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DEPARTEMENT DU RHONE

Lyon {Lugdunum), grande et belle ville , la seconde du royaume sous le rapport de l'industrie, du commerce, de la richesse et de la population, chef-lieu du département, siège de la 7e division militaire, d'un archevêché dont les déparlemens du Rhône et de la Loire forment le diocèse, et d'une cour royale. Peu de villes sont aussi heureusement situées que Lyon : la Saône et le Rhône l'enlacent dans leurs cours, à l'exception des parties qui se trouvent sur les flancs

MONARCHIE FRANÇAISE

îles hauteurs de Fourvières et de Saint- Just. Ses vingt quais dont quelques-uns sont ornés d'arbres et de magnifiques constructions ; la presqu'île Perrache, qui se pare aussi d'une riche végétation; ses quatre grands faubourgs où se presse une population nombreuse ; ses ponts en pierre , en bois ou en fer, qui traversent sur plusieurs points le Rhône et la Saône ; ses 56 places dont quelques-unes sont décorées de beaux monumens ; entre autres celle de Belle cour, l'une des plus belles places de France , où l'on remarque la statue équestre de Louis XIV, en bronze, donnent à cette ville un aspect de magnificence que rehaussent encore les agréables maisons de campagne qui l'entourent; cependant à l'intérieur, les rues sont humides , mal pavées, tristes , sombres et étroites. Parmi les monumens les plus remarquables de Lyon , nous citerons : Y hôtel-de-ville , construit de 1646 à 1655 , sur la place des Terreaux, Y Hôtel-Dieu,\e plus riche édifice de ce genre, la Charité , le palais du commerce et des arts, la cathédrale de St Jean , IVglise deSt-lSizier, l'ancien couvent de la Trinité, aujourd'hui collège royal, le palais de l'archevêché et le grand théâtre. Un nouveau passage {Y Argue), sur le modèle de ceux de Paris, vient d'être percé dans un des quartiers les plus populeux de la ville. On remarque encore le cimetière de Loyasse, qui renferme de très beaux monumens funéraires et l'ancien monastère des Antiquailles , ainsi nommé de la quantité de médailles et d'autres objets antiques trouvés en fouillant le sol sur lequel s'élevait autrefois le palais des empereurs ; il est transformé aujourd'hui en hospice des Incurables.

De nombreux et importans établissemens scientifiques et littéraires ajoutent encore à l'importance déjà si grande de Lyon ; nous nous bornerons à citer : Y académie universitaire , le collège royal, le séminaire , Y école royale d'économie rurale et vétérinaire (la plus ancienne du royaume), Y école des arts et métiers, Y école des sourdsmuets, Y école secondaire de médecine, Y école de dessin et de peinture , celle tfarts et métiers , dite institution La Marlinih'e , le cours de chimie appliquée à la teinture , Y académie royale des sciences , belles-lettres et artx, la société pour l'instruction

élémentaire ,\& société de lecture , la société royale d agriculture , d'histoire naturelle et arts utiles, la société de pharmacie, la société de jurisprudence , la société linnéenne , la société de médecine , le conservatoire des arts, la collection des monumens lyonnais modernes , le musée de peinture et d' antiques , le cabinet d'histoire naturelle récemment formé , la bibliothèque publique qui est la plus belle des collections départementales du même genre, le jardin botanique ç\ \apépi?tière royale de naturalisation. L'époque de la fondation de Lyon est encore incertaine : les uns la font remonter à 220 ans, d'autres la fixent à 40 ans avant J.-C, et l'attribuent à Munatius Plancus. Lyon a éprouvé à plusieurs époques de grandes vicissitudes : un incendie la dévore sous Néron ; en 583 , une inondation emporte la moitié de la basse ville ; dans le vin* siècle les Sarrasins la livrent au pillage : Charlcmagne la relève et la rend florissante ; mais les guerres de religion ruinent son commerce ; le siège de 40 jours qu'elle soutient en 1793 contre les armées de la république, la plonge dans le deuil et la misère : sa population est décimée; ses ateliers abandonnés, ses monumens détruits; les réactions de 1815 agissent encore sur elle d'une manière funeste; enfin en 1831 et 1834, elle devient le théâtre de deux insurrections sanglantes que la mitraille seule parvient à comprimer ! Quelques débris d'un amphithéâtre de bains et quelques vestiges de Y aqueduc sont les seuls restes de son antique splendeur. Depuis 1815 le commerce et l'industrie de Lyon ont pris un accroissement considérable. Ses étoffes de soie renommées pour la solidité de la teinture et le bon goût du dessin , en forment la base principale. D'après M. Dufour, Lyon possède 40,000 métiers pour le tissage de la soie , qui occupent 80,000 ouvriers, et qui livrent à la consommatior. 100,000,000 fr. de produits; la chapellerie formait naguère une partie considérable de l'industrie lyonnaise , mais elle a été remplacée par la fabrique des peluches de soie qui, à leur tour, remplacent l'ancien feutre des chapeaux ; la droguerie , la préparation des matières colorantes, la librairie de piété , et la fabrication des liqueurs, sont aussi des branches très importantes de l'industrie de cette ville.

EUROPE

Lyon possède un établissement spécial appelé condition des soies , où toutes les soies filées ou organsinées destinées à être vendues sont déposées , et soumises à une dessiccation uniforme ; une banque y a été établie en 1835 au capital de 2,000,000 de f. : à ce sujet nous rappellerons que la banque qui y fut établie en 1543 par le cardinal de Tournon l'avait été à un capital plus élevé. Lyon fait en outre d'immenses affaires de commission pour les sels, les vins, les fers et les eaux-de-vie , et ses nombreux bateaux à vapeur sillonnent le cours de la Saône jusqu'à Chàlons et celui du Rhône jusqu'à Arles. Les forts dont on vient d'environner Lyon et les importans travaux qu'on y exécute doivent faire ranger cette ville parmi les places fortes du royaume. Le budget de la ville de Lyon s'élève à 3,000,000 de fr. Pop. : 155,900 habitans.

Parmi les lieux remarquables qui se trouvent dans les environs immédiats et à quelques milles de distance de Lyon, nous nommerons d'abord : Vaise et Saint-Clair , véritables faubourgs de Lyon; ils sont remplis de fabriques. La Glillo- TiÊUE,avec 25,750 II. (1841), et la Croix-Rousse , avec 18,800, regardées communément comme des faubourgs de cette métropole, en sont entièrement détachées sous le rapport administratif , et sont réellement deux villes industrieuses et commerçantes. Vile Barbe y endroit charmant sur la Saône, à l mille de Lyon. On y remarque un pont suspendu en chaines de fer, d'une construction élégante. C lies sy, petit village , très important par sa mine de cuivre , qui est la plus riche qu'on exploite en France. Viennent ensuite St-Bel, autre village, avec une riche mine de cuivre en exploitation. SI - Genis- Laval, très petite ville florissante par ses fabriques de chapeaux de paille, de papiers peints, coloriés et glacés , de produits chimiques et autres objets. Givors, sur le Rhône , petite ville industrieuse et assez commerçante , avec un beau canal qui aboutit aux Rives de Giers, d'où l'on lire la houille. Le chemin en fer y passe. A A r dora s , près de Givors, s'est élevée depuis quelquesannées une manufacture de faïence, dont les produits dépassent déjà plus de 500,ooofr. paran. Beaucoup plus loin dans le rayon d'environ 18 milles et sur la route de Lyon à Paris, on trouve : Tarare, gros bourg, au pied d'une petite montagne de ce nom , très florissant par ses nombreuses fabriques de mousseline de toute qualité; son mouvement industriel s'étend à plusieurs mines à la ronde, et n'emploie pas moins de 50 à 60,000 ouvriers tisseurs et brodeurs. Amplepluis , petite ville florissante par ses nombreuses fabriques d'excellent papier. Co urs , très petite ville, centre d'une grande fabrication de toiles dites de Beaujolais. Sur le chemin de Mâcon on voit Villefranche , sur la Saône , ville industrieuse

et commerçante, chef-lieu d'arrondissement, avec un collège. Dans la direction opposée et sur la rive droite du Rhône, est située C ondrieu , importante surtout par ses vins blancs renommés. Dans le même rayon, mais hors du département sont situés , au nord Trévoux , et au sud Vienne, que nous décrivons ailleurs.

DEPJRTEMENT DE L'ISÈRE.

Grenoble ( Cularo; Gratianopolis ) , sur l'Isère, chef-lieu du département de ce nom et auparavant capitale du Dauphiné , ville forte et industrieuse , siège d'un évêché et d'une cour royale. V hôtel de la préfecture , le palais de justice et la cathédrale sont les bâtimens les plus remarquables de cette ville, dont les remparts élevés en terrasses dominent une vaste plaine d'une grande fertilité. Grenoble est le centre d'une fabrication très active de gants et de liqueurs qui sont les articles les plus renommés de son commerce. Des documens officiels démontrent que la ganterie produit annuellement 300,000 douzaines de gants , qui sont coupés , brodés et cousus par 5 à 6000 personnes , dont la moitié habite la ville et ses faubourgs , et l'autre est disséminée dans les villages environnans. Ces 3,600,000 gants ont une valeur approximative de 4,000,000 de francs. L'Angleterre en consomme 90,000 douzaines , qui, étant de qualités supérieures , sont estimées 1,500,000 fr. — V académie universitaire, le collège royal, ie séminaire, le cours de droit commercial , Y école de dessin, le cours d' accouchement, celui de botanique , Yécole secondaire de médecine , la société des scieftces et arts, Yécole de dessin et de peinture , la bibliothèque publique, le musée, le cabinet d'histoire naturelle et d'antiquités, deux médaih lers , un cabinet de machines et le jardin botanique sont les principaux etablissemens littéraires et scientifiques de Grenoble. Population : 30,800 habit.

Non loin de Grenoble on trouve le Pont de Claix sur le Drac , d'une seule arche de 140 pieds d'ouverture d'une culée à l'autre sur 120 de hauteur; etSassenage, petit bourg renommé parles cxceîlens fromages qui se fabriquent dans ses environs , et par les deux belles grottes rendues si célèbres par la crédulité populaire qui leur attribuait le pouvoir de présager l'abondance ou la pénurie des récoltes; et dans un rayon de 15 milles on trouve : la Grande-Chartreuse, monastère fameux , dans une position romantique et d'un accès très difficile , regardé autrefois,

MONARCHIE FRANÇAISE

comme la capitale de l'ordre si riche et si sévère que saint Bruno fonda en 1084. Rétablis dans leur antique demeure , qui fut respectée à l'époque où l'on détruisait les couvens , ces religieux conservent l'ascendant que leur donnent leurs vertus rigides et l'art de se rendre utiles , qu'ils tiennent de leurs devanciers. Vo iron, petite ville, très industrieuse, centre d'une grande fabrication de toiles de chanvre ditescte Voiron. Les E chelles , très petit bourg remarquable par le voisinage de la superbe voûte taillée dans le roc par Charles- Emmanuel , et de celle que Napoléon fit ouvrir en perçant une montagne de la même chaîne. Rives, très petite ville, importante par ses 23 fabriques d'acier naturel et par ses nombreux métiers de toiles qui se vendent à Voiron. Sain t- Gervais, petit village, où se trouve la fonderie de canons en gueuse pour la marine. Vieille, près de la Romanche, très petite ville , qui se distingue par ses nombreuses fabriques de toiles peintes , par ses papeteries, ses filatures et son haut-fourneau établi depuis 1826. Vif, encore plus petite, avec plusieurs moulins à soie et des fabriques de poterie ; la fontaine ardente , près du village de St-Barthélemy, comptée parmi les merveilles du Daupbiné ; il parait que le nombre des inflammations spontanées de cette fontaine est considérablement diminué ; il ne s'échappe plus aujourd'bui qu'un gaz inflammable, avec lequel on peut allumer des matières légères. Arlemont, sur la Romanche, très petite ville , remarquable par sa mine d'argent , et par sa fonderie et raffinerie de plomb tiré des mines de la Grave, qui sont beaucoup plus loin. Bourg d' Ois ans , près de la Romanche, petit bourg, situé dans une belle vallée, qu'un débordement terrible changea en un lac , qui s'est conservé depuis le ixe siècle jusqu'au xiue. On reconnaît encore la digue de ce lac extraordinaire, nommé tac de St-Laurent ; son déversement arrivé en 1229 détruisit tous les villages et toutes les habitations situés sur le passage de ses eaux, et submergea la ville de Grenoble.

Vienne ( Vindobona , Viemia Âllobrogum), bâtie sur la pente d'une côte, le long de la rive gauche du Rhône, dans la petite vallée de la Gère. C'est une ville de médiocre étendue , chef-lieu d'arrondissement, qui s'embellit tous les jours. Vobélisque , connu sous le nom de plan de l'aiguille, situé près d'une des portes de la ville , le bel arc-de-lriomphe , et les restes d'un temple dédié à Auguste, d'un amphithéâtre , d'un aqueduc , d'une maison carrée , dont les colonnes ont 30 pieds de haut, ainsi que plusieurs bas-reliefs , bronzes, mozaïques , médailles et inscriptions , prouvent l'importance de cette ville au temps des Romains , lorsqu'elle était la résidence du préfet des Gaules et du commandant de la flottille qu'ils entretenaient sur le Rhône. Depuis

la découverte faite en 1820 d'anciens aqueducs, et leur restauration, Vienne se trouve abondamment pourvue d'eau.

On doit mentionner aussi V église Nolre- Dame-de-la-Vie , édifice antique que des antiquaires croient être le prétoire romain ; ensuite le pont, qui forme la communication de la ville avec le faubourg et le fort Pipet. Vienne possède un collège, une bibliollièque et un musée d'antiquités ; soir commerce est assez considérable, ses nombreuses fabriques et ses usines métallurgiques, surtout celle de M. Frèrejean, qui traite 5000 quintaux métriques de cuivre par an, donnent aussi une grande importance à l'industrie de Vienne. Les usines sans nombre qui sont répandues dans la vallée de la Grève, les tanneries, les moulins à farine et à foulon, les filatures de soie, confondues avec d'après rochers, des ruines romaines font de cette vallée un centre d'industrie très curieux à voir.

Population : 17, 600 habitans.

On trouve encore dans ce département , St- Marcellin et La Tour-du-Pin, très petites villes, cbefs-lieux d'arrondissement. Bourgoin, situé dans les environs de celte dernière se distingue par ses nombreuses fabriques d'indiennes et de toiles. Pont de Beauvoisin, qui en est beaucoup plus éloignée, possède un collège et des eaux minérales. Le Guiers, qu'on y passe sur un pont, la sépare du bourg sarde du même nom ; c'est un des principaux bureaux de douane de terre du royaume. La Balme, non loin de la rive gauche du Rhône, village remarquable par une grotte curieuse , dont l'entrée est occupée en partie par une chapelle de la Vierge, bizarrement construite, et dont l'intérieur offre plusieurs salles ornées de stalactites, un canal souterrain et un lac.

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