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ce qu’elle déclare incompréhensible. Le philosophe était donc autorisé à s'efforcer de rapprocher de plus en plus la raison humaïne de l'intelligence des mys tères. C’est pourquoi il n’a rien négligé pouf établir méthodiquement la foi touchant la Trinité, « cette « foi qui lui paraît ne manquer à personne. » Indépendamment des citations des anciens, ceuxmêmes, dit-il, qui repoussent les mots sacramentels de notre foi, Dieu le père, Dieu le fils, sont d'accord avec nous sur le fond de l’idée. Demandezleur s'ils croient à la sagesse de Dieu, s'ils croient à sa bonté : cette croyance suffil; avec cet aveu, on peut convertir les plus éloignés de nous. C’est pour eux qu'il est écrit : « On croit du cœut à la « justice. » (Rom. x, 40.)
« Voilà, dit Abélard en finissant, cé que nous « avons osé écrire touchant la plus haute et incom- «préhensible philosophie de la Divinité, incessam- «ment forcé et provoqué par l'importunité des « infidèles, n’affirmant rien de ce que nous disons, «et ne prétendant pas enseigner la vérité que nous « faisons profession de ne pas savoir. Mais ceux qui «se glorifient de combattre notre foi, ne cherchent « pas non plus la vérité, mais le combat. Attaqués, si « nous pouvons leur résister, 1l doit suffire que nous « nous défendions. Ceux qui se font agresseurs, s'ils «ne triomphent, succombent dans leur dessein et « disparaissent. Et puisqu ils nous attaquent princi- « palement avec des raisons philosophiques, nous «aussi nous avons de préférence recherché celles « qu’on ne saurait pleinement entendre , si l'on n'a «consacré ses veilles aux études philosophiques et
DE LA THÉOLOGIE D'ABÉLARD. 291 « surtout dialectiques. Il était vraiment nécessaire
« que notre résistance à nos adversaires usât des «moyens qu'ils acceptent, nul ne pouvant être «accusé ou réfuté que sur les points accordés par «lui, pour que ce jugement de la vérité fût ac- « compli : Sur le témoignage de ta propre bouche, « mauvais serviteur, je te condamne *. »
+ On ne sait plus guère la théologie; et peut-être pensera-t-on que ces distinctions infinies sur la na= ture de la Trinité sont l'œuvre spéciale du génie subtil d'Abélard, tout au moins un produit passager de l'esprit ingénieusement frivole des scolastiques, et dans tous les cas une collection dangereuse d'idées hasardées et d'hérésies en germe. Qu'on se rassure, Abélard a très-peu inventé. Sauf quelques arguments de détail, il ne sort pas du cercle tracé par les théologiens. Des questions qu'il parcourt, bien peu ont été inconnues des Pères de l’Église; toutes se sont perpétuées dans les écoles de théologie. Nous devons même ajouter qu’en général les solutions qu’il donne sont légitimes, et que, même sur les points
abandonnés à l'appréciation des docteurs, sur les questions restées ouvertes, il se décide communément pour le sentiment le plus correct et le mieux autorisé. Il faut ici qu’on daigne nous en croire, sans nous demander nos preuves. Mais si l’on veut feuilleter, non pas Richard de Saint-Victor, saint Thomas, Albert le Grand, non pas les docteurs de l’école, mais tous les théologiens sérieux jusqu’au xvin® siècle, par exemple le P. Petau, qui ne passe
! Theo. Chr., 1. IV, p. 1344. — Luc, x1x, 22.
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point pour avoir fait abus de scolastique, on verra que les questions traitées par Abélard, et bien d'autres non moins subtiles, non moins délicates, font une partie essentielle de la science théologique, et sont assez souvent résolues par les meilleures autorités dans le même sens que par le docteur auquel saint Bernard disait anathème. q
Nous n’entendons pas dire cependant que tout soit.. au point de vue de l’orthodoxie, irréprochable dans Abélard. Au reste, on en va mieux juger.