÉLOISE
Oh ! rien. Mais c'est Marguerite.... elle croit qu'il se doute... quelques mots lui seraient échappés....
Qu'a-4-il dit ?
HÉLOISE
Je ne sais, mais il est triste. Son regard si dur est plus sévère... Et vous, qu'avez-vous remarqué?
Le public parle de nous ; les jeunes filles racontent nos amours... mes disciples... enfin, j'ai cru quelquefois être épié...
HÉLOISE
Jésus!... Eh bien, je vais vous dire, mais promettez que vous ne vous inquiéterez pas...
Non, parlez.
HÉLOISB.
Oh ! ce n'est rien.
Parlez, au nom du ciel.
HÉLOISB.
Dimanche, j'étais allée à vêpres. Je me retirais, le jour baissait. Comme je traversais la nef, un de ces frères mendiants qui vendent des chapelets, des versets de l'Écriture sur parchemin bénit, me glisse dans la main un petit
rouleau de vélin ; je n'y fis pas attention, croyant que c'était un amulette. Je lui jetai un denier. Ce matin seulement j'ai retrouvé le vélin, et l'ayant ouvert sans y penser, j'ai lu... Tenez, le voici.
Elle prend dans son sein un billet et le lui donne. ABÉLARD.
Donnes : — « Videte, vigilate et orale 80. — De méchantes gens vous épient. Us avertiront Fulbert. Le maître Pierre est insensé. Il n'y verra pas, si vous ne l'éclairez. * Signé : « Un Ami ». — Je connais cette écriture.
HÉLOISB. »
C'est quelqu'un qui veut nous effrayer?...
Ou nous sauver peut-être... L'ami inconnu a raison,, je suis un insensé.
HÉLOISE
Que voulez-vous qu'il nous arrive?
A moi, rien; mais à vous!... Si votre oncle...!
HÉLOISE
Oh 1 mon oncle serait terrible... Vous ne le connaissez pas.
Vous aimerait-il?
HÉLOISB.
Il a mis en moi les plus forts sentiments de son cœur, l'or, gueil, l'ambition, la jalousie. Il s'est forgé à mon sujet un chimérique avenir de grandeur... Oh! sauvez-moi de sa vengeance.
Croyez-vous donc que les choses en sont là? Vousa-t-il parlé?
HÉLOISJE.
Non, vous dis-je; il ne sait rien. Ce sont des terreurs d'une faible femme. Seulement hier matin...
Hier matin...?
HÉLOISE
Je vous dis que c'est un enfantillage.
ABÉLARD, impatiemment.
Achevez donc!
HÉLOISE
Hier matin, il dit à la servante devant moi : « Enlevez bien la poussière des livres de ma nièce. Il y a longtemps qu'elle n'y a touché. » Et il me regarda avec un sourire bien mauvais. Puis, il ajouta comme se parlant à * lui-même : « Ah! les femmes! Le serpent du paradis n'avait-il pas une tète de femme? »
% Est-ce tout?
HÉLOISE
Oui, n'est-ce pas? cela^ ne signifie rien... Seulement, Marguerite...
Marguerite...?
HÉLOISE
Marguerite l'a entendu, une fois qu'on prononçait. votre
v nom devant lui, dire à demi-voix : « J'en ferai justice ! ^Malheur au nouveau pharisien! » ' >.
' f ' ABÉLARD.
A moi!... afct-il perdu le j&ens?
HÉLOÏSE
Je sais bien que ce sont des folies.
Écoutez, chère Héloïse, je n'ai rien à craindre; j'ai vaincu de bien autres ennemis, mais vous...
héloïse.
Ne pensez pas à moi. Il n'y a que toi au monde.
Chère et noble enfant!... Écoutez-moi, il faut prendre un grand parti : Il faut nous marier.
HÉLOÏSE, en rougissant.
NOUS marier ! . . . (Elle met ses deux mains sur son visage.) Mais
ce n'est pas sérieux ; ne vous jouez pas de moi !
C'est très-sérieux ; car c'est décidé.
héloïse.
0 mon bien-aimé!... (sue lui saute au cou.) Mais... mais... je suis enfant.
Elle s'essuie les yeux.
Tu es heureuse ?
HÉLOÏSE, se rasseyant.
J'allais oublier que vous êtes si bon. — Abélard, je ne veux pas vous épouser.
Que dites- vous?
HÉLOÏSE
Croyez-vous que j'accepterais le sacrifice de votre liberté, de votre dignité, de votre sainteté? Y pensez-vous? et que dirait l'univers? Abélard marié, marié comme un bourgeois, enseveli dans les soins d'un ménage ! Le prince N des clercs, le roi des philosophes, enchaîné à une femme, mené par un enfant, rabaissé au-dessous du dernier vicaire
de paroisse, du dernier moine de (souvent! Que deviendrait l'autorité de votre parole, celle de votre exemple? Ne sais-je pas que. le mariage dégrade un clerc et fait tomber sa couronne de sa tête? Non, non, point de mariage 61.
Qu'en tends-je? Mais songez donc à vous, aux vengeances de votre oncle, aux railleries des méchants! Déjà le peuple parle de notre amour et....
HÉLOISE
Eh bien, que dit-il?... que je suis à vous? Qu'importe? qu'en sait-il? Et à qui cela fait-il du mal? Que je suis votre servante, votre maîtresse, la fille obscure et dévouée, la Thamar ou la Bethsabée que vous avez aimée, que vous avez séduite, que vous avez prise en passant? C'est ma gloire à moi, et je ne donnerais pas le nom vulgaire que la foule me jette pour le nom d'une impératrice 6'3. Hais vous, mais votre nom, mais votre honneur, qu'on n'y touche pas! c'est mon bien; je le sauverais au prix de mon sang. Et que m'en coûtera-t-il pour cela? que fautil? Rien, rester heureuse.
Étrange fille!... Mais vous outrez les choses et vous vous créez des chimères. Le mariage est un état légitime, honorable» sacré; le monde et l'Église le respectent.
HÉLOISE
Point de sophismes, je sais ce que je dis. Vous qui citez saint Paul, apprenez à le lire : « Le mariage est bien, dit-il, mais le célibat est mieux. » Et le mieux est fait pour Abélard. Le monde chancellerait sur sa base, si en quelque chose Abélard n'était pas le premier.
ABÉLAED.
Mais puisque vous invoquez l'autorité, il y a dans la Ire aux Corinthiens....
HÉLOISE
Laissez là toutes subtilités. Vous êtes la lumière du monde, vous serez celle de l'Église ; le chemin est tracé devant vous. Que sais-je? la tiare vous attend peutêtre! Je l'ignore; mais j'irais me lier comme une entrave à vos pieds ; moi, moi, qui voudrais paver de mon corps le chemin pal* où vous monteriez au trône!... Non! non ! Et de quoi s'agit-il après tout? Ne sommes-nous pas bien? Que manque-t-il à mon bonheur, à mon orgueil? Dis, mon adoré, que te manque-t-il? Tu m'as dit cent fois que tu avais trouvé le bien suprême. Que te faut-il donc encore? M'aurais-tu trompée? Parle, que faut-il faire? Dois-je te fuir à jamais et quitter ce pays? Dois-je aller vivre à tes ordres, et me cacher dans ta maison? Veux-tu que je te serve à genoux et que je baièe le bas de ta robe en pleine rue? Parle, parle, je suis prête à tout. — Mais je ne serai jamais ta femme.
Calmez-vous, ma chérie. Votre dévouement vous égare. Il faut que vous soyez ma femme. En soi le mariage es* une chose bonne et sainte. Vous craignez qu'il ne me nuise? Le nôtre restera secret ; mais le jour où votre oncle, ou ses amis, éclateraient, nous leur fermerions la bouche •* en le leur révélant. Enfin, mon enfant, je le veux....
HÉLOISE
Et moi, je veux votre gloire. Et si vous m'aimez trop, et si je n'entends pas que vous m'aimiez à ce point!... je suis bien la maîtresse peut-être.
Ne puis-je pas dire aussi que je suis le maître?... Enfin, Héloïse, je vous parle pour moi-même.... J'ai beaucoup d ennemis, je les brave; mais enfin ma réputation.... ma sûreté.... Croyez-moi bien, il peutm'être utile que nous soyons mariés.
HÉLOISE
Dites- vous bien vrai?
Oui..., oui.
HÉLOÏSE, se lève et veut s'agenouiller.
Maître, disposez de votre servante.
ABELARD, lui baisant le front.
Vous êtes une adorable créature. Çà, voilà qui est convenu. Au jour, à l'heure où je vous dirai : « Tout est disposé , le prêtre est averti, » vous me suivrez à l'autel.
HÉLOISE
Oui, mon cher seigneur.
Et vous serez la preuve vivante de ces paroles de l'Écriture : a La femme gracieuse trouvera la gloire 63. »
HÉLOISE, tristement.
Ne dit-elle pas aussi : oc Les mains d'une femme sont des chaînes? » Ne dit-elle pas : « J'ai trouvé la femme plus amère que la mort? » Oh! ne dis jamais comme elle *4.
Le crains-tu?,
HÉLOISB.
Eh bien, non.
Bile se jette dans ses bras.
Il faut nous quitter. Adieu, je sors plus rassuré, plus
content ; adieu, mon âme, et soror et conjux w ! Que je te remercie de ton sacrifice !
HÉLOISE, en le quittant.
Adieu, ma vie!... (Abéiard sort.) Je crois que j'en mourrai de joiel