‹ Abrege de geographieChapitre 236 sur 454 · REPUBLIQUE DE KRAK0V1E · texte numérisé non relu

REPUBLIQUE DE KRAK0V1E

zow. petite ville, remarquable par sa grande

prospérité ; fondée en 1822 au milieu des champs

et des forêts par le sénateur Ostrowski, elle

comptait déjà en 1830 une population de 4000 âmes

tout industrielle et laborieuse ; la fabrication de

draps exportait alors à elle seule, pour 5,000,000

<ie florins polonais -, les autres industries étaient

dans un état aussi prospère.

Les autres villes les plus remarquables du royaume sont :

Augustowo, petite ville du palatinat auquel elle donne son nom, importante par le grand canal que l'on creuse pour effectuer la jonction de la Vistule avec le Niémen -, Raczki , très petite ville, avec une magnifique église dont la construction est due à la famille des Paç, et importante par le voisinage de la grande îerre seigneuriale de Dospuda, appartenant à la même famille. Dans cette magnifique résidence on admire surtout le jardin d'hiver , la salle d'armes, la cbapelle, la galerie de tableaux , la bibliothèque , la belle collection de cartes militaires et d'ouvrages stratégiques, et les bains en thermes dont l'architecture, les peintures et les décors sont d'un goût exquis et imités des thermes I des Romains. M. le sénateur Louis Paç , qui a fait I faire ces belles constructions , y a établi aussi une | ferme sur le modèle du grand établissement de I M. Coke en Angleterre, dont nous avons parlé à ! la page 498.

Plock, ville épiscopale du palatinat de ce nom, ! avec 10,000 âmes et une ancienne société littéraire renouvelée en 1820. Kalisz, chef-lieu du palatinat de son nom avec 11,000 habitans; c'est une ! des plus belles villes du royaume; ses nombreu- | ses fabriques,. parmi lesquelles se distinguent I celles de draps -, son école militaire, son lycée auquel sont annexées une bibliothèque et des I collections scientifiques assez importantes ; son j évêché catholique et sa population lui assignent I le deuxième rang parmi les villes du royaume. Une \ belle chaussée conduit aux jardins d'Opato- ! wek , petite ville à laquelle l'immense manufac- !, turc de draps de Fiedler donne une certaine importance. Czenstochowa , petite ville , dont les 1 fortifications ont été rasées par les Russes en I 1813, remarquable par le sanctuaire de la sainte I Vierge qui y attire une foule de pèlerins , et par sa défense en 1771, par Casimir Pulaski, chef de !j la confédération de Bar.

I confins, pays et fleuves. Cette république, formée en 1815 par le congrès

de Vienne, d'une petite fraction de l'an- ; cien royaume de Pologne, ne comprend

que la ville de Krakovie avec un petit | territoire le long de la Vistule. Cet état i est borné aurore? et à l'es/ par le royaume

Kielce , petite ville épiscopale , chef-lieu du palatinat de Krakovie, et entrepôt d'un commerce considérable en blé et en ferronnerie ; elle a un lycée ou école palalinale avec une bibliothèque, un museé , etc.; Olrlsz, très petite ville , remarquable par les mines d'argent et de plomb exploitées dès le xme siècle, regardées comme les plus riches de la Pologne ; on a formé le projet de les mettre de nouveau en exploitation. Konskie , petite ville du palatinat de Sandomir, importante par ses forges , ses fabriques d'armes blanches et de voitures. Lubmn, ville épiscopale de 15,000 âmes, chef-lieu du palatinat de son nom; sa population actuelle n'est que le tiers de celle qu'elle avait à l'époque de sa grande splendeur; quelques beaux édifices, un commerce assez étendu, les écoles palatinales avec des bibliothèques et des collections scientifiques assez considérables, la société des sciences, et celles CC agriculture et de musique, ainsi que sa foire, la rendent encore importante.

Rakow , très petite ville , jadis remplie de fabriques de toute espèce lorsqu'elle était le refuge d'un grand nombre de sociniens et de savans; cette dernière circonstance lui mérita le surnom <X Athènes Sarmathe ; son imprimerie , une des plus actives de cette époque, y donna le jour à plusieurs ouvrages. Pulawy, petite ville , importante par son école normale et surtout par la magnifique résidence des princes Czartoryski , qui employèrent une grande partie de leur immense fortune à rendre leur demeure un des plus beaux sites de l'Europe , dont les beautés ont été chantées dans le poème des Saisons de Delille. Tous les souvenirs les plus précieux d<» la Pologne guerrière, civique et littéraire y étaient réunis dans le temple de Sibylle , élevé au milieu du parc sur les bords de la Vistule. Outre des jardins magnifiques et des appartemens aussi vastes qu'élégans , on y admirait une bibliothèque qui était la plus riche de la Pologne après celle de l'université de Varsovie-, c'était sans contredit la plus grande et la plus précieuse collection d'ouvrages et de documens polonais qui existe. Pendant la dernière guerre, ce beau château a été brûlé et saccagé , et sa précieuse bibliothèque a été la proie des flammes. Zamosc , petite ville , bâtie dans le goût italien au milieu de vastes plaines, et très importante par ses belles fortifications, avec 5000 habitans non compris la garnison.

actuel de Pologne , au sud par la Vistule qui le sépare de la Galicie, grande province de l'empire d'AuLriche , et à V ouest par la Brinica qui forme sa frontière du côté de la Silésie-Prussienne. Voyez à la page 274, pour le cours de la Vistule. ethnographie. La très grande majorité

EUROPE

des habitans appartient à la Souche Slave : ee sont des Polonais. Presque un douzième de la population est juive et appartient à la Souche Sémitique ; une petite fraction seulement , les Allemands, doit être rangée parmi les peuples qui appartiennent à la Souche Germanique.

religion. Tous les Polonais à l'exception d'une petite fraction qui suit les dogmes du luthéranisme, professent la religion catholique; les autres suivent les rites et les croyances Au judaïsme.

gouvernement . 11 est républicain. La puissance législative réside dans une assemblée formée des députés élus dans chaque commune ; le pouvoir exécutif est confié à un sénat composé de 12 membres et d'un président ; ce dernier qui est le chef de la république , est nommé pour deux ans. Cet état est sous la protection des empires de Russie, d'Autriche et de la monarchie Prussienne, qui l'ont déclaré à jamais neutre, bien que l'Autriche l'occupe militairement aujourd'hui.

topographie. Krakovie (Krakow des Polonais et Krakau des Allemands), assez grande ville épiscopale très ancienne , située dans une vallée délicieuse sur les bords de la Vistule, autrefois place forte, ville populeuse et capitale du vaste royaume de Pologne ; elle ne l'est aujourd'hui que de la petite république qui porte son nom. Un pont la fait communiquer avec Podgorze, ville autrichienne dans la Galicie. Des rues irrégulières , étroites et mal pavées correspondent mal à la beauté de plusieurs de ses édifices. On doit nommer surtout : la cathédrale , regardée comme la plus belle et la plus intéressante de toutes celles de la Pologne ; c'est dans ses seize chapelles latérales que se trouvent les monumens funèbres des rois et des grands hommes de ce royaume , depuis Boleslas-le-Frisé et Kasimir-le- Juste jusqu'à Joseph Poniatovvski et Thadée Kosciuszko ; on doit y poser lemo-

Nous proposons de réunir sous cette dénomination purement géographique , toutes les contrées que les géographes continuent encore à désigner sous le nom impropre de Turquie d'Europe.

miment en marbre de Wladimir Potocki, par le célèbre Thorwaldsen; sa tour renferme une des plus grosses cloches de t l'Europe ; Y église de Ste-Marie , dont on ( loue le style gothique , svelte et élégant , i et sa tour la plus haute peut-être de toute i la Pologne ; l'église de St-Stanislas appe- t lée Skalka à Kazimierz, remarquable en \ ce qu'elle est la plus ancienne de la ville ; le château de Krakovie , rebâti avec i magnificence par Auguste II, réduit en i caserne sous la domination autrichienne et maintenant occupé en partie par la so- i ciélé de bienfaisance ; c'est sous ces voûtes i que furentgardés jusqu'en 1794 le trésor et ) les joyaux de la couronne; le magnifique °t château des évêques, qui, après les em- t bellissemens qu'on y a faits en 1816, est le i bâtiment moderne le plus remarquable de ( Krakovie; Y hôtel-de-ville et l'immense d édifice appelé Sukiennicé ; ils entourent \\ la grande place, et sont remarquables, sur- \ tout le premier, par la beauté de leur ar- j chitecture. Parmi les établissemens pu- ï blics on doit citer ^université , une des n plus anciennes de l'Europe, et dont la b fondation est antérieure à celle des uni- a versités de Prague, Vienne, Leipzig, Up- \ sala, Edimbourg, Glasgow, Copenhague \ et autres; elle possède une bibliothèque t assez riche et un jardin botanique q remarquable ; ensuite le séminaire , le v gymnase, V école normale , la société \ savante, et la société de musique Kra- j kovie est assez industrieuse et fait un com- i merce assez étendu ; sa population , qui t sous Sigismond I<:r montait à 80,ooo âmes, \ après une foule de vicissitudes, était des- h cendue au-dessous de 18,000 âmes ; au- i jourd'hui elle dépasse 42,000. w Les lieux les plus importans qu'on trouve |r dans le petit territoire de la république y sont : Clarat om la ou M og il a , avec a un gymnase et près de2,ooo habitans; j Krzeszowice, avec des bains miné- |f raux, des mines de fer et environ 3000 |0' habitans. ^

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Les Turks, nation d'origine asiatique, sont [J

étrangers à ces pays qu'ils n'ont jamais § entièrement soumis à leur domination , i j

et où, depuis seulement quatre siècles en- ja

viron, ils sont campés plutôt qu'établis ; ^

PENINSULE ORIENTALE

leur nombre est de beaucoup inférieur, non-seulcmenl à la totalité de tous les autres habitans , mais il l'est même à celui des peuples compris dans la souche grécolatine. D'ailleurs une assez grande partie de ces pays s'est déjà soustraite tout-àfait à leur domination ; une autre encore plus considérable n'est plus que vassale du sultan , et il est défendu aux Turks de s'établir sur son territoire. Tons ces motifs nous ont engagé à réunir ces pays sous une dénomination qui, prise dans la nature même , n'offre aucun des inconvéniens qu'on peut reprocher aux autres.

Nous avons. réuni comme une dépendance géographique de cette grande péninsule ouverte (voyez à la page 14) les trois groupes d'îles qui forment la république des lies Ioniennes, malgré son entière indépendance de l'empire Ottoman et les liens étroits qui l'attachent à la monarchie Anglaise. Nous ne devions pas la joindre à la description de cette dernière comme l'ont fait plusieurs géographes célèbres , et il n'était pas convenable non plus de laisser isolé ce petit état, qui, par sa position , par la langue et la religion de ses habilans, tient si étroitement à la Grèce. Afin d'éviter les répétitions, et pour ménager l'espace, nous réunirons dans quelques articles généraux , comme nous l'avons fait pour l'Italie et d'autres régions, tout ce que la géographie physique et politique de V empire Ottoman, du nouvel Etat de la Grèce, des principautés vassales de Servie, de Valachie et de Moldavie, et de la république des Iles Ioniennes, offre de plus important.

position astronomique. Longitude orientale, entre 13° et 27°. Latitude, entre 35° et 48°. Dans ces calculs on a compris les îles regardées comme dépendances du continent Européen.

dimensions. Plus grande longueur :

depuis Constantinople jusqu'à l'extrémité nord-ouest de la Croatie Ottomane, 622 milles. Plus grande largeur : depuis le Pruth, à l'est de Jassi, jusqu'à Dragomestre vis-à-vis l'Ile de Teaki, 600 milles.

confins. Au nord, les Confins Militaires de Croatie, de Slavonie, de Hongrie et de Transylvanie, et la Bukovirse, contrées comprises dans l'empire d'Autriche , ensuite la Bessarabie appartenant à l'empire Russe. A Yesl, la Bessarabie, la mer Noire , le détroit de Constantinople, celui des Dardanelles et l'Archipel.

Au sud, la mer de Marmara , l'Archipel et la Méditerranée. A Von est, la mer Ionienne, le canal d'Otrante, la mer Adriatique et l'empire d'Autriche, c'est-à-dire le royaume de DalmaLie et les Confins Militaires Croates.

montagnes, On peut ranger toutes les montagnes de cette partie de l'Europe dans deux systèmes principaux : le système Hercynio- Carpathien , auquel appartiennent toutes les hauteurs qui s'étendent au-delà du Danube dans la Valachie et la Moldavie ; elles se trouvent presque toutes sur la frontière du côté de l'empire d'Autriche. Le système Slavo- Hellénique ou des Alpes Orientales qui embrasse toutes les autres; le point culminant de la chaîne principale de ce dernier est le Tchar-dagh , dont on estime l'élévation à 1600 toises; c'est aussi le plus haut sommet de toute cette vaste région. Voyez pour les détails aux pages 88, 89, 90 et 91.

îles. Les Turks ne font aucune distinction entre les îles qui appartiennent à l'Europe et celles que nos géographes placent en Asie. Pour éviter les répétitions, nous renvoyons aux articles Divisions administratives et Topographie des états compris dans cette division ; ici nous nous bornerons à nommer les Iles Ioniennes, dont l'ensemble forme la république de ce nom; l'île de Candie , qui est la plus grande; celle de Nègrepont, qui vient après, et les nombreuses îles qui, en différens groupes, forment ce qu'on appelle V Archipel.

£Acs et lagunes. Le plus grand de tous est le Raselm ou Rasseïn dans le pays des Turks Doubroudjis, au sud des embouchures du Danube : ce n'est à proprement parler qu'une vaste lagune. Viennent ensuite les lacs de Scutari ou Zente, d'Ochrida et de Janina dans l'Albanie ; ceux de Kadaka, de Yenidje et de Betchik dans la Macédoine; de Tapolias , de Vrachori et Angelo-Castron dans la Grèce Orientale. On pourrait ranger parmi les lagunes, celles de Missolonghi dans la Grèce Occidentale , qui ont fait donner à cette ville l'épilhètc de Petite- Venise , à cause de leur ressemblance avec les lagunes qui environnent la magnifique capitale de la ci-devant république de Venise.

fleuves. A l'exception du Danube et de la Maritza, tous les fleuves de cette

EUROPE

région ont un cours peu étendu. Nous nous bornerons donc à tracer le cours des plus grands, en les classant d'après les cinq mers auxquelles ils aboutissent, et en négligeant entièrement les courans très petits, quelle que soit d'ailleurs leur grande célébrité. C'est dans la géographie ancienne comparée à la moderne qu'il faut chercher la description de VAcher on , de Ylnachus , du Céphise qui franchissait les murs du Pirée, de l'autre Céphise qui arrosait la Phocide et la Béotie , et d'une foule de petits courans dont les noms retentissent dans l'antiquité. Cette remarque doit s'étendre aux lacs et marais si remarquables dans la mythologie et l'histoire de ces pays classiques.

La MER NOIRE reçoit :

Le Danube, qui est le second fleuve de l'Europe. Il vient de l'empire d'Autriche, et avec la Sava et l'Unna il trace la frontière de l'empire Ottoman et des états qui en sont vassaux , le long des limites des empires d'Autriche et de Russie. Le Danube passe par Belgrade etSemendria dans la principauté de Servie -, par Vidin , Nicopoli, Sistow, Roustchouk , Silistrie, Rasova, Hirsova, Matchin, lsachi et Tultcha dans l'empire Ottoman , Turna vis-à-vis de Nicopoli, Ghiurgevo vis-à-vis de Roustchouk, Brahilov dans la principauté de Valachic, et Galatz dans la Moldavie; après avoir formé un vaste delta nommé Bogasi, ce grand fleuve entre par plusieurs branches dans la mer Noire. Par le traité d'Andrinople ce n'est plus la branché nommée Solline, regardée comme la principale, qui forme la limite du côté de l'empire Russe , mais celle plus méridionale nommée de St-George. Les principaux alïluens du Danube à la droite sont : la Sava, qui vient de l'empire d'Autriche, passe par Gradisca ou Bebir et Brod dans l'empire Ottoman, par Schabatzdans la principauté de Servie, où à Belgrade elle entre dans le Danube; la Sava reçoit à la droite Y Usina, qui baigne Bihach, NoVi et Dubitza dans la Croatie Ottomane; la Ferbas ou Verbitza, qui passe par Jaitze et Banialouka dans la Bosnie ; la Bosna, à laquelle appartiennent la Miglialza ou Melaska qui passe par Bosna-Seraï, et un autre courant qui arrose Trawnik; enfin la Dsina, qui passe par Foczia en Servie, Visegrad et Zwornik en Bosnie-, \aMorawa, formée par deux branches principales : Y Occidentale } qui traverse la Servie, passe par Kruchewatz et est grossie par plusieurs courans qui descendent des monts Glubotin ; cl Y Orientale qui passe par Nova-Berda et reçoit la Nissava qui vient de la Bulgarie et arrose Nissa; Ylsker, qui passe près de Samakov , si importante par ses mines de fer, et à quelques milles de Sophia ou Triaditza, dans la Bulgarie. Les principaux affluens du Danube à la gauche sont : le S y II ou

Schyll , qui traverse la Pelite-Valachie ou la Valachie-Occidentale , en passant par Krajova; YOlt ou Alouta, qui vient de la Transylvanie dans l'empire d'Autriche, traverse la Valacliir. arrose Rimnik ; c'est à son bassin qu'appartient la riche mine de sel d'Oknamare ; Y A rdj s , qui est grossi à la gauche par la Dumbrovitza, qui traverse Bukarest; la Jalon itza, qui passe par Tergovist; \cSeret, qui vient de la Galicie dans l'empire d'Autriche, traverse la principauté de Moldavie , en passant par Bakou ; c'est à son bassin qu'appartiennent les riches mines de sel exploitées à Okna dans cette principauté; enfin le Pruth, qui vient également de la Galicie, sépare la principauté de Moldavie de la province russe de Bessarabie , et baigne Faltsi ; cet affluent est grossi à la droite par le Baglui, qui passe par Jassi. Voyez aux pages 275 et 527. L'ARCHIPEL reçoit :

La Maritza, qui est le fleuve le plus considérable ; elle prend sa source dans le mont Egrisau. Ce fleuve traverse la Romélie proprement dite, arrose Tatar-Bazardjek , Phiîippopoli et Andrinople, et se partageant en deux branches vers l'extrémité de son coins, il se rend dans l'Archipel; sa branche orientale débouche dans le petit golfe d'Enos. VArda est son principal affluent à la droite ; ses principaux affluens à la gauche sont: la Tusidja, qui baigne Kasanlik et reçoit elle-même un autre courant qui passe par l'importante ville de Selimno ; YErkesié ou Erg e né ' , qui arrose Djesr Erkené.

Le Karasou ou Strouma, dit aussi Marmara; ce fleuve descend du mont Argentaro et traverse la Macédoine Orientale; c'est à son bassin, encore très mal connu des géographes, qu'appartiennent Dupindja , Guistendil et Seres ; ce fleuve débouche dans le golfe d'Orphano ou de Contessa , après avoir traversé le lac Kadaka. Pour éviter les répétitions et les méprises nous ferons observer qu'il y a un grand nombre de courans d'eau désignés par le nom de Karasou, composé de deux mots turks qui signifient eau no 'we, parce que les Turks ont donné cette dénomination à toutes les rivières dont le lit est profond ou dont l'eau est trouble, par opposition aux rivières qui n'ont que peu de profondeur ou dont l'eau est limpide; ils appellent ces dernières Ak~ sou , c'est-à-dire eau blasiche.

Le Vardar , descend du Tchardagh , traverse la Macédoine , passe par Uscup , Gradisca et entre dans le golfe de Salonique à quelques milles à i;ouest de cette ville.

L'Indje-Karasou , parcourt l'extrémité mér idionale de la Macédoine , et remontant au nord, vient presque confondre son petit delta avec celui du Vardar. Le beau lac de Kastoria et la florissante ville de ce nom , ainsi que Kara-Veria , peuvent être regardés comme des dépendances du bassin de ce fleuve.

La Salamrria , qui descend du Pindus ou Mezzovo, traverse et fertilise la magnifique vallée qui forme la plus belle partie de la Thessalie. passe peu loin de Tricala , arrose Larisse , èl , s'ouvrant un passage entre l'Olympe (Lakha) et l'Ossa, se jette dans le golfe de Salonique

PENINSULE ORIENTALE

L'Hellada, qui traverse la partie méridionale de la Thessalie , passe près de Patratchik , et laissant Isdin ou Zeitoun au nord, et la fameuse gorge des Thermopyles au sud, entre dans le golfe de Zeitoun.

La MER MÉDITERRANÉE reçoit :

L'Iris, nommé Rivière d'Helos au-dessous de Scala; il descend du plateau central de la Morée, traverse l'ancienne Arcadie et la Laconie, et débouche dans le golfe que nos cartes nomment de Kolochina. Ce petit fleuve est le célèbre Eurotas, qui , selon la remarque de Villoison , porta dans le moyen âge le nom de Vasili-Potamos ou de fleuve royal, à cause du séjour des despotes de Morée à Misitra.

La MER IONIENNE et ses GOLFES reçoivent :

Le Rofia (Alpheus), qui descend du plateau central de la Morée , où il traverse l'Arcadie et l'Elide. Malgré la petitesse de son cours , c'est le plus grand courant de la Morée.

L'Aspro Potamo descend du Mezzovo ou Pinde, traverse du nord au sud l'extrémité occidentale de la Thessalie , arrose l'Etolie à îa gauche et l'Acarnanie à la droite , et après avoir reçu le tribut des eaux du lac de Soudi ou de Vrachori, il entre dans un des golfes formés par la mer Ionienne.

L'Art a, descend du Pinde, traverse l'Epire Oriental, baigne Arta et entre dans le golfe ou la lagune de ce nom.

Le Calamas , paraît descendre des montagnes qui s'élèvent au nord-ouest du bassin de J-anina, traverse les campagnes naguère si florissantes de l'Epire ou delà Basse-Albanie , cultivées par ies Philates, tribu grecque, et va aboutir dans le canal de Corfou. On pourrait regarder le beau bassin de Janina , si florissant avant les troubles qui ont désolé celte contrée, comme une dépendance hydrographique de ce bassin.

La MER ADRIATIQUE reçoit:

Le Voï'ussa ou Vedis, qui descend du Pinde , traverse la Basse-Albanie en passant par Conitza, Premiti et Tebelen , et se rend dans l'Adriatique. Parmi ses affluens nous nommerons au moins X Avgyrocaslron à la gauche , qui passe par la ville de ce nom.

L'Ergent, dit aussi Beratino et Krevasta; il descend des montagnes qui s'élèvent au nordouest de Kastoria , traverse l'Albanie-Moyenne , passe par Berat et débouche dans l'Adriatique.

Le Scombi ou Tobi qui prend sa source dans la chaîne où naît l'Ergent, traverse la même contrée, passe peu loin d'Elbassan , et, après avoir baigné Pekim , entre dans l'Adriatique.

Le Mati, dont le cours est beaucoup plus petit que celui- des précédens , mais que nous nommons, parce qu'il parcourt la contrée montagneuse habitée par les Mirdites, peuplade albanaise catholique, qui conserve une sorte d'indépendance. Ce fleuve naît dans la chaîne qui ' élève à l'ouest du Drin-Noir, passe peu loin d'ischmid et entre dans l'Adriatique. Croïa ou Akseraï et Orocher appartiennent à son bassin.

Le Drix , qui est formé par la réunion des deux branches nommées Drin-Noir , qui sort du

lac d'Ochrida , passe près de Haute-Dibre, Basse- Dibre et Ibali , et Drin-Blanc qui vient du côté opposé; Prisrend et Iacovo appartiennent au bassin de ce dernier. Le Drin passe ensuite par Dagno, Alessio et entre dans l'Adriatique. Ce fleuve qui paraît être le plus grand de cette contrée , traverse la partie nommée Haute-Albanie.

La Bojana , nommée Moracca dans la partie supérieure de son cours , traverse la Haute-Albanie en passant par Podgoritza , entre dans le lac de Scutari, d'où elle sort sous le nom de Bojana , arrose la ville de Scutari , et au-dessous de St-Georges elle entre dans l'Adriatique. Presque tout l'intéressant canton du Monténégro appartient au bassin de ce fleuve.

La Narenta , dont le cours supérieur forme un coude immense, arrose l'Hertzegovine ou Dalmatie Ottomane, passe par Mostar et entre dans la Dalmatie Autrichienne où elle aboutit à l'Adriatique.

ethnographie. Un grand nombre de peuples différens , que '/ethnographie classe en six souches principales , vivent dans cette partie de l'Europe ; la souche slave et la souche gr'éco-latine sont les deux familles ethnographiques auxquelles appartient le plus grand nombre de ses habitans. La souche Gréco-Latine comprend : les Grecs, qui occupent maintenant presque sans mélange tout le territoire du nouvel Etat de la Grèce ; ils sont aussi très nombreux dans la Thessalie , dans la Basse-Albanie, dans une partie de la Macédoine , de la Romélie ou Thrace, dans l'île de Candie; on en trouve aussi quelques milliers dans* les principautés de Valachie et de Moldavie, où ils se sont établis à la suite des hospodars qui étaient choisis dans des familles grecques. Les Grecs forment aussi la nation dominante et la très grande majorité de la population de la république des Iles- Ioniennes. Parmi les nombreuses peuplades grecques connues sous des noms particuliers, nous ne nommerons que les Maïnotes comme les plus célèbres. Les Roumnaj e ou Roumouni , plus connus sous le nom de Valaques ; ils forment presque exclusivement la population des principautés de Valachie et de Moldavie , et une fraction de la population des provinces intérieures de l'empire Ottoman ; ils sont surtout nombreux dans les vallées du Pinde. Les Italiens, qui forment presque un vingtième de la population de la république des lies Ioniennes, et qu'on rencontre en assez grand nombre dans les principales villes commerçantes de l'empire Ottoman. Les Skipe-

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tara, nommés Arnaut par les Turks et Albanais par les Européens ; ils forment la population principale de l'Albanie, et sont répandus en assez grand nombre dans la Romélie, la Bulgarie et la Macédoine, provinces de l'empire Ottoman ; on les trouve aussi dans le nouvel état de la Grèce , par exemple à Hydra , Spetzia, dans l'Argolide et autres cantons : leurs tribus principales paraissent être les Guegues, dans la Haute-Albanie; les Mirdites et les Toskes ou Toxides dans la Moyenne , les Chami ou Choumi et les Liapi ou Lapy dans la Basse. Les principaux peuples compris dans la souche Slave sont : les Serbli ou Serviens , qui occupent presque exclusivement toute la principauté de Servie et l'Hertzegovine ou Dalmatie Ottomane ; les Bosniens , qui forment la grande masse de la population de la Bosnie, et \esMo/itene gr in s , qui dans les montagnes du Monténégro conservent depuis si longtemps leur indépendance. La souche Turque, répandue, il y a plusieurs années , sur tous les pays de cette région qui dépendaient du grand-seigneur, est maintenant restreinte dans les bornes actuelles de l'empire Ottoman. Ses principaux peuples sont : les O smanlis , nommés Turks par les Européens, dénomination qu'ils regardent comme une injure, ayant depuis long-temps secoué le joug des mœurs sauvages de leurs ancêtres nomades, descendus du plateau de l'Asie- Moyenne. Les Osmanlis sont la nation dominante de l'empire; ils se distinguent aussi des autres peuples par leur civilisation assez avancée. Viennent ensuite les Turks Dobrudjis , improprement nommés Ta tares, les Iourouk et autres moins nombreux. Les souches Arménienne et Sémitique comprennent les Arm éniens et les Juifs, répandus dans toutes les villes les plus commerçantes des états compris dans cette région. La souche S amskrite ou Indienne ne comprend que ce peuple vagabond et abruti; connu en Europe sous différentes dénominations, et en France appelé Bohémiens; c'est dans les principautés de Moldavie et de Valachie qu'on le trouve en plus grand nombre, ensuite dans les provinces intérieures de l'empire Ottoman.

religion. L'Islamisme ou la religion de Mahomet est le culte dominant dans l'empire Ottoman; tous les autres, quoi-

que professés publiquement , n'y sont que tolérés. Les Osmanlis, les Turks des embouchures du Danube , les Iuruketune partie considérable des Bosniens, des Albanais et des Bulgares sont mabométans, et reconnaissent pour chef spirituel le Moufti, qui est le vicaire .du grand-seigneur pour tout ce qui regarde la religion et l'exercice de la justice civile. Le Christianisme est professé par le plus grand nombre des habitans de cette région, mais ses disciples sont divisés en plusieurs églises; les Grecs, les Valaques, les Serviens et une grande partie des Bosniens et des Bulgares appartiennent à Yég l is e Grecque Orthodoxe, dont le chef est le patriarche de Constantinople. Une partie assez considérable des Albanais, des Bosniens et des Arméniens, près d'un cinquième de la population des Iles Ioniennes et une fraction des insulaires de l'Archipel sont attachés kVéglise Catholique Romaine. La majorité des Arméniens professe les dogmes de V église Armén ienne. La religion de Moïse est suivie par les Juifs tant du rit karaïte que du rit rabbiniste.

industrie. Toutes les branches de l'industrie sont plus ou moins arriérées dans cette région, malgré la beauté et l'abondance des matières premières. L'invariabilité des usages a pendant long-temps contribué à cette langueur, pour tout ce qui regarde l'habillement et les branches de commerce qui en dépendent. Quelques villes se distinguent cependant par leur induslrieet font exception. Constantinople , Salonique, Andrinople , Roustchoiik, Seres et Choumla sont les villes qui offrent le plus d'activité sous le rapport manufacturier. On prépare bien le maroquin et le cordouan ou cuira Larissa, Salonique, Gallipoli, Janina, etc. 11 y a des teinturiers très adroits à Ambelakia, à Larissa, etc.; des manufactures de colon à Salonique, Seres, Constantinople , Silistrie et à Turnavos en Thessalie. On fait d'assez bonnes étoffes de soie à Constantinople et à Salonique. Les chaudronniers et les ferblantiers de Choumla ont porté leur art à une très grande perfection. On travaille bien Y acier à Bosna-Seraï, à Sculari , à Caratovaetà Constantinople. On fabrique des armes à feu à Semendria, à Grabora , etc. Enfin , Yimprimerie orientale établie à Constantinople fournit, con-

PENINSULE ORIENTALE

curremment avec l'imprimerie du Caire, des livres arabes, persans et turks à tout l'empire. On ne peut rien dire de l'industrie du nouvel état de la Grèce et des principautés de Valachie et de Moldavie ; désolés par la guerre , ces pays n'offrent sous ce rapport rien qui mérite d'être mentionné. Les lies Ioniennes, malgré les progrès faits par certains arts depuis une trentaine d'années , sont encore très arriérées sous le rapport de l'industrie. Cependant les habitans de ces lies ainsi que ceux du nouvel état de la Grèce se distinguent par leur habileté dans la construction des nombreux bàlimens marchands qui naviguent dans les parages de cette partie de l'Europe , et qui pendant la longue guerre de la révolution française poussaient leurs courses jusqu'en France, en Espagne et même en Amérique.

commerce. Le commerce maritime et terrestre de l'empire Ottoman est très important; mais la plupart des affaires sont faites par les Grecs, les Arméniens , les Juifs et les Albanais , ainsi que par le grand nombre d'étrangers Autrichiens , Russes , Anglais , Français , Hollandais et autres Européens qui y sont établis. Le commerce du nouvel état de la Grèce, si florissant avant la guerre de l'insurrection, est presque entièrement anéanti :

nous signalerons dans la topographie les villes qui offrent encore quelque importance sous ce rapport. Les Iles Ioniennes, grâce à la paix dont elles jouissent depuis plusieurs années, présentent un commerce florissant et une navigation assez étendue ; les franchises accordées d'abord à Corfou et depuis aux autres ports en sont en grande partie la cause. Les principales exportations des états compris dans cette région consistent en bétail , surtout chevaux, bœufs et cochons ; en peaux tannées et brutes ; laine , vins , tabac, coton, raisin de Corinthe, amandes , figues sèches, dattes et autres fruits, huile d'olive, cire, miel, soie crue et filée, camelot, tapis, maroquin, noix de galle, garance, gomme dragant, éponges, cuivre , alun , terre sigilée, etc., etc. Les principaux articles d'iMPORTATioN sont : toile, étoffes de soie, draps, bonnets , fourrures , miroirs , verres et autres objets de cristal et de verre; montres et pendules, porcelaine, papier, aiguilles, plusieurs articles en métal et en bois, sucre, café et autres denrées coloniales, et

des sommes assez considérables d'argent comptant, surtout de sequins de Venise.

On doit ajouter que l'on importe une grande quantité de blé , de gros et menu bétail et de bois dans les Iles Ioniennes, qui exportent en revanche une grande quantité d'huile, de vin, de liqueurs, de raisin de Corinthe et de sel.

Les villes maritimes les plus commerçantes sont : Constanlinople , Salonique , Gallipoli , Enos et Varna dans l'empire Ottoman; Syra , Hydra , Nauplia et Palras dans le nouvel état de la Grèce ; Zante, Corfou et Argostoli dans la république des Iles Ioniennes. Parmi les places les plus commerçantes de l'intérieur de l'empire Ottoman , on doit nommer Andrùwple , Bosna-Seraï et Janina; et dans les principautés , Belgrade en Servie, Bukarest enValachie et Galacz en Moldavie.

PLACES FORTES et PORTS MILITAIRES.

Les principales forteresses de cette région sont : Widin , Silisirie, Roustchouk , Choumla, Varna, Scutari, Zwornik , B/'hacz, Banialouka et Candie dans l'empire Ottoman. On peut ranger dans la même catégorie les fortifications qui défendent le passage de YHellespont ou détroit des Dardanelles et celui du Bosphore ou détroit de Constantinople, ainsi que la chaîne du Balkan ; on peut même dire que cette dernière est le principal boulevard de l'empire contre les ennemis du Nord. Par son développement, de l'occident à l'orient et parallèlement au cours du Danube, elle servit longtemps de barrière contre les incursions des Daces , des Goths et des Bulgares ? et elle avait jusqu'à ces derniers temps arrêté tous les efforts des Russes. C'est ce qui fait que les Turks l'ont aussi nommée Emineh-dagh , c'est-a-dire montagne qui sert d'abri. Les Turks ont de plus le droit de tenir garnison dans l'importante place de Belgrade dans la principauté de Servie. Nauplia, Negrepont, Missolonghi, les citadelles de Corinthe , d'Athènes, le château de Morée , celui de Lepante, Modon et Coron sont les principales forteresses de la Grèce. Corfou, dans la république des Iles Ioniennes, passe justement pour une des plus fortes places de l'Europe. Les forteresses le long de la rive gauche du Danube, qui appartiennent à la principauté de Valachie devant être démolies, cet état n'en

EUROPE

offrira alors aucune qui mérite d'être citée pour sa force.

Les principaux ports militaires de celte partie de l'empire Ottoman sont : Constantinople, Varna, Gallipoli. Le nouvel Etat de la Grèce offre Navarin, Parus et Lepante. Dans la république des lies Ioniennes Corfou est la station ordinaire d'une partie de la flotte anglaise dans la Méditerranée.

divisions roLiTïouss. Nous avons déjà vu les différens états dans lesquels cette région est actuellement partagée. Ici nous les répéterons pour indiquer l'ordre que l'on suivra dans leur description. Ces états sont : V empire Ottoman, dont nous décrirons la seule partie que l'on puisse regarder comme appartenant à l'Europe ; le nouveau royaume de Grèce; les principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie , tributaires de l'empire Ottoman ; la république des Iles Ioniennes.

Mais avant de passer à la description de ces différens états , qu'il nous soit permis de faire quelques observations sur leurs divisions administratives et leur topographie. Malgré tous les soins que nous avons mis à offrir l'état actuel de ces contrées, nous sommes bien loin de nous flatter d'avoir atteint le but de tant de recherches. L'anarchie , les guerres intérieures et extérieures, la famine, la peste et d'autres fléaux qui ont désolé ces montrées, les réformes qu'elles subissent depuis quelque temps de la part de leurs gouvernemens respectifs qui sont encore mal affermis, laissent encore de grandes lacunes et bien des doutes sur tout ce qui concerne les divisions administratives de ces états. Aidé par notre savant ami M. Reinaud, nous avons essayé de tracer les divisions actuelles de l'empire Ottoman, autant que ces différens obstacles

Il m f ire

confins. Au nord, les Confins Militaires dans l'empire d'Autriche, les principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie et la province russe de Bessarabie. A Y est, la mer Noire, le Bosphore ou le détroit de Constantinople, l'Hellesponl ou le détroit des Dardanelles et l'Archipel. Au sud, la mer de Marmara , l'Archipel et îa mer Méditerranée, le nouvel Etat de la Grèce. A Vouestf la mér Ionienne, la

le permettaient. A l'égard de la Grèce nous offrons le tableau officiel publié il y a quelques années par le gouvernement. A l'égard des divisions , administratives des principautés de Valachie, de Moldavie et de Servie , nous aimons encore mieux n'en donner aucune que de nous exposer à rédiger un tableau erroné. La seule république des Iles Ioniennes est exempte de ces incertitudes, grâce à la stabilité de son gouvernement et à la paix dont elle a joui. Ce que nous venons de dire sur les divisions administratives doit nous servir de justification pour la marche que nous avons suivie dans l'article topographie. Imitant notre célèbre ami, nous décrirons, comme l'auteur du Précis, les principales villes de l'empire Ottoman d'après les rînq grandes régions que l'usage appelle Homélie, Macédoine, Albanie, Bosnie , et Bulgarie. Nous avons ajouté à la Macédoine la Livadie Septentrionale , qui correspond à l'ancienne Thessalie , et nous avons joint à la Bosnie la Dalmatie et la Croatie Ottomanes. Fidèle au plan adopté dans cet Abrégé, nous avons groupé autour des villes principales de ces grandes divisions toutes les autres villes qui méritaient d'être mentionnées. La topographie de la Grèce n'offrirait aujourd'hui presque aucune ville remarquable sous le rapport du commerce, de l'industrie, de la population et des établissemens littéraires.

Mais ces villes classiques offrent tant d'intérêt sous le rapport historique et archéologique , que nous avons cru devoir entrer dans quelques détails pour présenter le tableau de ses imposantes ruines et de ses vénérables souvenirs. Ce sont les conseils et les lumières de M. Dubois , directeur de la section archéologique de l'expédition française en Morée , qui nous ont guidé dans cette tâche difficile.

Ottoman.

mer Adriatique, la Dalmatie et les Confins Militaires dans l'empire d'Autriche.

pays. Toute la ci-devant Turquie Européenne , moins la Bessarabie et la partie de la Moldavie, cédées à la Russie, ainsi que les pays qui forment les principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie , et le nouvel Etat de la Grèce. Tant de pertes n'ont été compensées que par l'acquisition des petits territoires de Butrinto,

PfcNINSULE ORIENTALE.

Parga , Prevesa et Vonitza qui appartenaient à la ci - devant république de Venise.

fleuves. Le Danube, la Marilza , le Karasou, le Vardar, Vlttdje-Karasou, la Salambria , VHellada, XAsprojpotamo , YArta, le Voïoussa, le Drin , la Bojana et la Narenta. Voyez aux pages 564 et 565.

gouvernement . II est absolu, et le souverain , réunissant dans sa personne la puissance temporelle et spirituelle, ne reconnaît pas de frein à ces volontés. Néanmoins, dans la pratique, le souverain n'ose pas se mettre ouvertement au-dessus des volontés de la nation. Les circonstances d'ailleurs ont été, depuis près de deux siècles, tellement défavorables , que si le sultan fait trembler le peuple , le peuple n'inspire pas moins d'effroi au sultan.

Nous allons tracer un tableau rapide de l'état actuel du gouvernement Ottoman , que nous devons à l'obligeance de M. Rainaud. Ce tableau est ici d'autant plus nécessaire, qu'il nous dispensera d'y revenir de nouveau , lorsqu'il sera question des provinces Ottomanes d'Asie et d'Afrique.

Le Coran, livre sacré des musulmans, servant à-la-fois de code religieux , civil et politique , et le sultan étant regardé comme le successeur des anciens califes , il en résulte que le prince est investi de tous les pouvoirs à-la-fois. iMais le sultan, du moins depuis plus de deux siècles, n'exerce pas l'autorité par lui-même : il a deux lieutenans qui sont censés le représenter. Le premier, sous le nom de mufti , est à la tète des ministres de la religion et de la loi, décorés du nom tïoulemas ou savons ; le second, appelé grand-vizir, dirige le gouvernement civil et militaire.

Sous les ordres de ces deux grands dignitaires se trouvent tous les fonctionnaires de l'empire. Ceux dont il est le plus souvent question dans nos relations sont les pachas. Le mot pacha, qu'on prononce aussi bâcha, est d'origine persane et signifie chef. 11 sert de titre au grand-vizir et au capitan-pacha, qui est le commandant en chef des forces navales de l'empire ; mais il désig e d'une manière plus générale le gouvernement des provinces. On en distingue trois classes, suivant l'étenduedes pays soumis à leur juridiction, et ils reçoivent, pour emblème de leur autorité, une queue de cheval suspendue au bout d'une pique termiuée par un pommeau doré. Les pachas du premier rang reçoivent trois de ces queues; ceux du second rang , deux ; et ceux du troisième une. L'usage des queues de cheval vient de la Tartarie, pays d'où les Turks tirent leur origine.

La réunion du grand-vizir, du mufti, du capitan-pacha et de tous les chefs d'administration en conseil , s'appelle divan : ce mot est d'origine arabe et signifie assemblée; ainsi le divan est pro-

prement le conseil de l'empire, et il traite de toutes les grandes affaires d'état. 11 n'est pas besoin d'ajouter qu'il ne s'assemble qu'à Constantinople.

Le gouvernement reconnaît au reste deux classes de sujets bien distinctes : les musulmans, qui représentent les vainqueurs et constituent l'état proprement dit; et les non-musulmans, c'est-àdire les chrétiens, les juifs et les païens, qui représentent le parti vaincu et qui sont soumis à la capitation. Les sujets non musulmans sont appelés du nom général de rayas , mot arabe qui signifie troupeau. Jusqu'ici la loi les avait placés fort audessous des musulmans : ils ne laissaient pas cependant de jouir de certains privilèges ; par exemple , dans chaque localité , là où ils étaient un peu nombreux , ils formaient une espèce de communauté présidée par un d'entre eux appelé primat.

Il existe encore une classe de sujets , et celle-ci est privée de tout droit politique : c'est celle des esclaves. L'esclavage est admis dans les pays musulmans , comme il l'a été de tout temps en Orient ; seulement il est de principe qu'un musulman né libre ne peut pas être fait esclave -, et si étant esclave il embrasse l'islamisme, il reçoit ordinairement la liberté. Cette classe est malheureusement très nombreuse. Les Turks , ainsi que les Asiatiques en général , ont toujours recherché des esclaves des deux sexes, soit pour se décharger sur eux de toutes les fonctions pénibles, soit pour satisfaire plus librement leur penchant à la volupté , penchant qui est plus fort en Orient qu'ailleurs. 11 n'est guère de musulman qui n'ait une lVmme esclave pour partager son lit, et quelquesuns en ont vingt et même davantage. Ce goût même a été commun à des chrétiens et à des juifs. Les esclaves sont nés dans une condition servile , ou ont été pris à la guerre, ou bien encore ils ont été achetés à prix d'argent de païens inhumains. Leur nombre tend sans doute à diminuer : d'une part , le gouvernement Ottoman commence à user de quelques ménagemens envers les prisonniers de guerre; de l'autre, la Circassie et la Géorgie, où se faisait surtout le commerce des jeunes filles, étant maintenant au pouvoir des Russes, les parens doivent se porter plus difficilement à ce sacrifice contre nature. Une chose qui n'a rien de contradictoire avec le despotisme, c'est que les esclaves deviennent quelquefois pachas et grands-vizirs.

L'empire Ottoman s'est formé des conquêtes successives faites par les sultans . et quelques-unes de ces conquêtes ont été assujéiies à des restrictions. Non-seulement certaines contrées, telles que la Crimée, la Transylvanie , les régences de Tunis, de Tripoli et d'Alger avaient conservé leur gouvernement particulier, ce qui a fait qu'avec le temps plusieurs d'entre elles ont été détachées de l'empire; mais quelques-unes, tout en recevant un gouverneur nommé par le sultan , jouissaient d'institutions locales fort étendues. .C'est ainsi que la Bosnie est encore divisée en capitaineries héréditaires, dont les titulaires réunis en corps représentent le pays. Il y a même des contrées où il reste des familles seigneuriales dont la puissance remonte à plusieurs siècles, et qui se sont toujours maintenues dans leurs possessions. La famille Ghaurini possède depuis 1427 plusieurs

EUROPE

villages en Macédoine; une partie des campagnes voisines d'Angora en Asie-Mineure appartient à la famille de Tcliapan-Oglou , et une partie des campagnes de Pergame, à celle de Kara-Osman- Oglou. Quelques villes étaient la propriété de certains dignitaires; par exemple l'illustre Athènes formait un fief attaché à la place de chef des eunuques du sérail.

Anciennement les sultans exerçaient eux-mêmes l'autorité, et marchaient à la tête de leurs armées ; c'est ce qui a l'ait la gloire des Amurat , des Mahomet II , des Selim et des Soliman. Mais depuis plus de deux siècles les princes de la famille impériale ont été tenus par le souverain dans le sérail, sans prendre part aux affaires. Aussi lorsqu'ils arrivaient au pouvoir, ils se trouvaient étrangers aux détails du gouvernement, et tout se faisait par les mains des ministres. Pour eux , ils vivaient confinés dans le sérail , au milieu de femmes et d'eunuques.

Les gouverneurs des provinces, ceux surtout qui étaient éloignés du siège de l'empire, profitèrent de la négligence du souverain pour étendre leur autorité. Comme les places s'achetaient à prix d'argent , et que les gouverneurs , d'après les lois existantes, étaient revêtus de l'autorité civile et militaire, ils profitaient de leur position pour amasser de grandes richesses , et quelquefois se faisaient la guerre entre eux comme entre ennemis; ils parvenaient même à transmettre l'autorité à leurs parens ou à leurs favoris. Lorsque le sultan, Mahmoud II , monta sur le trône en 1808, le vaste gouvernement de Bagdad était depuis plus de 50 ans entre les mains de pachas qui se l'étaient légué les uns aux autres. Le fameux Ali , paclia de Janina , non content d'avoir obtenu pour ses fils le gouvernement d'une partie de la Grèce actuelle, avait conquis parla force des armes plusieurs villes d'Albanie qu'il joignit à son pachalik.

Dans les guerres extérieures, les armées ottomanes étaient constamment battues. La Russie, étendant sans cesse ses conquêtes, s'était avancée jusqu'au Danube, et après avoir subjugué la Crimée, menaçait l'empire du côté du Balkan et du Caucase.

Une des causes principales de la faiblesse du gouvernement et de l'anarchie qui se faisait remarquer dans toutes les parties de l'administration, c'était l'insubordination et l'arrogance des janissaires Ces troupes, autrefois si braves et si disciplinées, n'opposaient plus de résistance à l'ennemi, et n'étaient redoutables que pour leur souverain.

Les janissaires , créés dans le xive siècle, furent ainsi nommés de deux mots turks qui signifient nouvelles troupes. Us étaient d'abord choisis parmi les enfans des chrétiens de Bosnie , d'Albanie et de Bulgarie, hommes robustes et belliqueux. On avait décidé qu'ils ne pourraient pas se marier, et que constamment sous les armes ils seraient en toute saison sous les ordres du gouvernement. Dans ces temps reculés où l'Europe chrétienne n'avait pas d'armée permanente, les janissaires se présentèrent avec une grande supériorité; mois avec le temps l'institution des ja-

nissaires, comme toutes les institutions des hommes, subit de sensibles altérations. Au titre de ja nissaire étaient attachés de nombreux privilèges et des revenus en terres très considérables; les gens en crédit cherchèrent à faire admettre leurs créatures dans ce corps privilégié, et on y inscii vit les artisans , les employés de l'administration ; le titre de janissaire devint même héréditaire, et l'on vit des enfans en bas âge décorés de ce nom jadis si terrible. Sur ces entrefaites l'Europe éclairée avait formé des armées régulières , et créé une tactique qui quadruplait la force des individus; dès-lors les janissaires furent hors d'étal de se mesurer avec les armées chrétiennes. En vain les sultans , à diverses reprises, essayèrent de réformer des abus si crians , et de remplacer les janissaires par des troupes plus fortes et plus dociles; les abus avaient eu le temps de s'enraciner, et des individus de toutes les classes y trouvaient leur profit. Aussi les sultans échouèrent; plusieurs même , tels que Selim III , périrentviclimes de leurs nobles intentions.

Le sultan Mahmoud II, dégagé de beaucoup, de préjugés et doué d'une fermeté inébranlable, a enfin commencé de régénérer l'empire. Les circonstances étaient fort critiques ; mais ces mêmes circonstances l'ont puissamment aidé dans ses projets de réforme. Nous avons dit que lorsqu'il monta sur le trône plusieurs pachas s'étaient rendus presque indépendans , et que l'esprit de désordre s'était emparé de la plupart des esprits; effrayé par le malheureux sort de ses prédécesseurs, il usa d'abord de la plus grande circonspection ; il ramenait par la douceur ceux qui n'étaient qu'égarés; il confirmait ou opposait les uns aux autres ceux qu'il n'était pas en état de déposséder ; à l'égard de ceux qui paraissaient intraitables, il recourait quelquefois à la politique orientale, et les faisait périr par le poignard , le poison ou le cordon. A mesure que les évènemens devinrent plus graves , il redoubla de vigueur. Ali, pacha de Janina, ne dissimulant plus ses projets d'indépendance, fut exterminé avec sa famille, et l'Albanie ramenée sous les lois de l'empire.

Pendant la guerre contre la Grèce , en 1826 , les janissaires annonçant de nouveaux projets de révolte, il abolit l'institution tout entière, et fit massacrer tous ceux qu'on soupçonnait de vouloir résister. A Constanlinople seulement, plus de 20,000 hommes furent tués, brûlés ou noyés C'est alors qu'à l'imitation de ce qui existait déjà en Egypte, les troupes régulières actuelles furent créées ; et si , dans la guerre qui eut lieu en 1828 et 1829 contre la Russie, ces troupes opposèrent des efforts impuissans, il faut s'en prendre non pas seulement à la supériorité morale des Russes, mais à l'infériorité numérique des troupes régulières turques , et au peu de temps qu'elles avaient eu pour s'exercer à la tactique européenne. L'empire Ottoman se trouva un moment à deux doigts de sa perte ; déjà les Russes s'avançant du côté de l'Europe et de l'Asie étaient maîtres à-Ia-fois d'Andrinople et d'Erzeroum, et cernaient la capitale; mais depuis la paix, Mahmoud n'a pas cessé de porter la main à toutes les branches de l'administration, et avec les évènemens qui se

PENINSULE ORIENTALE

passent aujourd'hui dans les États chrétiens d'Europe, évènemens qui doivent absorber l'attention delà Russie, l'ennemie naturelle delà Turquie, i! est permis de supposer que si le sultan Mahmoud eût vécu encore quelques années il eût donné une nouvelle face à son empire.

Par le traité de paix du 14 septembre 1829 , les Russes ont été reconnus maîtres d'Anapa et de toutes les côtes septentrionales de la mer Noire, depuis l'embouchure du Danube jusqu'à celle du Batoumi; et ils exercent une grande influence dans les principautés de Valachie , de Moldavie et «ie Servie qui ont obtenu une administration particulière ; la Grèce a conquis son indépendance , et les chrétiens de la Bulgarie ont été investis du droit de soumettre leurs griefs aux consuls russes. D'un autre côté , Mohammed-Ali , pacha d'Egypte, qui avait fait accorder à son (ils Ibrahim le gouvernement de Gedda et d'une partie de l'Arabie, en récompense du zèle dont il fit preuve contre les Wahhabites, a reçu le gouvernement de l'importante île de Crète comme dédommagement de ses sacrifices dansla guerre de Grèce ; enfin la régence d'Alger qui , à l'exemple de celles de Tripoli et de Tunis, reconnaissait la suzeraineté du suUan, a passé sous la domination de la France. De nombreux germes de mécontentement existaientdansla Bosnie et l'Asie-Mineurc : cependant le sultan s'est montré inébranlable jusqu'à sa mort. Une des mesures les plus efficaces qu'il a prises pour réduire l'autorité des pachas à de justes bornes, c'est de séparer l'autorité civile de l'autorité militaire; de plus il a aboli le droit de confiscation , droit barbare qui si souvent faisait imaginer des criminels et des coupables; enlin, voulant se rattacher les diverses classes de ses sujets chrétiens, il a défini d'une manière plus précise les droits de chaque communion , et a accordé un chef particulier aux Arméniens du rit catholique , qui jusqu'ici étaient en butte aux vexations de leurs compatriotes du rit schismatique ; il a même cherché à réveiller dans la masse de ses sujets le sentiment du bien public, en invitant pendant la dernière guerre les ayans , ou notables de toutes les provinces, à se rendre à Constantinople pour y délibérer sur la situation de l'empire. Non-seulement il a fondé à Constantinople un collège de médecine et des écoles militaires et navales, mais, à l'imitation du pacha d'Egypte , il a envoyé à Paris quelques jeunes Turks pour y profiter des lumières de l'Europe civilisée. Déjà il existait des traductions turques des réglemens militaires de terre et de mer de la France. Le sultan était si peu accessible aux préjugés de sa nation, que sans cesse il disait à ses courtisans: « Si vous voulez être hommes-, imitez les Européens.» Lui-même se montrait vêtu à l'européenne , et prenait plaisir à assister à leurs fêtes et à leurs amusemens. Peut-être cette affectation était-elle poussée trop loin-, peutêtre elle se manifestait d'une façon trop brusque, du moins elle a contribué d'abord à l'espèce d'indifférence avec laquelle, dans plusieurs provinces, les peuples ont vu arriver les soldats russes, et elle a entretenu une grande irritation dans une paitie du peuple.

Le sultan a publié il y a plusieurs années un édit par lequel tous les sujets, de quelque religion qu'ils soient et à quelque classe qu'ils appartiennent , sont déclarés égaux devant la loi et soumis au même code; la différence de religion , est-il dit dans le décret , étant une affaire de conscience qui ne regarde que Dieu. A l'avenir, les magistrats ne pourront infliger de châtiment aux rayas que du consentement des primats dont ils dépendent. Quant aux îles et autres lieux occupés exclusivement par les chrétiens, et qui se trouvent encore sous l'autorité immédiate du sultan , les gouverneurs turks sont obligés de soumettre tous leurs actes à l'approbation des primais. Les habitans ne peuvent être jugés que d'après leurs propres lois, et jamais ils ne sont soustraits à leurs juges naturels. Les habitans de l'île de Samos n'ont dans leur île ni cadi ni gouverneur turk; ils sont libres de demander quelque Grec , leur compatriote, pour les gouverner. 11 leur est accordé de porter un pavillon particulier, dans lequel se voit la croix.

11 ne serait pas étonnant que les Grecs des diverses provinces ottomanes, qui, il y a quelques années , s'enfuyaient en Moréeetdans les îles indépendantes pour se dérober au fanatisme des janissaires et aux avanies des pachas, courussent au contraire se ranger sous le joug du sultan pour y recouvrer la liberté et le repos. Mais quel n'a pas dû être le dépit des vieux musulmans , quand ils ont vu professer des idées si nouvelles pour eux ! Jusqu'où ne s'étendrait pas la vengeance, si l'occasion s'en présentait 3

Une justice à rendre aux Turks , c'est qu'au milieu de religions et de races si diverses, ce sont eux dont le caractère moral offrirait le plus de garanties. D'un naturel mou et insouciant, imbus de préjugés , ils ne sont pas sales comme les juifs, avides et fourbes comme les Grecs : leur caractère est à-la-fois simple et plein de dignité. Il est vrai que les Turks n'ont pas , comme les juifs et les chrétiens, été soumis depuis plusieurs siècles à un despotisme capricieux et barbare, à un joug avilissant

divisions administratives. Les Turks ne connaissent pas les divisions adoptées dans nos géographies ; celles qui ont été données parles meilleurs géographes allemands, quoique exactes pour l'époque à laquelle écrivaient les auteurs turks Hadgi-Khalfa et Hezar-Fenn, ne correspondent plus aux divisions actuelles. Les Turks avaient partagé leurs possessions d'Europe et d'Asie en deux grandes divisions, dont chacune était mise sous les ordres d'un commandant-général, nommé beylerbey, c'est-à-dire bey desbeys. Le premier résidait tantôt à Monastir, tantôt à Sophia ; le second, tantôt à Angora, tantôt à Kutahya. Outre cette division générale , il existait des gouvernemens appelés eyaletow principautés, lesquels

EUROPE

étaient subdivisés en livas ou. sangiaks, c'est-à-dire, bannières. Les gouvernemens étaient sous les ordres de vizirs ou de pachas à trois queues , et les livas sous ceux de mirmirans ou de pachas à deux queues. La délimitation de ces gouvernemens avait d'ailleurs été faite d'une manière bizarre et sans égard aux divisions qu'indique la géographie; par exemple on avait placé dans le gouvernement des djezayrs ou des îles , gouvernement qui appartenait au capitanpacha , non-seulement les îles Turques d'Europe et d'Asie, mais la Morée, la province de Gallipoli et les côtes de Smyrne. Le sultan avait cru devoir mettre sous l'autorité immédiate du grand-amiral, toutes les contrées qui n'étaient accessibles que du côté de la mer, ou qui par leur position pouvaient contribuer à l'armement et au bien-être de la flotte. Au commencement du xvne siècle , lorsque l'empire Ottoman embrassait dans ses limites la plus grande partie de la Hongrie,

la Transylvanie , la Circassie , l'Aderbaidjan, on comptait 44 eyalets et 220 livas ; il n'existe pas maintenant beaucoup plus de la moitié de ces divers gouvernemens ; et d'ailleurs les limites de chaque province ont changé et changent encore tous les jours. Voici le tableau actuel des eyalets de la Turquie d'Europe et des livas qui en dépendent. Nous avons dressé ce tableau d'après celui qui se trouve dans le savant ouvrage de Mouradjea d'Ohsson sur l'empire Ottoman , nous contentant de réunir ensemble les dénominations turques et européennes, et de passer sous silence les pays soustraits au joug du sultan à la suite des derniers évènemens. Nous avons de plus supprimé l'importante ile de la Crète, qui a été mise sous les ordres du pacha d'Egypte; mais pour nous conformer au plant suivi dans cet Abrégé , nous en avons décrit les villes principales à la suite de la topographie de la partie européenne de l'empire.

EYALET DE ROUM-ILI , chef-lieu tantôt Sophia tantôt Monastir. Les livas qui en dépendent et qui portent le nom de leurs chefs-lieux respectifs sont : Jania (Janina) , Salonique , Tirhala (Trikala), Eskenderyé (Scutari) , Okhri (Ochritla. , Abloniya (Avlone), Kustendil (Gustendil) , Il-Bassan, Perzerin (Prisrcndi), Ducakin (Dukagin), Uskiup (Uscup) , Delviné (Delvino ou Delonia), Velitschterin (Veldgeterin , moins la partie qui doit être rendue à la Servie), Cavala, Aladja-Hissar (Kruschevacz , moins la partie qui doit être rendue à la Servie). EYALET DE BOSNIE , chef-lieu Bosna-Seraï; néanmoins le pacha réside à Travnik. Les livas qui en dépendent et leurs chefs-lieux sont : Fidin, Kiliss-Bosna, Izvérnik (Zvornik) , Ada-i-Kébir, Trebigne (chef-lieu de l'Hcrsck ou Herzégovine).

EYALET DE SÏLISTRIE , chef-lieu Silistrie. Les livas qui en dépendent et leurs chefs-lieux sont : Nicopoli, Tchertnen, Fizé, Kirkilissa; ensuite la forteresse de Belgrade.

EYALET DES DJEZAYRS ou DES ILES , chef-lieu Gallipoli Les livas qui en dépendent et leurs chefs-lieux" sont :

Le château des Dardanelles, Metelin Rhodes, Lefkeusché (Nicosie dans l'île de Chypre), ChiOj Samos et autres iles de l'Archipel.

TOPOGRAPHIE . COPîSTANTIPïOPLE est SÎ-

tuée dans une contrée charmante , entre la mer Noire et celle de Marmara, sur le canal qui sépare l'Europe de l'Asie, et dont l'enfoncement forme un des plus beaux ports de l'Europe. Celte cité porta d'abord le nom de Byzance, et ce n'est que vers l'an 320 de notre ère, que l'empereur Constantin l'ayant choisie pour la capitale de l'empire Romain, elle reçut, avec sa nouvelle importance, le nom qu'elle porte aujourd'hui. Tombée au pouvoir des Turks en 1453, elle devint la capitale des vainqueurs, et est appelée par eux tantôt Costantinié, tantôt Islamboul ou ville de V Islamisme. La ville proprement dite

forme une espèce de triangle , dont la pointe s'avance dans la mer. Au-delà du bras qui forme le port , sont l'arsenal, les chantiers de construction et les faubourgs de Pera et de Galata. En face sur la côte d'Asie, se trouve près de l'ancienne Chalcédoine, Scutari, qui est une assez grande ville, et qu'on peut cependant regarder comme une dépendance de la capitale.

Peu de villes au monde se présentent extérieurement sous un aspect plus imposant ; mais des rues étroites et fort sales, des maisons pour la plupart basses et construites en terre et en bois, détruisent en partie la première impression. Les incendies y sont fréquens et quelquefois

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11 Mosquée de Cha.li- pa dé u Méidani ou. place aiu

(ancien Hippodrome

13 Salle du Trône

14 le Trésor

18 Colonne corinthienne

1 Citerne des mille et une co,

a o Caserne des TiomJ>ardiers

a 1 Maison d Administration

a a Académie et Dépôts

a 3 Ecole

. 5 /S* Colonne dit historujue ou dArcadiur a 4 Corderie

G Asu i*'Jl Palais des Slaouernes a o Zc -Baane

1 7 Colonne brûlée a 6 Jiassin de Construction

K HDxifbur, <£>^

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