‹ Abraham Du Quesne et la marine de son tempsChapitre 2 sur 32 · HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

RUE GARANCIÉRE. 10

MDCCGLXXIII Tome droite réservée.

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• jr. CoOert, Vf/ewrimr 1680.)

Dans le projet des dépenses de TÉtat pour Tannée 1670, la marine à voiles fut comprise, par Louis XIV et M. Colbert, pour la somme de 10,000,000 de livres — jplus de vingt millions de la monnaie actuelle. Les vaisseaux et les établissements des ports dépensèrent 11,703,425 livres — plus de vingt-trois millions de francs; — les galères ne dépensèrent que 1,693,449 livres, quand le projet leur en avait attribué 2,000,000. (Bibl. Nat., Carnets de Louis XIV.)

M. Colbert avait envoyé au Parlement de Paris, le 30 novembre 1669, les lettres portant rétablissement de F Amirauté, et M. Achille de Harlay lui avait écrit que le Parlement faisait des diffîcultés pour les enregistrer. M. Colbert répendit, le 20 janvier, au procureur général : « Sa Majesté m'a ordonné de vous faire savoir que cette question avoit été tant de fois discutée et terminée dans son conseil, qu Elle ne désire point d*y apporter aucun changement ; vous prendrez donc , s'il vous plaît , la peine de faire les réquisitions nécessaires pour achever entièrement cette affaire. » (Bibl. Nat., Mss. Saint-Germain-Harlay , n* 367 , p. 164.) Le Parlement se rendit aux raisons que présenta M. de Harlay; il enregistra les lettres, et, le 5 février 1670, le Ministre écrivit au procureur général : u Je vous renvoie les lettres patentes de suppression de la charge de Grand maître de la navigation et le rétablissement de celle d* Amiral pour les mettre dans le Trésor des Chartes , ainsi que vous m'avez témoigné le désirer... » (Vol. cité, p. 166.) Le 15 mars, M. Colbert écrivit au procureur général, de sa main : « Monsieur, M. Le Fouyn II. 1

» VOUS doit parler de ma part de FeDregistrement au Parlement des » lettres de provision d'Amiral de France de M. le comte de Vermany> dois, et d'autres lettres pour tenir Fempreinte de son nom pour la » signature de toutes les expéditions de cette charge » (la griffe de TAmiral). « Je yous prie d*y apporter votre facilité ordinaire pour » tout ce qui concerne le service et la satisfaction du Roi. n (Vol. cité.)

En janvier, le Roi rendit un édit à propos de Tenrôlement général des matelots en Bretagne ; cet édit accordait divers avantages et privilèges aux marins qui s'enrôleraient. Pour qu il produisît son effet, il fallait que le Parlement de Rennes Tenregistràt et le fît publier dans tonte Fétendue de la province. Le Roi écrivit donc au président du Parlement : « Xons vous mandons et ordonnons que » vous ayez à procéder sans aucun délai à Fenregistrement et publi- » cation dudit édit sans aucune restriction, modification, ni diffi- » culte ; car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye , » le 14 février 1670. Signé : Louis, et plus bas : Colbbrt. » (Bibl. Nat., Ms., SuppL Fr., 2771-1, p. 95.) Le Parlement enregistra; mais Fappât des grâces promises par le Roi fut de peu d'effet , au moins tout de suite ; la formation des équipages ne fut pas plus facile, et la marine n'eut guère moins que par le passé à souffrir des lenteurs par lesquelles la population maritime paralysait Faction des escadres. La force continua à venir au secours de la persuasion ; on ne pendit pas, mais on fut contraint de faire quelques exemples des rebelles et d'envoyer ramer sur les galères du Roi ceux qui , de bonne grâce , ne voulaient pas monter sur les vaisseaux. Les matelots n'avaient cependant point la facilité qu'ils avaient eue précédemment de passer à l'étranger ; il leur était enjoint de rester en France, et â ceux qui naviguaient en Angleterre, en Hollande, en Espagne, en Suède ou en Danemark de rentrer dans leur patrie, sous peine d'encourir les rigueurs des édits sur la désertion.

A la fin de l'année 1669 , le Roi avait ordonné qu'une escadre de six vaisseaux fût armée et mise sous les ordres de M. le comte d'Estrées. Cette escadre devait être préparée â la Rochelle ; sa^mission était d'aller à la barre de Cadix pour y protéger les marchands français et « assister à Farrivée et au départ des galions et des flottes de la Nouvelle-Espagne» (Instruction du lOdécemlve). M. Colbert pressait, mais tout allait lentement. Pour engager le commandant des navires , qu'il aurait voulu déjà voir à la mer, â se hâter et â bien faire» le Ministre lui annonça que, le 6 janvier 1670, Sa Majesté

1670 IfAirtNE DU XVII* SIÈCLE. I

lui avait donné la permission de porter le pavillon de Vice-Amiral à la téie du mât de misaine' de son vaisseau, bien que son escadre ne fût que de six bâtiments et que le règlement portât qu*il en fallait douze. (Arch. de la Marine , Ordres du Roi adressés à M. d^Estrées, t. 1", p. 33.) C'est sur la Charente que M. le Vice-Amiral arbora son pavillon; mais les choses n'avançaient pas. L'Hercule et le Dragon, qui devaient servir sous M. d'Estrées , étaient partis de Brest dès le 26 janvier; à la Rochelle ils avaient eu à compléter leur armement (vol. cité, p. 47). Un nouvel officier que M. Colbert enrôlait dans la marine, M. le chevalier de La Vrillière , allait faire la campagne conmie capitaine en second d'un des vaisseaux (p. 53). MM. de Villepars et de Beaulieu , capitaines du Tigre et de Y Infante, prêts avant les quatre autres capitaines , partirent les premiers de la Rochelle, avant le 15 février (p. 57). L'escadre que M. Colbert espérait voir à Cadix à l'arrivée de a la flotte de Neuve-Espagne » était encore en partie dans les eaux de la Charente , et le 21 février le Ministre adressait à ce sujet des reproches, tempérés par les formes de la bienveillance, à M. le Vice-Amiral, qu'il engageait à u bien » s'instruire de tout ce qui regarde les ordres de batailles navales et n tous les moyens de prendre le dessus du vent et les autres avann tages d'un combat » (p. 63). L'escadre de Cadix, en même temps qu'elle était une force destinée à la protection du commerce , était donc une escadre d'évolution. Le 14 mars, M. d'Estrées n'avait pas encore levé l'ancre. 11 partit à la fin.

Il était à la mer, lorsque le Roi décida qu'on augmenterait l'escadre de Cadix et qu'on la porterait à neuf vaisseaux. Cette augmentation ne devait être faite qu'après que M. d'Estrées serait de retour à la Rochelle. H quitta les parages d'Espagne en juillet, et, le 9 août 1670, mouilla à Belle-Isle, où il trouva l'ordre de désarmer ses six vaisseaux et d'armer, dans le plus bref délai , l'escadre nouvelle , composée de sept vaisseaux de Brest et de deux de la Rochelle. Du Quesne était désigné pour faire partie de cet armement, où figuraient le Rochefart et le Brave, les deux navires fournis par la Rochelle. Aux neuf vaisseaux, on ajoutait deux frégates légères et une tartane. Le 10 août 1670, M. Colbert ordonna à Du Quesne de partir de Brest, sans tarder, et d'aUer à Belle-Isle avec ses sept vaisseaux pour rejoindre M. le Vice-Amiral. Du Quesne montait le Français, M. d'Estrées avait la permission de continuer à porter le pavillon de

Vice-Amiral (lettre du 21 août). Du Quesne, j^lus tard , eut celle de

ABlâHâM DU QUEMB. !•?•

le pavilloD de Caotre-Amiral à U tète ds mit d*ai1îiiiOD de SOD taisfeao (26 septembre 1670).

Le 19 juillet, M. Colbert atait annoncé à M. de Senil qoe le Roi désignait Do Qaesne pour commander en second Tescadre de»> tinée au ¥Of âge de Cadix , et qui ne devait pas se borner à croiser dans la Méditerranée et hors do détroit poor combattre les corsaires de Salé ; elle irait josqn'à la côte de Gninée faire ¥oir le pavillon de France, y protéger le commerce, et roir surtout les places qay avaient les Hollandais , « afin de les attaquer un jour si besoin élait > .

Une rupture avec la Hollande était imminente. Une auguste Ambassadrice , la charmante Madame Henriette d'Angleterre , femme de MoxsiBm, était revenue de Londres, le 12 juin, ayant décidé son frère Charles II à faire avec Louis XIV un traité d'alliance contre les Etats généraux. A quel prix le Roi de France adietait-il le consentement du Roi d'Angleterre? Ce n'est pas à nous de le dire. Notre sujet ne comporte pas les longs détails potitiqnes. Madaiu mourut subitement, le 29 juin, et l'on sait quel éloquent cri de douleur, écho des cris de la Cour et de la France, poussa Bossuet sur la tombe de l'aimable et malheureuse princesse. L'Angleterre fut émue autant que Paris et Saint-Germain , de cette mort imputée à crime à Philippe d'Orléans ou au chevalier de Lorraine , et que les médecins déclarèrent naturelle , comme depuis la déclara dans ses Mémoires madame de La Fayette, amie de la défunte. Cependant les rumeurs accusatrices , plus fortes un moment que les affirmations des chirurgiens , qui avaient lu dans les entrailles de Madamb la cause réelle de son trépas , et avaient vu les poumons et le foie profondément lésés , ces rumeurs s'éteignirent , les soupçons se turent , — ils persistèrent dans quelques esprits hostiles à Monsibur, mais pour d'autres causes, — et tout reprit son cours ordinaire.

Du Quesne ne pouvait guère armer un vaisseau sans trouver quelque raison de plainte. 11 est vrai qu'on lui en fournissait parfois le motif ou le prétexte. 11 devait monter le François (Français) , quand MM. de Bouillon et de Banville avaient le Louvre et le Tourbillon. Le Prince était réservé au comte d'Estrées. Du Quesne ne blâmait pas cette distribution des navires; mais il querellait M. de Seuil d'avoir embarqué sur un autre vaisseau que le sien deux canonniers qu'il avait fait venir du Havre et qu'il ne tenait peut-être pas pour très-habiles , mais enfin qui étaient à lui par suite d'une convention faite avec eux. Il se plaignit à M. Colbert, et là-dessus, le

lerO MARINE DU XVn« SIÈCLE. 5

Ministre, qui voulait que les officiers et rintendant vécussent en paix , écrivit à M. de Seuil de faire rendre à Du Quesne ses canonniers et de a prendre garde qu*il n*y » eût a jamais dans sa conduite » à lui de Seuil •< ni chaleur ni emportement pour personne, d^autant que le service du Roi ne » pouvait « pas compatir avec aucune passion » . a Vous devez, » ajoutait-il, « considérer le sieur Du Quene pour le plus habile homme que nous ayons assurément dans la marine, et encore même qu'il eût des défauts, c'est à vous de les souffrir et à faire en sorte quil serve agréablement » (9 août 1670).

Si M. Colbert donnait raison à Du Quesne dans les choses de peu d^importance , il n'entendait pas lui passer ses caprices quand il 8*agissait de choses sérieuses. Du Quesne ayant déclaré à M. Colbert de Terron quV/ ne saluerait pas le Vice- Amiral ({wdLiià son escadre joindrait celle de M. d'£strées, le Ministre lui écrivit pour lui dire qu'il devait saluer M. le Vice-Amiral, « quoique ce salut ne fût pas » dans le règlement, le Roi ayant estimé superflu d'ordonner qu'un r> pavillon inférieur saluât son supérieur, vu que c'est un usage établi et n que cela se doit sans difficulté. Si après cette explication » , ajoutait M. Colbert, u vous en faisiez encore , ce serait une pure chicane que » Sa Majesté trouveroit fort mauvaise et qu'Elle ne pourroit excuser. «

Une distinction naturelle était faite entre le Vice-Amiral et le Lieutenant général ; le Roi voulut qu'elle fût marquée autant que possible, pour accoutumer Du Quesne à reconnaître un supérieur dans M. d'Estrées, que sa charge de Vice-Amiral de France mettait hors de pair. — Le 26 septembre , Sa Majesté écrivit à M. d'Estrées de faire embarquer la compagnie des gardes de la marine sur les deux vaisseaux-pavillons, deux tiers sur le Vice-Amiral, un tiers sur le Contre-Amiral; ceux du Vice-Amiral pour garder la personne de M. d'Estrées et son vaisseau, ceux du Contre-Amiral pour garder seulement le vaisseau de celui-ci. Ainsi, M. d*Estrées avait une garde d'honneur, et Du Quesne n'en n'avait pas; le Vice-Amiral remplaçait TAmîral absent et devait avoir tous les honneurs qu'on eût rendus à M. de Vermandois s'il eût été sur le Prince, Du Quesne fut assez sage pour ne pas faire d'observations de mauvaise grâce , et les choses se passèrent comme le Roi l'avait désiré. La lettre de M. Colbert au Vice-Amiral lui laissait la liberté de ne pas aller lui-même à la côte de Guinée et de charger M. d'Hailly, capitaine d'un de ses vaisseaux, de faire ce voyage. Ce fut à ce dernier parti que se tint M. d'Estrées.

6 ABHAHAU DU QUISNE. IG70

Malgré la vigilance de M. de Terron et les instances réitérées de la Cour, l'escadre était encore à Rochefort le 17 septembre , jour où M. Colbert écrivait au Vice-Amiral de se hâter d'aller à Salé, pour ne pas laisser aux Anglais et aai Hollandais tous les honneurs de la campagne. Ils avaient fait p^rir six grands navires d'Alger, et la Cour engageait M. d'Kstrécs à signaler son séjour dans la Méditerranée par quelque action éclatanle. L'escadre mil enfin sous voile; elle avait été relardée par le munilionnaire général Jacquier, qui avait fait attendre longtemps le septième mois de vivres que réclamait le Vice-Amiral. Le 24 octobre 1670, l'escadre était aux Canaries, d'où M- d'KsIrécs écrivit à M. de Terron ; il lui écrivit de nouveau le 30. Dans la réponse que lui lit l'Intendant, le 18 janvier I67I, nous remarquons ce passage :

« Je vois bien que vnus n'avfz pas sujet d'élre satisfait des sieurs l)u Quesnc el des Ardents; mais vous tivei bien que ce sont les plus anciens olSriers de niarine que nous ayons , au moins ponr le premier, el même qu'il a toujours été reconnu pour un trèt-habite navigateur et fort expert en tout ce gui regarde la marine, le conviens avec vous que son etpril eil difficile tl son humeur incommode ; mais dang la disette que nous avons d'habiles gens en cette science, qui a é\é si longtemps inconnue en France, je crois qu'il est du service du Boi el même de votre gloire particulière que vous travailliei à suruionlrr la difEcnllë de cet esprit et à le rendre toeiable , pour en lirer loules tes connaissances et les avantages que vous pourrei, el j'eslime qn'il est impossible qu'avec voire adresse et votre douceur vous n'en lirieï facilement, en peu de temps, lout ce qu'il pourra avoir de bon...

n A l'égard du sieur des Ardents, je suis aussi persuadé que. pour peu que vous le vouliez, voue le réduirez facilement à servir avec une entière soumission ï lout ce que vous désirerez de lui. J'ai rendu compte au Roi du dévouement du chevalier d'Hailly; Sa Majesté a été bien aise d'apprendre que vous l'ayez envoyé reconnotlre la cAte de Guinée, n

La cause du mécontentement de H. d'Estrées à propos de MM. Du Quesne el des Ardents est longuement déduite dans la lettre de M. le l'ice-Amiral, datée de la Grande Canarie, 24 octobre 1670 :

■ M. Du Quesoc et la plupart de nos autres capitaines qui n'ont pas fait de voyages de long cours, n'y sont pas encore accoutumes, quoique les raisons nalurelles el l'eipcrience de mille navigateurs les devroient avoir rassurés. Celte défiance , au contraire, a jelé M. Du Quesne en des contretemps indignes de son savoir aux choses de la mer. dans une rade ayant mouillé à tmt vingt brauei , dans nue antre à beancoup moins à 11 vfrilé «

on Normand pointilleux , fier, susceptible ; il savait ce qu*il valait ; il avait pour lui ce grand fait d*un brillant début ; cet autre fait , Tancienneté , qui lui donnait , pensait-il , le droit de faire ce qui lui semblait bon et de refuser tout ce qui choquait son sentiment ou blessait son intérêt ; on devait donc le tourner et non Taborder debout au corps. Moins qu'un autre, M. d'Estrées était homme à faire une pareille concession. On devait donc prévoir que le Vice-Amiral et le Lieutenant général vivraient assez mal ensemble ; on ne pouvait cependant les faire toujours agir chacun de son côté ; il fallait bien les réunir quelquefois. M. Colbert Tavait fait pour cette campagne, espérant les contraindre à se modifier Tun par Tautre. L*essai ne réussit pas très-bien ; cependant aucun incident pénible ne marqua la fin de la navigation de Fescadre de Guinée , — comme on la nommait.

Les gardes de la marine donnèrent quelque ennui à M. le Vice- Amiral et à Du Quesne. M. Sausigny, Commissaire de Tescadre , fit connaître Tétat des choses , en ce qui était de ces jeunes gens , i M. Matharel, Intendant à Toulon. 11 écrivit de Malte, le 21 décembre 1670 :

u Les gardes de la marine se rendent extrêmement difficiles pour lenr nourriture, voulant à tout moment jeter 1* écrivain à la mer, ne gardant ni règle ni discipline , et croyant en être quittes en mettant bas la casaque pour se battre contre leur colonel (M. de Gajac) . a

La discipline ne fut jamais le fort des gardes de la marine. Gentilshommes , ils se croyaient tout permis. Ils portaient le trouble partout où ils étaient, ports ou vaisseaux; on sévissait quelquefois sévèrement contre les plus mutins , mais la sévérité n'obtenait guère de résultats plus heureux que la douceur. Ils étaient jeunes! A Brest, on se souvenait encore, en 1811, lorsque nous entrions i Técole établie sur le vaisseau le Tourville, des tours plaisants que les gardes jouaient avant la Révolution à M. le c<»nte d*Hector, Commandant de la marine; on nous les racontait pour nous les faire détester, on aurait mieux fait de nous les taire. Les aspirants, continuateurs des gardes -marine, furent un peu moins bruyants, mais ne rompirent pas tout à fait avec la tradition de leurs devanciers.

Le comte d^Estrées , à qui ne fut point offerte Foccasicui de réaliser Tespoir qa*avait conçu M. Colb^, revînt de la côte d'Afrique en France. Da Quesne était de retour i Brast ,av«|t le SO novembre.

Ce jour-là, il dictait une longue lettre adressée à M. Colbert et commençant ainsi :

0 Depuis rentrée en ce port et le désarmement du Soleil Royal et des autres vaisseauz, j*ai été indisposé et le suis encore; c'est ce qui m'a empêché d'avoir F honneur de vous envoyer les mémoires et avis concernant ce qu'il faudra faire aux deux grands vaisseaux pour les rendre parfaitement bons à la mer et pour la guerre , comme aussi une observation sur quelques articles du règlement fait par le Roi , le 23* octobre dernier» pour la garde et conservation de ses vaisseaux dans les ports. J'espère vous les envoyer au premier jour que je me serai un peu remis. Cependant, Monseigneur, voyant les précautions qae Sa Majesté vent que l'on prenne, par le 46* article , contre les surprises d'attaques et brûlements , les démarrages et accidents de mauvais temps , et les bruits de guerre qai se laissent entendre ici , je me sens obligé , Monseigneur, de vous faire cette dépêche poor vous informer de Tétat de la garde de ce port, qui est trop faible pour l'importance de ce qu'il contient. »

Du Quesne développait cette dernière pensée avec une force de raison et une clarté frappantes. Le nombre des gardiens mis sur les vaisseaux amarrés dans le port de Brest est insuffisant , il faut Taugmenter. Les Anglais entretiennent sur chacun de leurs navires désarmés beaucoup plus de matelots gardiens que les Français. Le Soleil Royal, servant de Vaisseau Amiral du port, doit avoir une garnison assez forte de matelots et de soldats n'ayant d'autre devoir que celui de garder jour et nuit ce vaisseau. La même chose doit être faite pour le Large, vaisseau placé à Favant-garde , et pour le Brave, mouillé à Tarrière-garde, au fond du port. Ainsi, trois corps de garde, un sur chacun de ces trois bâtiments. Outre cela, Du Quesne demande qu'une chaloupe de garde ait un équipage fixe, et que, pour les rondes de nuit et de jour, trois canots, armés chacun de sept honmies, soient toujours prêts à veiller partout. Pour tout ce service , Du Quesne ne veut que cent cinquante hommes; on les lui a promis. Il ajoute :

«J'ai fait instance pour avoir ici trois cents des soldats du désarmement qui ne coûteraient pas plus au Roi que dans ces quartiers oi!i ils vivent sans ordre , discipline , ni exercice , éiant mime désarmés de leurs épées , chose inouïe et honteuse à des soldats que l'on veut employer à la guerre, et qui fera déserter ceux qui se trouvent avoir du cœur et un peu d'honneur, n

On voit que Du Quesne n^était pas du sentiment des personnes de notre temps qui veulent les soldats désarmés, parce que quelques-uns, dans des querelles après boire , se servent de leurs armes , comme se Mrvent de leurs couteaux ou de leurs compas des ouvriers qu'on

ADRAHAM DV QUESNB.

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ne songe point à priver de leurs armes, plus souvent dangereuses que celles des militaires. Quant au t amarrages des vaisseaux, Du Quesnc exprime le regret qu'il n'y ait point de garde fixe aux endroits où sont attachées les amarres, et demande qu'on y établisse des corps de garde, afin que personne n'en approche pour les dénouer ou les couper. Pour ce service, il croit que cinquante soldats pourraient suffire. Ces précautions une fois prises, le port serait à l'abri des tentatives des chaloupes ennemies qui s'introduiraient dans la rade pendant la nuit, à la condition cependant qu'on établirait à l'entrée du port une chaîne qu'il a déjà demandée, chaîne semblable à celle qu'il lit établir en 1638, mais qu'on pourrait mieux tendre si on la faisait porter par six petits bateaux plats, trois du c£té de Brest et trois du câté de Recouvrance, et un septième un peu plus grand sur lequel serait établi un corps de garde. Celui-ci fermerait l'entrée du port et servirait comme de porte iV la chaîne. L'état de choses proposé par Du Quesne devait succéder à ce qui e\istait : un seul canot de ronde armé de quatre hommes, commandés par un enseigne. Pour empêcher l'introduction des chaloupes étrangères dans la rade de Brest, Du Quesne estimait que deux petites frégates, une caiche et une galiote pourraient se tenir vers le Conquét, Bcrtheaume et Camaret, visitant tous les navires qui voudraient entrer dans la haie. 11 voulait encore que les canons du château et ceux du goulet fussent mis h même de faire feu, ce qui leur était impossible au moment oij il écrivait; enGn il montrait la nécessité d'entourer d'un retranchement avec chevaux de frise et palissades tout le côté de Recouvrance, alors entièrement ouvert aux entreprises d'un ennemi assez hardi pour débarquer deux mille hommes en dehors ou en dedans de SainU Matthieu.

Telle est en résumé l'inléressante dépêche qui porte la signal tremblée du Lieutenant général. Ceux qui ont vu Brest autrefois nous ignorons ce qui s'y pratique aujourd'hui, n'ayant pas vu ce beau port depuis quinze ans — reconnaîtront que tout ou à peu près ce que demandait Du Quesne fut exécuté, sinon tout de suite moins peu de temps après 1670 et subsistait à la fin de la Restauralion. Le principal doit subsister encore, nous n'en doutons pas. Quand l'intérêt privé ne troublait pas la vue et l'esprit de Du Qu«B8, personne n'avait la visée meilleure, le sens plus ferme et fba que lui.

L'année 1670 avait mal commencé pour la marine. Do VI

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ABnAHA\l DU QLBSNR. 1670

six vaisseaux et de trois flûles : le Navarre, commandé par M. François Thiballier de Thureile; le Triomphe, capitaine, M.JobForaot; le Jules, capilaine, M. de Luché ; le Flamand, caprlaine, M. du Mené; le Rayonnais, capitaine, M. Gabarct des Marais; la Diligente, capitaine, M. de La Houssayc ; l'Europe, capilaiDe, M. Dupré; la Svllane, capitaine, M. de Beaulicu-Vcmay; cnfîn {'Indienne, capitaine, M. de La Clide. Cette escadre partit de la llochcllc, se dirigeant vers Belle-lsic, le 30 mars 1(>T0, à deux heures après midi, et peu de jours après lit voile pour les Indes.

Tiai, un chansement important eut lieu dans l' administration du port de Toulon. M. Louis Malharel , qui avait rempli des missions auprès de quelques Princes d'Italie et auprès du Doge de Venise, et qui depuis avait été Surintendant de la maison cl des alTaires de César, duc de Vendôme, puis Secrétaire de la marine (31 octobre 1058] jusqu'après la mort de M. le duc de Beaufort, fut appelé h remplacer dans l'Intendance M. Louis Le Roux d'Infreville, qui, vieux et fatigué, se relirait de l'ofGcc pénible qu'il avait ipliavec honneur, zèle, intelligence et probité. Le lOavrtI 1670, M. d'Infrevillc s'était démis de sa charge, et le Hoi en avait pourvu l'ancien Secrétaire de l'Amirauté, qui ne fut installé qu'un peu plus lard. M. Malharel était encore jeune, il avait de l'éner^gie, et M. Colhert, ayant vécu longtemps à côté de lui, le savait capable des affaires difficiles. Le choix était bon ; le Ministre n'en doutait pas, mais il ne devait pas avoir longtemps cet utile collaborateur. La mort le lui enleva en 1673, et ce fut une perte vcrilable pour la marine '. M. P. Damien, marquis de Martel, qui était avec une escadre sur les côtes de Barbarie, fit avec Alger un nouveau traité de paix ; M. Colbert en donna avisa M. d'ËsIrées, le 14 mars 1670. Cette paix était à peine une trêve, les Algériens ne pouvant renoncer pour longtemps à leurs habitudes de piraterie. M. de Mortel revint à Toulon

■ LoaiB Malharel naquit â Pirii, me dei Prouiiirei, le 2 octobre leiD. Soa père. Angnitm Matharel, étill couicMJcr. tecrfulre da Rai et sTant tn Conicil. (Rfgiiire de> luptéiuei de Saint-Euitacbe.) Loaîi Uallurel rpoD», en JDin ISSB, Maria Le Secq. il mourut à Toulon, le 9» juin 1073, . d'une &liin eontlaue. «UÎiie • d'un yrtod dèlrard du ceriitu ■ , couime I'b dit M. de Siïnt-Tropèi , cipiUÎDI du port. Mmdame Mttharel Et tenir de Tuulon le eorpi de ion miri el riobumi duj l'égliie de) Cipucinet de la PJaee VendAmc. Le Ilot griliGi celte dame d'uuo tianailt peniion, et M. Colbert lui écmit une lettre de condoléance dint iaqielle il Ipi ^t qu'il regrettait d'autant plui le dérunl. que loo père (i lui Colliert) li

p.jt m.)

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