SCÈNE IX
Le même jour.
L'APPARTEMENT DHÉLOISE.
HÉLOISE, voyant entrer Abélard.
Ah ! c'est vous! (F.iie va à lui.) C'est toi.
ABKLARD.
Oui, ma chère, ta lettre m'a fait peur, et j'ai couru. Tu as quelques chagrins?
Il lui prend la main.
HÉLOISE
Je ne suis pas malheureuse.... mes ennuis viennent de notre amour; ne me plains pas.
-im ACTE TROISIÈME.
ABKLAUD.
Dis-tu vrai?
HÉLOISE
Je crains quelquefois d'être trop heureuse et que cela ne puisse durer.
ABBLARD.
Et pourquoi? Ne sentez-vous pas que je vous aimerai toujours?
HÉLOISE
Est-ce possible?
ABÉLAHD.
Qu'y a-t-il au monde de plus beau que toi? qu'y a-l-il de plus doux que ton amour?
HÉLOISE
Que vous êtes bon !
ABÉLARU.
Je suis bon d'être le plus heureux des mortels?
HÉLOISE
Est-ce vrai?
Ne sois dolic pas humble, ô ma beauté ! Ne le sais-tu pas qu'il n'y a rien de tel que toi au monde? On dit que je sais tout : Eh bien, je t'apprends qu'il n'y a rien de t(4 que toi sur la terre et dans le ciel.
HÉLOISE, souriant.
Vraiment!
ABÉLAHD.
Tu ris?... Eh bien, moi, je trouve cela, je le crois à la lettre. Ce ne sont pas de vaines paroles, des formules convenues que les expressions de l'amour. Ne viennentelles pas naturellement, irrésistiblement sur les lèvres?
LAMOUH. i97
jNe sont-elles pas la voix de quelque chose de plus qu'une idée, la voix d'une émotion'? N'écliappent-elles- pas du cœur qui n'invente rien, et qui sent comme Dieu l'a voulu? Rien n'est réel comme l'amour; et ce qu'il pense, ce qu'il éprouve, ce qu'il atteste ne seraient pas vérité? Jamais je n'ai rien cru au monde comme ce que tu m'inspires. Oui, je t'affirme que tu es belle comme le ciel.
HÉ LOI SE, sourinnl.
Mais je veux bien.
ABÉLAKD.
Pourquoi sourire ainsi? Tout est sérieux. — Enlin l'amour est vrai, n'est-ce pas ? Tu y crois comme à ta vie. Qu'est-ce que l'amour, si ce n'est ce que fait éprouver l'amour? Or, ne persuade-t-il pas avec une autorité inexplicable qu'il est comme l'anticipation d'un monde plus beau? Donc... (En riant.) mou syllogisme est en forme; embrasse-moi.
HÉLOISE
Je ne suis pas si grande dialecticienne que vous.
Comme j'aime tes yeux!... Regarde-moi.... Tu as un beau regard, si triste, si profond ! Quand tu le fixes sur le mien, il semble que je vois dans l'intérieur de ton âme, que tu pénètres dans la mienne. C'est une perspective infinie qui s'ouvre devant moi.... Il est singulier comme l'inlini est partout dans l'amour. — Parle, parle-moi.
UÉLOlSE.
Que dirais-je? et qu'est-ce qui vaudrait ce que j'entends? Qu'y a-l-il, ô maître bien-aimé, de comparable à la musique pénétrante de les paroles? Songe donc à ce que j'éprouve:
jo suis ravie ensemble et confuse; toute l'éloquence de la terre employée à me dire que je suis aimée ; tout ton génie dans ton amour! Tu me dis que je suis humble; j'ai peur que tu ne me rendes la plus orgueilleuse des femmes.
L'humilité^ c'est do t'étonner que je t'adore.
HKLOISE.
Comment ne pas m'en étonner? Vous oubliez que je suis une pauvre fille, pour qui c'était trop d'honneur que d'être votre écolière, moi la servante, moi la vassale de mon redouté.... de mon adoré seigneur et maître! Vous m'auriez demandé... toutes choses, de quitter cette maison, d'entrer au couvent, de mendier par les rues, d'aller à Jérusalem, de vous amuser comme une esclave mauresque... j'aurais obéi, je m'en serais fait gloire ^''. Et que me demandez- vous ? De vous aimer. Comment me récompensez-vous ? Par votre amour. Je suis aimée de vous 1 Héloïse est aimée de Pierre Abélard! Mais c'est incroyable, mais il faut que je me répète ces paroles la nuit tout haut ; et je n'y crois pas, et cela me paraît un songe. Pensez donc, vous! Abélard m'aimer!... J'ai bien raison de dire que vous êtes bon.
ABÉLAKD.
Héloïse, il n'y a pas de compte à établir entre nous. Je vous ai aimée sans le vouloir, tout naturellement. Vous ne m'auriez rien donné que je vous aurais aimée de même. Mais vous m'avez donné.... bien plus que je ne puis vous rendre. — Tu t'es donnée à moi. héloïse
Donnée! n'étais-je pas à toi?
L'AMOUR. Ml
ABKLARD.
Non, rien ne m'avait présagé ce qui m' arrive, non, dans les efforts les plus ambitieux de ma pensée, dans les rêves les plus hasardés de ma fantaisie, rien ne m'avait donné l'idée de l'amour, de ton amour. Tu es l'éternel étonnement de celui qui pensait tout connaître, ou avoir tout deviné.
HKLOISE.
Eh bien, oui, je vous donne ce qu'on n'a jamais donné, je vous aime comme on n'a jamais aimé. Il faut que ton bonheur soit incomparable comme toi. Le sentiment que tu inspires doit être, ainsi que toi, sans modèle. Je sens que j'ai été faite pour toi seul ; je suis l'Eve innocente et bienheureuse du premier des mortels.
ABÉLAllD.
Ah! parle. — Chante, harpe céleste, tes sons vibrent dans mon cœur.
Ils so regardent longtemps sans se parler.
Je te regarderais toujours.
HÉLOISE
Et moi !... quand tes regards se fixent sur moi, ils plongent dans mon âme. Ne la vois-tu pas, dis ?
ABÉLAUD.
Comme'à travers une eau limpide et profonde on voit une perle merveilleuse, il me semble que je vois ton amour.
En la regardant, il joue avec ses cheveux, et essaie de les détacher. HÉLOISE.
Que faites-vous?
J'aime tant vos cheveux. (En riant.) Savez-vous pourquoi vous avez de beaux cheveux ?
HKLOISE.
Pour vous.
ABÉLAKD.
Oui, d'abord. Et puis, vous rappelez-vous un verset de saint Paul oiî il dit que les femmes doivcyit avoir de longs cheveux à cause des anges ^"^7
HÉLOISE
Non. Eh bien?
Cela veut dire que les longs cheveux empêchent les anges qui vivent au-dessus d'elles, de voir leur visage, et d'être séduits comme au temps de Noé ■'^.
Il É LOI SE, riant.
Mais ils pourraient être tentés du moins de les enlever par les cheveux.
ABKLAKU.
C'est vrai, ma glose n'est pas bonne ; vous êtes meilleure théologienne que moi.
HÉLOISE
Profane!... mais puisque vous parlez d'ange, dites-moi votre chanson. Savez- vous ? vous avez deux choses qui suffiraient pour tourner la tête à une reine, c'est la façon dont vous récitez et celle dont vous chantez ^'K
Eh bien, je vais essayer sur la reine que voici.
Prenez le tiiéorbe.
ABÉLARD, chaate ou s'accompagnant.
Aux jours de mon jeune âge,} Pauvre et seul, j'entrepris Le périlleux voyage De ce fameux Paris.
LAMOUH. :î01
De la Bretagne en France Long était le chemin; Mais j'avais l'Espérance Qui me tendait la main.
Toi qui souris comme elle, Ange, féo ou mortelle, L'Espérance si belle Est moins belle que loi....
Comme elle sois à moi.
L'École la première M'appelle et me séduit.
J'y cherchais la lumière.
Et j'y trouvai la nuit.
Mais ma main imprudente, Dans son obscurité.
Comme une torche ardente, Porta la Vérité.
Toi qui brilles comme elle, Ange, fée ou mortelle, La Yérité si belle Est moins belle que toi....
Comme elle sois à moi.
Ma parole est puissante, .l'enchaîne qui m'entend.
L'école obéissante S'incline en m'écoutant.
Le peuple m'environne, Et la gloire à sa voix '
M'a donné la couronne Qui manque au front des rois.
Toi que j'aime comme elle, Ange, fée ou mortelle.
Pour moi la gloire est belle, Mais moins belle que toi...
Comme elle sois à moi.
HÉLOISE
Merci, que vous êtes bon ! Cette cliarison me va, Dieu sait !... Mais n'importe, vous l'avez faite pour moi. J'accepte d'être un ange... mais alors que serez-vous, vous ? (Souriant.) Une domination?
ABÉLAKD.
Que tu es folle!
HÉLOISE
Je ris... je suis si contente. Maître, ne grondez pas votre écolière... Mais ne lisons-nous pas? Nous oublions la leçon.
Je ne suis pas venu pour cela ; ce n'est pas l'heure.
HÉLOISE
Il est vrai... mais comment vous voit-on à présent?
Ne savez-vous plus que vous m'avez écrit une lettre inquiétante ?
HÉLOISE
N'y songeons plus. C'est vrai, je suis un enfant; je m'alarme, quand vous n'êtes pas là... J'ai tort.
Mais non, vous me disiez des choses sérieuses. Vous me parliez de votre oncle, de soupçons...
HÉLOISE
Ce n'est rien. Je vous répète que c'est ma mauvaise tête... Encore une fois, j'avais tort. Pardon, causons de notre bonheur ; je suis si complétem'ent heureuse !
Non, Héloïse,ne me trompez pas; ne vous trompez pas Vous-même. Dites-moi tout. De mon côté je suis inquiet, j'ai observé des choses...
L'AMOUK. 303
UÉLOISE.
Et quoi, mon Dieu ! Vous me faites mourir de frayeur. Pierre, uion ami, dites, dites-moi tout.
ABÉLAKD.
Voyons d'abord ce que vous savez de votre oncle'?
HÉLOISE
Oh ! rien. Mais c'est Marguerite.... elle croit (juil se doute... quelques mots lui seraient échappés....
ABKLARD.
Qu'a-t-il dit?
HÉLOISK.
Je ne sais, mais il est triste. Son regard si dur est plus sévère... Et vous, qu'avez-vous remarqué?
Le pubhc parle de nous ; les jeunes filles racontent nos amours... mes disciples... enfin, j'ai cru quelquefois être épié...
HÉLOISE
Jésus!... Eh bien, je vais vous dire, mais promettez que vous ne vous inquiéterez pas...
Non, parlez.
HÉLOISE
Oh ! ce n'est rien. i
Parlez, au nom du ciel.
HÉLOISE
Dimanche, j'étais allée à vêpres. Je me retirais, le jour baissait. Comme je traversais la nef, un de ces frères mendiants qui vendent des chapelets, des vei-sets de l'Écriture sur parchemin bénit, me glisse daus la main un pelil
rouleau de vélin ; je n'y fis pas attention, croyant que c'était un amulette. Je lui jetai un denier. Ce majin seulement j'ai retrouvé le vélin, et l'ayant ouvert sans y penser, j'ai lu... Tenez, le voici.
Elle prend dans son sein un billet et le lui .-donne. ABÉLARD.
Donnez : — « Videte, vigilate et orate^'*^. — De méchantes gens vous épient. Ils avertiront Fulbert. Le maître Pierre est insensé. Il n'y verra pas, si vous ne l'éclairez. » Signé : « Un Ami ». — Je connais cette écriture,
HKLOISE.
C'est quelqu'un qui veut nous effrayer"?...
ABÉLAUU.
Ou nous sauver peut-i'tre... L'ami inconnu a raison, je suis un insensé.
HÉLOISE
Que voulez-vous qu'il nous arrive?
A moi, rien; mais à vous!... Si votre oncle...!
HÉLOISE
Oli ! mon oncle serait terrible... Vous ne le connaissez pas.
Vous aimerait-il?
HÉLOISE
11 a mis en moi les plus forts sentiments de son cœur, l'orgueil, l'ambition, la jalousie. Il s'est forgé à mon sujet un chimérique avenir de grandeur... Oh! sauvez-moi de. sa vengeance.
Croyez- vous donc que les choses en sont là? Vousa-t-il parlé?
HKLOISK.
Non, vous dis-jo; il ne sait rien. Ce sont des lerreurs d'une faible femme. Seulement hier matin...
ABÉLARl).
Hier matin...?
HÉI.OISE.
Je vous dis que c'est un enfantillage.
ABKLAUD, impatiemment.
Achevez donc!
IIÉLOISE.
Hier matin, il dit à la servante devant moi : « Enlevez bien la poussière des livres de ma nièce. H y a longtemps qu'elle n'y a touché. » Et il me regarda avec un sourire bien mauvais. Puis, il ajouta comme se parlant à lui-môme : « Ah! les femmes! Le serpent du paradis n'avait-il pas une tête de femme? »
ABKLARD.
Est-ce tout?
HÉLOISE
Oui, n'est-ce pas? cela ne signifie rien... Seulement, Marguerite...
Marguerite. . . ?
HÉLOISE
Marguerite l'a entendu, une fois qu'on prononçait votre nom devant lui, dire à demi-voix : « J'en ferai justice! Malheur au nouveau pharisien! »
A moi !... a-t-il perdu le sens?
Je sais bien que ce sont des folies.
:m ACTE TROISIÈME.
ABKLAKD.
Écoutez, chère Héloïse, je n'ai riei) à craindre; j'ai vaincu de bien autres ennemis, mais vous...
HÉLOISE
Ne p(Misez pas à moi. Il n'y a que toi au monde.
(llière et noble enfant!... Écoutez-moi, il faut prendre un jjrand parti : Il faut nous marier.
HÉLOISK, en rougissant.
Nous marier! . . . (Elle met ses deux mains sur son visage.) Mais
ce n'est pas sérieux ; ne vous jouez pas de moi !
ABKLAKD.
C'est très-sérieux ; car c'est décidé.
HK LOISE
U mon bieu-aimé!... («!.■ lui smuio an cou.) Mais... mais... je suis enfant.
Elle s'essuie les yeu.x..
ABKLAKD.
Tu es heureuse?
HÉLOISE, se rasseyant.
J'allais oublier que vous êtes si bon. — Abélard, je ne veux pas vous épouser.
ABÉLAUU.
Que dites-vous?
HÉLOISE
Croyez-vous que j'accepterais le sacrifice de votre liberté, de votre dignité, de votre sainteté? Y pensez-vous? et que dirait l'univers ? Abélard marié, marié comme un bourgeois, enseveli dans les soins d'un ménage! Le prince des clercs, le roi des philosophes, enchaîné à une femme, mené par un enfant, rabaissé au-dessous du dernier vicaire
LAMOUK. 3(17
de paroisse, du dernier moine de couvent! Que deviendrait l'autorité de votre parole, celle de votre exemple? Ne sais-je pas que le mariage dégrade un clerc et fait tomber sa couronne de sa tête? Non, non, point de mariage "^
Qu'en tends-je? Mais songez donc à vous, aux vengeances de votre oncle, aux railleries des méchants! Déjà le peuple parle de notre amour et....
HÉLOISE
Eh bien, que dit-il?... que je suis à vous? Qu'importe? qu'en sait-il? Et à qui cela fait-il du mal? Que je suis votre servante, votre maîtresse, la fille obscure et dévouée, la Thamar ou la Bethsabée que vous avez aimée, que vous avez séduite, que vous avez prise en passant? C'est ma gloire à moi, et je ne donnerais pas le nom vulgaire que la foule me jette pour le nom d'une impératrice ''^. Mais vous, mais votre nom, mais votre honneur, qu'on n'y touche pas! c'est mon bien; je le sauverais au prix de mon sang. Et que m'en coûtera-t-il pour cela? que fautil? Rien, rester heureuse.
Etrange fille!... Mais vous outrez les choses et vous vous créez des chimères. Le mariage est un état légitime, honorable, sacré; le monde et l'Église le respectent. '
IIKLOISE.
Point de sophismes, je sais ce que je dis. Vous qui citez saint Paul, apprenez à le lire : « Le mariage est bien, dit-il, mais le célibat est mieux. » Et le mieux est fait pour Abélard. Le monde chancellerait sur sa base, si en quelque chose Abélard n'était pas le premier.
ABÉLAKD.
Mais puisque vous invoquez l'autorité, il y a dans la l"" aux Corinthiens....
HÉ L OISE
Laissez là toutes subtilités. Vous êtes la lumière du monde, vous serez celle de l'Église; le chemin est tracé devant vous. Que sais-je? la tiare vous attend peutêtre! Je l'ignore; mais j'irais me lier comme une entrave à vos pieds; moi, moi, qui voudrais paver de mon corps le chemin par où vous monteriez au trône!... Non ! non ! Et de quoi s'agit-il après tout? Ne sommes-nous pas bien? Que raanque-t-il à mon bonheur, à mon orgueil? Dis, mon adoré, que te manque-t-il? Tu m'as dit cent fois que tu avais trouvé le bien suprême. Que te faut-il donc encore? M'aurais-tu trompée? Parle, que faut-il fjiire? Dois-je te fuir à jamais et quitter ce pays? Dois-je aller vivre à tes ordres, et me cacher dans ta maison? Veux-tu que je te serve à genoux et que je baise le bas de ta robe en pleine rue? Parle, parle, je suis prête à tout. — Mais je ne serai jamais ta femme.
Calmez-vous, ma chérie. Votre dévouement vous égare. Il faut que vous soyez ma femme. En soi le mariage est une chose bonne et sainte. Vous craignez qu'il ne me nuise? Le nôtre restera secret ; mais le jour où votre oncle, ou ses amis, éclateraient, nous leur fermerions la bouche en le leur révélant. Enfin, mon enfant, je le veux.,..
HÉLOISE
Et moi, je veux votre gloire. Et si vous m'aimez trop, et si je n'entends pas que vous m'aimiez à ce point!... je suis bien la maîtresse peut-être.
Ne puis-je pas dire aussi que je suis le maître?... Enfin, Héloïse, je vous parle pour moi-même.... J'ai beaucoup d'ennemis, je les brave; mais enfin ma réputation.... ma sûreté.... Croyez-moi bien, il peutm'être utile que nous soyons mariés .
HÉLOISE
Dites-vous bien vrai?
ABKLAHD.
Oui..., oui.
HÉLOISE, se lève et veut s'agenouiller.
Maître, disposez de votre servante.
ABÉLARD, lui baisant le front.
Vous êtes une adorable créature. Çà, voilà qui est convenu. Au jour, à l'heure où je vous dirai : « Tout est disposé, le prêtre est averti, » vous me suivrez à l'autel.
HÉLOISE
Oui, mon cher seigneur.
ABÉLAKD.
Et vous serez la preuve vivante de ces paroles de l'Écriture ; « La femme gracieuse trouvera la gloire ^^. »
HÉLOISE, tristement.
Ne dit-elle pas aussi : « Les mains d'une femme sont des chaînes? » Ne dit-elle pas : « J'ai trouvé la femme plus amère que la mort? » Oh! ne dis jamais comme elle •"'*.
Le crains-tu?....
HKLOISE.
Eh bien, non.
Elle se jette dans ses bras.
Il faut nous quitter. Adieu, je sors plus rassuré, plus content ; adieu, mon âme, et soror et conjux f'^ ! Que je te remercie de ton sacrifice !
HÉ L OISE, en le quittant.
Adieu, ma vie!... (Abéiard sort.) Je crois que j'en mourrai de joie!