EXTRACTION DU PLATINE ET SÉPARATION DES MÉTAUX QUI
l’accompagnent.
Le minerai de platine se rencontre dans les sables d’alluvion où l’on trouve de l’or, et, dans certaines localités, des diamants.
Les principales mines exploitées sont celles du Pérou, dans les provinces de Choco, de Novita et de Santa-Rita. Il se rencontre aussi à Barbacoas (Colombie), Mato-Grooso (Brésil), Carthagène (Nouvelle-Grenade), dans la rivière d’Yaki (Saint-Domingue). En \ 823 on a découvert du platine en Sibérie, au pied des monts Ourals, et on a signalé récemment le platine dans les sables aurifères et diamantifères de Bornéo.
Le minerai de platine est essentiellement formé de platine, d’iridium, d’osmium, de palladium, de fer, de cuivre et d’osmiure d’iridium.
Il contient en outre du fer chromé, du fer titané, de petites paillettes d’alliages d’or et d’argent, de petites hyacinthes, un peu de mercure et du sable.
Lorsque le minerai de platine a été débarrassé mécaniquement de la plus grande partie des matières étrangères avec lesquelles il est mêlé, on le soumet à plusieurs reprises à l’action d un mélangé d’acide chlorhydrique en excès et d’acide azotique qui opéré la dissolution du platine. On étend cette eau regale dune petite quantité d’eau, afin qu’elle dissolve le moins possible d iridium, qui rend le platine cassant. L’action de 1 eau regale sur le minerai de platine doit être continuée jusqu a ce qrie les liqueurs cessent de se colorer en jaune ; elle t onne lieu a un dégagement abondant de vapeurs nitreuses et t acide osmique; ces vapeurs sont entraînées dans une che-
St très-ïlétère age ^ tr6s*aclif> car 1>adde osmique Le minerai, épuisé par l’eau régale, laisse un résidu qui
EXTRACTION DU PLATINE
contient des paillettes d’osmiure et d’iridium, de l’iridium métallique en poudre noire, et quelquefois des hyacinthes, du fer chromé ou titané et du quartz. Une très-petite quantité de platine peut aussi échapper à l’action de l’eau régale.
La dissolution de platine, après avoir été éclaircie par le repos, est décantée et évaporée presque à siccité. On la précipite ensuite à froid par une dissolution concentrée de sel ammoniac. Elle laisse déposer du chloroplatinate d’ammoniaque.
L eau mère retient encore un peu de platine en dissolution et des métaux étrangers : on y plonge des lames de fer ; il se forme un dépôt métallique riche en platine. Ce précipité est lavé et traité par de l’eau régale faible qui dissout facilement le platine divisé.
Cette nouvelle liqueur, précipitée comme la première par le sel ammoniac, donne un dépôt de chloroplatinate d’ammoniaque qu’on peut calciner à part ou mêler au premier précipité.
Le chloroplatinate d’ammoniaque, après avoir été lavé avec de l’eau froide pure ou légèrement alcoolisée, est séché et calciné à la température du rouge sombre ; il laisse le platine sous forme spongieuse.
Pour convertir la mousse de platine en platine malléable, et en faire des lames, des barres, des fils, etc., on la réduit en poussière avec les mains, on la délaye dans l’eau et on la fait passer à travers un tamis. Les parties qui restent sur le tamis sont broyées dans un mortier de bois.
On doit éviter l’emploi de corps durs qui bruniraient quelques pai’celles de platine et les empêcheraient ensuite de prendre de la cohésion.
La boue de platine ainsi préparée est introduite dans un cylindre de laiton de forme légèrement conique, qui est fermé à sa partie inférieure par un bouchon d’acier; on comprime alors lentement la poussière métallique au moyeu d’un piston de bois, qui est remplacé ensuite par un piston métallique; l’eau se sépare du platine, qui devient de plus en plus cohérent ; on le comprime ensuite au moyen d’une forte presse.
Quand la pression a été poussée aussi loin que possible, on ôte le bouchon, on enlève la masse de platine qui a pris beaucoup de densité. On la chauffe peu à peu jusqu’au rouge-blanc dans un creuset de terre, on la porte sur une enclume où on la frappe légèrement avec un lourd marteau. On la fait rougir de nouveau et ensuite on lu forge.
MM. II. Sainte-Claire Deville et Debray ont substitué à ce mode d’agrégation long et pénible, le procédé de fusion dans un four en chaux vive. Ils ont appliqué la même méthode à la révivifleatiou du platine ayant déjà servi. Le métal est introduit peu à peu dans une coupelle de chaux vive fermée par un couvercle de même matière. Un chalumeau à gaz de I éclairage, alimenté par de l’oxygène, pénètre dans la partie centrale de la voûte de cette espèce de fourneau à réverbère. — Le métal une fois fondu peut être coulé dans une
COMBINAISONS AMMONIACO-I'LATINIQUES. 431
lingotière en fer au fond de laquelle on a placé une lame de platine, pour empêcher la fusion du moule au moment de la coulée. — La chaux joue dans ces fours un rôle chimique important; elle agit sur les impuretés dont on a intérêt à débarrasser le platine, c’est un affinage et même un affinage très-complet.
La fusion de t kilogramme de platine et son affinage nécessitent la dépense de 5o litres d’oxygène, et du double de gaz d’éclairage, dans l’appareil dont il est fait mention ici.
Avant qu’on connût les procédés actuels de fabrication du platine, un orfèvre de Paris, nommé Janetti, était parvenu à retirer ce métal d’un minerai de platine, et à faire des instruments pour les usages des arts et les recherches de laboratoires. 11 fondait 3 parties de minerai de platine avec 6 parties d’acide arsénieux et 2 parties de potasse. 11 obtenait ainsi un alliage d’arsenic et de platine dont il chassait l’arsenic par le grillage, et qu’il transformait en platine malléable en le forgeant à une température rouge avec des précautions convenables.
(*) COMBINAISONS AMMONIACO-n.ATINIQUES.
Le protoxyde de platine peut s’unir à l’ammoniaque de manière à former deux bases bien définies :
rto, AzII3 ;
Pt0,2AzH3. (M. Reiset.)
Le chlorure de la première base a pour formule PlCl,AzH3 ; c est un sel vert, d’une stabilité remarquable; les acides ne lui enlèvent de 1 ammoniaque que par une ébullition prolongée (sel vert de Magnus).
Le bi-oxyde de platine forme aussi deux bases en s’unissant à 1 ammoniaque :
Pt02,AzH3;
Pt02,2AzH3. (Gerhardt.)
Cette dernière base n’a pas encore été isolée ; mais on l’a ob-
dïccSrdS1 binaiS°n aV6C 1CS aCideS (Sels de Gros’ de Raewsky>
Chacune des quatre bases précédentes se combine avec un seul équivalent d acide pour former des sels neutres.
O OSMIUM, Os.
Équiv. = 1242,02 ou 99,40.
Ce métal a été découvert en 1803 par Tonnant.
Loisqu il est précipité de ses dissolutions par des corps orga-
OSMIUM.
niques, il est souvent bleuâtre ; préparé par la calcination du chlorure ammoniaco-osmique, il est d’un gris métallique et ressemble au platine. Si on l’a obtenu en réduisant un mélange de vapeurs d’acide osmique et d'hydrogène, il a une densité de 10 environ. MM. Deville et Debray sont cependant parvenus à obtenir de l’osmium ayant un poids spécifique égal à 21, 4, en chauffant ce métal à la température de fusion du rhodium.
L’osmium se laisse facilement pulvériser. Cependant on peut le réduire en lames ; il n’est ni fusible ni volatil.
L’osmium récemment précipité absorbe l’oxygène à la température ordinaire, et se transforme en acide osmique.
Sous l’influence d’une température de 100°, il brûle dans l’oxygène en se changeant en acide osmique.
L’acide azotique concentré le dissout avec dégagement de vapeurs rutilantes, et produit de l’acide osmique. L’osmium se dissout dans l’eau régale.
11 est attaqué par les alcalis et par le nitre, et transformé en osmiate.
Lorsqu’on met une certaine quantité d’osmium sur une feuille de platine, et qu’on l’expose à la flamme extérieure d’une lampe à alcool, le métal se transforme en acide osmique dont l’odeur pénétrante est caractéristique : la flamme de l'alcool s’agrandit et devient plus vive. (Berzelius.)
L’osmium se combine avec l’oxygène en plusieurs proportions et forme les composés suivants :
Nous ne parlerons que des acides osmique et osmieux.
Protoxyde OsO ;
Sesqui-oxyde OsSO^ ;
Bi-oxyde OsO2 ;
Acide' osmieux OsOs ;
Acide osmique OsO*.
ACIDE OSMIQUE. OsO4.
Équiv. = 1642,02 ou 131,40.
L’acide osmique est le composé d’osmium le plus remarquable; on l’obtient : 1° en faisant chauffer de l'osmium dans l’air ou dans l'oxygène; 2° en attaquant l’osmium par l'acide azotique ; 3° en décomposant un osmiate ou un osmite par les acides.
Propriétés. — L’acide osmique est incolore; il cristallise en longs prismes réguliers, brillants et flexibles. Il a une odeur de raifort très-piquante, qui excite la toux, cause des douleurs aux yeux, paralyse pendant quelque temps le sens de l’odorat. L’acide osmique doit être considéré comme un corps très-dangereux • il agit rapidement sur la peau qu’il recouvre de dartres. Il se liquéfie au-dessous de 100°, et se volatilise ensuite. Il est très-soluble dans l’eau : cette dissolution s’opère cependant assez lentement ; l’alcool et l’éther le dissolvent aussi a\ec
ACIDE OSMIEUX.
facilité, mais le réduisent au bout de quelques heures. Sa dissolution aqueuse, abandonnée à l'air, s'affaiblit en laissant dégager de l’acide osmique.
11 est décomposé par un grand nombre de corps organiques; il tache la peau et le linge en noir; une dissolution de tannin le réduit complètement en le faisant passer par des teintes bleues et pourpres qui sont souvent d’une grande richesse.
Plusieurs métaux, tels que le zinc, le fer, l’étain, le cuivre, le réduisent complètement et précipitent l’osmium à l’état métallique.
L’acide osmique est un acide très faible ; il ne rougit pas la teinture de tournesol, ne décompose pas les carbonates; il se dissout dans les alcalis et donne des sels qui prennent tous une coloration brune sous l’influence d’un excès de base.
Ces sels ne cristallisent pas, et sont en partie décomposés par l’ébullition en dégageant de l’acide osmique.
ACIDE OSMIEUX. OsO3.
Équiv. = 1542,62 ou 123,40.
L’acide osmieux (t), semblable aux acides azoteux, hyposulfureux, etc., n’a pu être isolé : il n’est connu qu’en combinaison avec les bases; dès qu’on cherche à l’en retirer, il se décompose en acide osmique et en deutoxyde d’osmium :
20s03 = OsO’* + OsO2.
L’osmite de potasse a pour formule : 0s03,K0,2H0 ; il se produit lorsque l’osmiate de potasse est mis en contact avec un corps avide d’oxygène.
L’osmite de potasse est rose, soluble dans l’eau, insoluble dans 1 alcool et l’éther, inaltérable dans l’air sec; mais il se change, sous 1 influence de l’eau et de l’air, en osmiale alcalin.
Le chlore le transforme en osmiate et en deutoxvde d’osmium.
Les acides, même les plus faibles, le décomposent en précipitant du deutoxyde d’osmium et dégagent de l’acide osmique.
ne chlorhydrate d ammoniaque décompose à froid l’osmite de potasse, et forme un sel jaune à peine soluble dans l’eau, qui a pour formule : (ClH,AzH3), (OsO*,AzHV Ce composé doit être consideié comme une combinaison de chlorhydrate d’ammo-
(Thvdroeène L?vs^'on le chauiïe dans un courant
d hydiogcne, il dégagé de 1 ammoniaque, du chlorhydrate
d ammoniaque, et laisse un résidu d’osmium métallique.
.osmium se retire des résidus en grains et en paillettes de nTe|,de Platme, et aussi de l’osmiure d’iridium. L’extract.on de 1 osmium des résidus platinifères, qui autrefois présen-
(I) Fremy, Itecherches sur les acides métalliques.