TABLEAU DES MARINES MILITAIRES DE L'EUROPE
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Après avoir analysé les causes principales d'où dérive l'étonnante disparité d'opinions émises par les géographes et les statisticiens les plus célèbres sur des points regardés comme les bases de la géographie politique, et après avoir signalé les difficultés sans nombre qu on doit surmonter lorsqu'on veut résumer ces dernières dans un tableau dont tous les élémens soient comparables, nous allons tracer le tableau statistique de l'Europe pour compléter la description de cette partie du monde. Nous n'avons pas la prétention ridicule d'avoir évité toutes les erreurs, ni surmonté toutes les difficultés; ce que nous venons de dire prouve assez 1 impossibilité d'offrir un travail parfait dans ce genre. Nous nous flattons seulement d'avoir fait mieux que nos devanciers.
Si l'on nous demandait quelle garantie nous donnons de l'exactitude de nos estimations: nous mettrons d'abord en avant l'expérience acquise pendant î5 ans consacrés à l'étude des sciences qui forment le sujet de cet ouvrage; ensuite nous ferons observer que les résultats auxquels nous nous sommes arrêté sont , ou les données officielles que l'on possède sur plusieurs états, ou celles que nous nvons cru pouvoir déduire de l'examen raisonné des évaluations diverses faites par les auteurs les plus célèbres.
Nous ferons remarquer que la plupart des surfaces sont le résultat des mesures que nous avons prises avec le plus grand soin sur les meilleuies cartes et que nous avons comparées ensuite avec les estimations adoptées dans les ouvrages les plus renommés, et que d'autres surfaces, calculées par un astronome célèbre, M. Ni collet, et par un savant géographe, M. Brue, n'ont offert presque aucune différence avec les résultats que précédemment nous avions obtenus par le calcul. Nous rappellerons encore que plusieurs de nos évaluations relatives à la surface, à la population, aux finances et aux forces de terre et de mer, qui s'éloignaient beaucoup , soit en plus, soit en moins, des données correspondantes généralement admises dans les géographies, ont été démontrées exactes soit par des mesures précises, soit par des recensemens postérieurs, soit enfin par des documens officiels dont on n'a eu connaissance qu'après leur publication. Nous connaissons les évaluations exagérées répétées par les nationaux , qui croient rehausser l'éclat de leur pays en exagérant ses ressources et sa richesse ; nous n'ignorons pas les calculs approximatifs faits par d'autres savans nationaux ou étrangers sur des bases erronées : nous savons que les uns et les autres sont prêts à accuser d'ignorance ou d'inexactitude l'écrivain consciencieux qui émettra une opinion contraire à la leur, bien qu'il ait examiné tout ce qui a été écrit sur un même sujet par d'autres nationaux instruits et par des voyageurs éclairés. Et d'ailleurs, combien de savans étrangers aux connaissances variées qu'exige la statistique, habitués à regarder comme exactes les évaluations erronées dont fourmillent les géographies, les dictionnaires et les tableaux statistiques, et tant d'ouvrages qui passent pour classiques, n'hésitent pas à rejeter et même à traiter d'erreurs de nouvelles évaluations, qui sont les estimations officielles obtenues à force d'instances, ou les nombres moyens, résultat de longues et fastidieuses recherches, obtenus par quelques statisticiens, ou par quelques voyageurs instruits et consciencieux? Nous pourrions aussi citer quelques-unes de nos estimations qui ont été adoptées de préférence à toute autre par le célèbre baron de Humboldt, si profond dans ses recherches et si difficile dans le choix des faits sur lesquels il assied ses rapprochemens ingénieux. Nous rappellerons enfin qu'un homme, dont les sciences historiques et géographiques ne sauraient assez regretter la perte, attendait que nous eussions terminé la Balance politique du Globe, pour en insérer les résultats numériques dans les additions au Précis de la idéographie universelle, dont il se proposait même de terminer le dernier volume avec toute la partie de ce tableau qui se rapporte à l'Europe (Yny. vol. vi du Précis de Malte- Brun , page yi). Nous croyons en avoir dit assez sur ce sujet pour n'avoir pas besoin de justifier le soin scrupuleux que nous avons mis dans nos recherches. D'ailleurs les renseignemens importans que nous devons aux savans généreux qui nous ont aidé dans cette tâche difficile , et les avantages immenses, que notre séjour dans la capitale de la France nous donnait sur nos devanciers, sont le plus sûr garant de la justesse approximative de nos calculs. Mais malgré tous ces secours et tous ces avantages il y aurait de l'injustice si l'on exigeait dans notre travail une exactitude mathématique. Notre tableau ne présente et ne saurait présenter que ce que l'on a de moins vague et de plus comparable sur les surfaces , la population, les finances et les forces «les étals de l'Europe à la lin de i$i6. Plusieurs savans estimables, mais étrangers à la statistique, insistaient
auprès de nous pour que nous portassions au moins à l'année i83o tous les élémens statistiques que nous avons publiés dans la Balance et que nous reproduisons dans cet Abrégé. Mais cet ouvrage, fruit de longs et d'illicites travaux et d'une correspondance très étendue, ne peut par cela même être renouvelé annuellement; car il ne suffit pas que les choses changent, il faut encore que des documens positifs, relatifs aux changemens qui surviennent, puissent nous arriver des points les plus reculés du globe, l.'n intervalle de cinq années au moins eutre chaque publication nous paraît absolument nécessaire. En conséquence, il est inévitable de prendre toujours comme base, entre chaque publication, les faits que renferme cet ouvrage, dans lequel ils n'ont été admis qu'après un mûr examen. Nous sommes loin de vouloir déprécier les travaux de ceux qui suivent la même carrière que nous, mais nous croyons devoir prévenir le public contre les faits hasardés et contre les élémens inconérens qu'on pourrait lui présenter dtfu* une date postérieure à celle de la Balance politique du Globe. 11 serait même possible que ces ouvrages, plus exacts que le nôtre dans quelques parties isolées, parce qu'ils auraient l'avantage d'être plus réceiis, n'offrissent néanmoins dans leur ensemble que des choses que l'on y donnerait comme coexistantes, tandis qu'elles appartiendraient à des époques différentes; ce qui rendrait impossible toute comparaison, et par conséquent illusoire l'avantage que ces mêmes ouvrages paraîtraient avoir sur la Balance et sur les tableaux statistiques de cet Abrégé. Tout ce que nous avons pu faire c'est de rectifier à l'aido de documens ofliciels quelques estimations approximatives que, faute de reuseignemens positifs, nous avions été obligé d'admettre dans la Balance; mais nous ne nous sommes jamais permis d'y introduire le moindre élément qui fût d'une date postérieure à l'année i8a6. Seulement, eu égard aux grands changemens politiques survenus en Europe après la publication de ce tableau, nous avons tâché de répartir les élémens statistiques, là où il y avait eu des changemens dans les limites politiques, d'après l'état actuel. C'est ainsi, par exemple, que nous avons sépare la Hollande de la Belgique, la Grèce et les trois principautés de Valachie, de Moldavie et de Servie de K empire Ottoman; mais tout ce qui se rapporte à la population, aux finances et aux forces de ces états se réfère à l'année 1826. En attendant que le grand procès politique entre la Belgique et la Hollande soit jugé, on a provisoirement calculé tous les élémens statistiques de ces deux royaumes d'après les limites qu'avaient les Provinces Septentrionales et les Provinces Méridionales avant leur séparation ; seulement , comme nous l'avons déjà dit, l'on a donné aux premières toute la flotte, mais en revanche l'on n'a attribué aux Provinces Méridonales, d'après les protocoles de Londres, que les ~ de la dette intégrale, parce qu'il nous semble très probable que les autres parties de la dette réelle ainsi que toute la dette différée du ci-devant royaume des Pays-Bas indiquées à la page 578, resteront à la charge du royaume de Hollande. Nous n'avons fait que deux seules exceptions : la première à l'égard du nouvel État de la Grèce, dont tous les élémens statistiques se réfèrent à l'année i83o; la seconde, à l'égard de la flotte ottomane, dont le tableau offre l'état actuel. Nous croyons inutile d'exposer les motifs qui nous ont engagé à agir de la sorte. Ce n'est pas lorsque toute l'Europe se trouve dans un état aussi peu naturel et dans les circonstances les plus extraordinaires que le statisticien doit
ABBÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.
entreprendre d'offrir le tableau comparatir de ses forces et de ses ressources. Nous savons que la France a actuellement sous les drapeaux près d'un demi-million de soldats au lieu des 427,667 qu'elle avaiï en 1826; nous n'ignorons pas que le seul royaume de Hollande possède actuellement une armée plus nombreuse que u avait à cette époque le ci-devant royaume des Pays-Bas ; nous connaissons les mesures prises dernièrement par la diète extraordinaire de la confédération Suisse, à la suite desquelles 100,000 hommes bien exercés et complètement équipés peuvent être rassemblés dans deux fois 24 heures, dans un pays où il n'y avait en 1 826 que quelques centaines de soldats sous les armes. Mais, nous le répétons encore une fois, ce n'est pas par des efforts extraordinaires exigés par des circonstances encore plus extraordinaires que l'on peut ou l'on doit mesurer las ressources des nations. C'est à la suite de plusieurs années de paix et lorsque le pays est dans sou assiette naturelle qu'où peut juger ae l'étendue de ses moyens. V^nè pourquoi ayant fait tant de recherches pour offrir dans la Balance le tableau comparatif des forces et des ressources des principaux états du Globe, nous persistons à conserver les résultats auxquels nous nous sommes arrêtés. Nous avons cru indispensable d'entrer dans ces détails pour mériter la confiance du lecteur et pour que nos tableaux , fruit de longues et difliciles recherches et de la coopération généreuse de plusieurs savans très distingués et de plusieurs hommes d'état d'Europe et d'Amérique , ue soient pas confondus avec les productions imparfaites et les compilations informes qu'on lance dans le public sous les titres les plus imposans et sous les formes les plus variées.