‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 123 sur 254 · I. ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

I. ALLEMAGNE

«. Deuxième mAlflon de Vraneonie.

Jusqu'à la période où nous entrons, les peuples du moyen âge, livrés à une agitation stérile, avaient cherché à sMtablir les uns aux dépens des autres. Désormais, plus de migrations; l'Europe, à peu près constituée, vatravaillerà son organisation. Deux pouvoirs sont en présence, l'Église et la Féodalité. Celleci eut d'abord le mérite de fixer les hommes, encore à moitié barbares, et de les attacher au sol par l'hérédité ; elle facilita l'éducation domestique, en laissant à la femme, que le christianisme avait relevée, sa douce et salutaire influence. Mais la force morale de l'époque réside dans l'Église, qui éclaire les intelligences, adoucit les mœurs, protège les opprimés et pénètre de son souffle vivifiant les deux plus grandes œuvres du moyen âge : la chevalerie et les croisades. Ce fut en France surtout que son action se fit sentir, parce qu'elle y trouva des cœurs plus généreux et plus dociles. En Allemagne, elle eut à combattre les empiétements des empereurs, et à maintenir les droits de sa mission, intimement liés à^ ceux de la conscience humaine. Lorsque les papes défendront l'indépendance du saint-siége et celle de l'Italie contre les césars germains, ils auront pour alliées les cités lombardes, jalouses de conserver leurs institutions municipales.

Conrad 11^ le Salique, premier prince de la seconde maison de Franconie (1024), avait réuni à l'empire, par héritage^ le royaume d'Arles, qui se composait des deux Bourgognes. En mourant, il remit à son fils Henri III (1039) une puissance formidable, en Allemagne et en Italie. Ce dernier s'agrandit encore par les succès qu'il obtint sur les Bohémiens et les Hongrois f par l'ascendant qu'il prit sur les seigneurs, et enfin par son expédition en Italie^ ot de graves désordres appelaient sa présence.

Après avoir établi la trêve de Dieu en Allemagne, après

avoir divisé la Lorraine en deux parties (haute et basse Lorraine), Henri UI passe les monts, se fait donner la couronne impériale, dispose plusieurs foii du trône pontifical en faveur de prélats allemands, et acquiert sur l'élection des papes une influence que ses indignes successeurs revendiquèrent comme un droit.

L'Empire, qui fut alors à l'apogée de sa gloire, embrassait les deux tiers environ de la monarchie de Gharlemagne. Mais les fautes des princes, jointes aux vices du système électif, en précipitèrent la décadence.

•• Wmtie du «aeerdoee et de Templre.

HénrilV n'avait que six ans (1056), lorsqu'il perdit son père; ses oncles enlevèrent la tutelle à sa pieuse mère, Agnès d'Aquitaine, et abusèrent de leur pouvoir. Parvenu lui-même à i'âge de régner^ il mécontenta de bonne heure les Saxons par les charges excessivBs qu'il leur imposait. En même temps, sa tyrannie et ses débauches excitaient contre lui une haine générale en Italie aussi bien qu'en Allemagne. Il voulait rompre son mariage avec Berthe, fille du margrave de Saxe; il poussait jusqu'aux dernières limites du scandale la simonie ou le trafic des dignités ecclésiastiques, de sorte que, trop souvent, un clergé ignorant et sans mœurs compromettait la religion dans l'esprit des peuples.

En 1073, monta sur le trône pontifical un ancien moine de Glunyy fils d'un pauvre charpentier toscan : c'était Hildebrand, si célèbre depuis sous le nom de Grégoire VIL Touché des maux extrêmes de l'Église, doué, d'ailleurs, d'une âme élevée et d'un caractère énergique, il résolut de relever la chaire de saint Pierre en lui rendant son indépendance et ses droits légitimes. On le vit d'abord réformer la discipline et remettre en vigueur la loi du célibat; puis asseftibler deux conciles,' qui proscrivirent la simonie, et défendirent aux laïques de conférer l'investiture des charges ecclésiastiques par l'anneau et la crosse, symboles du gouvernement des âmes.

Henri IV refuse d'obéir au décret du concile. Son obstination fut donc la première cause de cette querelle fameuse, qui se prolongea pendant un demi-siècle, sous le nom de guerre des investitures. L'empereur prétendait déposer le pontife et mettre à sa place un antipape créé par lui. De son côté, Grégoire VII s'appuyait sur les maximes alors généralement admises parmi

lespeaplesoatholiqaesder£urope%et invoquait aussi le» griefg des princes électeurs; il se décida non-seulement ^ lancer Pezconununication contre Tindigne monarque, mais encore à délier ses sujets du serment de fidélité. Henri, excommunié, voyant les peuples se soulever contre lui, vint trouver le pape au château de Canossa^ en Lombardie (1077). Trois jours il de* meura les pieds nus dans la neige, jeûnant et implorant humblement Tabsolution que le pape lui accorda enfin, aux prières de la grande comtesse MatMlde, amie du saint-siége. Bientôt après, infidèle à ses serments, il engageait témérairement une nouvelle lutte avec Grégoire VII, créait un antipape, tandis que le pontife déférait la couronne à Rodolphe de Souabe; mais celui-ci fut tué dans une bataille, en Allemagne, par Godefroy de Bouillon, allié de Henri (1080). Grégoire VII avait pour lui les Saxons et une grande partie des seigneurs allemands; de plus, la comtesse Mathilde, souveraine de la Toscane et de presque tout le centre de Pltalie « Robert Guisdàrd et ses Normands soutenaient sa cause. Malgré tant d'appuis, le courageux pontife, après la prise de Rome par Pempereur, fut obligé de se retirer sur la terre normande à Salerne» où il mourut (1085) en prononçant ces mots : Tai aimé la justice $t fax hai l'iniquité^ voilà pourquoi je meurs dans VexiL

Mais sa pensée lui survécut, et le pape français Urbain 11 [Eudes de Ghfttillon), continuant la lutte entreprise contre lincorrigible tyran, renouvela Texcommunication. Les deux fils d'Henri IV se révoltent successivement contre leur père ; les forces réunies de la Toscane et des villes lombardes lui font essuyer une défaite (1090). Après de nouvelles vicissitudes et de nouvelles fautes, contraint d'abdiquer, le vieil empereur alla mourir à Liège, dans la misère et l'abandon (1106). Û avait troublé l'Allemagne et l'Italie pendant cinquante ans.

Henri F, surnommé le Parricide^ ne tarda pas à élever des prétentions abusives sur les dignités ecclésiastiques. De là une nouvelle lutte entre lui et le pape Pascal II ^ qu'il vint saisir et faire prisonnier jusque dans Rome. La mort de la grande comtesse Mathilde augmenta les difficultés.Cette princesse avait légué au saint-siége ses domaines, que Henri V regardait comme des fiefs de Tempire. Une portion seulement, dite Patrimoine de saint Pierre, en revint aux papes. Bnfîni la diète de Worms^

1. Voirie sayant oorrage de M. Tabbé Gosselin, de Sain^Solpice t Pouvoir du Pape au moyen Age,

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248 HISTOIRE DU MOYEN AgE.

tenue en 1122, mit fin par une transaction à Thostilité des deux pouvoirs. L'empereur renonçait à donner l'investiture par la crosse et Panneau, se bornant à conférer, par le sceptre, les fiefs ou bénéfices temporels attachés aux évêchés etaux abbayes. Il s'engageait à ne plus entraver les élections des évoques, et à ne plus exiger que celle des papes fût soumise à son agrément. Un Français, Guy de Bourgogne, occupait alors le trône pontifical sous le nom de Galixte U. Ge concordat, son ouvrage, fut confirmé l'année 'suivante (1123) par le concile de latran^ le premier des concile/^ généraux tenus en Occident.

s. JHaUMMi de ••nabe on de HoheBfltanf ei^ .

PREmÈRE GUERRE ENTRE LES GUELFES ET LES GIBELINS.

La mort d'Henri V Q125) ayant mis fin à la maison de Franconie, Lothaire //de baxe lui succéda, et, pour obtenir la couronne impériale du pape Innocent 11^ se reconnut le vassal de l'Église romaine. A la mort de Lothaire, deux maisons puissantes entrèrent en rivalité : celle des Welf (Guelfes), qui possédait la Bavière, les duchés de Saxe et de Toscane ; celle des seigneurs de Wibligen (Gibelins), ou Hohenstaufen, maîtres de la Souabe et de la Franconie. Leurs dissensions gagnèrent bientôt l'Italie, oii le parti des Gibelins soutenait la cause de Fempire, tandis que le parti des Guelfes, favorable au saintsiége, défendait l'indépendance des républiques italiennes et des yïïLes libres de Lombardie.

Conrad III^ de la maison de Souabe, duc de Franconie, se fit élire sans observer les formalités accoutumées (1138). Il enleva à son adversaire, Henri le Superbe, ses duchés de Bavière et de Saxe. Plus tard, le fils de celui-ci, Henri le Lion, rentra en possession d'une partie de ses domaines. Conrad étant mort au retour de la croisade qu'il avait entreprise de concert avec Louis le Jeune, roi de France, Frédéric /« BarberoussCy son neveu, lui succéda (1152).

Après avoir pacifié TAllemagne, Frédéric voulut soumettre les villes de Lombardie, qui, dominées par l'influence de Milan où régnait le parti guelfe, s'étaient rendues à peu près indépendantes. D'un autre côté, un moine, disciple d'Abélard, Arnaud de Brescia, ennemi du pouvoir temporel des papes, avait chassé Adrien IV de Rome, et ressuscité un fantôme de république romaine. Frédéric passa cinq fois les Alpes, dans le des-

sein de rendre à Tempire sa prépondérance en Italie. Arnaud de Brescia étant tombé en son pouvoir, il le fit brûler vif et répondit aux députés de la république romaine, qui voulaient lui dicter des conditions : « En vain exaltez- vous la grandeur passée de Rome ; avec ses vertus, sa domination a passé aux Allemands. » Toutefois il n'osa pas braver le mécontentement populaire, et il se fit seulement couronner dans la cité Léonine, un des faubourgs de Rome. Les jurisconsultes de Bologne et le parti gibelin secondaient les prétentions de Frédéric.

Mais il eut pour adversaire le pape Alexandre III, si zélé pour la liberté italienne, que les cités confédérées, le regardant comme leur chef, bâtirent en son honneur la ville forte d'A- 'lexandrie (Piémont). Les Milanais, chassés de leur ville après avoir soutenu un siège héroïque (1162), en relèvent bientôt les murailles et gagnent sur l'empereur, quatorze ans plus tard, la bataille de Legnano. Cette victoire devait amener le traité de Constance (1183), qui maintint les privilèges des villes lombardes, en conservant à Frédéric son titre de suzerain. De retour en Allemagne, celui-ci se vengea sur Henri le Lion, duc de Saxe et de Bavière, qui avait refusé de le suivre à Legnano; il le dépouilla de ses États; puis, avant de partir pour la croisade, où la mort devait le surprendre, il maria son fils Henri à Constance, fille de Roger H, roi de Sicile (1189). La Pologne, la Bohême, le Danemark, la Hongrie, l'Angleterre môme, respectaient Frédéric comme le maître de l'Occident.

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