‹ AbélardChapitre 8 sur 122 · LE CLOITRE DE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

LE CLOITRE DE NOTRE-DAME

Ce cloître entoure une cour carrée. Il est formé de quatre galeries à jour, séparées de la cour par des arceaux à plein cintre, que supportent des colonnettes rapprochées et engagées trois à trois. La cour est plantée irrégulièrement de cerisiers, de figuiers et d'arbustes communs. Au milieu s'élève une statue de sainte Geneviève, qu'ombrage un grand orme. — Aux extrémités de deux des galeries du cloître, il y a une porte fermée. Une de ces portes est celle de la salle où Guillaume de Champeaux donne ses leçons ; celle qui est en face, communique avec le dehors. Elle s'ouvre et se ferme sans cesse pour donner passage à des écoliers qui viennent de la rue, et qu'appelle l'heure de la leçon.

Pendant toute la scène, ils entrent, tantôt un à un, tantôt par petits groupes. Ils portent des costumes différents et dont quelques-uns indiquent des pays étrangers. Cependant, en général, leur vêtement, où domine la couleur noire, rappelle celui des clercs. Us se saluent, s'abordent, se séparent sans ordre ; mais presque tous , soit deux par deux, soit par bandes de cinq ou six, parcourent le cloître en se donnant le bras et en marchant du même pied. Quelques-uns en petit nombre sont épars dans la cour. Deux ou trois au plus se tiennent à l'écart, assis sur des bancs, et lisent ou méditent. Peu à peu, le nombre des écoliers devient plus grand, et ils font beaucoup de bruit. Hais au moment où la scène s'ouvre, le cloître est encore désert et silencieux. Le jour vient de paraître.

On voit d'abord le portier de l'école qui sert d'appariteur à l'écolâtre, sortir de la salle des leçons, la fermer derrière lui, et parcourir la galerie pour aller ouvrir la porte du dehors.

LE PORTIER, en marchant.

Il n'est pas six heures; la cloche de la cathédrale n'a encore sonné qu'une messe.

Il met la clef dans la serrure, tire les verrous, tourne la clef; aussitôt la porte s'ouvre violemment, et un écolier d'une haute taille, entre d'un saut au milieu de la galerie.

MANEGOLD, en sautant.

Intrcnbol

n court i la porte de la salle des leçons, ramasse un morceau de craie, et trace sur l'un des battants un M et un p.

A MANEGOLD >

Prunus. Cette fois on ne me disputera pas la première place.

LE PORTIER

Vous ici! de si bonne heure? La chose est nouvelle*

Deux écoliers sont entrés sur les pas du premier. UN ÉCOLIER.

Honneur à M anegold !

UN ÉCOLIER, entrant. j

Honneur à qui?

UN AUTRE, entrant

Qui donc a fait YIntroïbo ?

UN AUTRE, qui le suit.

Qui donc est le Preu ' ?

L'ÉCOLIER, qui est entré le second.

Devinez.

MANEGOLD, montrant la porte.

Lisez : M. P., c'est désormais mon monogramme,

LES ÉCOLIERS» avec surprise.

Hanegold!

UN ÉCOLIEIU

Mais c'est donc une gageure?

MANEGOLD

Tu l'as dit.

UN ÉCOLIER

Comment as-tu fait pour te lever si matin?

MANEGOLD

le ne me suis pas couché;

LE PORTIER

Jésus!

One nuit superbe, en vérité ! Ce matin, à la fin de la soirée, le sommeil les gagnait tous. Gombauld ne pouvait plus compter ses dés, et Odon prenait le pot à l'eau pour la bouteille

UN ÉCOLIER

Où donc cela? chez Guillaumette?

UN AUTRE ÉCOLIER

Non, à l'image Sainte-Geneviève : j'y étais.

MANEGOLD

Oui, sans doute, il y était, substantiellement, mais non mentalement, car il a dormi quatre heures sur son banc, et a demandé en s'éveillant qui avait emporté son matelas. — Donc ils dormaient tous. « Ce n'est pas nous, a dit Odon, qui argumenterons sur la leçon de ce matin. — » » Si fait bien moi, ai-je répondu, et je parie marquer le premier la porte à la craie, prendre la première place au premier banc, et, la leçon faite, la répéter ou la réfuter à la volonté de l'auditoire. »

UN ÉCOLIER

Toi, Manegold !

MANEGOLD

Moi, Albéric 4 • — Parce que je ne bois pas d'eûcre et ne mange pas de parchemin, tu me crois petit en toute science et minime en philosophie. Parce que je ne baise pas la robe de l'archidiacre et ne hume pas les paroles de maître Guillaume avec plus de délices que le vin de la Brie d'où il vient 5 , tu me juges incapable de le corn*

prendre et de réciter après lui. Mais sache que, pour avoir toisé le bonhomme, on n'en est pas plus sot, et qu'il n'y a point de nécessité de croire eu lui pour en savoir autant que lui.

ALBÉRIC

Profane! profane!

' UN ÉCOLIER

C'est mal parler, Manegold. Respect au maître 1

PLUSIEURS ÉCOLIERS

Respect au maître!

ALBÉRIC

L'honneur de l'École du Cloître 6 !

GOMBAULD

La lumière de l'École de Paris!

ALBÉRIC

Le plus docte des humains!

MANEGOLD

Le plus docte des chanoines, soit. Je demande à distinguer l'espèce du genre. -

ODON

Quelle espèce?

MANEGOLD

L'espèce des chanoines.

LE PORTIER

Paix là, jeunesse ! Pas le mot sur les chanoines ; ce ne sont pas des espèces.

Blasphème! L'entendez-vous? il nie les espèces. C'est un disciple de Roscelin 7 .

ODON

Le frère Bastien ? celui-là est bon.

fTt -^V-

MANEGOLD

C'est Roscelin lui-même, déguisé en portier. Il faut reconvoquer le concile de Soissons. Cette fois-ci, il sera brûlé.

GOMBAULD

Frère Bastien, entends-tu : brûlé!

LE PORTIER

C'est vous bien plutôt qu'attend le feu éternel, vous qui passez les nuits sans sommeil à...

MANEGOLD

N'est-il pas écrit : Vigilate 8 ?

LOTULFB».

* Allons, c'est assez badiner. Reste que Manegold, après ia leçon, argumentera à tout venant.

ALBÉRIC

A toute sommation.

Oui, mes maîtres, je vous défie à toutes armes. Je suis cuirassé de topiques, bardé de catégories, hérissé de syllogismes ; j'ai l'enthymème pour massue et le dilemme pour épée à deux mains. Mon cri de guerre est : Mont-Joie sainte Scholastique ! Porphyre et Boëce à la rescousse 10!

LOTULFB.

On ne le fera jamais taire.

ODON

Et il nous fera toujours rire. '

LOTtJLFB.

Voici les Anglais qui viennent tard.

GOMBAULD

Buveurs de nuit, dormeurs de jours, (a quelques écoliers qui entrent.) Salut aux taré- venus 1

ROBERT «

Salut, nobles seigneurs!

GODWIN

Salut!... Voilà un beau temps.

LOTULPE.

Un soleil comme on l'envierait chez vous, et comme on le dédaignerait chez nous.

GOMBAULD

Qu'il est fier de son ciel, ce Lombard ! Le soleil n'estil pas le même partout ?

AEBÉRIC.

C'est une question, sais-tu bien?

GOMBAULD

Comment?

ALBÉRIC

Écoutez. Le maître dit que les qualités sont réelles, que les espèces sont réelles» n'est-ce pas 4î?

GOMBAULD

Sans aucun doute; ce sont des choses et non des mots.

LOTULFE

Qui le nierait tomberait dans Terreur de Roscelin.

ALBÉRIC

Eh bien» alors» si les qualités sont des choses» la Couleur est une chose; la chose est dans sa qualité. Si donc le ciel des Lombards est d'une façon» et le ciel des Anglais d'une autre» ce sont deux choses; ce sont deux cîeux.

ODOM.

Évidemment.

ÀLBÉRIC.

Si le soleil des uns est pâle, et celui des autres brilânt» cela fait deux espèces de soleils/ ou tout au moins

LA PHILOSOPHIE. if

deux qualités de soleil. ; c'est-à-dire deux choses : il y a donc deux soleil*.

ODON

C'est vrai.

ROBERT

Pshah « !

LOTULFB.

Cela paraît ainsi.

GOMBAULD, à un autre écolier;

Comme Albéric déduit bien !

AtBÉRIC.

Cependant cela ne me contente pas, et je le trouve un peu dur. Il faudra poser la question au maître.

ODONi

Elle en vaut la peine*

GÔMBAUtD.

Certes ! la solution est difficile.

MANKGOLD.

Difficile? c'est un jeu d'enfant.

ALBÉRIC

Comment! un jeu?

MANEGOLD

Voici une question : — - Il y a dans ton pays, Albéric, à Reims, d'excellent vin blanc. Il y a sur tes coteaux, Romuald, à Beaune, de délicieux vin rouge. Qu'est-ce que le vin? Une espèce, dont les liquides sont le genre. Or l'espèce est chose réelle; c'est la vinité qui fait le yin, comme l'humanité fait l'homme. Mais le vin blanc, comme le vin rouge, est une espèce du genre : liquide. L'un et l'autre ont pareillement la vinité ; donc le vin rouge est du vin blanc. .. bien plus, imo; le genre est réel; le

genre liquide subsiste dans le vin comme dans l'eau ; le

genre est toute la réalité, il est l'essence: donc le vin est

de l'eau. ,

albéric. i

Sornettes ! -

MANEGOLD

Le vin est de Veau, et réciproquement. J'en conviens, cette conclusion est dure, — durus est hic sermo, — • et ne me contente pas. Autre exemple plus doux : Paquette est blonde et Madelon est brune. Toutes deux sont de l'espèce filles. Elles en ont... l'essence... la... comment ' dirai-je? Puella, vir go... Oh \ ma foi, j'y renonce; qui sait si elles ont leur spécialité?

LOTULFE

Je -ne l'ai jamais vu plus fou.

MANEGOLD

Que sera-ce après la leçon ? vous croirez entendre Guillaume en personne.

ODON

Silence donc I

Respect au maître !

ALBÉBIC

A r Aristote de Paris !

PLUSIEURS ÉCOLIERS

Bien dit. Vive Guillaume de Champeaux! vive l'Aristote de Paris !

Le nombre des écoliers s'est fort augmenté. Le brait qu'ils font en marchant empêche de saisir une grande partie de leur conversation. Albéric, Lotulfe, Manegold, odon , Gombauld se séparent et se perdent dans la foule.

Un jeune homme, vêtu très-simplement, est entré pendant leur entretien, il s'est assis sur un banc de pierre et regarde avec curiosité tout ce qui l'entoure. Puis, appuyant son front sur sa main, il parait absorbé dans ses réflexions. — A ce cri : Vive V Aristote de ParUlû dresse la tête vivement, et

se lève par un mouvement presque involontaire. Pals 0 se rassied et dit à demi-voix :

J'ai voulu voir l'École de Paris... Eh bien, la voilà !

Albéric et Gombauld passent auprès de lui en causant. ALBÉRIC, r Gombauld.

Oui, c'est un bonheur dont nous ne pouvons assez remercier Dieu, que d'être venus en cette ville du temps d'un maître comme le nôtre.

GOMBAULD

Il est certain que nous avons bien rencontré. Nous puisons la science à sa source la plus pure.

ALBÉRIC

Nous entendons tous les jours le plus éloquent et le plus docte parmi ceux à qui ont été donnés le savoir et la parole.

Croyez-vous qu'aucun Tait jamais égalé?

ALBÉRIC

Égalé ? c'est possible, mais surpassé, non. Il eût été Boece, si Boëce n'eût pas existé

GOMBAULD

On parlera de lui longtemps, comme on parle d'Anselme de Cantorbéry u.

ALBÉRIC

On parlera de lui toujours. C'est un de ces noms qui ne périssent pas.

Us passent.

LE JEUNE HOMME, à lui-même.

On parlera de lui toujours!... Et moi!...

LOTULFE, i deux écoliers avec lesquels il se promène.

Pour moi, je n'admets pas, je ne concevrai jamais une lâche indulgence envers l'erreur. Quoi ! l'on souffrira

que des téméraires secouent l'autorité, que des insensés enseignent des ignorants !

ROBERT

L'exil et la ruine de Roscelin ont été un sévère châtiment. . ' ■

Sévère et juste. Tout périssait, si Ton n'eût mis qn terme à cet esprit de nouveauté qui sapait la science dans sa base en substituant des mots aux choses, et des noms aux réalités.

G0DW1N.

Il est certain que la foi elle-même était atteinte par ces pernicieuses subtilités.

LOTULFE

La foi et la science. — Il y a dés punitions pour des crimes qui ne troublent que le repos d'une place publique ou la tranquillité de nos foyers : il n'y en aurait pas pour des actes qui bouleversent l'intelligence et mettent le désordre dans les esprits! Non, non, il faut que la logique se venge, et que nos écoles soient respectées comme des puissances. C'est notre intérêt à tous.

LOTULFE

Et notre honneur. Mettez un frein à la pensée des téméraires et des fers à la raison des novateurs.

ROBERT

11 faudrait un roi dans l'École comme dans l'État.

Us passent, LE JEUNE HOMME, les regardant s'éloigner.

Un frein à cette pensée!.... des fers à cette raison!.... La prennent-ils donc pour le cheval qu'on attelle ou le chien qu'on enchaîne? Pardon, mes maîtres, c'est un oiseau.

ODON, s'avançant avec trois antres écoliers.

Quant à moi, je ne comprends pas bien cela.

Ce n'est pourtant pas si difficile.

HUGUES

Il faut, pour bien l'entendre, savoir la géométrie.

DITTMAR.

Ce n'est même pas nécessaire. Écoute-moi biep: nos ad* versaires disaient que les parties d'une chose n'existaient pas, car la chose ne subsistant que dans ses parties, on ne peut enlever une partie sans détruire la chose. 11 s'ensuivrait que la partie contient toute la chose, que la partie est le tout Comprends-tu '*?

ODON

Sans doute, et je le trouve vrai.

DITTMAR,

Rien de plus faux au contraire ; car il en résulterait qu'un demi-cercle est un cercle ; et quoi de plus absurde ? — Regarde.

H prend une baguette et trace une figure sur le sable, tout près du banc où le jeune homme inconnu s'est placé. Plusieurs écoliers s'approchent et forment un groupe au milieu duquel ce dernier reste seul assis et paraît contempler attentivement les figures que l'on décrit A ses pieds.

DITTMAR, continuant

Voici un cercle. Au milieu, ce point sera le centre. Pe ce centre, vous pouvez tirer à la circonférence autant de

lignes que vous voudrez; elles seront toutes égales

et cependant le nombre en est infini Eh bien, si

le cercle n'existait pas je veux dire si la partie du

cercle Attends Ah! voici..... Non. (il se tourne vers

Aibôric, qui s'est approché.) Àlbéric, comment est-ce-donc?

ALBÉRIC

Mais tout le monde sait cela. — Les parties du cercle existent comme le cercle même

LE JEUNE HOMME, se levant.

Mais le cercle, existe- t-il?

ALBÉRIC

Qui êtes- vous, pour le demander? I

ODON

Quel est celui-ci?

GOMBAULD, à demi-voix.

Le connais- tu?

HUGUES, de môme.

Il a l'air étranger.

LE JEUNE HOMME

C'est moi qui interroge. — Le cercle existe-t-H ?

ALBÉRIC

La question n'a jamais été posée.

LE JEUNE HOMME

Toute question doit l'être un jour, et je la pose. — Veut* on me laisser parler?

C'est selon.

ODON

Il est curieux.

GOMBAULD. - '

Laisse-le aller.

PLUSIEURS ÉCOLIERS

Oui, oui, voyons comme il s'en tirera.

LE JEUNB HOMME.

Je n'avance aucune conclusion. Je présente mes doutes» voilà tout, (a DHtmar.) Vous vouliez prouver, ce me semble,

que les parties du tout existent. Je ne conteste pas, mais je vous demande comment existe le tout, et s'il existe? Voilà un cercle. — Vous dites que tous les rayons sont égaux? Tracez des rayons, tracez-en vingt, tracez-en cent, et puis mesurez-les : sont-ils vraiment égaux? Non, vous ne sauriez les faire tels. — Le nombre des rayons, ditesvous, est infini? Dans cet espace circonscrit, vous n'en ferez pas tenir mille. Essayez de les décrire, bientôt ils rentreront les uns dans les autres. — Et cependant, il est vrai que tous les rayons du cercle sont, égaux et que leur nombre est infini. Ceci n'est donc pas un cercle.

ALBÉRIC

Mais c'est une figure

LE JEUNE HOMME

C'est une figure qui existe comme figure, mais ce qu'elle représente, mais le cercle que vous voulez figurer, où est-il? Qui de vous l'a vu? Montrez-moi un cercle, c'està-dire quelque chose dont les rayons soient égaux en Iongueur et infinis en nombre, je vous en défie.

GOMBAULD

Ceci est subtil.

ODON, à demi-voix à son voisin.

Sais-tu qu'il parle bien?

HUGUES

Il a un accent singulier.

ALBÉRIC

Voilà qui est hardi, mon maître; vous niez la certitude même.

LE JEUNE HOMME

Je ne nie pas encore une fois; je ne nie pas; mais j'interroge, et je vous demande de me montrer le cercle. Vous

ne le sauriez faire. Qu'est-ce à dire? Est-ce que le cercle n'existe pas? Non, c'est que le cercle n'est pas chose que touchent les mains, que voient les yeux. Le cercle existe dans votre pensée, et votre pensée n'est pas le néant.

ODON

C'est bien dit, sur ma foi.

GOMBAULD, à Dittmar.

Eh mais! que penses- tu de cela?

MANEGOLD

"Dittmar attend qu'on lui dise ce qu'il en pense.

Qui est-ce qui pense à lui tout seul?

LOTULFE, à Albéric.

Il y a du Roscelin dans ce jeune homme*

ALBÉRIC, à l'inconnu.

Vous êtes un beau diseur, assurément. Mais les écoliers de la Cathédrale ne sont pas dans l'usage de se laisser enseigner par un inconnu. Vous nous-direz votre nom. Quel est-il ?

LE JEUNE HOMME

Pierre Abélard 16.

ALBÉRIC

Et de quel pays êtes- vous? Vous venez ici pour la première fois?

De Bretagne.

* LOTULFE

C'est un pays barbare 17.

C'est de pays barbares que sont venus tous les conquérants.

LOTULFE

La réponse est modeste.

C'est donc à dire que vous venez conquérir l'École du Cloître?

ABÉLARD, modestement.

Je viens entendre Guillaume de Champeaux.

MANEGOLD

Il faut bien avoir la passion des voyages !

ALBÉR1C.

Paix donc! — Alors, notre nouveau camarade...

Je ne suis le camarade de personne.

ALBÉRIC

Du moins, vous aspirez à devenir le nôtre. — Çà donc, laissez-moi vous dire d'être un peu plus prudent et réfléchi avant de «ier et d'affirmer, et surtout au lieu où

vous êtes.

abIlard.

Merci du conseil, maître. Mais, en échange, acceptez un avis, c'est que la dialectique est à tout le monde.

ALBÉRIC

Avec de pareilles idées, vous irez loin.

Il lui tourne le dos.

Loin, je ne y sais; haut, je le veux.

Il se rassied.

Albéric et Lotulfe suivis de plusieurs écoliers s'éloignent. Les autres en grand nombre viennent successivement considérer Abélard, en restant à quelque distance de lui.

H IL AIRE, le regardant.

Qu'il est beau!

MANEGOLD, à Abélard.

Touchez là. Vous m'avez l'air de n'avoir peur de personne ici, et je vous apprendrai à vous y moquer de tout le monde.

Il s'éloigne.

HILAIRK, s'approchant timidement.

Et moi, me permettez-vous d'être votre ami 48 ?

Vous, mon enfant?

HILAIRK.

Oui, moi...

Est hic, est animus lucis contemptor, et istum Qui vita bene credat eiro, quo tendis, honorem "•

Tu as lu Virgile?.. Enfant, donnez-moi votre main.

. . • Venerande puer, jafn pectore toto

Accipio, et comitem casus complector in omnes.

LE PORTIER, à haute voix.

Le maître, écoliers!

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