‹ Abrege de geographieChapitre 24 sur 454 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Des cartes géographiques et des principales mesures.

Nous avons vu comment, parla détermination des degrés de longitude et de latitude , les géographes sont parvenus à rapporter sur le globe terrestre artificiel le relief très réduit de la planète que nous habitons. Mais les globes de grande dimension sont des instrumens dispendieux et incommodes ; les petits ne présentent pas des détails sullisans. 11 a fallu donc avoir recours à des tableaux qui, sur une surface plane , donnassent une représentation satisfaisante du globe et de ses parties. C'est à d'autres sciences à apprendre de quelle manière les cartographes parviennent à diminuer jusqu'à un certain point les erreurs inévitables qui accompagnent toute représentation d'une partie quelconque assez grande du globe sur lestartes planes. Ici, nous ne donnerons que les notions les plus indispensables pour faciliter la lecture et l'intelligence des cartes géographiques, notions qui sont nécessaires à tous ceux qui veulent étudier avec fruit l'histoire civile ou physique des divers pays.

Lescartes géographiques représentent ou la terre entière, ou une partie du monde , ou une seule contrée : dans le premier cas on les appelle mappemondes ou planisphères ; celles de la seconde classe sont nommées cartes générales ; 1rs autres sont des caries spéciales.

On nomme cartes géographiques celles qui représentent les terres et les mers , ou une portion de terre quelconque ; on appelle cartes hydrographiques ou nautiques celles qui , omettant les détails de l'intérieur des terres , donnent, avec un soin minutieux , les côtes des continens et des lies, les moindres écucils des mers, les sondes ou les profondeurs de Veau , les fleuves , avec toutes leurs diverses branches et toutes les circonstances de leur cours.afin de guiderles navigateurs.

Parmi les cartes spéciales , il y en a qui offrent en grand une province avec tous ses lieux remarquables : ce sont des cartes choro graphique s . Si l'auteur est entré dans tous les détails de la nature du terrain, ou s'il a même retracé les habitations isolées et représenté minutieusement les chemins et les rivières: ce sont des cartes topojgraphiques. On sent que ces sortes de cartes doivent nécessairement embrasser un petit canton , et qu'elles se rapprochent insensiblement des plans géométriques : l'usage confond quelquefois ces dénominations.

Une carte peut être composée de plusieurs feuilles, qui réunies forment un seul tout : telle est la carte de l'Italie , par Bâcler d'Albe , en 56 feuillet; celle de la France, dite de Cassini , en 180. L'n atlas ett la réanlon de plusieurs cartes , dont

chacune forme un tout à part, et qui ne peuvent

pas s'assembler.

On distingue encore des cartes géographiques proprement dites et des cartes nautiques, celles qui sont appropriées à des usages particuliers, telles que les cartes ecclésiastiques , politiques , physiques , minéra logiques , botaniques, militaires, etc., etc. Ces dernières ne sont, au fond , que des cartes topograpbiques détaillées : le stratégiste y trouve l'indication des routes sur lesquelles il peut faire avancer une armée avec ou sans artillerie, les gués qui lui permettent de franchir une rivière , les défilés par lesquels il peut tourner la position d'un ennemi moins instruit ou moins vigilant ; en un mot, ces cartes lui présentent toutes les localités qui peuvent servir ou arrêter ses opérations. 11 y a aussi des cartes que leurs auteurs décorent du nom d' historiques , et qui doivent indiquer les migrations des peuples et les changemens de souveraineté ; enfin , il y a peu d'objets dont on n'ait tenté de réduire les rapports de localité en l'orme de cartes. Mais la composition de ces sortes de tables ne saurait être soumise à d'autres règles constantes que celles qui résultent des sciences étrangères à la géograpbie.

Toutes les cartes ne peuvent pas être destinées à faire avancer nos connaissances par la publication de détails nouveaux ou plus exacts que ceux des cartes précédentes. L'instruction publique réclame des cartes élémentaires , dont le mérite consiste à rendre d'une manière fidèle etcomplète les vérités déjà connues, et dans lesquelles il serait à désirer qu'on adoptât un système de gravure moins élégant et moins dispendieux que celui qu'exige le goût raffiné du public français. L'essentiel, dans un atlas élémentaire*, ce n'est pas d'étaler sur grand format des cartes très détaillées et d'une exactitude minutieuse ; c'est plu» tôt d'offrir, dans une série de petites cartes très nombreuses, l'ensemble complet des principes de la science. C'est d'après ce plan qu'a été dressé par M. Dufour, le Globe, excellent atlas classique , récemment publié à la librairie de M.Jules Renouard. Les meilleures collections dans ce genre nous paraissent être celles de MM. B rué et Lapie, en France; de Y Institut géographique de Weimar, et de MM. Weiland, Reichard , Stieler, Liechtenstern et Streit, en Allemagne; de Carrey, de Faden et d'Jirowsmith, en Angleterre, etc., etc.

Chaque carte, quelle qu'en soit la dimension, est dans un rapport quelconque avec la grandeur réelle du globe. Ce rapport est indiqué par ce

PRINCIPES GENERAUX. CH. V

qu'on appelle une échelle. C'est une ligne graduée , dont la longueur et les divisions montrent à quel espace , pris sur la carte , répond une quantité quelconque de lieues ou de milles : c'est ce qui met en état d'évaluer les distances des lieux. Supposons, par exemple, une carte sur l'échelle de laquelle un myriamètre soit exprimé par un centimètre; les distances prises sur cette carte seront aux distances réelles des pays qu'elle représente dans le rapport d'un centimètre à un myriamètre, c'est-à-dire que la distance entre deux lieux quelconques , mesurée sur la carte , sera un million de fois plus petite que la distance réelle existant entre les deux lieux placés à la surface du globe.

On nomme mesures itinéraires celles qui servent à évaluer les distances ; elles varient de pays à pays. A la fin de ce chapitre nous donnons un tableau des principales mesures itinéraires.

Il nous reste encore à dire un mot sur les signes employés par les géographes pour exprimer sur les cartes des détails historiques, physiques ou politiques , selon le but qu'on s'est proposé dans leur construction.

Les objets de la géographie ordinaire n'exigent que l'emploi d'un petit nombre de signes faciles à reconnaître ', et dont les anciens géographes expliquaient le sens dans une légende placée à l'un des côtés de la carte ; usage qu'on devrait reprendre dans les atlas élémentaires. Ces signes indiquent l'emplacement des lieux, et sont modifiés suivant l'importance de ces lieux et le rang qu'ils occupent dans le gouvernement civil , militaire ou ecclésiastique. Quand on veut mesurer des distances sur la carte, il faut remarquer le très petit cercle qui est, ou adjacent, ou inscrit dans chacun de ces signes , parce que c'est le point central de ce cercle qui fixe la position géographique du lieu. Lorsque la carte descend dans de grands détails, on y exprime les principaux traits du plan des villes un peu étendues; on doit alors avoir soin démarquer dans ce plan celui de ses points auquel se rapporte la position géographique. Un simple trait dessine les cours d'eau de peu de largeur, et l'on n'indique séparément les deux rives que lorsque les dimensions du lit du fleuve ou de la rivière peuvent être appréciées par l'échelle de la carte ; ce qui a lieu le plus souvent aux embouchures et aux endroits où le lit est semé d'ilots. C'est par un trait bien net, bordé de hachures, qu'on indique les rivages de la mer. Dans les cartes géographiques , ces hachures, extérieures par rapport aux terres , semblent représenter les ondulations de la mer sur les côtes. Il vaudrait mieux les supprimer, comme on le fait déjà en Angleterre, pour obtenir plus de clarté et plus d'économie. Dans les cartes marines, les hachures, portées sur la terre, peignent aux yeux l'escarpement des côtes. Les canaux de navigation , tracés sur une suite d'alignemens , sont représentés par des lignes brisées qui les distinguent suffisamment des cours d'eau naturels indiqués par une ligne ondulée. Les routes sont souvent marquées par deux traits fins et parallèles , quelquefois par de simples lignes , soit pleines, soit ponctuées ;

cependant on réserve le plus ordinairement ce dernières pour marquer les limites des états et 4 leurs provinces , et on varie à cet effet la grat deur et la forme des points. ^

Les dessinateurs géographes ont imaginé d& moyens pittoresques , ou des signes de convenu , — tion, pour indiquer qu'un pays est couvert t» plaines ou hérissé de montagnes, qu'il est nu ou t boisé , sec ou marécageux. Il suffit de jeter les yeux sur des plans de ce genre , pour reconnaître ^— ■ les signes qu'on y emploie ; ils sont tous confort ; mes aux règles de la perspective à vue d'oiseau , ••■ ainsi les parties plus ou moins fortement ombrées i représentent des pentes plus ou moins raides, sur lesquelles la lumière se perd d'autant plus, qu'elles se rapprochent davantage de la verticale. I 11 était naturel que le dessin des cartes géogra- I phiques restât en arrière de celui de la topogra- I pliie, surtout à l'égard des montagnes ; car l'é- n chelle de ces cartes est nécessairement trop petite pour qu'on puisse commodément y exprimer, dans de justes proportions, les innombrables inégalités du terrain , depuis les plus hautes chaînes de montagnes jusqu'aux collines du dernier ordre. Autrefois on avait pris le parti de représenter les montagnes par de petites élévations de profil, qui supposaient l'œil du spectateur dans le plan delà carte. On cherche aujourd'hui à représenter à vue d'oiseau les chaînes et les groupes de montagnes, et jusqu'aux pics ou pointes isolées qui reposent en général sur des élévations plus ou moins considérables, mais dont l'étendue offre des contours qui déterminent la forme des vallées. La nouvelle méthode est sans doute préférable, mais il faut pouvoir conserver une juste ? proportion entre les diverses élévations , et posséder tous les renseignemens nécessaires pour déterminer, point par point , le niveau du terrain.

Pour rendre plus frappantes les divisions politiques qui forment si souvent un contraste absurde avec les limites naturelles, on supplée par des teintes variées à la monotonie de la gravure. Quelques géographes allemands ont conservé l'ancienne méthode française d'étendre une même teinte sur toute la région qu'on veut distinguer des autres. Cette manière d'enluminer a peut-être moins de grâce que celle qui est aujourd'hui usitée en France , mais elle a aussi l'avantage de faire mieux apercevoir la grandeur des régions et les formes de leurs limites : elle devrait être adoptée dans tout atlas élémentaire.

Nous terminerons ce chapitre en mettant sous les yeux du lecteur le tableau des mesures itinéraires et topographiques les plus fréquemment employées par les géographes et les voyageurs. Ces mesures y sont considérées : 1° comme mesures de distance dans leur rapport au degré (nonagésimal) de l'équateur,a la lieue géographique de France de 25 au degré, et au kilomètre ; 2° comme mesures d'étendue superficielle dans leurs rapt or ts aux lieues géographiques d'Allemagne [de 15 au degré) carrées, de France (de 25 au degré) carrées, et au kilomètre carré.

Page 1