ANTILLES DANOISES
Ile de Sainte-Croix . . . Cbristlansted; Frcdericksted. Ii.k oe Saint -Thomas. . . Saint-Thomas. Ile de S.\!.\t-Jj:an Il n'y a aucune ville.
L'Amérique Danoise , ainsi que les extrémités boréales de F Amérique- Anglaise et de l'Amérique-Russe , n'offre, dans son immense étendue, que des contrées affreuses, où nul arbre n'ombrage le sol, où la verdure de quelques mousses et d'un petit nombre de plantes rabougries est la seule végétation dont elle peut se parer, et où l'homme abruti n'a , dans plusieurs endroits, d'autre abri qu'une caverne, que souvent il est obligé de se creuser au milieu de la neige. Les seules exceptions qu'on doit faire
à ce triste tableau, sont la lisière maritime de l'Islande dans ses parties les moins pauvres d'habitans, quelques fractions du Groenland-Méridional, et, comme il est presque inutile de le remarquer, les Antilles, qui jouissent des avantages que la nature a prodigués aux régions équatoriales. Mais ces contrées polaires , que sans exagération on pourrait nommer l'asile de l'hiver et le séjour privilégié des bourrasques et des frimas, malgré le petit nombre de leurs habitans et l'état abruti où vivent encore quelques tribus indépendantes, n'inspirent pas moins d'intérêt que bien d'autres régions autrement favorisées de la nature. Elles offrent au géographe les contrées constamment habitées les plus boréales de tout le globe et le théâtre des conquêtes paisibles et désintéressées de ces pieux missionnaires qui, malgré les rigueurs de ces climats affreux et les privations qu'ils imposent, n'ont pas craiut d'apporter à leurs sauvages habitans les lumières et les bienfaits de l'évangile. C'est sur la côte occidentale du Groenland que , dans l'Highland- Arctique , vit cette intéressante tribu d'Esquimaux, que nous avons mentionnée à la page 981 , et qui vécut pendant tant de générations ignorée dé ses voisins et se croyant les seuls habitans de l'univers. C'est dans le Groenland-Méridional qu'ont fleuri, dans le moyen âge, les établissemens fondés par les audacieux Scandinaves, établissemens qui, avec Ceux de l'Islande, doivent être regardés comme les premières colonies, fondées par des Européens en Amérique, dont l'histoire fasse mention; ils précédèrent de plusieurs siècles ces établissemens immenses qui, à la suite des découvertes de l'immortel Colomb, devaient s'étendre d'un bout à l'autre du Nouveau-Monde. C'est dans la Mcdirerran<'e-Arctiquc et ses dépendances, qui baignent ces contrées, que l'on pèche le nartval , dont la corne a été long-temps l'objet d'un respect superstitieux, à cause du prétendu remède universel qu'on en retirait. Un grand nombre de navires viennent tous les ans y pécher les phoques et ces prodigieux colosses qui peuplent" les abîmes, et qui sont si utiles pour ne pas dire indispensables à l'existence des habitans de ces contrées, auxquels leurs dépouilles fournissent nonseulement la nourriture, le vêtement, des ustensiles et des meubles, mais encore la lumière, le feu, la couverture de leurs tentes et les matériaux # pour construire leurs pirogues et leurs cabanes. Ces solitudes glacées offrent au physicien la température moyenne la plus basse que l'on ait encore observée sur tout le globe, et ces prodigieux amas de rochers entremêlés d'immenses blocs de glacu, qui lui retracent l'image du chaos et de l'hiver. L'image de la lune s'y présente souvent entourée d'anneaux colorés d'un rouge vif; et celle du soleil ornée de couronnes qui réfléchissent les vives couleurs de l'arc-en-ciel ; il admire le spectacle non moins fréquent mais encore plus imposant de l'aurore boréale, dont les lueurs ne sont nulle part plus brillantes que daus ces contrées. Le naturaliste trouve dans l'Islande des basaltes disposés en piliers aussi réguliers que ceux de la fameuse chaussée des Céans, que nous avons mentiounee à la page 457 ; il observe dans cette île une double chaîne volcanique, aussi terrible par ses fréquentes éruptions qu'intéressante par les phénomènes extraordinaires qui les accompagnent; il y admire le célèbre Geyser, étonnante masse d'eau bouillante, qui s'élève majestueuse en forme de colonne de i5 a 18 pieds de diamètre sur une hauteur variable qui atteint quelquefois 1 30 pieds, et que le lieutenant Olafsen assure avoir vue monter une fois jusqu'à aia. Cette même île, suspendue pour ainsi dire sur les abîmes creusés par se*
AjfRÊGti DE GÉOGRAPHIE.
volcans , environnée de glaces , et habitée depuis la seconde moitié du i&" siècle par des Norvégiens, offre à l'historien une des plus florissantes républiques du moyen âge. Le dialecte de ces colons , poli par des écrivains habiles, devint la langue islandaise, si renommée par ses sagas, ou mémoires historiques en prose mêlée de vers, et par le mérite de sa littérature, qui est une des plus riches et des plus curieuses de cette épo que, car alors toute la partie occidentale du monde civilisé était, à quelques exceptions près, plongée dans la plus profonde ignorance. Les scalfles , ou poètes islandais, étaient alors pour la Scandinavie ce que furent les troubadours , les trouwrcs et les m'uinesaenger , pour l'Europe-Meridionale, la France et l'Allemagne; guerriers et poètes, ils servaient les innombrables princes de la Scandinavie dans le conseil et sur le champ de bataille. Enfin 1'clhnographe voit dans la famille à laquelle appartiennent les habitans indigènes de cette partie de l'Amérique, l'anneau qui unit le territoire des langues du Nouveau-Monde au territoire de celles de l'Ancien, et il y classe, avec un géographe célèbre, parmi les ancêtres des Esquimaux, ces Indiens mentionnes dans un passage de Cornélius Nepos, qui, jetés par la tempête sur les côtes des Gaules, furent présentés à Quintus Metellus Celer, proconsul de cette province, et sont sans doute les premiers Américains mentionnés par l'histoire, dont le pied ait touché le sol européen.
Après avoir signalé tout ce que la nature offre de plus remarquable dans ces contrées polaires , nous serons très court dans la description des lieux où vivent ses habitans. Ils n'offrent aucun de ces monumens que nous avons eus à décrire jusqu'à présent, et leurs souvenirs sont trop peu intéressans pour être admis dans le cadre d'un Abrégé de géographie. Voici les villes et les lieux les plus remarquables, d'après Tordre adopté dans le tableau des divisions administratives.
Daus l'ISLANDE nous nommerons d'abord : Rrikevik, parce qu'elle est regardé* comme la capitale de toute l'île, étaut le siège du grand-bailli , du tribuoal &nprèmr*ie l'Islande et de l'évèque; on estime sa population à Son ou 600 Ames. Malgré ce petit nombre d'babitans , Reikevig possède un lycée, une école d'enseignement mutuel, une bibliothèque de 5,ooo volumes, une typographie où l'on imprime deux journaux, une société savante, qui est une section de la société roy ale des antuptaira à Copenhague . et une autre société , qui est une section de la société royale de la littérature islandaise à Copenhague, et ta société pour la diffusion des connaissances utiles ; et* institut tous vt la passion pour l'histoire nationale , la poésie et l'instruction solide qu'on observe encore parmi les habitans de cette ile, rappellent les temps où, régie par ses magistral?, elle présentait dans le moyen âge, à l'extrémité du monde connu et au milieu des glace* polaires, un des poiuls du globe où les lettres étaient cultivées avec le plus de succès, et où le génie poétique inspirait à ees habitans ces sagas à l'aide desquels les savaos de nos jours oui pu répandre tant de lumière sur l'histoire du Nord.
Nous nommerons ensuite: Lambhuus, petite bourgade dans la banlieue de Reikevig, remarquable par Yobservatoire qu'on y a établi ; Bkssestad , par son importance relativement à ces contrées si peu peuplées; Skaluolt, autrefois siège d'un évèché; à quelque distance on admire les deux plus célèbres sources ascendantes de TlsIanJe , le C. c y s e r et I* Strok, un des phénomènes les plus remarquables de la géographie physique; enfio HoLtm , jadis siège d'un évèché. Ici nous rappellerons que, des l'année liîo , cette petite ville posséda une typographie t qui est par conséquent la première que l'on ait établie dans le Nouveau-Monde; sa fondation est même antérieure à celle des imprimeries de toutes les grandes villes de 1 Europe-Orientale, à un très petit nombre d exceptions prèi.
Dans |« GROENLAND nous ne nommerons que Jun a ncsbaab, parce que , malgré sa
DESCRIPTION DP. L'AMÉRIQUE.
petitesse, c'est le plus important de tous les établissements dans ces régions arctiques; Godtbaar, parce que c'est le plus ancien; Nouveau-Herrrhut, à cause de la mission des Frères Moraves, à laquelle il doit sa naissance; Uferitavie , parce que c'est l'élablissemeot permanent le plus septentrional ; et I'archipel de Discq , si important par la riche pèche qu'on fait dans les parages des iles dont il se compose, parmi lesquelles on doit citer celle de Disco, à cause de son étendue. Nous avons déjà rappelé a l'attention du lecteur les Esquimaux, babitans du Hiohlakd-Arctiqve sur la côte occidentale du Groenland Indépendant. Mais nous ne pouvons pas entièrement passer sous silence l'exploration de la côte orientale entreprise par le capitaine Graah par ordre de Frédéric YI, dont le règne tiendra dans l'histoire son princijttl lustre des sciences que ce sage et vertueux monarque encourage de sa puissante et généreuse protection. Le ao mars 1829 ce marin aussi habile qu'intrépide partit de Neoortalîk, situé à l'extrémité du Groenland-Méridional, et le a8 juillet il avait déjà pénétré jusqu'à une île située à 65° 18' de latitude, ce qui est beaucoup plus au-delà du point atteint par tous ces prédécesseurs, qui sous les règnes de Frédéric II , de Chrétien IV, de Frédéric III et Y et de Chrétieo VII, avaient mit des voyages le long de la côte orientale pour retrouver les restes de l'ancienne colonie fondée par les Scandinaves. Obligé de revenir sur ses pas par la saison avancée et par le manque de vivres, il établit son quartier d'hiver à Nugarrie, d'où il envoya en Europe les détails de son exploration. L'illustre héritier du trône de Danemark , le prince Christian Frédéric , en fit part à la Société de Géographie de Paris. C'est de Nugarbik que M. Graah se propose de partir de nouveau à la boune saison pour achever, s'il est possible, la reconnaissance de cette côte, restée jusqu'à présent inaccessible à tous les marins. « Mais le but principal de l'expédition a déjà été atteint par la première campagne ; car ayant dépassé la latitude attribuée à I'arciehre colorie islaroaise, sans en avoir trouvé la moindre trace, sans avoir rencontré même la plus insignifiante ruine , même dans des places , qui nécessairement auraieut dû être habitées , si jamais le pays eût été occupé par un peuple domicilié, et, sans avoir découvert chez les indigènes, ni traditions, ni traces de la religion , de la langue ou des mœurs des anciens chrétiens , il parait évident , dit le capitaine Graah , que l'ancienne colonie n'a pas été à l'est de Statenhuk , mais dans la partie sud-ouest du Groenlaud actuel , celle où se trouve aujourd'hui l'établissement de Julianeshaab , opinion énoncée il y a déjà plus de quarante ans par M. Eggcrs dans un ouvrage couronné par l'académie royale des sciences de Copenhague et adoptée par Malte- Brun et autres savans célèbres. - Nous devons cependant faire observer que les ruines découvertes dernièrement sur la Terre de Jamesoh par le capitaine Scoresby fils ; la belle végétation observée par ce marin , et que M. Graah lui-même a trouvée supérieure dans les environs d'Ekolumiut (lat. 63° So') à la végétation la plus forte de la côte occidentale; mais surtout la configuration 4es hommes si différeos des peuples Esquimaux que le voyageur danois rencontra durant son exploration , en même temps qu'ils s'approchent beaucoup des Scandinaves par leur haute taille, par la forme de la tête, par le teint et par l'ensemble des traits; toutes ces circonstances nous paraissent laisser encore indécis cet important problème géographique.
Dans les ANTILLES on doit citer : Christiajvstbd, chef-lieu de 111e de Sainte-Croix et résidence du gouverneur général des Antilles-Danoises , petite ville , bien bâtie , avec quelques édifices assez beaux et ornés de portiques, un port bien fortifié et environ 5,ooo habitans. Elle est importante par son commerce; malgré sa petite population, c'est la ville la plus peuplée de tonte l'Amérique- Danoise. *
S airt Thomas, chef-lieu de 111e de ce nom, petite ville bien bâtie, avec un port franc ; on peut la regarder comme une des principales places commerçantes des Antilles , surtout pour le commerce de contrebande des marchandises d'Europe et des Etats-Unis , dont elle est un des grands dépôts. Plusieurs Juils s'y sont établis et y ont une synagogue. On porte à 3,ooo âmes sa population.
Al'RFGÉ DR OROGRAPHIE.