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CHAPITRE II

DENTS1

Préparation. — Etudier d’abord les arcades dentaires en place. Extraire une incisive, une canine et une molaire pour observer leur forme caractéristique. Avec une scie fine, fendre dans sa longueur une canine en place, pour se rendre compte de sa structure intérieure et de ses rapports avec l’alvéole. La canine étant monopapillaire est la dent type. Pour voir les nerfs, il faut enlever la table externe du maxillaire inférieur.

Définition. — Les dents sont des organes durs, implantés dans les alvéoles des maxillaires et destinés à la mastication. Accessoirement chez l’homme, les dents servent aussi à l’articulation des sons.

Il y a 20 dents dans la première enfance ; 32 à partir de la seconde enfance et pendant tout l’âge adulte.

Forme et structure macroscopique. — Les dents étant des papilles calcifiées ont dans leur type le plus simpie, comme dans les

i. Ce chapitre a été rédigé par M. Amoedo, dans le Traité d\ Anatomie humaine.

DENTS

canines qui représentent une seule papille, une forme conique ou ovoïde. On leur distingue extérieurement une partie renflée, visible hors de l’alvéole, la couronne , et une partie effilée incluse dans l’alvéole, la racine ; le collet est la ligne de jonction circulaire, ordinairement déprimée en sillon, qui unit la racine et la couronne. L’extrémité de la racine s’appelle le sommet ou apex.

Une coupe longitudinale montre que la dent se compose d’une cavité remplie par une substance molle et d’enveloppes dures. C’est la cavité pulpaire , divisée elle-même en une partie élargie, toujours unique, contenue dans la couronne, la chambre pulpaire , et une partie rétrécie, unique ou ramifiée suivant les dents, et ouverte au niveau de l’apex, le canal radiculaire. Elle contient la pulpe , tissu mou, très vasculaire.

Les enveloppes dures sont : en dedans, l’ivoire ou dentine ; en dehors, l’émail et le cément.

L 'ivoire ou dentine est une subtance jaunâtre, à cassure fibreuse et lustrée, qui forme la plus grande partie de la dent et entoure la cavité pulpaire, excepté à son sommet où passent les vaisseaux et les nerfs, h' émail recouvre l’ivoire dans toute l’étendue de la couronne. Il est blanc-bleuâtre, excessivement dur, il use la lime et fait feu sous le briquet.

Le cément est une couche osseuse qui revêt l’ivoire à partir du collet ; il est en contact avec l’alvéole.

Fixation des dents.

Articulation alvéolodentaire. — Les anciens croyaient que les dents sont implantées dans les maxillaires comme des clous dans une planche ; ils appelaient gomphose ce mode

Fig. 756. — Structure et fixation des dents. — Coupe longitudinale d’une incisive.

M, membrane de Nasmyth. — E , émail. — D, dentine. r- /, zone anastomotique entre l’ivoire et l’émail. — U, union entre l’émail et le cément. — C , Cément au niveau du collet.

— C, cément radiculaire. — S, zone intermédiaire entre la dentine et le cément. — L, ligament alvéolo-dentaire. — N, artériole de la pulpe se ramifiant en capillaires. — V, veine de la pulpe formée par les capillaires. — A, nerf de la pulpe. — Eg, Épithélium stratifié de la muqueuse gingivale. — Pg , zone capillaire de la gencive. — Pe, périoste.

— 0, paroi alvéolaire. — O', tissu spongieux. — Em, espaces médullaires du tissu spongieux. — (D’après Bodecker).

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d’union. Mais la dent ne touche en aucun point la surface osseuse de l’alvéole, elle n’est pas jointive et se détache le plus souvent sur le squelette. Elle est fixée à l’alvéole par un ligament dit ligament dentaire ou alvéolo-dentaire , nommé autrefois périoste alvéolo-dentaire, qui forme autour du collet une collerette de libres radiées, et qui sur toute la racine se porte obliquement de la paroi alvéolaire au cément; il ne fait défaut que sur l’apex. Il fixe et suspend la dent. Son ramollissement rend les dents branlantes.

Du moment qu’il y a deux surfaces osseuses, l’alvéole et le cément, réunies par un ligament fibreux, on peut admettre l’existence d’une articulation alvéolo-dentaire , du genre des synarthroses.

Dans son ensemble, la dent nous présente les rapports suivants : la couronne est entièrement libre, et n’a que des rapports à distance avec les dents voisines. La partie distale de la racine à partir du collet, sur une hauteur de deux millimètres, fait saillie hors de la base de l’alvéole; elle est enchâssée dans un bourrelet circulaire de la gencive, dit anneau gingival; tout le reste de sa surface, c’est-à-dire les trois quarts jusqu’au sommet, est en rapport de contiguïté avec l’alvéole, séparé de lui par le ligament dentaire. L’apex est également séparé du sommet alvéolaire par un espace rempli de tissu mou où passent les nerfs et les vaisseaux.

Vaisseaux et nerfs. — Les artères proviennent de la dentaire inférieure pour le maxillaire inférieur, de l’alvéolaire et de la sous-orbitaire pour le maxillaire supérieur. Ces trois branches appartiennent à la maxillaire interne. Elles donnent les artères pulpaires, qui pénètrent dans la pulpe par le foramen de l’apex unique ou par le sommet des racines multiples. D’autres artères arrivent aussi à la dent par le ligament dentaire. — Les veines suivent un trajet analogue. — Les lymphatiques de la pulpe et de la gencive se rendent aux ganglions sousmaxillaires et parotidiens, fréquemment engorgés dans les lésions dentaires. — Les nerfs sont fournis par les dentaires antérieurs et postérieurs du maxillaire supérieur, et par le dentaire inférieur, toutes branches du trijumeau. Ils vont former des plexus dans la pulpe.

Résumé histologique. — Le cément est du tissu osseux ordinaire, sans canaux de Ilavers. Ceux-ci apparaissent quand le cément est volumineux.

La dentine ou ivoire est formée par une substance fondamentale analogue à celle de l’os, avec une proportion ]51us forte de sels calcaires. Elle est parcourue par des tubes fins, les canalicules dentaires, qui vont en sens radié de la cavité pulpaire à la face profonde du cément ou de l’émail, où ils se terminent dans des vacuoles ( couche granuleuse). Ils émettent sur leur trajet des branches latérales anastomotiques. Leur paroi Constitue la gaine de Neumann.

L'émail est un pavage de prismes à six pans, disposés perpendiculairement à la

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surface et revêtus d’une cuticule extérieure. Ces prismes sont d’anciennes cellules épidermiques cylindriques qui se sont calcifiées.

La pulpe est une papille de tissu conjonctif muqueux, riche en nerfs et en vaisseaux. Sur la périphérie s’étend une couche unique de grandes cellules cylindriques, les odontoblastes, dont le sommet tourné vers la dentine émet un long prolongement la fibre dentaire , qui parcourt tout le canalicule, jusqu’à l’émail. Ces cellules jouent un rôle dans la formation de l’ivoire, et peut-être aussi dans la sensibilité de la dent, par les relations de leurs prolongements basilaires avec les plexus nerveux.

L’homme possède deux dentitions: une première dentition dite aussi temporaire, particulière à la première enfance ; une seconde dentition,

Fig. 757. — Dents de la première et de la seconde dentition (d’après Sappey).

La première dentition est achevée (20 dents); enfant de 4 à 5 ans. — Les dents permanentes ou de la deuxième dentition sont encore incluses dans les maxillaires : les premières grosses molaires sont prêtes à sortir.

1, 1. Incisives temporaires internes. — 2, 2. Incisives temporaires externes. — 3, 3. Canines temporaires. — 4, 4. Molaires temporaires antérieures. — 5. 5. Molaires temporaires postérieures. — 6, 6. Incisives internes permanentes. — 7, 7. Incisives externes permanentes. — 8, 8. Canines permanentes. — 9, 9. Petites molaires antérieures permanentes. — 10, 10. Petites molaires postérieures permanentes, beaucoup moins développées que les précédentes. — 11, il. Premières grosses molaires permanentes.

ou permanente, qui est celle de la seconde enfance et du reste de la vie. Ce fait, à des degrés divers, est commun à tous les mammifères. Les dents

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temporaires reproduisent le type ancestral de la souche; elles sortent rapidement et tombent de même; elles sont un appareil provisoire, à côté duquel la nature tient en réserve l’appareil définitif des dents permanentes.

Première dentition. — Elle commence au 6e mois, après la naissance, et se termine à 2 ans, quelquefois à 3 ans. Elle débute par les incisives inférieures; après les incisives sortent les petites molaires, puis les canines qui sont très loin du bord alvéolaire. Il y a en tout 20 dents. Gomme elles sont symétriques en haut et en bas, à droite et à gauche,

11 suffit d’énumérer les dents de la moitié d’un maxillaire pour avoir la formule dentaire : 2 incisives H- 1 canine, -h 2 petites molaires, soit 2. 1.2, quart de la formule totale. Cette formule nous montre que les dents du petit enfant sont les mêmes que celles de l’adulte, avec les grosses molaires en moins. Il a en tout 8 incisives, 4 canines, et 8 molaires; soit 20 dents de 2 ans à 7 ans.

Les dents de la première dentition sont dites caduques ou dents de lait. Elles sont bleuâtres, plus petites, et moins denses que les dents permanentes. Jusqu’au moment de leur éruption elles sont renfermées chacune dans un sac conjonctif dit sac dentaire. Il est probable que c’est la poussée progressive delà racine qui fait s’ouvrir par résorption le sac et la gencive qui le recouvre .

Elles tombent toutes successivement de 7 à 12 ans, et sont remplacées par les dents permanentes. Il n’y a donc plus de dents de lait à 12 ans.

Deuxième dentition. — La deuxième dentition, ou des dents permanentes^ pour effet : 1° de remplacer toutes les dents de lait par des dents analogues; ce remplacement commence vers 7 ans et s’achève à

12 ans ; il se fait dans l’ordre même où étaient sorties les dents provisoires. L’espace occupé parles dents nouvelles est égal à celui des dents anciennes, le maxillaire ne s’accroissant en longueur, à partir de la troisième année, que par sa partie postérieure ; — 2° d’amener au jour 12 dents nouvelles, qui sont les grosses molaires.

Il est à remarquer que toutes ces dents étaient déjà formées chez le fœtus. Pendant leur période d’attente ou d’inclusion, elles sont situées en arrière des dents de lait et plus loin du bord alvéolaire. La sortie se fait par perforation de la cloison qui séparait les deux dents ; la dent nouvelle pénètre dans l’alvéole de la dent ancienne dont la racine s’atrophie; la couronne isolée tombe.

L’ordre est le suivant : les premières grosses molaires vers la 7e année, dents de 7 ans; puis les dents de remplacement, les canines vers 12 ans, dites dents de l’œil, parce que la racine des canines supérieures arrive jusqu’à la hase de l’orbite et peut y produire des lésions; puis les deuxièmes grosses molaires. Les troisièmes grosses molaires ou dents de

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sagesse sortent de 20 à 30 ans, et souvent une ou plusieurs d’entre elles restent incluses toute la vie dans leurs alvéoles.

Dans la vieillesse les dents, devenues vitreuses et fragiles, tombent sans ordre régulier ; cependant ce sont ordinairement les molaires qui commencent.

En somme, la deuxième dentition comprend 32 dents, dont la formule par quart est : 2 incisives, 1 canine, 2 petites molaires ou prémolaires, 3 grosses molaires ; soit 2. 1. 2. 3, ce qui fait en tout 8 incisives, 4 canines, 8 prémolaires, 12 molaires.

On observe assez souvent des dents surnuméraires, surtout du type conique ; souvent aussi, comme nous l’avons dit, une ou plusieurs dents de sagesse font défaut.

Les dents se disposent en deux rangées superposées, arcades dentairequi décrivent une courbe parabolique, et qui nous présentent : une face antérieure convexe, dite aussi face externe, face labiale; une face postérieure concave, dite aussi face interne, face linguale ; un bord adhérent ou alvéolaire et un bord libre. Outre ces deux faces , chaque dent en a deux autres , latérales, qui sont contiguës aux dents voisines. Quelquefois il y a entre les dents d’une même arcade des iutervalles plus ou moins grands appelés diastèmes.

Le bord libre donne lieu à quelques remarques.

Quand les deux arcades se touchent, leur surface de contact constitue V articulation in ter-dent aire, qu’il ne faut pas confondre avec l’articulation alvéolo-dentaire. Elle dessine une ligne horizontale dans l’ensemble, mais sinueuse dans le détail. Les dents s’engrènent de haut en bas, de telle sorte que, sauf pour la dernière molaire, une dent s’oppose toujours à deux autres. En outre les incisives supérieures passent en avant des inférieures. Les dents de la rangée supérieure sont plus grosses que celle de l’inférieure; elles sont l’enclume sur laquelle frappe le marteau de l’arcade inférieure, dans la mastication.

Caractères particuliers des dents. — Les dents se divisent en incisives, canines et molaires.

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Les incisives sont desrugines. Elles se terminent en effet par un bord tranchant , qui sur une dent jeune est découpé en 3 festons ou fleur de lis, mais bientôt devient rectiligne. Ce bord est le résultat de l’obliquité de la face postérieure taillée en biseau. Elles viennent les premières et partent les dernières. Ce sont par excellence les dents des rongeurs.

Il y a pour chaque moitié de la mâchoire une incisive médiane, et une incisive latérale. Les incisives latérales supérieures présentent de grandes variations de forme et de grosseur et peuvent faire défaut.

Les canines sont des poinçons qui déchirent. Leur couronne conique finit en pointe ou cuspide. Leur longue racine peut atteindre 2 centimètres. Elles dépassent souvent les autres. Ce sont les dents des carnivores, et souvent un organe puissant d’attaque chez le mâle, même encore chez le gorille.

Les molaires sont des meules qui broient. Leur couronne se termine par un plateau horizontal, appelé face triturante , qui présente des tubercules ou cuspides séparés par des sillons. Les racines d’une ou de plusieurs molaires supérieures peuvent pénétrer dans le sinus maxillaire et y faire saillie sous une mince lamelle osseuse ou même sous la muqueuse. Leur avulsion, dans ce cas, ouvre le sinus.

On distingue les molaires en deux catégories, les petites et les grosses molaires. Les petites molaires ou prémolaires sont des bicuspides; elles n’ont que deux tubercules sur leur face triturante. Il y en a deux, la première et la seconde, à chaque demi-arcade. Leur racine est unique ou imparfaitement divisée. — Les grosses molaires, molaires proprement dites, au nombre de trois, première, deuxième et troisième, dont la dernière est la dent de sagesse, ont de 3 à 5 tubercules sur la face triturante; leurs racines sont multiples. Les plus fortes sont les premières; c’est entre elles que nous plaçons un corps dur que nous voulons broyer, et c’est par elles surtout qu’un choc sur le menton se transmet aux os de la face et du crâne.

Les molaires sont les dents des herbivores. Toutefois, leurs tubercules les rendent aptes à mastiquer tout aliment.

La dentition humaine, comme celle des singes, est une dentition omnivore, ou plus exactement indifférente.

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