‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mort [microforme]Chapitre 2 sur 36 · NAISSANCE DE LINCOLN. — LES QUAKERS. — LES PIUNNIERS · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LINCOLN. — LES QUAKERS. — LES PIUNNIERS

Abraham Lincom naquit ie 12 février 1809, dans une condition des plus humbles. Ses ancètres, établis dans le comté de Hardin (Kentucky), appartenaient à la secte des quakers, secte qui prend le nom, parmi les initiés, de Société chrétienne des amis. Georges Fox en avait été le fondateur en Angleterre vers l'an 1657. Les persécutions exercées par le fameux protecteur Cromwell poussèrent à l'émigration la majeure partie des adeptes, qui débarquèrent, l'an 1650, en Amérique. Trente ans plus tard, Guillaume Penn, converti à la doctrine de Fox, échangea une créance de 400,000 francs que lui devait le gouvernement anglais contre la propriété et la souveraineté du vaste territoire contigu à New-ersey à l'ouest de la Delaware. Ce terriloire, entre les mains des quakers, devint l'Etat de Pensylvanie. Là, libre de toute entrave gouvernementale, Penn appliqua le premier principe poliuque de la secte. IL voulut que les indigènes donnassent leur sanction au nouveau souvernement, et il admit les Indiens pour un quart dans la représentation nationale. Le nouveau colonisateur, comme il le dit lui-même, « cherchait à donner force au pouvoir par rapport au peuple, et à garantir le peuple de tout abus de pouvoir, afin qu'il fût libre par l'obéissance légale ; car la liberté sans l'obéissance est confusion, et l'ebéissance sans liberté est l'esclavage. »

Quand on étudie un homme de l'importance politique de Lincoln, il est nécessaire de connaitre quels principes il a sucés avec le lait, quelles sont les

doctrines qui, s'inculquant dans le cerveau de l'enfant, ont dirigé le caractère de l'homme màùr, En analysant la foi politique et religieuse des aïeux du jeune Abraham, il sera plus facile de saisir la vigoureuse et droite nature de l'ex-

an a ent

Président des Etats-Unis,

Dans la vie ordinaire comme dans la carrière de l'homme d'Etat, nous verrons reparaitre, transformées peut-être, mais identiques quant an germe, les idées inspirées par Fox et ses disciples. |

Ainsi par la constitution de Penn, résumée par lui-même en une phrase que nous venons de transcrire, il ressort clairement que les quakers devaient être les ennemis naturels du despotisme. L'histoire nous apprend en effet qu'ils furent les premiers à se soulever contre l'Angleterre, lorsque éclata la guerre de l'indépendance. Leur croyance religieuse leur défendait bien de prendre les armes et de verser le sang humain, mais, dans cette cireonstance, l'amour de la liberté domina le sentiment humanitaire. Plus loin, nous verrons Lincoln faire le sacrifice à la nécessité de son horreur pour le sang, marcher un moment contre les Indiens, mais se hâter de rentrer dans la vie privée une fois l'expédition finie, Le métier de soldat lui à toujours été antipathique, Évidemment cette répulsion lui venait de son éducation première.

La grande idée qui à dominé Lincoln toute sa vie est celle de l'abolition de l'esclavage, Les principes abolitionistes ont pris naissanee chez les quakers, Ur

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publiciste anglais nous apprend que «la traite des noirs fut toujours odieuse à Ja Société chrétienne des amis et que ce fut de l'Amérique du Nord, imbue des doctrines des quakers, que partit le signal de la grande croisade contre

l'esclavage, » Is en demandèrent l'abolition dès 1783, d

Le caractère distinctif des quakers est la bonhomie, l'intelligence industrielle. | Le nom donné à Lincoln par le peuple américain, qui Fappelait familièrement ! OU Abe le père Abraham), témoigne assez de la douceur de caractère que tons l

re onnaissaient au Président, L'intelligence mdustmelle de sa race, il la possédait également, puisque, parti de rien, il était arrivé successivement à être biecheron, épicier, maitre d'école, avocat,

Ce sont encore les quakers qui poussent l'idéal de Fhonnéteté jusqu'à proscrire le serment comme une chose illégitime et qui ont inscrit dans leurs dogmes qu'une simple déclwration négative ou affirmative suffit, ‘

Le fond du caractère de Lincoln a été lhonnôteté, et ectte vertu était un article de foi pour la secte dans laquelle vécurent ses ancôtres, tous pionniers.

Le Yankee se fait naturellement pionnier. Cette appellation, dont l'Amérique possède aujourd'hui l'usage presque exclusif, est d'origine toute francaise. On désignait sous ce nom, du temps de Francois [‘, les soldats chargés d'exécuter les travaux matériels qu'exigeaient l'attaque et la défense des places. En 1803, Bonaparte, premier consul, fit des militaires noirs et de couleur, provenant de nos colonies, un bataillon de pionniers qu'on nomma les pionniers noirs. Les soldats et les sapenrs du génie sont aujourd'hui les pionniers chargés, lorsque

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LINCOLN. 11 l'armée est en marche, de couper les haies, d'aplanir les fossés et de frayer un passage dans les lieux sans routes ni communications. L'analogie à fait donner ce nom aux hardis travailleurs qui, dans l'Amérique du Nord, s'avancent dans les immenses forèts vierges pour les défricher et y apporter la culture et la civilisation.

Le pior «néricain est forcé de ne compler que sur lui-mème, Armé de sa hache, à it assez fort pour mépriser les obstacles et dompter la nature. Arrive-t-il daus un lieu désert, il se fait ouvrier et ingénieur, En cinq ousix heures ils’est construit un abri pour lui et sa famille, Quelques branches d'arbre lui ont fourni les murailles et le toit de sa cabane. Le lendemain il incendie la forêt et crée un champ dans lequel il sème du maïs et des pommes de terre. Il éclaircit les environs le plus qu'ille peut, car, dans cette vie toute de hasards dangereux, il faut voir venir de loin l'ennemi. Outre les bêtes fauves, il y a surtout à redouter l'inaien, l'ennemi implacable du blane, de cet envahisseur acharné qui chaque jour le repousse plus loin. Le pionnier se regarde comme légitime possesseur du sol qu'il défriche ; l'indigène, lui, se croit le propriétaire naturel de ce sol envahi. De là une guerre atroce entre colons et Indiens, qui dure depuis la découverte de l'Amérique,

Dans cette vie où tout est danger, le Yankee, abandonné à lui-même, n'ayant pour protecteur que son riffle, apprend le courage etla prudence à chaque pas. Souvent même, malsré ce courage et cette prudence, il succombe sous les coups de ses ennemis, qui guettent chez ni un instant de défaillance, un moment d'oubli. C'est dans une minute de confiance fatale que le grand-père d'Abraham Lincoln, l'un des premiers pionniers du Kentucky, fut surpris et tué par les Indiens, pendant qu'il était à la chasse. Son petit-fils, qui pendant quelques années mènera comme lui la vie de pionnier, échappant à la haine des Indiens,

devait tomber frappé par une balle américaine.

La famille Lincoln, privée de son chef, se décida à quitter le Kentucky et à chercher dans lindiana les ressources nécessaires, Elle se fixa dans le comté de Spencer, qui était alors une solitude presque imhabitée, Le pére d'Abraham vit, comme avant, lamisère s'attacher à ses pas, et une mort prématurée, arrivée en 1819, vint l'enlever à sa femme et à ses trois enfants. qu'il Taissait sans l'USSOUICES.

Abrahan Lincoln avait dix ans.

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