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CHAPITRE XIII

Classification des habit ans de la terre d'après les religions qu'ils professent.

Il n'est pas prouvé, dit M. Schoell, qu'il existe un peuple sans religion. Dès que les hommes se sont réunis en sociétés , ils ont reconnu l'existence d'êtres supérieurs a leur nature, et disposés à exercer sur leur destinée une influence bienfaisante, si on les rendait favorables, malfaisante, si on excitait leur courroux. Ils se sont, en conséquence, efforcés d'opaiser ces êtres par des prières, des offrandes, des sacrifices et par toutes les démonstrations de respect et de vénération qu'ils ont pu imaginer. 1 es diverses manières dont les peuples manifestent ce sentiment constituent autant de religions diverses ; les actes extérieurs qui peuvent être le résultat de ces croyances religieuses sont des cultes.

Quelle que soit la diversité des religions que les hommes professent, on peut les diviser en trois classes : la première comprend toutes les religions dont les objets du culte sont, ou les corps célestes, ou des êtres animés, ou tout autre corps existant à la surface ou à l'intérieur de la terre. La seconde, les religions qui reconnaissent le vrai Dieu. La troisième enfin, les religions qui reconnaissent Yexistence d'un être suprême quelconque qui a créé et qui régit l'univers, quelles que soient d'ailleurs les formes différentessous les-quelles cet être est représenté, et les noms divers qu'on lui donne.

PREMIÈRE CLASSE. Les cultes se subdivisent en un nombre presque infini, tant est grande

la variété de ces religions enfantées par la superstition et l'ignorance des peuples les moins civilisés; nous nous bornerons à mentionner les deux suivantes, qui, jusqu'à un certain point, peuvent être regardées comme la source d'où dérive le plus grand nombre des superstitions et des croyances absurdes qui forment la base de toutes ces religions : nous voulons parler du fétichisme et du sabéisme. A quelques exceptions près, tous les peuples sauvages et ceux que nous avons nommés barbares partagent ces deux croyances.

Le Fétichisme est l'adoration des fétiches (fetisso), expression employée par les nègres des côtes occidentales de l'Afrique pour désigner les objets vivans ou inanimés de la nature , auxquels la peur, la reconnaissance ou quelque affection particulière porte ces peuples à adresser une espèce de culte religieux. Tout ce qui les entoure, la nature entière, les élémens, les arbres, les fleuves, le feu, en un mot tous les êtres chez lesquels ces hommes simples et ignorans observent des propriétés bienfaisantes ou malfaisantes, qui leur paraissent incompréhensibles, sont les objetsdeleur culte. C'est celui des peuples qui sont placés au dernier degré de civilisation, et qui ont les idées les plusgrossières delà divinité et des rapportsqui existent entre elle et l'homme. Mais ce culte offre un grand nombre de nuances, depuis les superstitions les plus absurdes des sauvages abrutis du Continent-Austral (Nouvelle-Hollande) et de la

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Tasmanie (Terre de Diémen) jusqu'au fétichisme des peuples moins barbares de la Polynésie, du centre de l'Afrique et de plusieurs parties de l'Asie et de l'Amérique. Les sacrifices humains et des actes d'atrocité révoltante sont le caractère distinctif de ces religions barbares. Les desservans sont des espèces de devins et de sorciers, appelés griots chez plusieurs peuples de l'Afrique , jongleurs chez quelques peuplades américaines, et schamanes chez les habitans de la Sibérie ; cette dernière dénomination a été la cause de la singulière méprise qui a fait confondre une nuance du fétichisme avec le samanéisme qui est une branche de la religion de Bouddha.

Le Sabéisme tient un rang plus élevé ; c'est l'adoration des corps célestes, du soleil, de la lune et des étoiles, soit séparément, soit tous ensemble. Ce système très ancien, répandu sui toute l'étendue du globe , s'est mêlé avec toutes les autres religions ; maisil n'existe plus sans mélange que chez quelques tribus isolées. Son nom vient des Sabéens ou Sabiens , ancien peuple de l'Arabie.

La SECONDE CLASSE ne comprend que trois religions, savoir ,1e Judaïsme, le Christianisme et F 'Islamisme. Nous allons, dans le tableau suivant, essayer de faire connaître chacune de ces religions et les différentes sectes dans lesquelles elles se divisent.

Le Judaïsme ne reconnaît d'autre révélation que celle qui a été faite au peuple de Dieu par Moïse et parles prophètes. Ceux qui professent cette religion sont connus sous le nom de Juifs. Us attendentla venue d'un Messie, qui doit fonder un grand empire , auquel participeront les fidèles. Us pratiquent la circoncision et un grand nombre de cérémonies. Ils chôment le septième jour de la semaine. Lorsqu'ils occupaient la Palestine, ils avaient une sorte particulière de prêtres , les Lévites; depuis leur dispersion, qui a produit la confusion de leurs tribus, ils ont cessé de sacrifier à l'Eternel ; et , au lieu de prêtres ou de sacrificateurs, ils n'ont plus que des docteurs appelés Rabbins, qui enseignent la loi dans les synagogues ; c'est ainsi qu'ils appellent leurs temples. Ils ne reconnaissent qu'une personne en Dieu. Leurs livres sacrés forment Y Ancien Testament } écrit principalement en langue hébraïque.

Le Judaïsme , dont plusieurs idées et images ressemblent à celles des Mages de la Perse ou des anciens prêtres égyptiens, se divise aujourd'hui en plusieurs sectes dont les principales sont : la secte des Talmudis te s , dits aussi Rabbanistes , dénominations qui leur ont été données à cause de leur respect pour les décisions des Rabbins et pour le Talmud, immense fatras, où quelques idées saines sont perdues dans la fange. Ces juifs, étant incomparablement plus nombreux que tous les autres, forment à proprement parler la masse de la population juive. Les Chasidim , dits aussi Juifs Sauteurs ou Pie'tistes, sont une subdivision des Talmudistes , qui s'est formée à Miedzyvorz en Ukraine, entre 17G0 et 1765 ; ils affectent une vertu plus sévère, une dévotion plus vive, et sont aux autres Juifs ce que sont les Piétistes aux Protestans On prétend que leur nombre dépasse

celui des Talmudistes dans la Pologne russe et dans la Turquie d'Europe. Les C ara i te s rejettent les traditions, les superstitions et les inepties qui abondent dans le Talmud. Us différent en outre des Rabbanistes sur quelques rites, quelques cérémonies légales. Quoique réduits à un très petit nombre , ils sont répandus en plusieurs pays : on les retrouve dans la Syrie , en Egypte , dans le désert de Hit, à trois jours de marche de Bagdad; à Constantinople , en Crimée, dans l'Ukraine , dans la Gallicie, la Lithuanie, à Dubno et près de Kouba dans la région du Caucase. Les R.e c habite s , visités dernièrement parle docteur Wolf; ilsvivent indépendans dans trois oasis non loin de la Mecque. Ces Juifs remontent à une haute antiquité, possèdent le Pentateuque , les livres des Rois, d'Isaïe , de Jérémie et de quelques autres prophètes. Les Samaritains , autrefois beaucoup plus nombreux et maintenant réduits à 200 individus, qui vivent à Naplouseetà Jaffa. Ils ne différent des autres Juifs que dans les cérémonies. Us l'ont encore tous les ans le sacrifice au mont Gai izim ou dans la ville de Naplouse. Les Juifs du Malabar : ils sont assez nombreux, s'y sont établis depuis plusieurs siècles , et y ont fait beaucoup de prosélytes parmi les indigènes.

Le plus grand nombre des Juifs vit maintenant en Europe, surtout dans les empires Russe, Autrichien etOttoman;en Asie, dans ce dernier empire, dans l'Arabie, dans l'Inde et autres contrées; en Afrique, dans les régions du Nil et de l'Atlas. Nous ne savons pas qu'il en existe dans l'Océanie-, et l'Amérique en compte un nombre très petit relativement aux autres parties du monde.

Le Christianisme , qui a pris son origine dans le s in du judaïsme, et qui s'est divisé de siècle en siècle en une infinité de systèmes, étend aujourd'hui s i bienfaisante influence sur les contrées les plus civilisées et dans toutes les parties du monde. C'est li religion la plus étendue sur le globe et celle qui compte un p'us grand nombre d'adeptes. Ceux qui la professent, et que nous appelons Chrétiens, indépendamment de la révélation de Moïse et des prophètes , croient encore à celle du Nouveau Testament , à la venue du Christ, à la rédemption des péchés, et à la résurrection des morts ; ils pratiquent le baptême et chômentle premier jour de la semaine. Nous offrirons dans le tableau suivant les principales subdivisions du christianisme d'après M. Schoell et d'après l'ouvrage remarquable de l'ancien évéque de Blois.

1° Chrétiens qui outre laliible reconnaissent encore une autorité supérieure en matière de foi. Us forment l'Eglise Latine ou d' Occident , et l'Eglise Grecque ou d'Orient.

A. Eglise Grecque ou d'Or.iENT.Les principaux points sur lesquels elle diffère de l'Eglise Latine sont relatifs à la suprématie du pape , comme vicaire de Jésus-Christ et au dogme qui fait procéder le Saint-Esprit du Fils, ainsi qu'à deux points de discipline, qui sont la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres. Voici les autres dogmes ou points de discipline sur lesquels les Orientaux ne s'accordent pas avec les Catholiques.

CLASSIFICATION D'APRES LES RELIGIONS

Quoiqu'ils admettent sept sacremens qu'ils appellent mystères, il paraît qu'ils n'attachent pas à ce mot le même sens que les Latins ; il est certain au moins qu'ils n'en regardent que deux comme d'institution divine, savoir : le baptême et l'eucharistie, et qu'ils croient que les autres ont été institués par l'Eglise. Ils donnent la confirmation en même temps que le baptême , qui se fait par triple immersion; ils y joignent même la communion. Ils nient l'indissolubilité du mariage et le rompent pour adultère; mais ils condamnent les quatrièmes noces. Ils ne reconnaissent pas d'œuvres surérogatoires et n'admettent par conséquent pas les indulgences. Les Orientaux ont , comme les Catholiques , une hiérarchie et des monastères, et sont soumis à des pratiques de dévotion nombreuses et à des jeûnes plus rigoureux encore. Ces Chrétiens se partagent en quatre communions principales, selon qu'ils adoptent ou rejettent une partie des sept premiers conciles œcuméniques , qui ont été assemblés avant la scission des Eglises d'Orient et d'Occident.

lù L'Eglise Grecque, qui s'appelle orthodoxe, parce qu'elle adopte tous les sept conciles œcuméniques, ainsi que le quini-sextum, n'a jamais formé une Eglise unique. Elle embrasse presque tous les Grecs de l'empire Ottoman , tous ceux de l'empire Russe et des îles Ioniennes, et un grand nombre d'individus appartenant à différentes nations qui habitent l'empire d'Autriche , surtout dans les pays qu'on nomme hongrois. Ils reconnaissent pour chef spirituel le patriarche de Constantinople, qui a conservé sa prééminence sur ceux d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. On appelle Melchisles les chrétiens orthodoxes de la Syrie et d'autres provinces du Levant, qui ne sont pas Grecs de nation , mais de religion.

Tous les peuples Russes et tous les prosélytes que les Russes sont parvenus à faire parmi les nations qui vivent dans leur vaste empire, un grand nombre d'habitans des provinces qui formaient le cidevant royaume de Pologne, ainsi que les Géorgiens, et autres peuples, professent cette religion, et dépendent du Saint-Sinode de l'empire Russe pour tout ce qui a rapport au culte. Nous ne savons pas si les Mingrelicns et les Imérétiens, compris maintenant dans cet empire, sont encore soumis comme auparavant au patriarche de Constantinople. L'Eglise Russe comprend sous le nom général de Raskolniks toutes les sectes dont les croyances diffèrent de l'Eglise orthodoxe. Il y en a un grand nombre. Nous citerons les Bogomiles qui se livrent à tous les excès de la sensualité et se dispensent du travail ; les Malakhans, qui ont quelque analogie avec les quakers ; les Philippons, qui encouragent le suicide, et les Origénistes qui enseignent que la mutilation dans les parties génitales est commandée par le fondateur même de la religion chrétienne.

2°UEglise Chaldéenne ouiV e s iorienne. Ses croyans ne reconnaissent que les deux premiers conciles œcuméniques et les pères de l'Eglise qui ont vécu avant le concile d'Ephèse, où leur doctrine a été condamnée. Ils attribuent à Jésus-Christ deux personnes ou hypostases , refusent de donner à la Vierge la qualité de mère de

Dieu , abhorrent le culte des images, et regardent Nestorius et Théodore de Mopsveste comme des saints. Le plus grand nombre vit dans l'Asie-Ottomane, ou dans le village d'El-Kosch près Mosul, où réside leur patriarche principal, et dans la Perse. Les Nestoriens établis dans l'Inde sont nommés Chrétiens de Saint-Thomas , parce qu'ils prétendent avoir reçu l'Evangile par l'intermédiaire de ce saint. Depuis 1599 ils se sont, pour la plupart, réunis aux Latins, en conservant la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres. Ces chrétiens sont ce que les catholiques désignent sous le nom de Grecs-Unis.

3° VEglise Monophy site ou Eulychéenne , dont les croyans ne reconnaissent que les trois premiers conciles œcuméniques, et n'admettent qu'une nature en Jésus-Christ, savoir : la nature divine , qui a été incarnée ; aussi ne font-ils le signe de la croix qu'avec un seul doigt. Cette Eglise se subdivise en trois autres appelées:

Jacobite, ainsi nommée d'après un moine syrien du vie siècle, Jacob Baradaï ou Zanzalus, qui parcourut la Syrie et la Mésopotamie pour réunir en une Eglise les Monosophy sites dispersés, et qui leur donna une hiérarchie. Leur chef prend le titre de Patriarche d'Antioche , porte le nom d'Ignace et réside à Karemid, dans le Diarbekir, dans l'Asie-Ottomane. Les Jacobites ont adopté le culte des saints et des images. Une grande partie d'entre eux se sont réunis 5 l'Eglise catholique, en conservant toutefois quelques rites qui leur sont particuliers.

Copte, dont les croyans se nomment Coptes ou Chrétiens d'Egypte, de Nubie et d'Abyssinie. Ils ont adopté le culte des images. Deux particularités les distinguent de tous les autres Chrétiens ; ils ont conservé la circoncision conjointement avec le baptême, plutôteependanteomme une coutume nationale, que comme cérémonie religieuse ; et ils célèbrent le dimanche et une partie du samedi. Leur patriarche réside au Caire, mais il prend le litre de patriarche d'Alexandrie et de Jérusalem. 11 nomme pour l'Abyssinie un vicaire général appelé Abuna.

Arménienne , à laquelle appartiennent presque tous les Arméniens. Ces chrétiens ont peu de fêtes et rejettent le culte des images. Ils ont quatre patriarches, dont le principal , qui porte le titre de Calholicos de tous les Arméniens , a résidé dans le couvent d'Etch Miadsin , dans la ci-devant Arménie-Persane jusqu'en 1822, époque où il s'est réfugié sur le territoire Russe ; il est probable qu'il est retourné à son ancienne résidence depuis l'incorporation de cette province à l'empire Russe. Les trois autres patriarches résident à Sis en Caramanie, à Gandsasar près du lac d'Erivan, et à Agathamar, couvent situé dans une île du lac de Van. Les Arméniens forment ta masse principale de la population de l'Arménie proprement dite, et se trouvent répandus en plusieurs autres pays indiqués dans les articles ethnographiques de cet ouvrage. Quelques Arméniens se sont réunis à l'Eglise catholique : ceux-ci ont un archevêque à Naclitchivan sur le Don, et un autre dans l'île de Saint-Lazare dans les lagunes de Venise 11 y en a

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aussi plusieurs milliers dans l'empire Ottoman, surtout à Constantinople, où depuis peu ils sont soumis à la juridiction d'un patriarche indépendant qu'on vient de leur accorder.

4° Véglis e Ma ro ni te, dont les croyans s'appellent Maronites, d'après Jean Maron, prêtre du ve siècle, qui leur donna leur constitution. Ils vivent dans les montagnes du Liban et dans l'île de Chypre ; ils admettent les quatre premiers conciles œcuméniques, et reconnaissent par conséquent en Jésus-Christ une seule personne et deux natures; mais ils sont Monoihélites, n'admettent dans ces deux natures qu'une seule volonté. Le plus grand nombre s'est réuni à l'Eglise catholique,en conservant la plupart des rites de l'Eglise orientale. Leur chef spirituel, qui reconnaît le pape, porte le titre de patriarche d'Antioche et réside à Cannobin , couvent du Liban.

B. Église Latine ou d'Occident. On appelle Catholiques ceux qui suivent ses dogmes; mais cette dénomination, qui indique qu'ils forment I1 Eglise universelle , leur est contestée par les membres des autres Eglises chrétiennes : ceux-ci les appellent Catholiques Romains et Papistes. L'Eglise latine reconnaît pour chef le pape ou le souverain Pontife ; elle admet l'autorité de la tradition, ainsi que les décisions de l'Eglise asseniiblée en conciles œcuméniques , qui sont regardés comme infaillibles. Le plus grand nombre de ses membres attribuent cette infaillibilité au pape seul. Les Catholiques ont sept sacremens d'institution divine ; ils admettent la transsubstantiation dans l'eucharistie , la confession auriculaire, le culte des saints , le purgatoire, les œuvres de surérogation , les indulgences, les vœux monastiques, et au moins comme discipline, le célibat des prêtres. Ils administrent le baptême par aspersion ; ils reconnaissent non-seulement les sept premiers conciles œcuméniques qui ont été assemblés avant le schisme de l'Eglise orientale (à l'exception du quini-sextum), mais aussi plusieurs autres convoqués par les papes depuis le ixe siècle. Le dernier et le plus célèbre est celui de Trente, qui, avec quelques interruptions, a siégé de 1542 jusqu'à 1563. Le clergé catholique est nombreux et très riche , surtout en Hongrie , en Espagne , au Mexique, au Pérou, à Cuba et autres contrées. 11 existe entre les prêtres une hiérarchie et des dignités ecclésiastiques, auxquelles, jusqu'à ces derniers temps, fut attaché quelquefois un pouvoir temporel très considérable , tels que les électorats ecclésiastiques de Mayence , de Trêves et de Cologne , l'archevêché de Saltzbourg , les évèchés de Wurzbourg , de Bamberg , d'Hildsheim , etc. , etc. , dans le ci-devant empire Germanique, la grande maîtrise de l'ordre de Malte, etc. Parmi les Catholiques de toutes les nations, excepté toutefois chez les Grecs-Unis dont nous avons parlé à l'article de l'Eglise grecque , la liturgie et les prières sont rédigées en latin.

L'Eglise Catholique étend son empire sur presque toute la France , sur les royaumes actuels de Belgique et de Pologne , sur toute l'Italie, l'Espagne, le Portugal, sur les trois quarts de l'Irlande, sur la plus grande partie de l'empire d'Autriche, sur presque la moitié de la monarchie Prussienne,

de la confédération Suisse et des puissances secondaires de la confédération Germanique, comme aussi sur des fractions assez considérables de la Grande-Bretagne et du royaume actuel de Hollande ou des Pays-Bas. Il faut aussi ajouter au nombre de ses croyans la plus grande partie des Chrétiens de saint Thomas ou Syriens du Malabar, des Maronites du Liban , et un grand nombre d<; Grecs-Unis et Arméniens qui, en conservant leur liturgie et quelques usages, reconnaissent la suprématie du pape et les dogmes de l'Eglise latine. On trouve la religion catholique dominante dans les nouveaux états qui se sont élevés sur les débris des colonies fondées par l'Espagne, le Portugal et la France en Amérique, ainsi que dans les divers établissemens que ces puissances possèdent encore non-seulement dans le Nouveau-Monde, mais dans plusieurs autres contrées du globe. L<; Catholicisme est aussi professé par une partieassez considérable de la population des Etats-Unis : la Louisiane, le Maryland, le Kentucky, le district de Colombie , les Florides, sont les étals où il compte le plus d'adhérens. Le Pape ou le souverain Pontife est le chef spirituel de cette Eglise.

11° Chrétiens qui, en matière de foit ne reconnaissent d'autre autorité que celle de la Bible. M. Schoell divise ces chrétiens en Unitaires, qui ne reconnaissent qu'une personne dans la Divinité, et en Trinitaires, qui en admettenttrois.

A. Unitaires. On appelle en général Unitaires ou Anti-Trinitaires tous les Chrétiens qui nient la trinité des personnes en Dieu. On comprend sous ce nom plus spécialement les Ariens du ive siècle, les Sociniens et les Unitaires proprement dits. Les Ariens , dont la doctrine a été condamnée au premier concile de Nicée, admettaient que Jésus- Christ est engendré du Père de toute éternité; mais ils soutenaient que le Fils et le Saint-Esprit sont subordonnés au Père. Les Sociniens nient également la divinité du Christ, mais il est à leurs yeux la première des créatures et le plus grand des prophètes, qui a été conçu miraculeusement par l'opération du Saint-Esprit, lequel est une force émanée de Dieu. Jésus-Christ est venu donner aux hommes un modèle de toutes les vertus ; il a prouvé notre résurrection future par la sienne. Toute puissance lui a été accordée dans le ciel et sur la terre , et le Père estinvoqué en son nom. Onappelle Unitaires proprement dits ceux qui nient la divinité du Christ et sa préexistence, sans admettre aucun des deux systèmes dont on vient de parler. Ces Unitaires sont répandus parmi les Chrétiens de tous les pays, mais ils n'ont pas fait de scission et ils ne forment pas de secte particulière. Les Ariens , s'il en existe encore, sont dans le même cas. Il ne nous reste donc à parler que des Sociniens.

On les appelle ainsi d'après Lellio Sozzini, noble Siennois, mort en 1562 en Pologne, où il s'était réfugié pour échapper à l'inquisition. Les Sociniens se rapprochent dans la plupart des dogmes du système des Protestans ; mais ils rejettent, ainsi qu'on l'a dit , la Trinité et tous les mystères. Leur grand principe est que le christianisme doit être absolument conforme à la Bible, et que les expressions des livres sacrés doivent être prises daus leur

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sens le plus simple et le plus naturel , en écartant toute interprétation mystique et tout ce qui tient au merveilleux. Les Sociniens sont très peu nombreux. La plus grande partie de ces sectaires habite la Transylvanie, où ils jouissent .d'une pleine liberté de conscience et de l'exercice public de leur culte. On en trouve aussi, mais en bien plus petit nombre , dans la monarchie Prussienne, en Hollande et en Angleterre.

B. Tributaires. Ces chrétiens trouvent clans les livres du Nouveau-Testament le dogme de la divinité éternelle de Jésus-Christ et du Saint-Esprit , et reconnaissent le dogme de la Trinité. On peut les diviser en trois classes principales , savoir : les Proies tans, les Anglicans et les diverses sectes mystiques et enthousiastes qui ont été entées sur le protestantisme.

1° Protestans. Ces chrétiens sont ainsi nommés parce qu'à la diète de l'Empire tenue en 1529 , les princes et états attachés aux opinions des novateurs protestèrent contre toute loi qui défendrait des innovations eu matière de religion. Les protestans adoptent la Bible comme un ouvrage divin , en rejetant cependant comme apocryphes diverses parties que le concile de Trente a déclarées canoniques -, ils recommandent la lecture et l'étude des livres sacrés, dont ils ont fait faire un grand nombre de traductions dans toutes les langues -, cependant aucune de ces traductions n'est regardée comme authentique , et le texte original seul fait autorité pour eux. Ils pensent que Dieu a donné à l'homme , indépendamment de la révélation , deux grandes lumières : la saine raison pour entendre sa parole , et la conscience pour lui servir de guide dans ses actions. Us rejettent toute autorité humaine en matière de foi, même celle des conciles; ils adoptent cependant, non comme loi, mais comme conformes à la Bible , les canons des quatre premiers conciles œcuméniques, et la phrase qui énonce la procession du Saint-Esprit et du Fils ; par conséquent , leur credo est entièrement conforme à celui des Catholiques. Ils ne connaissent que deux sacremens : le baptême qu'ils administrent par infusion, et l'eucharistie ou la sainte cène ; ils communient sous les deux espèces ; ils rejettentla transsubstantiation, et par conséquent le sacrifice de la»messe -, ils n'admettent pas la légitimité des vœux monastiques , la sainteté du célibat , l'indissolubilité du mariage , le mérite attribué aux bonnes œuvres par l'Eglise Catholique, ni par suite les indulgences 5 ils réprouvent aussi l'invocation des saints et le culte des images , la confession auriculaire , la différence entre les péchés véniels et mortels, la rémission des péchés par une autorité humaine, l'extrème-onction, le purgatoire et l'autorité spirituelle du souverain pontife et de l'Eglise. Chez eux l'ordination ecclésiastique n'est qu'une cérémonie religieuse en vertu de laquelle les candidats sont reconnus, par leurs confrères , capables d'exercer le saint ministère : leurs ecclésiastiques ne sont que les ministres du culte et les serviteurs du prince qui les a nommés et des communes qu'ils desservent. Us n'ont d'autre autorité que celle qu'ils tiennent des lois du pays où ils vivent. La confirmation, la confession et la bénédiction nuptiale ne sont que de6 cérémonies religieu-

ses instituées par les hommes , et dont on peut se dispenser. Les Protestans les ont conservées, en en changeant l'objet et la destination , mais ils ont entièrement supprimé l'extrème-onction.

On divise les Protestans en Luthériens et en Zwingliens ou Calvinistes.

Les Luthériens sont ainsi nommés d'après Martin Luther, moine de Wittemberg, qui , en 1517, commença le schisme; ils préfèrent cependant le nom d'Evangéliques ou d' Adhère ns de la Confession d'Augsbourg , qui est le nom officiel qu'on leur a donné en Allemagne et en France ; ce nom dérive de la fameuse Confession d'Augsbourg, rédigée par Philippe Melanchton et présentée en 1530 à l'empereur Charles-Quint à la diète d'Augsbourg par les princes et les états qui avaient embrassél es opinions de Luther.

Les Luthériens se distinguent des autres Protestans par la manière mystique dont ils s'expriment à l'égard de la présence réelle dans le sacrement de l'eucharistie. Tout en rejetant la transsubstantiation , ils admettent la présence réelle et disent que les fidèles mangent le véritable corps et boivent le véritable sang de Jésus-Christ en mangeant le pain et buvant le vin , in, cum et sub pane et vino; de manière que ce pain et ce vin , quoique consacrés . conservent leur nature s'ils ne sont pas distribués aux fidèles et ne doivent en aucun cas être adorés. Ils emploient, dans la communion, du pain azyme, comme l'Eglise Latine. Tout en rejetant le culte des images, ils souffrent que leurs églises en soient décorées, en commémoration des évènemens qu'elles rappellent. Les Luthériejas ne condamnent pasabsolument la hiérarchie, mais ils n'admettent pas qu'elle soit d'institution divine ; et leurs prélats, dans les pays où ils en ont , sont soumis au prince qui est toujours investi de la suprématie spirituelle. En Suède, les Luthériens ont des archevêques et desévêques, qui forment un des quatre ordres de l'état , avec lesquels le roi partage l'exercice du pouvoir législatif. En Danemark, en Norwège et en Islande on trouve les mêmes dignités ecclésiastiques, mais sans aucune prérogative qui donne une influence politique.

Le Luthérianisme domine dans les monarchies Prussienne, Danoise et Norwégieno-Suédoise, dans les royaumes d'Hanovre , de Saxe et de Wurtemberg et autres états de la confédération Ger manique, dans les provinces Baltiques de l'empire Russe -, il compte aussi beaucoup de croyans dans les pays Hongrois et autres provinces de l'empire d'Autriche, ainsi que dans plusieurs états de la confédération Anglo-Américaine et dans les colonies Danoises et Suédoises.

Les Zwingliens, ainsi nommés d'après Zwingle. pasteur à Zurich , contemporain de Luther, qui commença le schisme en Suisse, sont aussi appelés Calvinistes du nom de Calvinus, de Noyon, qui répandit les mêmes opinions à Genève et en France Les Calvinistes se donnent de préférence le non» de Réformés. Anciennement en France on les appelait Huguenots.

Les Calvinistes rejettent entièrement la présence réelle, et prétendent que le pain et le \in signifient seulement le corps et le sang du Sauveur. lisse servent, dans la communion de pain levé. Ils sou-

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tiennent que , quoique Jésus-Christ soit venu pour sauver le genre humain , il n'y a qu'un petit nombre d'hommes élus depuis l'éternité, et prédestinés au salut. Les Calvinistes exigent dans le culte une simplicité extraordinaire , et rejettent l'usage du crucifix, des images et des cierges, que les Luthériens tolèrent comme simple ornement. Leur régime ecclésiastique est entièrement républicain.

Presque tout le royaume actuel de Hollande, les cantons Suisses de Berne, de Zurich, deBàle,de Genève et le duché de Nassau, les principautés d'Anhalt, de Lippe, la Hesse-Electorale, les départemens du Gard, de l'Ardèche, de la Drôme, de Lot-et-Garonne , etc., etc., en France ; la Hongrie, la Transylvanie , les Confins Militaires , etc. , dans l'empire d'Autriche , et les Etats-Unis d'Amérique, ainsi que les colonies Anglaises et Hollandaises , sont des pays où les Calvinistes se trouvent en plus grand nombre. Il y en a aussi beaucoup dans la monarchie Prussienne. Nous ajouterons que, dans la confédération Anglo-Américaine, ils forment presque un quart de la population actuelle. En Hollande et dans le Holstein , une secte particulière de Réformés est nommée Arminiens ou Remonlrans.

En Ecosse et en Angleterre , dans les colonies Anglaises et dans la confédération Anglo-Américaine , les Calvinistes se partagent en deux classes. On nomme Presbytériens ceux qui sont régis en affaires ecclésiastiques par une espèce de pouvoir aristocratique résidant dans les synodes , et lndépendans ou Congrégationalistes , ceux qui rejettent ce pouvoir, et chez lesquels chaque communauté exerce par elle-même le pouvoir ecclésiastique. Les Presbytériens, aussi bien que les Congrégationalistes, sont nommés en Angleterre Non-Conformistes , en tant qu'ils ne reconnaissent pas l'épiscopat qu'admet la haute Eglise Anglicane ; mais en Ecosse ils forment non-seulement Y Eglise dominante , mais même celle à laquelle appartient la grande majorité des habitans. On appelait anciennement Puritains tous ceux qui, en 1565, rejetèrent la liturgie anglicane pour établir un culte plus pur. L'Eglise Presbytérienne des Etats-Unis, où, en 1828, elle ne comptait pas moins de 1968 églises desservies par 1285 pasteurs, est la secte calviniste qui a le plus de rapport avec les anciens Puritains.

Les Luthériens s'étant rapprochés, depuis la moitié du xvme siècle, de l'opinion des Calvinistes sur la présence réelle dans la sainte cène, et ceuxci ayant adouci leur dogme sur la prédestination , il n'existe aujourd'hui presque plus de différence entre les deux religions , et les adhérens de l'une suivent le culte de l'autre , quand ils n'ont pas d'église particulière. Ils approchent même indistinctement de la sainte cène célébrée par des ministres de l'une ou de l'autre communion , parce que les uns et les autres n'emploient dans cette solennité que les paroles mêmes de l'institution, prononcées par Jésus-Christ, sans y ajouter aucun commentaire. Ce qui a empêché Jusqu'à ces dernières années , la réunion des deux partis , c'est surtout la diversité de leur administration ecclésiastique, qui est toute républicaine chez les uns, et monarchique chez les aulres.

Notre siècle , fertile en évènemens de tout genre , a vu aussi commencer, en 1817, dans le duché de Nassau, la fusion des deux Eglises luthérienne et calviniste en une seule, sous le titre d'EgliseEvangélique. Cette union a eu lieu aussi depuis à Paris, à Francfort-sur-le-Mein , dans presque toute la monarchie Prussienne, dans une grande partie du royaume de Bavière, dans le grand-duché de Bade, dans la Hesse-Electorale et dans la Hesse Grand- Ducale, dans le duché d'Anhalt-Bernbourg, dans la principauté de Waldeck et dans d'autres parties de l'Allemagne. Il est probable que les Calvinistes et les Luthériens des autres pays de l'Europe et des autres parties du monde se réuniront aussi, et que, sous peu d'années, ces deux Eglises n'en formeront plus qu'une seule sur tout le globe.

2° Anglicans. Ces chrétiens , qu'on nomme aussi Episcopaux, îovmml la haute Eglise établie en Angleterre depuis le règne de la reine Elisabeth. Quelqu'un a dit dans le parlement que l'Eglise Anglicane a 39 articles calvinistes, une liturgie papiste et un clergé arminien. Un savant très distingué , tout en remarquant qu'il n'est pas encore décidé si elle est calviniste ou arminienne, dit que lors de sa scission de l'Eglise Catholique, elle en conserva la hiérarchie, la discipline, le langage, le costume et les formes liturgiques. Les plus belles oraisons du culte catholique subsistent dans le Common prayers Book. 11 contient notre calendrier ecclésiastique, la liste des saints, les fêtes, les Rogations, l' Avent , les Cendres , les jours d'abstinence , le carême. L'Eglise Anglicane aux Etats-Unis d'Amérique diffère beaucoup de la précédente; elle a réduit les 39 articles à 10 et a rejeté le symbole Athanasien. L'arminianisme parait y être la doctrine dominante.

Les Anglicans forment la grande masse de la population de l'Angleterre , et une partie considérable de celle de l'Irlande et des Etats-Unis ; dans la plupart des possessions anglaises hors d'Europe, ils sont, de tous les chrétiens qui s'y trouvent établis, presque toujours les plus nombreux.

On appelle en Angleterre Dissenters ou Non- Conformistes tous ceux qui ne sont pas de l'Eglise Anglicane, qu'ils soient protestans, catholiques, quakers ou juifs-, mais quelquefois on restreint l'acception de ce mot aux protestans qui rejettent l'épiscopat.

3° My s tiques et Enthousiastes. Nous réunissons sous ces dénominations plusieurs sectes qui se sont formées , soit parmi les Protestans , soit parmi les Anglicans. Leur nombre est très grand. Nous nous bornerons à classer les sept suivantes qu'on peut regarder comme les principales.

A.hzs Congrégationalistes regardent chaque congrégation comme une partie de l'Eglise visible et militante. Chaque Eglise est pour eux un corps organisé et muni de tout ce qui est nécessaire pour atteindre son but religieux, sans être assujétie à aucune autre. Leurs dogmes sont presque identiques à ceux de l'Eglise Presbytérienne de l'Ecosse, où ces sectaires sont très nombreux, et de celle des Etats-Unis d'Amérique, où on en trouve aussi un grand nombre. Pour être congrégationaliste , il faut la foi de Jésus-Christ, le repentir du péché , reconnaître la trinité , la prédestination, la dépra-

CLASSIFICATION D'APRES LES RELIGIONS. 69

vauoB originelle , la rédemption particulière , la persévérance finale. Les Congrégationalistes diffèrent très peu des Indépendans. Le New-Hampshire, le Vermont, le Massachussets et le Connecticut sont les états de la confédération Anglo- Américaine où ils sont en plus grand nombre.

B. Les Arminiens ou Remontrans, ainsi nommés d'ArminiusouHarmsen,etd'uneremontrance qu'ils présentèrent en 1609 aux Etats de Hollande. Calvin avait enseigné que de toute éternité Dieu a prédestiné les hommes , les uns au salut, les autres à la damnation éternelle , par un décret absolu indépendant de leurs œuvres. Arminius combattit cette doctrine, et trouva un grand nombre de partisans. Maintenant l'arminianisme est très répandu dans beaucoup de sectes protestantes, mais il compte peu de prosélytes formant des Eglises indépendantes. Le plus grand nombre d'Arminiens se trouve dansles provinces septentrionales du cidevant royaume des Pays-Bas et dans celui d'Angleterre.

C. Les Mennoniles, qui s'appellent eux-mêmes Baptisles, sont issus des trop célèbres Anabaptistes , dont ils désavouent les crimes et même le nom. Ces sectaires, actuellement très pacifiques, probes et industrieux, très adonnés au commerce et à l'agriculture, affectent une grande simplicité de mœurs. Ils ne reconnaissent aucune personne , aucune autorité pour juge en matière de doctrine : aujourd'hui ils n'ont pas même de confession de foi, et se contententde la Bible que chacun expliqueà sa manière. Quoique éloignés de toute espèce de dispute religieuse , ils diffèrent entre eux sur beaucoup de points, mais ils s'accordent tous à n'administrer le baptême qu'aux adultes , à ne pas jurer et à réprouver l'usage des armes. Ces sectaires ont beaucoup d'affinité , sous le rapport des mœurs et de la discipline, avec les Quakers et les Frères Moraves.

Les pays où ils sont le plus nombreux sont les Etats-Unis d'Amérique, où l'on estime qu'ils forment près d'un sixième de la population. C'estdans Je Maine , le Rbode-Island , la Virginie , les Deux- Carolines, la Géorgie , l'Alabama , le Mississipi , le Tennessee, le Kentucky, l'Indiana et l'Illinoisoù on les rencontre en plus grand nombre. Viennent ensuite le Royaume-Uni, celui de Hollande oudes l'ays-Bas, les provinces méridionales de l'empire Busse et les gouvernemens de Dantzicketde Marienwerder dans la monarchie Prussienne.

D. Les Quakers, dits aussi Trembleurs par quelques auteurs-, ils s'appellent Amis. George Fax, cordonnier de Lcicester , fut leur fondateur en 1G47. Ils reconnaissent un Dieu en trois personnes ,et conséquemment la divinité du Verbe. La ( liuledu premier homme, la promessedu Rédempteur, le salut par Jésus-Christ font partie de leur croyance. Ils rejettent la doctrine d'élection, de réprobation, sans prévisions des mérites. Les Quakers n'admettent ni types , ni rites , ni sacremens , pas même le baptême , ni la cène. Us ne condamnent pas le baptême d'eau, quoiqu'ils le croient superflu. Quatre maximes fondamentales font la base du quakerisme : 1° l'autorité civile ne peut exercer aucun droit sur la croyance religieuse-, 2" les sermens exigés par l'autorité civile sont illici-

tes; 3° la guerre est illicite; en conséquence, ils n'opposent à la violence que la résignation ; leur défense ne va jamais jusqu'à verser le sang , ni compromettre la vie d'un ennemi ; ils préfèrent se laisser égorger; 4° un établissement pour salarier un clergé leur parait illicite; en conséquence , ils refusent de payer les dîmes , parce qu'elles sont destinées à l'entretien d'un corps sacerdotal -, mais les percepteurs qui vont chez eux prennent l'équivalent sans éprouver de résistance. Leur costume , leurs maisons, leurs meubles présentent tout ce qu'exigent la décence , la nécessité , l'utilité ; mais rien de superflu. Les Quakers condamnentlesjeux scéniques , les jeux de hasard , les cartes , les loteries, les discours vains, les lectures futiles, le chant , la chasse , et bannissent de leur langage les mots hasard, chance, destin et fortune, comme une insulte à la Providence. Quand ils parlent, ils tutoient tout le monde.

Ces paisibles sectaires, très adonnés au commerce et généralement riches, sont répandus dans le Royaume-Uni, mais surtout en Angleterre, et dans les Etats-Unis d'Amérique, particulièrement dans les états du centre et dans le Rhode-Island ; c'est dansla Pennsylvanie où ils sontle plus nombreux.

. E. Les Frères Moraves ou Herrnhulers. La première de ces dénominations rappelle la secte des Frères de Bohême et de Moravie, dont ils descendent; et la seconde, l'établissement qu'ils fondèrent en 1721 à Herrnhul , près de Bcrthelsdorf, dansla Haute-Lusace, appartenant au comte de Zinzendorf , qui se déclara leur protecteur. Il donna à leur système une forme nouvelle en y amalgamant le piétisme, etdevintpar la suite leur évêque ou chef. Ces sectaires croient parvenir à la perfection par une lumière intérieure et une communication plus intime avec Dieu. Ils se servent, dans leurs discours et leur liturgie, de termes mystiques , et affectent une certaine sentimentalité religieuse. Ils admettent la corruption originelle de l'homme par la chute d'Adam, et la justification parle sacrifice expiatoire de Jésus-Christ; l'éternité des peines et la divinité de Jésus-Christ. Le gouvernement de leurs anciens ou chefs ecclésiastiques s'étend sur un grand nombre d'actes de la vie civile, tels que les mariages, les acquisitions d'immeubles , qui ne peuvent être conclus sans leur consentement. Il leur est défendu de plaider. Ils composent une sorte de république où les intérêts individuels sont toujours subordonnés à l'intérêt général. Us donnent des soins particuliers à l'éducation physique et morale des enfans. Pour faciliter les conversions ils ont établi trois tropes ou classes : celui de l'Eglise morave, celui de l'Eglise luthérienne et celui de l'Eglise réformée.

Les Frères Moraves, que leur analogie sous plusieurs points avec les Quakers, a fait appeler les Quakers de l'Allemagne , sont très répandus. Us ont des établissemens à Neuvied, Barby, Neudittendorf, etc., etc., en Allemagne -, à Christianslield dans le Danemark ; à Neufchàtel, à Bàle, etc., en Suisse ; à Zeist, etc. , dans le royaume de Hollande; à Tytherton , etc., en Angleterre ; à Strasbourg, etc., en France; à Sarepta , etc., en Russie; à Tranqucbar, dans l'Inde; en Guinée, dans l'Afri-

PRINCIPES GÉNÉRAUX. CH. XIII

que Danoise; dans la colonie du cap de Bonne- Kspérance et dans ie pays des Hottentots , dans l'Al'rique-Méridionale; à Saint-Thomas , Sainte- Croix et Saint-Jean dans les Antilles Danoises; à la Jamaïque, etc., dans les Antilles Anglaises; à Nain, etc., dans le Labrador; à Neuherrnhut Liclitenfels, etc. , dans le Groenland ; à Bethléem , Nazareth, etc., dans les Etats-Unis d'Amérique, /te. Leur chef-lieu général est Herrnhut, petite ville du royaume de Saxe,où réside le collège-directeur composé de 13 membres élus par le synode. Les missionnaires des Frères Moraves , ainsi qu£ ceux des Catholiques, ont obtenu jusqu'à présent plus de succès qu'aucune autre société chrétienne, en prêchant l'Evangile aux peuples non civilisés des différentes parties du monde.

F. Les Swedenborgiens, ainsi nommés de Swedenborg, leur fondateur, membre de l'académie des sciences de Stockholm et minéralogiste distingué. De l'étude du monde matériel passant à celle du monde intellectuel , Swedenborg devint théosophe, s'attribua une communication fréquente et immédiate avec les êtres spirituels, et des révélations sans nombre concernant le culte de la Divinité, le sens de l'Ecriture, l'état des hommes après leur mort, le ciel, l'enfer, les autres mondes et leurs habitans. Les trois articles fondamentaux de sa doctrine sont : la divinité de Jésus-Christ, la sainteté des Ecritures, la vie qui est charité. Quelles que soient les erreurs auxquelles un homme s'est livré , s'il évite le mal et fait le bien , non pour des motifs d'intérêt , d'ambition , de vanité , mais par haine pour le mal et par amour pour le bien, il pourra être régénéré, sauvé et arriver à la lumière. Swedenborg donne,pour ainsi dire.une statistique détaillée du ciel, de l'enfer et des planètes, dont il décrit les habitans et les mœurs. Ses visions sont un phénomène assez étrange : il les a , dit-on , débitées de bonne foi , parce qu'il ne se défiait pas de l'illusion de ses sens.

Le Swedenborgisme, quoique né en Suède, y compte très peu de prosélytes, la plupart disséminés dans le Gothland. On en trouve aussi en Hollande , en Suisse dans l'Appenzell et à Saint-Gall. Maisl'Angleterre est la contrée qui en offre le plus ; et c'est surtout à Londres, à Bristol, à Birmingham, à Derby, à Hull , à Boston et à Manchester où leurs réunions sont les plus nombreuses. La dernière de ces villes est pour ainsi dire la métropole de la secte. Les Swedenborgiens ont des temples à Philadelphie , à Baltimore, à New- York, etc., dans les Etats-Unis. Ils ont aussi des chapelles dans l'Inde et l' Afrique-Méridionale. Comme ils croient que l'Eglise de la Nouvelle-Jérusalem existe tout organisée dans l'intérieur de l'Afrique, ils ont envoyé plusieurs missions dans cette partie du monde et ont contribué pour beaucoup à la fondation de la colonie de Sierra Leone. Charles XIII , roi de Suède , avant de monter sur le trône, et les célèbres voyageurs Sparmann et Nor- •ienskiold étaient Swedenborgiens. C'est pour répondre leur doctrine qu'ils ont publié sept journaux et qu'ils continuent la publication de celui qui parait à Londres sous le titre de Nouvelle- Jérusalem.

G. Les Méthodistes leberceaude celle secte a

été l'université d'Oxford, où elle a pris naissance parmi quelques étudians, vers 1730. John Wesley en fut la fondateur. On les appela par dérision Méthodistes, à cause de la régularité et de la sévérité qu'ils affectaient dans leurs mœurs et dans les exercices de dévotion. John Wesley et son frère Charles s'adjoignirent, en 1735 , Georges Whitefield. Les Méthodistes insistent sur la dépravation de la nature humaine par le péché d'Adam , la rédemption par Jésus-Christ, la purification et le salut par la foi, avec cette différence que Whitefield croit, les œuvres moins importantes, si ce n'est comme preuve de foi, tandis que Wesley les croit indispensables. Wesley interdit à ses prosélytes le jeu, les spectacles, les bals, les courses de chevaux, les manchettes, les dentelles, les liqueurs spiritueuses et le tabac. Les Méthodistes ont été les grands promoteurs des écoles de dimanche, etleurzèlea contribué puissamment à réformer les mœurs. Oïl citera toujours avec éloge la métamorphose qu'ils ont opérée parmi les charbonniers de Bristol , les mineurs du Cornouailleset de plusieurs autres contrées. Lf Méthodisme se partage en deux branches: les adhérens de JVhilefield admettent la prédestination comme les Calvinistes rigoureux ; ceux de Wesley ont adopté les principes des Arminiens : ces derniers sont les plus nombreux.

C'est vers la fin du xvuie siècle que les Méthodistes ont faitscission avec l'Eglise Anglicane , à laquelle au commencement ils se disaient attachés. Ils font des progrès rapides dans le Royaume-Uni et dans les Etats-Unis d'Amérique , où leur nombre a plus que doublé depuis dix ans. Ils ont des établissemens florissans dans l'Inde, surtout à Calcutta et dans l'île de Ceylan , et presque à l'extrémité de l'Océanie dans l'archipel de Sandwich. Les Méthodistes furent les premiers, parmiles protesta ns, qui introduisirent la coutume de prècherdans les carrefours et dans les champs. Outre les prédicateurs sédentaires, ils ont beaucoup de prédicateurs ambulans , et leur auditoire est quelquefois composé de plusieurs milliers de personnes.

L'Islamisme ou Matiométisme. Cette religion, ainsi appelée du motarabe islam, qui signifie soumission à Dieu, fut fondée par Mahomet et prit naissance en Arabie vers l'an 611 de notre ère. Comme à cette époque le judaïsme et le christianisme avaient fait de grands progrès chez les Arabes , et que d'ailleurs la tribu à laquelle appartenait Mahomet se vantait de descendre d'Ismaël et d'Abraham, Mahomet crut devoir emprunter aux Juifs et aux Chrétiens une partie de leurs croyances. Admettant les livres de l'Ancien et du Nouveau- Testament, il reconnut Moïse et Jésus-Christ comme envoyés de Dieu; seulement il supposa qu'avec le temps leur doctrine s'était altérée, et que c'était à lui que Dieu avait réservé de faire refleurir son véritable culte sur la terre.

Les principaux préceptes de l'Islamisme sont: 1° la purification; 2° la prière; 3° le jeûne du mois de ramazan, pendant lequel on doit s'abstenir durant le jour de tout aliment, et qui est suivi de la fête du beiram , pendant laquelle il est permis aux fidèles de se dédommager des abstinences précédentes ; 4" l'aumône légale , qui,

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se distinguant des charités recommandées pour chaque moment, consiste à donner tous les ans aux pauvres le quarantième de ses biens mobiliers ; 5° enfin le pèlerinage de la Mecque , que tout musulman libre et en bonne santé est obligé de taire au moins une fois dans sa vie.

La prière se fait cinq fois par jour ; mais on peut s'en acquitter chez soi et partout où l'on se trouve. Il n'y a que la prière solennelle du vendredi qui doit se faire à la mosquée et en commun. Le vendredi est chez les musulmans le jour de la semaine consacré à Dieu ; aussi s'appelle-t-il gemaal, d'un mot arabe qui signifie assemblée. Ce jour-là il faut qu'à l'heure de l'office tous les fidèles se rendent à la mosquée , mais le reste du temps ils sont libres de travailler et de vaquer à leurs affaires. Les musulmans n'ont que deux fêtes qui exigent un repos absolu ; c'est la fête de la fin du jeûne de ramazan , et celle où ils sont dans l'usage d'offrir un sacrifice à Dieu.

Les musulmans , à l'exemple des anciens Arabes, et en imitation d'Ismael , fils d'Abrabam, pratiquent la circoncision. Ils ont également adopté la distinction que Moïse établit entre les animaux purs et les bètes immondes. Ils croient encore aux bons et aux mauvais anges : ils croient que tandis que des esprits malins nous poursuivent sans cesse pour nous entraîner au mal , de bons anges sont cbargésdela part de Dieu de nous soutenir et de nous guider dans cette vie d'épreuves. Aussi ilssont persuadés de l'immortalité de l'àme , et d'unjugement universel où chacun sera traité d'après ses œuvres.

L'Islamisme interdit le vin et toute boisson enivrante. D'un autre côté, il permet d'épouser quatr e femmes à-la-fois, et laisse à chacun ses esclaves femelles à son entière disposition. Les musulmans, par suite de l'ardeur qu'occasionne la chaleur du climat, font du plaisir des sens leur suprême bonheur. Ils croient que les élus vivent dans le ciel au milieu de bocages frais, sur le bord de ruisseaux limpides et de fontaines jaillissantes. Là se trouvent des femmes que leurs beaux yeux ont fait appeler Houris , et qui toujours jeunes, toujours attrayantes , ne sont occupées qu'à faire les délices des bienheureux.

Au reste l'Islamisme ôteà l'homme presque toute liberté, et les musulmans sont persuadés que tout ce qui leur arrive, le bien comme le mal, ♦•st déterminé d'avance d'une manière invariable, (.'est la doctrine que nous appelons fatalisme. Toutes les croyances et les pratiques religieuses des musulmans sont renfermées dans le Coran, livre ainsi nommé d'un mot arabe qui signifie lecture par excellence. Les musulmans croient que les différentes parties de ce livre furent successivement révélées à Mahomet, et que tel était le principal objet des fréquentes visites que lui faisaitl'ange Gabriel. Ce livre traite à-la-fois du dogme et de la morale , du mariage et du divorce, des successions ; en un mot il tient lieu aux musulmans de code religieux , civil et militaire.

Le Coran étant écrit dans la langue de l'Arabie, l'arabe est devenu la langue sacrée des Turcs , des

l'ersansetde toutes les nations musulmanes. Les

musulmans se sont encore accordés à adopter

pour ère commune la fuite de Mahomet, de la Mecque sa patrie à Médine , événement qui eut lieu en C22 de notre ère, et qu'on a appelé hégire , d'un mot arabe qui signifie fuite. L'année des musulmans est lunaire, c'est-à-dire qu'elle a il jours de moins que la nôtre , ce qui fait que les année» chrétiennes et musulmanes ne commencentjamais deux lois de suite à la même époque.

L'Islamisme a de tout temps été divisé en un grand nombre de sectes , et ces schismes ont donné lieu à des guerres terribles. Quelques docteurs musulmans, pour donner une idée du peu d'union qui règne dans le mahométisme, ont dit que la religion des mages s'était divisée en 70 sectes , que le judaïsme en compta 71 , le christianisme 72 , et que l'islamisme doit en renfermer 73, dont une seule conduira au salut.

La division commença immédiatement après Mahomet. Le prophète en mourant ne laissait qu'une fille, mariée à son cousin Ali ; et il négligea de faire reconnaître Ali pour son successeur. Les compagnons du prophète ayant successivement élevé au pouvoir Abou-bekr, Omar et Osman, il y eut dès cette époque des musulmans qui crièrent à l'injustice et qui refusèrent de reconnaître d'autre souverain légitime qu'Ali. Plus tard, lorsque AU eut été nommé calife , plusieurs musulmans du parti contraire se soulevèrent contre lui, et la guerre civile ensanglanta les contrées soumises à la nouvelle religion. Telle est l'origine des deux principales sectes qui partagent encore; les musulmans, et qu'on nomme Sonnites et Schyytes.

Les Sonnites admettent la succession des califes telle qu'elle a eu lieu, et regardent comme également saints tous ceux d'entre les compagnons du prophète qui furent fidèles aux lois de l'Islamisme. Les Schyytes, partant du principe qu'à Ali seul et à ses descendans directs appartenait l'autorité, maudissent Abou-bekr, Omar et Osman , et rejettent tous ceux qui ne se rangèrent pas sous l'étendard de leur prince favori.

La division, d'abord purement politique, ne tarda pas à influer sur les matières religieuses. L'Islamisme ne s'étant développé qu'avec le temps, il fallut en bien des cas recourir aux décisions des principaux compagnons du prophète; et naturellement Abou-bekr, Omar et Osman, en leur qualité d(* califes , durent exercer une grande influence. Les Sonnites ont admis indifféremment les explications théologiqucs et les décisions légales de ces divers personnages ; c'est de là qu'on les a nommés Sonnites du mot arabe sonna, qui signifie tradition. Mais les Schyytes , par suite de leur amour exclusif pour Ali , ont rejeté ces explications comme autant d'hérésies , et ils ont suivi des principe* différens. Aussi ont-ils été nommés par leurs adversaires Schyytes, d'un mot arabe qui signifie sectaires. Quant à eux, ils se sont appelés Adeliés ou les partisans de la justice.

Les Sonnites et les Schyytes se sont subdivisés entre eux, et ont tantôt dominé dans un pays et tantôt dans un autre. Les premiers occupent maintenant tout l'empire Ottoman, l'Egypte, plusieurs

parties de l'Afrique, l'Arabie, les iles de la mer des

Indes, et comptent beaucoup de partisans parmi

PRINCIPES GENERAUX* CH. XIII

les tribus de race turque établies en Russie et en Perse. Ce parti se subdivise en quatre rites nommés Hanbalites , Schaféiles , Malekites et Hane files, du nom de leurs fondateurs Hanbal, Schaféi, Maleket Abou-Hanifa. Mais comme ces quatre rites ne diffèrent que sur des questions peu importantes, ils sont admis par tous les Sonnites comme étant également orthodoxes , et on laisse chacun libre d'adopter celui qu'il veut. Mais la doctrine d'Abou-Hanifa est généralement suivie en Turquie, celle de Schaféi en Egypte, celle de Malek dans les états Barbaresques , et celle de Hanbal en Arabie.

Quant aux ramifications des Schyytes qui occupent le reste des pays musulmans , elles présentent des différences très importantes. Nous avons dit qu'on appela originairement Schyytes les amis exclusifs d'Ali et de ses descendans. Mais Ali n'avait pas eu le temps d'affermir son autorité , et d'ailleurs il laissait plusieurs fils ; il en fut de même de la plupart de ses descendans. A qui l'autorité avait-elle successivement passé? La plupart s'accordèrent à reconnaître comme souverains légitimes Hassan et Hossein, fils d'Ali, et les descendans directs de Hossein , jusqu'au dernier de tous qui, ayant disparu à l'âge de douze ans, passa pour s'être caché dans quelque lieu inconnu , en attendant qu'il pût reparaître sur la terre, et y faite triompher la bonne cause. Ces personnages sont au nombre de douze,ct furent nommés les imams, c'est-à-dire les chefs par excellence-, de plus on surnomma le dernier de tous le mahdi ou le dirigé. En attendant que le mahdi revînt, il n'y eut plus d'autorité légitime sur la terre, et les rois furent censés les simples lieutenans de l'imam. C'est par une suite de cette croyance que les princes persans de la puissante dynastie des Sofis , qui prétendaient descendre par une ligne collatérale des Imams , se disaient les esclaves du roi du pays , et qu'ils entretenaient sans cesse à Ispahan plusieurs chevaux pour le service de l'imam, lorsqu'il arriverait. Celte singulière doctrine domine encore en Perse. Elle fait même chaque jour des progrès dans l'Inde, où les empereurs mongols accordaient jadisla suprématie au rite sonnite, et où, depuis l'occupation anglaise , les musulmans, presque tous d'origine persane, jouissent d'une entière liberté de conscience.

Mais, dans le principe, beaucoup de Schyytes n'admirent pas cette succession des imams, et portèrent ailleurs leurs hommages. Il en est qui crurent qu'à Ali seul avait appartenu, après Mahomet, l'autorité temporelle et spirituelle , et que s'il succomba un moment sous la perversité du siècle , il ne tarderait pas à reparaître avec majesté, et qu'alors justice serait faite des crimes qui depuis si long-temps souillent la nature humaine. La plupart de ces sectaires crurent même qu'Ali avait été revêtu d'un caractère divin , et ils n'hésitèrent pas à l'adorer comme un dieu. Tel est le cas des Nossairis et des Moloualis, qui, encore de nosjours, occupent une partie des hauteurs du Liban.

D'autres Schyytes, admettant les six premiers imams, dirent qu'il y avait eu erreur au sujet du septième, et qu'au lieu de Moussa, il eût fallu proclamer un de ses frères appelé Ismaël. C'est de là

qu'ils furent nommés Ismaéliens. Les Ismaéliens croyaient qu'après Ismaël, le caractère d'Imam avait passé à des personnages inconnus qui se manifesteraient en leur temps. La qualité de madhi fut successivement attribuée par eux aux califes fatimites de la race d'Ismaël, qui, pendant les dixième, onzième et douzième siècles , dominèrent sumne partie de l'Afrique, sur l'Egypte et la Syrie. A cette secte appartenaientles Ismaéliens établis en Perse, non loin de Kasbin,et les Ismaéliens qui, maîtres des montagnes voisines du Liban, devinrent si fameux dans le moyen âge sous le nom d'assassins. Ces deux branches de la secte des Ismaéliens subsistent encore dans les mêmes contrées, mais non plus avec la même puissance et les mêmes ressources. C'est à cette même secte qu'il faut rapporter les Druzes , qui sont également établis dans le voisinage du Liban, et qui forment une population assez nombreuse. Les Druzes remontent au commencement du onzième siècle de notre ère, sous le règne du calife fatimite Hakem. A la différence du reste des Ismaéliens, ils prétendirent que Hakem avaitété la dernière incarnation delà divinité; et en attendant son retour ils l'adorentcomme un dieu sous la figure d'un veau. Le nom de Druzes vient de l'un des premiers apôtres de Hakem , appelé Durzi.

Les diverses sectes schyytes etleurs ramifications ont varié de doctrine suivant les tempset les lieux ; mais il serait trop long de faire connaître ces doctrines en détail. Il suffira de dire que la plupart de cessectaires, entraînés tantôt par l'esprit de fanatisme et tantôt par une licence effrénée, ont cru que toutes les vérités religieuses et morales ne sont que d'une vérité apparente , et qu'il faut chercher au fond un sens intérieur, le seul qui doive faire autorité. Ils ont fait de ce sens intérieur le domaine exclusif de quelques adeptes , et ils ont cru qu'à l'aide de cette connaissance on était au-dessus de tous les devoirs de la religion et de la morale. C'est par une conséquence de ce principe que les assas • sins, les Druzes et autres sectaires ismaéliensse livrèrent sans remords aux plus grands crimes.

Une observation que nous ne devons pas omettre, c'est que les Sonnites, aussi bien que les Schyytes, croient à un être quelconque qui tôt ou tard doit se présenter su r la terre, pour faire régner la vérité et la justice ; c'est ce qui fait que même chez les Sonnites il a paru des imposteurs qui se sontarrogé le titre de mahdi. Il s'en présenta un en Egypte pendant l'occupation de ce pays par les Français; plusieurs autres, dans ces dernières années, se son t montrés dans le Sénégal et dans le voisinage <ies possessions des Français vers cette partie de l'Afrique

Outre les deux sectes d'origine sonnite et schyyte, il en est deux autres qui, par le rôle qu'elles jouent encore aujourd'hui, ne doivent point être passées sous silence. Ce sont celles des yezidis et de vahhabiles.

Les Yezidis occupent les montagnes voisines de la ville de Singar dans la Mésopotamie , et paraissent être un débris des sectes de Mages, de Manichéens et de Sabéens qui troublèrent pendant si long-temps l'Orient : ils se sont ensuite mêlés avec les communions chrétiennes et musulmanes, et

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maintenant il est difficile de reconnaît™ leur véritable origine et leur vrai caractère. Us admettent un bon et un mauvais principe , et comme , à les en croire, le mauvais est le seul à craindre, c'est le seul qu'ils ménagent. Ils le nomment alscheikh almoazzem ou le grand scheikh. Ces sectaires se feraient plutôt massacrer que de le maudire; de plus, ils adorent le soleil à son lever. Ils ont, eu outre , une grande vénération pour les prêtres chrétiens.

Quant aux Fa hhab ites , on sait qu'ils prirent naissance en Arabie, versle milieu du dix-huitième siècle. Ils lurent appelés Valihabites, du nom du père de leur chef Abd-Alvahhab. Leur doctrineest celle de l'Islamisme , réduite à sa plus grande simplicité. Suivant eux, le Coran renferme une doctrine véritablement divine; mais Mahomet n'était qu'un homme ordinaire, et son nom ne doit pas figurer dans les pratiques religieuses. Tout honneur rendu à Mahomet ou à un de ses disciples quelconque est un acte d'idolâtrie, et on doit le punir comme tel. Ku conséquence, les Vahhabiles se contentent de reconnaître un Dieu unique. Ils se font scrupule d'invoquer tout être moi tel, et quand ils rencontrent une chapelle ou un mausolée élevé en l'honneur d'un imam ou d'un saint quelconque, ils l'abattent. Les Valihabites. annonçant l'intention de chasser de l'Arabie les Turcs et tous les peuples étrangers à la presqu'île, eurent d'abord pour partisans presque tous leurs compatriotes, et ils occupèrent un moment une partie de la Mésopotamie. Mais depuis les échecs que leur a fait éprouver Mohammed-Ali , pacha d'Egypte, ils ont été contraints de rentrer dans leurs déserts.

Si de l'examen des doctrines musulmanes nous passons à la hiérarchie civile et religieuse, nous trouverons également de grandes différences. Les premiers califes étaient revêtus du pouvoir spirituel et temporel, et on les appelait califes, d'un mot arabe qui signifie vicaires. Ils étaient censés remplacer Mahomet, au caractère de prophète [n és : ils lurent de plus surnommés Emir-cl-Moumenyn ou Commandeurs des croyans. Comme, avec le temps, il s'éleva plusieurs califes à-la-fois , leur influence diminua. Maintenant il n'y a plus de calife proprement dit ; le sultan de Constanlinople n'est investi que de l'autorité temporelle , et c'est le mufti, qui, de concert avec les oulémas ou docleurs, juge les questions de doctrine. Le Chah de Perse est dans le même cas -, il n'est pas même rerétu de la plénitude de la souveraineté, puisque, ainsi que nous l'avons dit, il est censé n'exercer qu'une aittorité temporaire, en attendantl'arrivée du dernier des imams. L'empereur de Maroc seul a la prétention de réunir les deux puissances, et prend quelquefois le litre de calife. Maisl'influcnce politique de l'empereur de Maroc est bien déchue.

Les musulmans ont d'ailleurs des ministres particuliers pour l'exercice de leur culte ; et ces ministres portent un nom analogue à leurs fonctions Le khatiUou prédicateur est celui qui, le vendredi, monte en chaire en présence de tout le peuple , et prie pourle souverain et toute la nation. Vimamt qui n'est ici qu'un fonctionnaire ordinaire , est celui qui, à la mosquée, fait la prière à la tête du peuple, et dont tous les assistans doivent imiter les

mouvemens ; il est encore chargé de présider aux cérémonies de la circoncision, aux enterremens; en un mot , il représente nos curés. Mais aucun de ces ministres du culte ne prononce de vœux proprement dits. Tous sont libres de se marier, de changer de profession. Le même homme est tourà-tour prêtre, militaire, homme de loi , etc.

On trouve aussi chez les musulmans des personnes qui font profession de mener, une vie pieuse et retirée. Ces espèces de religieux sont désignés par un terme qui fait allusion à leur détachement des biens de ce monde ; c'est celui de pauvre qui s'exprime en arabe par fakir, et en persan par derviche. Ceux qui se piquent d'une vie purement contemplative portent le nom de sofis. Les religieux mahométans composent plusieurs ordres différens, dont quelques-uns font remonter leur origine jusqu'aux premiers califes. La plupart des frères, car c'estainsi qu'on les appelle, sontsoumis à un noviciat sévère, et on ne les reçoit qu'après de longues épreuves. Les uns vivent en commun dans des espèces de couvens, les autres se font ermites. Les uns ont des résidences fixes, les autres sont nomades. Tous sont libres de changer d'état et peuvent choisir la carrière qui leur convient. Parmi les religieux musulmans, plusieurs de ceux qui s'adonnent à la vie contemplative se jettent dans la spiritualité la plus outrée; les livres dépositaires de leurs rêveries sont très nombreux. Ceux qui airnentle monde mènent souvent une vie déréglée etse livrent aux plus grands excès. On les désigne sous le nom de K a leaders , Santon, etc.

La TROISIÈME CLASSE offre 7 religions principales :

Le Brahmanisme reconnaît Para-bralima pour dieu principal; mais ce dieu n'agit point, il délègue ses pouvoirs à Brahma, à Vichnou, à Chiva et à une foule de divinités subalternes préposées au gouvernement du monde. Brahma préside à la terre. Vichnou à l'eau, et Chiva au feu. Ces trois personnes ne sont pourtant qu'un seul Dieu et for ment la Trinité indienne, nommée TrimourtL Les Hindous qui professent cette religion ont plusieurs livres sacrés nommés Véda; ils sont écrits en sanscrit et forment leur code religieux et philosophique; ils admettent la métempsycose, et, d'après cette croyance , certaines castes s'abstiennent de la chair de tous les animaux. Le Brahmanisme ordonne de modérer ses passions, enseigne l'immortalité de l'àme, sa purification par les pénitent esetabsiincncesvolontaires, etune foulede pratiques religieuses. Tous les membres de cette religion , qui s'étend sur presque toute l'Inde , sont divisés des la plus haute antiquité en quatre castes, entre lesquelles toute alliance est défendue. Ces castes sont : UsBrahmes, qui sont les savans et les prêtres, et forment la classe d'où sont tirés tous les fonctionnaires publics; les Kchatriyas onKhettris, destinés à l'état militaire ; c'est d'eux que sont sortis les Radjahs, qui ont formé les principautés de l'inde naguère indépendante ; les Naïves du Dekkan s'y rattachent. Les Vaishyas ou Tieises, dont les attributions sont l'agriculture , l'éducation du bétail et le commerce des produits de la terre et des objets manufacturés; ceux qui se livrent au commerce, surtout dans les pays étrau-

PRINCIPES GENERAUX. CH. XIII

gers, portent le nom de Banians; un grand nombre de Maharattes appartiennent à cette caste. Les Voudras ou Tchoulri qui sont les artisans et les ouvriers. Chacune de ces quatre castes principales est subdivisée en plusieurs autres secondaires. Parmi les Hindous, les descendans de ceux qui , par des mariages illicites, ont dérogé aux droits des castes principales , sont compris dans les divisions ignobles et méprisées appelées Varna-Sankàra. Encore au-dessous de ces castes bâtardes ou mixtes, on voit les malheureux Pariahs. Ceux-ci sont obligés de vivre dans des lieux solitaires, de fuir l'aspect d'un Hindou, démarquer leurs fontaines par un entourage d'os d'animaux, et de se livrer aux occupations les plus dégoûtantes. En revanche , ils peuvent manger de tout.

Le culte brahmanique estaccompagné d'un grand nombre de cérémonies et de coutumes solennelles. 11 en a d'horribles, telles que la pr ocession du dieu de Djaggernàth,dont le char pesant écrase sous ses roues les fanatiques qui, en s'y précipitant, croient trouver à-la-fois la mort la plus glorieuse et une éternelle félicité. Il y a d'autres fêtes où règne le tumulte, où préside la licence, et où l'impudique Lingamesl montré aux yeux de la multitude prosternée. Les ablutions et les lustrations forment une partie principale du culte brahmanique; les images des divinités sont lavées solennellement dans les fleuves et les étangs sacrés. Plusieurs fleuves, tels que le Gange, le Ncrbouddahje Krichna, etc., sont réputés sacrés. Les Hindous font plusieurs pèlerinages; les plus célèbres qui sont encore le plus fréquentés sont.selon M. Hamitton: Djaggernàth, J'enares, Gaya, Jllahabad, Tripe Ly , Dwai aca, SomnàUi, Hamisseran , le lac Manasarovara , Gangaoutri , Djoalamoukhi , Omerkantakc; Trimbak-Nâsser , PervaLtam, Pàrkar, Mathoura et Bindraband.

L'usage barbare des femmes des deux premières castes, qui s'immolent sur le cadavre de leurs époux, est un reste des sacrifices humains autrefois très fréquens. Encore dans ces derniers temps, dansles épidémies et les calamités publiques, on a vu desBrahmincs se précipiter eux-mèmes'du haut d'une tour, comme offrande expiatoire. Les Hindous ont un grand nombre de temples, nommés pagodes , d'un mot emprunté au persan; il yen a qui sont vraiment remarquables sous le rapport de l'architecture et de leurs dimensions. Le Bouddhisme ou la religion de Bouddha, qui paraits'être formée dans l'Inde environ mille ans avant J.-C. Nous ne savons pas encore positivement si c'est une réformation du Brahmanisme ousicelui-ci n'estpas d'une date postérieure dans sa forme actuelle. Le bouddhisme rejette la division des castes. Ses dogmes principaux , qui ont transformé les farouches nomades de l'Asie en peuples civilisés, et qui ont fait sentir leur influence bienfaisante jusque dans la Sibérie,sontles mêmes partout où ce culte est suivi. La hiérarchie diffère seule dans les divers pays ; mais cette différence ne doit pas nous faire envisager le bouddhisme autrement que comme une religion unique , dans laquelle il n'existe aucune véritable division. Le bouddhisme, ditM. Klaprolh, suppose, comme le brahmanisme, une série perpétuelle de créations

et de destructions du monde. Cette croyance , purementmétaphysique,n'admetpas l'existence d'un être suprême; il est remplacé par l'espace lumineux qui renferme en soi tousles germes des êtres futurs. Mais cet espace lumineux n'est pas la région la plus haute du monde; au-dessus est placée une troisième région qui estéternelleetindestructible : c'est là que réside la cause primitive de la destruction du monde périssable. L'existence est regardée parles bouddhistes comme le véritable mal, cartout ce qui existe est sans réalité et seulement un produit de l'illusion qui trompe les sens. Pendant que toutes les parties intellectuelles , dispersées dans la matière, depuis la plus haute région lumineuse jusqu'aux régions infernales, se dépouillent de ce qu'elles ont contracté de matériel, se purifient, se perfectionnent et finissent par se réunir, l'esprit universel indestructible, qui conserve tout pendant un temps incalculable, reste dans le repos, jusqu'à ce que les lois du damata ou destin, nécessitent une création nouvelle, de laquelle sont cependant exceptés les êtres qui, en se dépouillant totalement de la matière, sont devenus Bouddhas et restent plongés dans le Nirvana ou l'éternité du néant, état opposé à celui de l'existence dans la matière. Ces êtres séjournent dans la région indestructible située au-dela de l'espace lumineux. C'est pour conserver le souvenir de la vraie doctrine, et pour rendre les hommes capables de la suivre , que ces bienheureux descendent de temps en temps sur la terre.se revêtissent d'un corps, et se montrent aux hommes. Les principaux d'entre eux ne paraissent qu'une fois : ce sont les Bouddhas proprement dits-, les autres nommés Boddhisattva, se manifestent plusieurs fois par différentes incarnations, jusqu'à ce qu'ils atteignent le rang des premiers pour ne plus se montrer dans le monde. Ces êtres parfaits exercent un empire absolusurleur ennemi, quiest la matière, et sur ses formes séduisantes. Disposant en mai tre de Mff7*a, ou de l'illusion qui trompe les sens par ses métamorphoses, ils peuvent la détruire à volonté, ou se servir d'elle pour opérer le salut du genre humain. C'est de celte manière que s'effectuent toutes les incarnationsdes Bouddhas ; leursâmesdescendent sous la forme de rayons lumineux , et prennent un corps sous l'enveloppe de Maya. Ils ne font rien sans un dessein spécial ; leurs opérations ne sont jamais violentes, elles ne restreignent nullement le libre arbitre des êtres inférieurs qui sont enchaînés par la matière, et pour le salut desquels ils sont descendus.

Dans l'âge actuel du monde, quatre Bouddhas ont déjà paru; le dernier d'entre eux était Chakiamouni ou Gautama ; un cinquième doit encore venir avant la destruction de ce monde, c'est le Bouddha Maitri ou Maitari. La secte de Ccylan et de l'Inde au-delà du Gange, l'annonce, au contraire, pour l'an 4457 de notre ère, époque à laquelle finira la période de 5000 ans , qui devait suivre la mort de Chakia-mouni; selon les livres cingalais, il existe une différence assez marquée, relativement à la personne du dernier Bouddha, chez les habitans de Ccylan et de l'Inde au-delà du Gange et les autres sectateurs de la même croyance.

Les Bouddhistes regardent l'univers comme har

CLASSIFICATION D'APRES LES RELIGIONS

bilé par différentes classes d'êtres-, ils sont ou tchama, c'est-à-dire reproductions par naissance ; ou roupa , dieux matériels ou visibles; ou aroupa , immatériels ou invisibles. Ces êtres montent par des transmigrations progressives d'un degré inférieur à un supérieur, suivant leur bonne ou mauvaise conduite dans leur état précédent, jusqu'à ce qu'ils obtiennent finalement la béatitude du Nirvana, ou de la non-existence , c'est-à-dire d'une existence purgée de tout ce qui est matériel, et par conséquent nullement sujette aux impressions de Maya ou de l'illusion. De même que tous les êtres quittent continuellement une espèce d'existence pour une autre, de même les mondes qu'ils habitentéprouvent des cliangemens. Gautama lui-même ne connait ni le commencement ni la fin de cette cliainc non interrompue de systèmes mondains. Tous les êtres habitant le loka ou l'univers, produit par une succession de destructions et de reproductions, sont classés de la manière suivante :

Les hommes et les dieux locaux appelés Nal , qui inspectent et jugent les hommes; ils ont pour serviteurs des bons et des mauvais génies. Cette première classe a sa résidence sur la terre, et dansles régions atmosphériques qui comprennent le mont Micnmo et les six cieux des Deva , placés les uns au-dessus des autres et se surpassant dans le même ordre en éclat et en splendeur.

La seconde classe est celle des roupa ou dieux visibles; elle occupe les seize cieux plus élevés jusqu'au 22e du Brahma-loka.

Dans la troisième se trouvent les êtres immatériels qui , ayant été des sectateurs zélés de la doctrine de Bouddha occupent les quatre cieux les 1*1 11s élevés du 23e au 2Ge. Lnfin les Bouddhas résident dans le bon ou l'empire qui couvre tous ces cieux.

On appelle Gandjour la collection tibétaine des principaux livres classiques des anciens bouddhistes de l'Inde, dans laquelle sont même compris des ouvrages grammaticaux et lexicographiques. Elle se compose de 108 volumes. Les Tibétains et les Mongols ont construit des temples uniquement pour renfermer ces saints ve 'unies. Comme les sectateurs de Bouddha pensent qu'il suffit, pour que les prières adressées à la divinité deviennent efficaces, qu'elles soient mises en mouvement par un moyen quelconque (par la bouche de l'homme ou par un agent mécanique), on voit dans ces temples un grand nombre de cylindres, qui tournent constamment mus par une roue hydraulique ; ils renferment les volumes du Gandjour, dont le contenu , ainsi agité, doit être d'une influence très heureuse sur le bien-être du genre humain. Dans les grandes solennités on allume aussi un guéridon garni de 108 lampes, qui représentent les 108 volumes du Gandjour, et qu'on lait tourner dans le même sens que les cylindres. Les chapelets des prêtres bouddhistes se composent également de 108 grains.

Le Bouddhisme, né dans l'Hindoustan , n'y est plus aussi généralement répandu qu'il l'était autrefois. Le peu de sectateurs qui lui restent dans celle vaste contrée y portent le nom de Bouddhas, caria croyance des Djaïnas du Dekkan est déjà un Bci-.iùdhismc modifié. Les autres Hindous

ne regardent Bouddha que comme une incarnation de Vichnou. Sa religion subsiste encore dans le Nepàl dans toute sa pureté , ainsi qu'au Tibet. Elle y avait été portée autrefois , ainsi que dans la Boukharie; elle est encore en vigueur à Ceylan; de cette ile importée dans l'Inde au-delà du Gange, elle est professée dans les empires Birman et d'Annam, dans la Chine, la Corée, le Japon, par une partie considérable de la population non lettrée. Les Bouddhistes honorent Bouddha comme une intelligence suprême manifestée dans la personne de Chakia-mouni.

La hiérarchie établie dans le Tibet au xnie siècle a successivement répandu son influence sur les nations mongoles et quelques Toungouses. 11 faut se garder de prendre celte hiérarchie pour une branche ou modification du Bouddhisme. La personne du Dalaï-lama n'est regardée que comme une incarnation d'une divinité bouddhique, qui pendant tout le temps a eu une prédilection pour les contrées situées au nord de l'Inde. La série des Dalaï-lama actuels ne commence que dans la première moitié du xve siècle. Us ont une hiérarchie régulière établie au Tibet et en Mongolie. Le Bouddhisme, dans ses institutions et ses pratiques extérieures, offre une ressemblance surprenante avec l'Eglise romaine. Chez les Bouddhistes on retrouve des pontifes , des patriarches chargés du gouvernement spirituel des provinces , un conseil de prêtres supérieurs qui se réunissent en conclave pour élire le pontife , ctdont les insignes mêmes ressemblent à ceux de nos cardinaux, des couvens de moines et de religieuses, des prières pour les morts , la confession auriculaire , l'intercession des saints, le jeûne, le baisement des pieds, les litanies, les processions , l'eau lustrale.

La Doctrine des lettrés , dite aussi la Religion de Confucics, parce que ce philosophe célèbre en est regardé comme le réformateur et le patriarche. Elle a pour base un panthéisme philosophique , qui a été diversement interprété suivant les époques. On pense , dit M. Abel Rémusat, que, dans la haute antiquité , le dogme de l'existence d'un Dieu tout puissant et rémunérateur n'en était pas exclus , et divers passages de Confucius donnent lieu de croire que ce sage l'admet tait lui-même. Mais la négligence qu'il a mise à l'inculquer à ses disciples , le sens vague des expressions qu'il a employées , et le soin qu'il a pris d'appuyer exclusivement sesidéesde morale et de justice sur le principe de l'amour de l'ordre et d'une conformité mal définie avec les vues du ciel et la marche de la nature , ont permis aux philosophes qui l'ont suivi de s'égarer, au point que plusieurs d'entre eux, depuis le xu* siècle de notre ère, sont tombés dans un véritable spinosisme, etontens'eigné , en s'appuyanttoujours de l'autorité de leur maitre , un système complexe qui tient du matérialisme et qui dégénère en athéisme. Le culte purement civil rendu au ciel, aux génies de la terre, des astres, des montagnes et des fleuves, ainsi qu'aux âmes des parens esta leurs yeux une institution sociale sans conséquence, ou du moins dont le sens peut s'interpréter de différentes manières. Ce culte ne connaît pas d'images et n'a pas de prêtres , chaque

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magistrat le pratique dans la sphère de ses fonctions, et l'empereur lui-même en est le patriarche. Généralement tous les lettrés de la Chine , de l'empire d'An-nam et du Japon s'y attachent sans renoncer toutefois à des usages empruntés aux autres cultes. Ils sont plus superstitieux que religieux, la conviction entre pour peu de chose dans leur conduite; mais l'habitude les soumet à des pratiques qu'ils tournent eux-mêmes en ridicule, comme la distinct on des jours heureux et malheureux, les horoscopes, la métoposcopie, la divination par les sorts, etc., etc.

Le Culte des Esprits ou le Naturalisme mythologique de l'Asie-Orientale , regardé par ses sectateurs comme la religion primitive des plus anciens habitans de la Chine. Ce culte s'est étendu au Japon, dans la Corée, chez les Toungouses, au Tonquin où il a reçu des formes diverses , et est encore actuellement professé par toute la partie- de la population qui n'a pas embrassé le Bouddhisme , ni les principes de Confucius. Celte religion a beaucoup de dogmes communs avec la précédente : seulement l'existence individuelle des génies et démons, indépendans des parties de la nature auxquelles ils président , y est mieux reconnue. Ce culte a dégénéré en polythéisme et en idolâtrie , par l'ignorance de ceux qui l'admettent. Les prêtres et prêtresses voués au célibat pratiquent la magie, l'astrologie, la nécromancie et mille autres superstitions ridicules. On les nomme Tao-sse ou docteurs de la raison , parce qu'un de leurs dogmes fondamentaux , enseigné six siècles avant notre ère, parLao-tscu, l'un de leurs maîtres, est celui de l'existence de la raison primordiale , qui a créé le monde, le Logos des Platoniciens.

La Religion du Sinto est la plus ancienne de celles qui dominent au Japon. Elle a beaucoup de ressemblance avec le Naturalisme mythologique, dont quelques savans même la regardent comme une branche. Ce culte consiste dans l'adoration d'un être suprême; mais il reconnaît aussi des dieux inférieurs, et prescrit la pratique des bonnes actions etl'abstinence des viandes. Ses temples, nommés Mia , renferment un miroir pour rappeler que si les taches du corps se peignent fidèlement dans cette sorte de glace, de même les défauts de l'âme ne peuvent demeurer cachés aux regards de la divinité. Dans quelques temples il y a une niche où se trouve la figure du dieu subalterne à qui l'édifice est dédié. La simplicité de ce culte a été considérablement altérée depuisl'introduction du Bouddhisme au Japon. Il admet les pèlerinages, il a des religieuses, des confréries de divers genres et des moines; ces derniers surtout exploitent la superstition des sectaires. Quoique la croyance de Sinto soit la plus ancienne du Japon , les Daïris ou empereurs de ce pays , qui sont regardés comme descendans des dieux, suivent depuis long-temps la

loi de Bouddha.

Le Magisme ou la Religion de Zoroastre. Selon M. Saint-Martin ce culte très ancien admet l'existence d'un être suprême appelé Zerwan ou le temps sans bornes , d'où sont émanés deux , principes , l'un bon, appelé en ancien persan Eho-

ro-Mezdao , ou Oromaze par les Grecs ; l'autre, mauvais, en ancien persan Enghreo-Meenioch ou Arimane , par les Grecs. Ils se combattent; le bon remportera à la fin une victoire complète. Zoroastre admet trois mondes : un supérieur, spirituel, séjour de la lumière primitive et de la force productrice ; un monde moyen , visible, où régnent Oromaze , roi de la lumière, et Mithra, réunion des forces actives et passives de la nature; enfin une région inférieure des ténèbres t séjour d'Arimane et de sa suite malfaisante, les Dews.W reconnaîtune hiérarchie d'êtres célestes et purs, dérivant d'Oromaze , et que les Perses invoquent comme des génies bienfaisans. L'homme, d'origine céleste , était d'abord d'une nature lumineuse et pure; mais ayant succombé sous l'influence désastreuse d'Arimane, il perdit ses prérogatives ; cependant en combattant continuellement contre le mauvais principe, il aura part à la restauration universelle de toutes choses. La plus grande partie de ce culte consiste en purifications, en ablutions, et en cérémonies qui tendent à rapprocher de la lumière. C'est devant le feu sacré qu'on les pratique et que l'on récite les différentes formules de prières prescrites dans le rituel de Zoroastre. Sa doctrine est consignée dans le 7.end-Avesla , écrit dans la langue morte dite zend. Le Magisme se conserve encore parmi les Parsis ou Guèbres dans le Kerman , en Perse, à Surate et dans le Guzarat, dans PHindoustan. Dès le 1er siècle du christianisme, il se répandit dans l'empire Romain un culte venu de la Perse , connu sous le nom de culte Mithriaque , qui présentait de grandes ressemblances avec la religion de Zoroastre, mais dans lequel le dieu Mithra , fils d'Oromaze , chargé de la conduite du soleil et du gouvernement du monde, médiateur < ntre Oromaze et les hommes , était l'objet d'une adoration spéciale.

Le Nanekisme ou la Religion des Sikhs, instituée par ISanek , né selon M. Hamilton en 1419 dans la province de Lahore dans l'Hindoustan. On peut la regarder comme un mélange de Brahmanisme et d'Islamisme. Elle enseigne le déisme le plus pur. Les Sikhs adorent un Dieu , admettent des récompenses et des punitions futures, tolèrent toutes les religions, sur lesquelles ils ne veulent pas même entrer en discussion-, croient à uneincarnation secondaire delà divinité, proscrivent le culte des images et s'abstiennent de manger du porc. Ces sectaires reconnaissent l'authenticité des Veda indiens, qu'ils regardent, ainsi que le Coran , comme des livres divins ; mais ils prétendent que la religion des Hindous s'est corrompue par l'introduction du polythéisme , et que l'adoration des images a éloigné le peuple de l'adoration du vrai Dieu. Ils regardent l'ablution comme un des principaux devoirs à remplir. Leurs temples n'offrent aucune idole , et leurs prières sont très simples. Cette religion a subi de grandes réformes sous le pontificat de Gourou Govind , qui mourut en 1707 ; les Sikhs le regardent comme un nouveau prophète et comme le fondateur de la puissance de leur nation. Les sectaires de ce culte rejettent la distinction des castes , sont censés être tous soldats, doivent renoncer à l'usage du tabac.

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laisser croître leur barbe et leurs cheveux. Un corps nombreux de guerriers religieux nommés Akalis est chargé de tout ce qui est relatif au culte. Il y a une espèce de baptême ou d'initiation que l'on fait subir aux sectaires adultes, cérémonie par laquelle doit passer tout individu qui veut être admis dans cette religion , qui du reste accueille tous les nouveaux sectaires qui se présentent. Ce culte est professé par la grande masse de la population du Lahore et par tous les Sikhs qui sont établis dans d'autres parties de l'Inde.

11 est impossible de rien dire de positif sur le nombre de sectateurs attachés à chacune des religions professées aujourd'hui dans les diverses contrées du monde. Un zèle maladroit engage les divers partis à exagérer leur nombre, comme si une grande majorité était toujours l'indice d'une bonne cause. Les incrédules surtout, vers la fin du xviii* siècle, ont mis une importance ridicule

à exagérer le nombre des mahométans et des païens. Le chiffre de ces derniers a été aussi très exagéré de nos jours parles missionnaires protestans dans différens tableaux qu'ils ont publiés. Plus instruits dans leurs dogmes , que versés dans les calculs compliqués qu'exige la solution de ce problème, ces bons religieux ne se sont seulement pas doutés des difficultés qu'ils avaient à surmonter pour asseoir leurs estimations sur des bases au moins probables, sinon certaines. Les longues recherches auxquelles nous nous sommes livré pour connaître le nombre approximatif des peuples qui parlent les différentes langues du globe , et celles que nous avons dû faire pour déterminer la population des différens états, nous ont fourni une masse de faits assez nombreux pour que nous croyions ne pas nous éloigner beaucoup de la réalité en proposant les sommes suivantes, qui ne sont et ne peuvent être que de simples approximations:

Lb Chri*tiasis*b. L'Eglise Latin* ou Occidentale (catholique) 139,000,000?

h'Egiûe Grecque ou Orientale avec toutes ses brandies. . . . 62,000,000?? Les Eglises Pi ^testantes avec toute» leurs subdivision» .... 59,000,000?

Total. . . . 260,000,000

Le JrDAismi, tout au plu». ..... 4, 000,000 ?

L'Islamisme avec toute» »es branches 96,000,000??

Le r.RiUMA.ii.-ue 60,000,000??

Le Bouddhisme avec toutes ses branrbea . . . • 170,000,000 ??

Le» »«licion» db Coarveioi de Si>to , le culte de» Espbiis , la beliciou

de» Sied», le S1aoi»mb, etc.. et le Fétichisme 147,000,000 ??

Total de toutes les religion» . . . 737,000,000??

Nous avons rédigé le tableau suivant pour mettre en parallèle nos calculs avec ceux de quelques autres géographes très distingués. Toutes ces estimations peuvent être regardées comme contemporaines , puisque les deux plus anciennes.

celles de Malte-Brun et de M. Grabcrg, ne remontent qu'à 1810 et 1813; celles de MM. Walckenaeret Eyriès, dans la nouvelle édition de la Géographie de Pinkerlon, et celle de Hassel sont de l'année 1827.

Malte-Brd*. Grabebc. Piîiefrto*. Hassel. Balbi.

r.hri»iianisme avec toute» «esbrancl.es 228,000,000 236,000,000 235,000,000 252,000,000 260,000.000

Judaïsme 5.000,000 5,000,000 5.000.000 3,930,000 4,000,000

|„|amisutc 110,000,000 120,000.000 120,000,000 120,105,000 96,000,000

Brahmanisme 60,000,000 60,000,000 60.000,000 111,353,000 60,000,000

Hnii ddhisme avec toutes se» branche» 150,000,000 150,000,000 180,000,000 315,977,000 170,000,000

Toute» le» autre» religion*. 100,000,000 115.000,000 100,000,000 134.490,000 147.000,000

Totaux. . . . 653,000,000 ' 6ô6, 000,000 ' 700,000,000 938,421,000 737,000.000

Nous avons expliqué dans les treize chapitres qui précèdent les rapports qui existent entre la terre et les corps célestes ; nous avons indiqué les moyens artificiels qu'on emploie pour rendre plus saisissable cette corrélation ; prévoyant ensuite que plusieurs de nos expressions pourraient arrêter le lecteur dans le cours de cet ouvrage , nous avons formulé une espèce de vocabulaire dans lequel nous avons donné les définitions exactes des expressions techniques que la science est toujours obligée d'em-

ployer pour rendre sa phraséologie moins verbeuse. Après avoir fait connaître les principales bases qui ont été adoptées par les géographes les plus célèbres pour déterminer les grandes divisions du globe , nous avons jugé à propos de faire ressortir les nombreuses difficultés que présente la détermination exacte du chiffre des habitans de la terre depuis les grandes divisions politiques et naturelles jusqu'aux subdivisions secondaires , telles que les pays, les états, les provinces et les villes. Il fallait aussi esquisser à larges

PRINCIPES GENERAUX. CH. XIII

traits la constitution géologique du globe, pour pouvoir indiquer les lois qui président à la distribution de tous les êtres à sa surface , ce qui nous a naturellement amené à expliquer les caractères distinctifs des différentes variétés de la race humaine , ainsi que les circonstances physiques ou morales, telles que les habitudes, le climat, le langage, la religion, qui tendent à les conserver ou à les modifier. Comme tous ces faits ne sont pas exactement circonscrits dans un espace déterminé , qu'ils se rattachent souvent à plusieurs contrées, et qu'ils appartiennent, pour ainsi dire, à la physionomie géné-

rale du globe , nous avons cru devoir les placer en dehors des descriptions locales, leur consacrer une partie entièrement distincte. Dégagée ainsi de tous ces faits généraux , souvent accessoires, notre marche n'en sera que plus libre. Nous allons donc maintenant entreprendre la description de chacune des cinq grandes parties du globe ; nous ferons d'abord connaître leur ensemble ou leur aspect général; et nous pénétrerons ensuite dans chacune des subdivisions que la nature ou les hommes y ont établies. Nous commencerons par l'Europe.

A Ét.Dufour

EUROPE

DESCRIPTION GÉNÉRALE

(du continent) entre 12° occidentale et 62° orientale. Latitude boréale (du continent) entre 34" et 71°. Si on voulait comprendre les îles qui dépendent géographiquement de l'Europe, telles que la Nouvelle-Zemble, l'archipel du Spitzberg, etc. , on auraitalors . longitude, entre 13° occidentale, et 77° orientale ; latitude boréale, entre 35° et 81°.

dimensions. Plus grande longueur.

Depuis le cap Saint-Vincent en Portugal jusqu'à la chaine de l'Oural dans les envi • rons de Iekaterinbourg , dans le gouvernement de Perm , en Russie, 2926 milles. Plus grande largeur. Depuis les environs de Hammerfest dans le Finmark, dans la monarchie Norwégiéno-Suédoise, jusqu'à la chaîne centrale du Caucase près du mont Mquinwari , improprement nommé Kasbek, 1800 milles. Mais la plus grande largeur absolue du Continent européen se trouve entre le cap Nosskiinn dans le Finmark et le cap Matapan dans la Morée; elle monte à 2100 milles. Le plus grand resserrement du Continent européen n'est pas, comme on l'a si souvent répété , du Port-Vendre à Bayonne , en France, mais bien dans l'empire Russe , entre le golfe Kandalaskaïa , branche de la mer Blanche et la côte du grand-duché actuel de Finlande, entre Kemi et Uleaborg ; sa largeur n'est que de 173 milles; celui qui est entre la côte du département de l'Aude, sur la Méditerranée , et la côte du département des Landes sur l'Océan , est aussi très remarquable; il n'offre qu'une largeur de 200 milles.

contins. Au nord, l'Océan Glacial Arctique; à Y est, le fleuve Kara, la chaîne principale de l'Oural , et le fleuve de ce nom jusqu'à son embouchure dans la mer

Caspienne ; ensuite cette mer jusqu'à l'extrémité orientale de la chaine du Caucase ; le reste de la limite orientale est tracé par le détroit d'Enikalé, la mer Noire, le détroit de Constantinople , la mer de Marmara , le détroit des Dardanelles et l'Archipel; au sud, la chaîne principale du Caucase , la mer Noire , la mer Méditerranée avec ses différentes branches , le détroit de Gibraltar et l'Océan-Atlantique ; à Youest, ce dernier Océan et au-delà du cercle polaire l'Océan Glacial Arctique. mers et golfes. L'Océan-Atlantique, qui Dorne l'Europe à l'ouest, est appelé par quelques géographes Océan-Occidental. Il reçoit plusieurs autres dénominations qui, pour la plupart, sont empruntées aux noms des contrées dont il baigne les côtes.

Cet Océan prend le nom de mer du Nord ou d'Allemagne, entre la Norwège, au sud du cap Stat, le Julland , l'Allemagne , les Pays-Bas , la France , la Grande-Bretagne et les îles de Shetland. C'est une des méditerranées à plusieurs issues les plus remarquables de l'Europe. Les empiétemens de cette mer sur les côtes de l'Allemagne et des Pays-Bas y ont formé les deux golfes de Dollart et de Zuydersée. Un bras de la mer du Nord s'appelle Skager- Rak, entre le Jutland et la Norwège méridionale ; quelques géographes le nomment mer de Danemark ; il forme sur la côte de la Norwège un enfoncement considérable qui reçoit le nom de golfe de Christiania. Un autre bras de la mer du Nord prend la dénomination de Cattegal entre la Suède méridionale et le Jutland septentrional ; quelques géographes l'appellent golfe de Seeland; deux autres enfoncemens de la mer du Nord ; beaucoup

EUROPE

plus petits, forment les golfes de Bukke et de Bergen.

L'Océan-Atlantique au nord du cap Slat, en Norwège, prend la dénomination de mer de Scandinavie le long de la côte de cette contrée. A l'ouest du Pas-de- Calais il a reçu la dénomination de Manche, entre l'Angleterre et la France; il s'appelle mer d' Irlande , ou même canal de Saint-Georges , entre l'Ecosse et l'Angleterre d'un côté et l'Irlande de l'autre; mer de C alédonie au nord-ouest de l'Ecosse; golfe de Gascogne , le long de la côte sud-ouest de la France, et baie de Biscaye le long d'une partie de la côte septentrionale de l'Espagne.

L'Océan-Atlantique pénétrant dans le Continent européen y forme deux vastes mers méditerranées, l'une au nord, l'autre au sud.

^Méditerranée du Nord, nommée généralement mer Baltique ou simplement la Baltique et mer Orientale , par les nations Scandinaves et germaniques, est une vaste mer intérieure située entre le royaume de Danemark et ses dépendances, le Mecklembourg, la Poméranie, la Prusse, les provinces Baltiques de la Russie et la Suède. Elle offre plusieurs golfes , dont les plus remarquables sont : le golfe de Bothn ie , entre le grand-duché actuel de Finlande, dans l'empire Russe , et le Nordland , dans la monarchie Norwégiéno - Suédoise ; le golfe de Finlande , entre la côte méridionale de la Finlande et celle desgouvernemens de Saint-Pétersbourg et d'Esthonie ou de Revcl ; le golfe de Riga ou de Livonie, entre les gouvernemens de Livonie et de Courlande ; et le golfe deDantzick, dans la Prusso-Occidentale. Le détroit du Sund, et ceux du Grand et du Petit-Belt sont les trois issues par lesquelles la Baltique communique avec le Cattegat que nous avons vu être une branche de la mer du Nord.

La Méditerranée duSud, qu'on nomme mer Méditerranée , ou simplement la Méditerranée , est comprise entre l'Europe , l'Asie et l'Afrique ; c'est par le détroit de Gibraltar que se fait sa jonction avec l'Océan-Atlantique. Cette mer, du côté de l'Europe, prend le nom de canal des Baléares , entre la côte du royaume de Valence et le groupe des iles Baléares ; celui de golfe de Lyon, le long

des côtes de la France entre le cap Creuz et la Provence ; celui de golfe de Gênes , depuis la côte de Nice jusqu'à celle du duché de Lucqués ; elle s'appelle mer de Toscane , entre la Corse, la Sardaigne et la côte opposée de l'Italie ; mer de Sicile, entre File de ce nom et la côte du royaume de Naples ; mer Ionienne, entre le pied de l'Italie , la Sicile et la Grèce ; un bras de cette mer forme le golfe de Tare n te entre la Calabre, la Basilicate et la Terre d'Otrante ; un autre , le golfe de Patras , entre les iles Saint-Maure, Céphalonie, Zante et la côte opposée de la Grèce et du Péloponèse , et au-delà du détroit de Lépan te le golfe de Corinthe ou de Lépante. La Méditerranée pénétrant par le canal d'Otrante forme, entre l'Italie et l'Epire d'un côté , l'Albanie et la Dalmalie de l'autre , un vaste golfe nommé communément mer Adriatique, dont l'enfoncement près de Venise s'appelle golfe de Venise; celui qui est près de Trieste , golfe de Trieste, et celui qui est entre l'I strie et la côte opposée de la Croatie militaire et du Littoral Hongrois prend la dénomination de golfe de Carnero. La Méditerranée entrant par les différens intervalles que laissent entre elles les îles Cerigo, Cerigotto, Candie, Caso, Scarpanto et Rhodes et les côtes opposées du Péloponèse et de l'Asie-Mineure , forme un autre grand golfe que les anciens Grecs ont nommé Mer principale ( Archipelagos ) , dénomination que les géographes lui ont conservée en le nommant Archipel. Le brisement extraordinaire des côtes de la Grèce et de la Turquie d'Europe forme un grand nombre de golfes secondaires, dont les plus remarquables sont ceux de Nauplie et d'Egine ou Athènes dans le nouvel état de la Grèce , de Salonichi, de Contessa ou à'Orphano dans l'ancienne Macédoine, et de Saros, dans l'ancienne Thrace.

L'archipel , au-delà du détroit des Dardanelles , forme le petit golfe à plusieurs issues nommé improprement mer de Marmara, entre la côte de l'ancienne Thrace d'un côté et la côte opposée de l'Asie-Mineure de l'autre. Enfin, par le détroit de Constantinople, la mer de Marmara communique à la mer Noire , espèce de vaste lac formé par la côte méridionale de la Russie, par la côte orientale de la Turquie européenne et par la côte septentrionale de l'Asie-Mineure. La mer Noire a aussi plusieurs golfes dont

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

les plus remarquables sont le vaste marais que l'usage décore du titre impropre de mer d'Azof, et les golfes de Perecop et d5 Odessa, qui appartiennent tous trois à la côte de la Russie méridionale.

L'Océan Glacial Arctique, qui ne baigne , comme nous avons vu , que l'extrémité boréale de l'Europe, présente plusieurs golfes dont le plus considérable est nommé mer Blanche. Cette dernière est renfermée dans le gouvernement russe d'Arkhangel. Elle a quatre golfes principaux, savoir : de Kandalaskaïa , Onega, de \a Dvina ou d'Arkhangelsk et de Meze/t.

Les autres principaux golfes de l'Océan- Arctique sont : le West-Fiorden (golfe occidental), entre les îles Lofoden et la côte opposée du Finmark , et le Waranger-Fiord (golfe de Waranger), dans le Finmark ; tous deux dans la monarchie ÎNorvvégiéno-Suédoise ; le golfe Tcheskaïa, dans le gouvernement d'Arkhangelsk et celui de Kara, entre la Nouvelle-Zemble et la côte opposée de l'Europe et de l'Asie; ce golfe est très grand et appartient en commun à ces deux parties du monde.

La prétendue mer Caspienne n'est à proprement parler que le plus grand lac du globe. La plus grande partie de ses côtes appartiennent à l'Asie.

détroits. L'Europe en a un grand nombre. Les principaux et les plus fréquentés sont les suivans : le détroit de Gibraltar, entre l'Espagne et l'empire de Maroc ; il joint la Méditerranée à l'Océan- Atlantique. Le détroit ou phare de Messine, entre l'extrémité de laCalabreetla Sicile ; il forme la communication de la mer Ionienne avec la mer de Sicile. Les Dardanelles ou le détroit des Dardanelles et celui de Constantinople , formés tous les deux par la côte de l'ancienne Thrace et la côte opposée de l'Asie-Mineure ; le premier établit la communication entre l'Archipel et la mer de Marmara ; le second, entre cette mer et la mer Noire. VEuripe, entre Pile Nègrepontet la côte opposée de la Grèce ; ce détroit , si renommé par l'irrégularité de ses marées, fait communiquer le canal de Talanta avec celui de Nègrepont. Le détroit d'Enikalé , entre la Crimée et la presqu'île de Taman : il établit une communication entre la mer Noire et celle d'Azof. Le pas de Calais entre la France et l'Angleterre : il joint la Manche à la mer

du Nord. Le détroit de Pentland, entre l'extrémité septentrionale de l'Ecosse et les Orcades méridionales. Le Sund, le Grand-Belt et le Petit-Belt, entre la Suède, les iles Seeland et Fionie, et le Jutland ; ces trois détroits forment la communication entre le Cattegat et la mer Baltique. Le détroit de Waigats , entre le groupe de la Nouvelle-Zemble et la côte du Continent européen dans le gouvernement d'Arkhangel. Les géographes russes, dont l'opinion doit être préférée à l'égard de tout ce qui concerne ces régions boréales, l'appellent le détroit de Kara. caps. Parmi le grand nombre de caps qu'offre celte partie du monde , nous nous bornerons à citer les suivans : le cap Gelania (cap Désiré ), extrémité septentrionale du groupe de la Nouvelle-Zemble ; le cap Nord, sur l'île Mageroe, dans le Finmark , si renommé par les descriptions qu'en ont données les voyageurs ; le Nord- Kyn dit aussi Noss-Kunn , dans le Finmark, remarquable pour être l'extrémité septentrionale du Continent européen.

Tous ces caps sont sur l'Océan-Arctique.

Sur l'Océan-Atlantique et ses branches on trouve : le cap Skagen , au nord du Jutland; le cap delà Hogue , en France, dans le département de la Manche; le cap Wrath , dans le comté de Sunderland en Ecosse ; le cap Land's End ( Finistère ) , dans le comté de Cornouailles en Angleterre; le cap Clear, dans le comté de Cork en Irlande; le cap F ù lis ter 'e , en Galice dans l'Espagne ; le cap Roca , dans PEstramadure portugaise, remarquable pour être le plus occidental de tout le Continent européen; le cap Saint-Vincent, dans l'Algarve.

Dans la mer Méditerranée et ses branches, nous citerons : le cap Gâta, dans l'intendance de Grenade, le cap Palos , dans celle de Carthagène, le cap Saint- Martin, dans celle de Valence , et ie cap Creuz , dans celle de Barcelonne en Espagne; le cap Corse, à l'extrémité septentrionale de l'île de Corse; le cap dAnzo , dans la comarque de Rome ; le cap Campanella dans la principauté Citérieure ; le cap Spartivento dans la Calabre-Ultérieure; le cap Far o ou Phare dans l'intendance de Messine , et le cap Passaro dans celle de Syracuse ; le cap délie Colonne dans la Calabre-Ultérieure IIe; le cap Sainte-Marie de Leuca dans la Terre d'Olrante ; le cap

EUROPE

Promontore dans Plstrie ; le cap Mafapan dans la Morée ,' regardé dans toutes les géographies comme la pointe la plus méridionale du Continent européen, quoique la côte de Tarifa dans l'Andalousie ait une latitude plus australe ; le cap Malio ou Saint- Ange également dans la Morée; le cap Colonne dans l'Ancienne Attique ; le cap Emineh, extrémité orientale de la chaine du Balkan sur la mer Noire ; et les Caps Chersonèse et Takli en Crimée , sur la même mer.

Dans ia mer Baltique nous nommerons :

le cap Domesnes dans le golfe de Riga ou de Livonie, et celui A'flangoudd sur le golfe de Finlande.

presqu'îles. Les nombreuses découpures du Gontinent européen , formées par l'Océan et ses branches, produisent un grand nombre de presqu'iles. La plus grande de toutes , représentée sur les cartes , sans jamais être mentionnée dans les géographies, est la péninsule Scandinavie une , formée par la réunion de la Norwège , de la Suède et de la Laponie ; l'isthme qui la réunit au Continent est le grand resserrement dont nous avons donné la largeur à la page 79. Viennent ensuite les trois grandes péninsules de l'Europe méridionale : V Hispanique, qui comprend l'Espagne, le Portugal et la république d'Andorre ; c'est la plus grande des trois ; F Italienne y si remarquable par sa forme bizarre, qui ressemble à une botte; et la péninsule Slavo-Grecque , non moins remarquable par ses découpures, qui offrent un si grand nombre de péninsules secondaires, parmi lesquelles nous citerons le Péloponèse ou la Morée, si renommée dans l'histoire ancienne , et à laquelle les derniers évènemens ajoutent un nouvel intérêt; la péninsule que nous proposons de nommer Macédonienne, formée à l'est de Salonique par les golfes de Salonique et de Contessa et subdivisée en trois autres péninsules, celle du Monte-Sanlo , celle de Toron et celle de Cassandre. Les autres presqu'îles principales sont : la Crimée dans la Russie méridionale ; la péninsule de Kanin dans la septentrionale et proprement dans le gouvernement d'Arkhangelsk; le Jutland, au nord de l'Allemagne; la péninsule que nous proposons de nommer Néerlandaise ; elle embrasse les provinces de Hollande et d'Utrechtdansle royaume de Hollande. Nous ferons aussi observer que les trois départemens du

Finistère, du Morbihan et des Côtes-dti- Nord, dans la ci-devant Bretagne, forment la plus grande presqu'île de la France. Il serait oiseux de prolonger cette énnmération , que tout le monde peut faire en observant attentivement une bonne carte de l'Europe.

fleuves. Tous les fleuves de l'Europe peuvent être partagés en six sections, selon les mers différentes auxquelles ils aboutissent. Nous ne citerons que ceux dont le cours est le plus long; les autres se trouvent indiqués dans la description des états qu'ils traversent.

A la mer Caspienne appartiennent POural, qui sépare l'Europe de l'Asie; le Volga, qui traverse la plus grande partie de la Russie d'Europe; c'est le plus grand fleuve de cette partie du monde ; le Kouma, qui sépare l'Europe de l'Asie, selon le système proposé par Malle-Brun et suivi par plusieurs géographes; et enfin le Tereck. Tous ces fleuves appartiennent à l'empire Russe.

A la Méditerranée et ses branehes appartiennent : le Don , qui a son embouchure dans la mer U'Azof ; le Dnieper , le Dniester et le Danube , qui entrent dans la mer Noire; le Danube, dont la longueur du cours n'est inférieure qu'à celle du Volga , traverse toute l'Allemagne méridionale , la Hongrie et la Turquie d'Europe; le Mari tz a et le Vardar dans la Turquie d'Europe; ils ont leurs embouchures dans l'Archipel ; le Pô et I'Adige en Italie; ils se rendent dans la mer Adriatique; le Tibre, si célèbre dans l'histoire, mais dont le cours est si borné; il ne baigne qu'une fraction de la Toscane et une partie de l'état du Pape; le Rhône, qui traverse le sud-ouest de la confédération Suisse et le sud-est de la France, et PEbre en Espagne , se déchargent dans la Méditerranée.

A POcéan-Atlantique et ses branches appartiennent : le Guadalquivir, la Guadiana, le Tage et le Duero ; ces fleuves traversent l'Espagne , et les trois derniers ont leurs embouchures sur les côtes du Portugal. La Garonne, la Loire et la Seine baignent la France ; la dernière entre dans la Manche, les deux autres dans l'Océan-Atlantique. L'Escaut, la Meuse, le Rhin, qui confond ses eaux avec la Meuse, le Weser et PElbe, se rendent dans la mer du Nord, les trois premiers après avoir traversé la France, les Pays-

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

Bas et l'Allemagne, les deux derniers après avoir arrosé une grande partie de l'Allemagne septentrionale; le Glommen, qui est le plus grand fleuve delà Norwège, et le Gothelbe qui traverse la Suède, se rendent, le premier dans le Skager-Rack , le second dans le Cattegat ; la Tamise et PHumber, dans l'Angleterre, se jettent . dans la mer du Nord.

La mer Baltique et ses branches reçoivent : la Dala, PIkdals ou Ragunda, I'Angermann, I'Umea et le Lulea, dans la monarchie Norwégiéno-Suédoise ; la Torin'ea dans cet état et dans l'empire Russe; la Newa, la Duna et le Niémen dans l'empire Russe, la Vistule, dont le cours est partagé entre l'empire d'Autriche , le nouveau royaume de Pologne , la république de Cracovie et la monarchie Prussienne; et I'Oder, qui appartient presque en entier à cette dernière.

L'Océan Arctique Glacial reçoit : le Tara dans le Finmark, compris dans la monarchie Norwégiéno-Suédoise ; le Petchora dans le gouvernement d'Arkhangelsk, et le Kara, qui forme la limite entre l'Europe et l'Asie.

La mer Blanche reçoit : POnega, la Dvina et le Mezen, qui traversent la partie septentrionale de l'empire Russe.

lacs. C'est ici que nous devrions mettre en première ligne la prétendue nier Casyienne , que, d'après l'usage et pour ne pas choquer des préjugés consacrés par d'imposantes autorités , nous avons classée parmi les mers. Nous nommerons ensuite le lac Ladoga, qui est le plus grand de tous les lacs de l'Europe proprement dits ; rcux de Saùna , de Pajana , d' Onega et de Peypus dans l'empire Russe ; ceux de rené?*, Mêler et Vetter en Suède. Ces lacs et plusieurs autres que notre cadre ne nous permet pas de nommer sont les plus grands de cette partie du monde. Viennent ensuite le lac de Constance ( Bodensee ) , entre l'Allemagne et la Suisse ; le Balafon dans la Hongrie ; le lac de Genève , entre la Suisse et la Savoie ; le lac de Garde et le Majeur en Italie, et plusieurs autres que nous mentionnerons dans la description des divers états de cette partie du monde.

îles. Dans la description des états nous indiquerons les lies principales qui leur appartiennent. Ici nous citerons seulement les plus grandes et celles que, d'après les principes exposés à la page 32 , nous

croyons devoir être regardées comme dépendances géographiques de l'Europe. On peut ranger, en quatre catégories différentes, toutes les lies d'Europe par rapport aux différentes mers où elles se trouvent .

Iles et archipels dans l'Océae- Atlantique et ses branches. A cette classe appartiennent : V archipel Britannique où se trouvent la Grande-Bretagne et V Irlande , qui sont les deux plus grandes îles de l'Europe, et un grand nombre d'autres lies beaucoup plus petites , parmi lesquelles nous nommerons : Vigeren, Hitteren, etc., sur les côtes de la Norwège ; le petit archipel de Fœrô , dépendant de la monarchie Danoise ; les îles Valkeren, Zuid-Bevelan dans l'archipel Hollandais; les îles de Jersey et Guemsey, entre la Normandie et ia Bretagne, mais dépendantes de l'Angleterre ; les îles A'Oléron et de Ré, vis-à-vis ia côte du département de la Charente-Inférieure, et Y archipel des Açores , dépendant du Portugal, et dont Terceira et Saint- Michel sont les îles les plus importantes.

Iles et archipels dans la Méditerranée et ses branches. Cette classe comprend les îles Baléares , dont Majorque est la plus grande; la Corse , la Sur daigne , la Sicile, le groupe de Malte et l'île d'Elbe, qui appartiennent a l'Italie, et dont les trois premières figurent parmi les plus grandes de l'Europe ; les îles Ioniennes où Cor fond Céphalonie se font remarquer par leur étendue, et Zante par son importance ; Candie , une des plus grandes îles de l'Europe; les nombreuses îles qui forment V Archipel proprement dit, et parmi lesquelles il faut distinguer celles qui appartiennent à l'Asie et celles qui dépendent de l'Europe ; parmi ces dernières on remarque JSègrepont, Naxie, Andro , Lemno ou Stalinien e , Tasso , elc. , etc. , pour leur grandeur, et Hydra, Spezzia et Egùte, pour leur importance ; enfin sur les côtes de la Dalmatie et dans la mer Adriatique les îles Lésina, Curzola, Brazza, Veglia, Cherso et plusieurs autres de moindre étendue.

Ileset archipels de lamer Baltique.

Cette classe offre d'abord V archipel Danois, où se trouvent les îles Seeland et Fionie qui séparent le Cattegat de la Baltique, ensuite Laland, Falster et quelques autres moins considérables; l'Ile Bornholm, dépendante du Danemark; Oland et Gotland, de la Suède ; Varchi-

EUROPE

pel d'Aland, et les îles Dago et Osel comprises dans l'empire Russe.

Iles et archipels dans l'Océan Arctique Glacial et ses dépendances.

Dans cette série nous citerons d'abord le groupe de Lofodden- Mageroe dans [■archipel Norvégien., où se trouvent l'île Ostvaage, point central de la riche pêche qu'on fait sur les côtes de la Norwège; Hindoen, qui est la plus grande de toutes ; Senjeri; et Mageroe , renommée à cause du cap Nord qui s'y trouve. L'ilc Kalgouef, peu éloignée de l'entrée de la mer Blanche ; le grand groupe de la Nouvelle-Zemble , où se trouvent les deux grandes iles qu'on a cru pendant long-temps ne former qu'une seule terre , et celle de VaigaU , qui fait un des côtés du détroit de ce nom ; les géographes regardent ce groupe comme une dépendance géographique du gouvernement russe d'Arkhangelsk ; viennent ensuite l'Ile Baren ( des Ours ) ou Chen-y , au nord du Finmark, et Y archipel de Spitzberg , que l'on range ordinairement parmi les iles de l'Amérique, mais que le reculement considérable vers l'ouest, que l'exploration de M. Scoresby, le jeune, vient de faire subir à la côte orientale du Groenland, nous a engagé à classer parmi les iles de l'Europe. Les Russes regardent cet archipel comme une dépendance de leurempirc ; mais les navigateurs Anglais, Danois, Hambourgeois, Norwégiens et autres n'en visitent pas moins ces parages , à cause du grand nombre de baleines , d'ours blancs , de narvvals et autres grands mammifères qui les fréquentent. L'archipel de Spitzberg se compose de trois grandes iles et de plusieurs autres beaucoup moindres. Celle qu'on nomme Terre du Nord-Est ( Nord- Ostland ) est la pUis boréale ; près de la côte septentrionale de cette île se trouve le groupe desSept-Iles ou des Sept-Sœurs., qui méritent d'être remarquées , parce que ce sont les terres connues les plus boréales du globe. Le Spitzberg proprement dit, ou la Nouvelle-Frieslande des nouvelles cartes, est la terre la plus grande de cet archipel; c'est sur sa côte occidentale qu'une société de négocians d'Arkhangelsk entretient depuis long-temps à Smeerenberg un petit poste de chasseurs, qu'elle fait relever tous les ans. Ce faible établissement temporaire peut être regardé comme

le lieu habité le plus boréal de tout le globe.

Vile Bdges , dite aussi île du Sud-Est,

est la troisième des grandes terres de cet archipel ; à l'ouest de la Nouvelle-Frieslande se trouve Mile Charles.

montagnes. Les montagnes de l'Europe peuvent être rangées dans les treize systèmes suivans : neuf continentaux et cinq insulaires. Sept des premiers sont entièrement compris dans ses limites, savoir : VHespérique, le . Gallo-Francique , VAlpique, le Slavo- Hellénique, le Slave , VHercinio- Carpat hieu et le Scandinavique ; les deux autres systèmes continentaux appartiennent en commun à l'Europe et à l'Asie, dont ils tracent les confins ; ces deux systèmes sont Y Ouralique et le Caucasique. Nos lecteurs en trouveront la description dans la géographie physique de l'Asie. Les quatre systèmes insulaires sont :

le Sardo-Corse dans la Méditerranée; le Britannique et YAçorien dans l'Océan- Atlantique, et le Boréal dans l'Océan Glacial Arctique.

SYSTÈME HESPÉRIQUE, ainsi nommé, parce qu'il embrasse toutes les montagnes et tous les plateaux de l'ancienne Hespérie, qui correspond aux royaumes actuels d'Espagne etde Portugal, et auquel appartiennent toutes les montagnes de la France situées au sud de la Garonne et du canal du Midi. Nous y distinguerons avec M. Bruguière les trois groupes suivans subdivisés en plusieurs chaînes :

Groupe Méridional , qui comprend les montagnes situées au midi du Tage et à l'ouest de la chaîne Celtibérienne. 11 est subdivisé en trois chaînes : la Fœni-Bétique, connue sous les noms de Sierra Nevada, Sierra de Loxa; elle traverse le royaume de Grenade, se prolonge jusqu'à Gibraltar et offre la plus haute montagne de tout le système. La Chaîne Marianique, connue sous le nom de Sierra d'Alcaraz, dans la Manche; Sierra de Segura, entre l'intendance de%Murcie et de Jaen ; Sierra- More na, entre les intendances de la Manche , de Jaen et de Cordouc ; Sierra d'AracenaelSierraAlbaleyra, dans celle de Séville, où, à travers la Guadiana, elle se réunit à la Sierra de Calderon et à celle de Monchique dans le royaume d'Àlgarvc. La chaîne Oreto-Herminienne , nommée vulgairement Sierra de Tolède, de Guadalupe, de Sainl-Mames ; elle s'étend entre le Tage et la Guadiana et parcourt les intendances de Tolède et de Badajoz en Espagne et l'Alem-Tejo en Portugal.

Groupe central, qui se compose des montagnes situées entre le Daero et le Tage, et de celles qui s'étendent du nord-ouest au sud-est, depuis la source de l'Ebre jusqu'au cap de Palos. 11 forme les deux chaînes suivantes : la chaîne Carpeto-Vetto nique , qui s'étend à la droite du Tage depuis sa source jusqu'à son embouchure, sous les

noms de Somo Sierra et Sierra de Guadarama

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

entre la Vieille-Castille et la Nouvelle ; Sierra de Gredos, Sierra de Francia, Sierra de Gala entre les intendances de SalamanqueetdeBadajoz; Sierra d'Estrella, dans le Beira, et Sierra de Cintra, dans l'Estramadure portugaise. La chaîne Celtibérienne , qui s'étend du nord-ouest au sud-est depuis la source de l'Ebre jusqu'au cap de Palos, sous les noms de Sierra d' Occa , dans l'intendance de Burgos , de Sierra de Moncayo , dans celles de Soria et d'Aragon-, Sierra de Molina. et d'Albaracin, dans cette dernière et dans celle de Cuença, et sous d'autres noms dans les provinces de Valence, de Murcie et de Carthagène. On pourrait regarder les montagnes des îles Baléares comme des dépendances géographiques de la chaîne de ce groupe qui finit au cap Saint-Martin, dans le royaume de Valence.

Groupe Septentrional ou des Pyrénées, formé d'une grande chaîne principale, qui s'étend depuis le cap Creuz sur la Méditerranée jusqu'au cap Finistère sur l'Océan. On a proposé dernièrement d'appeler Pyrénées Gai lib é-

SYSTÈME GALLO-FRANCIQUE. Nous proposons cette dénomination pour comprendre sous un nom collectif toutes lesmontagnes de la France qui s'étendent au nord de la Garonne et du canal du Midi, à l'ouest du Rhône (au-dessous de Lyon), de la Saône (au-dessous de Chàlons), du Doubs /au-dessous des environs de Montbéliard) et du Rhin ( au-dessous de Bàle ). Ce système nous parait ne pas offrir de chaîne principale continue , mais une série de petits plateaux surmontés par des montagnes et souvent par de simples collines. La chaîne qui semblé affecter le plus une direction constante du sud-sud-ouest au nord-nord-est pourrait être appelée Cévéno- Vos gienne ; dans la partie que l'on nomme Cévennes elle

riques la partie orientale delà chaîne qui sépare la France de l'Espagne; Pyrénées Cantabriques,\a partie qui s'étend depuis l'extrémité occidentale des Pyrénées Gallibériques jusqu'aux sources de l'Ebre; Pyrénées A s turiq ues , entre les montagnes Cantabriqucs et les sources de la Navia; Pyrénées Gai laïques , depuis la Navia jusqu'au cap Finistère dansla Galice.

Notre cadre ne nous permet pas d'indiquer ici toutes les chaînes secondaires qui se détachent au sud de la chaîne principale. Nous ajouterons seulement que de la Sierra Penamarella part un chaînon qui s'étend dansla Galice , dans le Trasos-Monles et le Minho, et y forme la jonction entre ce groupe et la chaîne Carpeto-Vcttonique du groupe central. Vers les sources de l'Ebre il y a un nœud qui forme un autre anneau de jonction entre ce groupe et le groupe central. Un troisième chaînon descend du revers méridional des Pyrénées Gallibériques et va former les nombreux petits groupes et les petits plateaux de la Catalogne.

Tois*«.

prend, selon M. Bruguière.les dénominations de Montagnes Noires, dans les départemens de l'Aude et de l'Hérault ; de Montagnes de l'Epinouse, entre les départemens du Tarn , de l'Aveyron et de l'Hérault ; de Garrigues, dansl'Aveyron et le Gard; du Gévaudan ou Cévennes proprement dites, dans la Lozère; du Fivarais , dans l'Ardèche; du Lyonnais, dans le Rhône; du Charolais et Maçonnais , dans Saône-et-Loire. Les hauteurs de la Cùte-d'Or , dans le département de ce nom, le plateau de Langres, dans la Haute-Marne, et les monts Faucilles dans les Vosges, forment la jonction des hauteurs septentrionales appartenant aux Cévennes avec Uc haine des Vosges. Celle-ci sépare l'Alsace delà

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