‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 30 sur 320 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Idée générale de la distribution géographique des êtres sur la surface de la terre, et de la constitution géologique de notre planète.

La terre, que nous avons vue dépendante du système solaire, est soumise dans ses eus ajmueU à l'influence plus ou moins directe de la lumière cl de la chaleur émise par

le soleil; il en résulte pour tous les êtres créé* qui I» recouvrent , une série d'actions dont les règles précises iotluenl profondément sur les animaux de classes inférieures, tous soumis à la distribution géographique Les animaux supérieurs, modifiés par l'homme, «ont les seuls qui puissent être en quelque sorte changés par une autre série de phéuomèncs, que l'on nomme naturalisation. Chaque être a donc été destiné à vivre sous telle ou telle latitude, sous tel degré de longitude, et ne transgresse jamais impunément celte loi universelle de la nature, voulue par l'organisa tiou, les habitudes et les appétits qui lui ont été donnés pour attribut spécial en naissant. 11 en résulte que chaque continent , chaque île , soumis aux mêmes influences atmosphériques , produisent les mêmes êtres : de là les divisions généralement admises de climats ou zones, qui sont au nombre de cinq , la zone torride, entre les deux tropiques , les deux zones tempérées , les deux polaires , arctique et antarctique. A ces graudes divisions, se rattachent toutes les combinaisons secondaires de la dispersion des animaux et des végétaux sur leeorce du globe; mais ou conçoit que les circonscriptions de mers, de montagnes et par conséquent de bassins , vienueul encore restreindre l'influence géuérale et y apporter de nombreuses modifications de détails.

La terre, en sortant du chaos, dut naitre du la combinaison chimique des élcmcns atmosphériques, qui se condensèrent en un noyau primitif, dont les parties intégrantes se réunirent par l'attraction moléculaire. Cette plaucte dut rester long-temps embrasée. Petit à petit les matières en fusion qui la composaient se refroidirent à la surface, et la croûte se consolida lentement. La masse prodigieuse des fluides vaporisés dans l'atmosphère par la chaleur tendirent a se précipiter sur cette écorce extérieure refroidie, et la croûte desséchée et crevassée du globe ne tarda pas à être recouverte d'eaux douces et d'eaux marines dont la quautité s'accrut progressivement. Un énorme couche d'acide carbonique devait alors former les fluides atmosphériques, et l'on doit supposer que la première trace de vie qui parut sur la terre fut une végétation composée de cryptogames, de lichens, de lèpres et de petites fougères. Les eaux mal arrêtées dans leurs bassins firent irruption sur ces premières traces d'organisation et les firent disparaître. La permanence des eaux permit toutefois à certains germes d'éclore, et c'est aiusi que les fucacées cl des ulves, espèce de nœud vital intermédiaire aux plantes et aux animaux , se développèrent sur les rivages, et qu'une végétation plus compliquée s'établit sur les rochers, où ses décompositions successives firent uaitre l'humus. Bientôt aussi apparurent au seiu des mers les alésons, les é|Kinges, les polypes, sortes d'êtres ambigus, qui furent les premières ébauches de la vie animale.

Cependant récorce du globe, ou du moins l'épaisseur qu'on en connaît , se tiouva composée de corps formés de molécules réunies par une force nommée attrac tion moléculaire, agissant dans nu sens inverse de l'attraction planétaire, et ces corps nommés minéraux se groupèrent dans des rapports si exacts, que par eux ou a pu établir les âges de la terre et l'histoire des révolutions quelle a éprouvées. .Mais d'abord ces minéraux furent agrégés et souvent combiués par le feu ; d'autres au contraire furent le résultat d'un dé|»ôl lent et successif, d'une cristallisation par évaporation et par faction des eaux, et de ces deux combinaisons uaquireut des roches composées dont l'arrangement forma ce que les géologues actuels nomment des terreins.

La surface du globe dut être primitivement unie. La végétation qui la couvrait se composait principalement de plantes moins complètes dans leur organisation , et les animaux, eux-mêmes, par les restes qui nous sont parvenus, appartenaient tous aux classes infé Heures. Des chocs, nommés par quelques naturalistes catachlysmrs , vinrent par leurs perturbations puissantes détruire ces ébauches de vie, et bouleverser la surface de la terre. Les eaux firent irruption, el rouvrirent des endroits doii elles ne se retirèrent que des siècles après en laissant des traces irrécusables de leur passage. C'est aiusi que les ossenieus fossiles d'animaux éteints depuis ces périodes nommées atitc- diluviennes soul venus par leurs dépouilles nous prouver ma érielleuieut leur existence. Mais ces débris n'existent poiut dan» les couches de granits ou de gness, qui constituent les terreins primitifs. Ou u'en voit de traces que daus les terreins dits intermédiaires; ils se multiplient dans les secondaires et détiennent très communs dans les terreins tertiaires et daus ceux de transition. Toutefois l'ordre et l'arrangement de ces débris organisés gisant sur l'écorce du globe , •ont dans des rapports si exacts, qu'on reconnaît aisément qu'après avoir appartenu à

PRINCIPES GfcVÉRÀlïX.

des animaux moins élevés dans l'échelle des être*, ils se sout trouvés, par suite, être le résultat d'un plus haut degré d'organisation. Il en est de même des végétaux enfouis. Les plus profonds, comme les plus nombreux, appartieuneut d'abord à des piaules vasruaires, et re u'est que plus lard qu'on voit apparaître des dicotylédones, qui sont le ré. Mil Ut d'une combinaison supérieure. Enfin les mammifères et l'homme surtout n'existaient point encore, et les premières tjaces d'osscmens fossile* de n.ammilèrcs qui ne sout pins ne se présentent que dans les couches meubles des terreius de transports. Quant à l'homme un débris n'existent nulle part à l'étal fossile, et les seuls brèches qui eu coutieunent des us sout des calcaires agglutinés qui en saisirent la charpente osseuse dans leurs interstices par des accidens purement fortuits et qui datent au plus de quelques siècles.

Les minéraux, les métaux et les gemmes , corps inorganiques , constituant ce que l'on est convenu d'appeler le règne minéral, ne sout point soumis aux lois de la climat ure, et par conséquent sont répartis iiidifTèremmcut dans la masse du globe, et seulement dans des localités voulue*, nommés gisement , dépendans des lois de formation. Il n'en est pas de même des végétaux ; leur existence est subordonnée nu sol sur lequel ils -ont fixés, et delà les divisions de régions hyperlorëenne , européenne, sibérienne, méditemutéenue , etc. , etc. , établies par les botanistes pour expliquer les lois qui régissent leur dispersion. On doit donc admettre que In région équafonalt* est la plus riche en plantes phanérogames , et que les végétaux de cette zone acquièrent des formes imposantes et Ijrgemeiil développées ; que les zones tempérées nourrissent en grand nombre des phanérogames et des cryptogames, dont les formes sont robustes, sèches et ligueuses; qu'eu fin les régions polaires se ressemblent en ce sens, que le nombre des espèces diminue , et «pi 'elles ne deviennent plus que de» herbes raliougries par l'âpreté des froids continuels. Dans ces grandes zones, mille opposition! naissent dans la répartition des masses secondaires, soit par l'influeuce des bassins, des localités, des milieux, e'c. Toutefois plus on s'élève sur les montagnes, plus la végétation se rapproche de celles des latitudes polaires, et sur le Chimboraxo, par exemple, on finirait par trouver vers sou sommet une flore complètement analogue à celle de l'île M el ville. On conçoit que sur les limites des pôles les phanérogames diminuent on disparaissent pour faire place aux agame». Ce n'est toutefois que sous Téquateur que les monocotvledones deviennent de» végétaux majestueux, ctqua les gramens prennent le port et la solidité des arbres des zones tempérées.

Les animaux zoophytes qui vivent dans la mer sont d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantage de l'équateur. Ils sont établis, sans aucune distinction, tout autour du globe et forment une sorte de ceinture naturelle. Il en est de même d'un grand nombre de atoMu^]n<»s marins. Cependant, à mesure qu'on s'élève eu latitude, leur nombre diminue ou leurs espèces changent e< font place à d'autres. Les poissons marins sont évidemment soumis à celte grande loi. Ceux du nord diffèrent complètement de ceux du midi , et les espèces australes sen îblent habiter les hautes latitudes aussi bien sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, de l'Afrique, que de l'Amérique. Quant aux poissons èquatoriaux, ceux qui sont saxatiles éprouvent davantage le besoin de l'abri des terres et des plages échauffées, et par conséquent varient dans leur distribution suivant les ancrage* , bien qu'un très grand nombre se retrouvent aussi bien à O-laïli , au milieu de la mer Sud , qu'à l'île Maurice, dans rOréan-tndien. Le» insectes et les reptiles extraordinairement communs sous l'équateur, diminuent en uombre graduellement à mesure qu'on avance vers les pôles. Mais leur multiplication demandant impérieusement l'union de la chaleur et de l'humidité . il eu résulte qu'ils sont moins communs dans les lieux où ces deux circonstances ne se présentent point réunies. Quant aux oiseaux , leurs espèces sont d'autant plus riches et à parures d'autant pins somptueuse* , qu'ils appartiennent aux zones équaloriales. Mais dans nulle classe les démarcations ne sont plus sensibles, suivant Jes contrées, leur exposition, leurs tanières , et sous ce rapport ces êtres sont soumis à des démarcations géographiques parfaitement tracées , auxquelles n'échappent même pas les oiseaux migrateurs. Cependant quelques espèces semblent être cosmopolites . et c'est ainsi que certains oiseaux d'eau se retrouvent sur le* rivages de toutes les coutrées. Cette particularité n'a rien qui étonne, quand on se rcnpeile l'influence de la mer sur la température des côtes, et l'organisation appropriée de ces animaux paur nn milieu qu'ils ne quittent que momentanément. Les mammifères seuls snnl assez bien répartis, quant an nombre, sur tous les points de la

ARRÈGE DR GÉOGRAPHIE.

terre. Mais il n'en est plus de même par rapport à la taille. Les plus puissans viveut dans les immenses forêts vierges de léqualeur, ou dans l'espace des mers, ou enfin sur les confins du monde. Des mille mammifères connus, l'Europe n'a guère que 104 espèces, tandis que l'Amérique en renferme 3oo, l'Asie 180 et l'Afrique 14 5. Certains quadrupèdes eulevés des lieux qui les dirent naître, et plies à la domesticité, se sont habitués à des climats peu adaptés à leur organisation. D'autres, au contraire, compagnons de l'homme, ne paraissent plus exister à l'état sauvage, et se trouvent être modifiés dans ' leur organisation primitive.

L'homme, l'objet le plus complexe et le pins jeune delà création, prit naissance sur les hauts plateaux de notre planète; ses essaims varies et typiques s'irradièrent de ce centre et descendirent successivement dans les vallées, eu s'avançaut par de hautes latitudes. Son existence une et indivisible est loin d'offrir les espèces qu'on a voulu admettre, et rien ne légitime cette multiplication de noms caractérielles appliqués à de simple» variétés. Partout l'homme s'est plié aux climats auxquels il a été soumis, et ses mœurs, sa manière de vivre, et jusqu'à son intelligence en ont été influencées et modifiées. Pasteur ou pê. cheur, nomade ou sédentaire, vivant eu familles indépendantes ou en coq»» de nations, l'homme peut produire avec toutes les variétés de sou espèce répandue dans le moude, et les individus qui proviennent de te croisement ont leurs caractères de race adoucis, et leurs traits natifs qui s'elïaccut. Les noms de races ne peuvent donc servir qu'à désigner des modifications «le l'espèce soumise aux lois «le la distribution géographique.

Ce n'est encore que très approximativement qu'on peut évaluer le nombre des êtres de nature différente, soit végétaux soit animaux, qui couvrent la surface du globe. Les catalogues systématiques de ces êtres sont trop incomplets; les collections publiques des peuples qui cultivent Histoire naturelle renferment tant d'espèces non décrites; les décou vertes journalières eu ajoutent un si grand nombre, qu'on ne peut considérer les évaluations offertes dans le tableau ci-dessous que comme l'abrégé de ce que l'on sait aujourd'hui de moins vague sur ce sujet. Étrangers à cette branche de connaissances, nous nous sommes adressés à de savaus naturalistes, que des études spéciales , des voyages scientifiques et des travaux importai» sur différentes |*rties de 1 histoire naturelle , metteut en état d'en counailre et d'en évaluer les immenses richesses. M. Lesson . professeur de botanique aux écoles de médecine de la marine royale , a bien voulu nous fournir les chiffres qui se rapportent au règne végétal et à tous les animaux vertébrés; nous devons à l'obligeance de M. Rcynaud, professeur danatomie dans les mêmes écoles, et à M. le docteur Milne Edouard*, naturaliste très distingué, ceux qui concernent les classes des animaux invertébrés. Mais nous le répetons encore, les nombres que nous présentons dans ce tableau ue sont et ce peuvent être que des nombre* limites offrant les richesses connues en 1 83o dans ces deux règnes de la nature.

Page 1