‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 628 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la constitution géologique de notre planète, et de la distribution géographique des êtres à la surface de lu terre.

La terre, que nous avons vue dépendante .du système solaire, est soumise dans ses mouvemens annuels à l'influence plus ou moins directe de la lumière et de la chaleur émises par le soleil; il en résulte pour tous les êtres qui sont à sa surface une série d'actions dont les règles précisesinfluent profondément sur les animaux de classes inférieures , tous soumis à la distribution géographique. Les animaux supérieurs, modifiés par l'homme, sont lesseuls on puissént être en quelque sorte changés par 1: autre série de phénomènes , que l'on nomr e naturalisation. Chaque être a donc été destine à vivre sous telle ou telle latitude, sous tel degré de longitude, et ne transgresse jamais impunément cette loi universelle de la nature, voulue par l’organisation, les habitudes et les appétits qui lui ont été donnés pour attribut spécial en naissant. Il en résulte que chaque continent, chaque île, soumis aux mêmes influences atmosphériques, produit les mêmes êtres ; de làles divisions généralement admises de climats ou zones, qui sont au nombre de cinq: la zone torride, entre les deux tropiques, les deux zones tempérées, les deux polaires, arctique et antarctique. À ces grandes divisions, se rattachent toutes les combinaisons secondaires de la dispersion des animaux et des végétaux sur l'écorce du globe ; mais on conçoit que les circonscriptions de mers, de montagnes et par conséquent de bassins, viennent encore restreindre l'influence générale et y apporter de nombreuses modifications de détail.

La terre, en sortant du chaos, dut naître de la combinaison chimique des élémens atmosphériques, qui se condensèrent en un noyau primitif, dont les parties intégrantes se réunirent par l’attraction moléculaire. Cette planète dut rester long-temps embrasée. Petit à petit les matières en fusion qui la composaient ‘se refroidirent à la surface, et la croûte se consolida lentement. La masse prodigieuse des fluides vaporisés dans l'atmosphère par la chaleur, tendit à se précipiter sur cette écorce extérieure refroidie , et la croûte desséchée et crevassée du globe ne tarda pas à être recouverte d'eaux douces et d'eaux marines, dont la quantité s’accrut progressivement. Une énorme coucl:e d'acide carbonique devait alors former les fluides atmosphériques, et l’on doit supposer que la première trace de vie qui parut sur la terre fut une végétation composée de cryptôgames , de lichens, de lèpres et de petites fougères. Les eaux inal arrêtées dans leurs bassins firent irruption sur ces premières traces d'organisation et les firent disparaitre. La permanence des eaux permit toutefois à certains germes d’éclore, et c’est ainsi que les fucacées et des ulves se développèrent sur les rivages, et qu’une végétation plus compli-

quée s'établit sur les rochers, où ses décompositions successives firent naître l’humus. Bientôt aussi apparurent, au sein des mers, les alcyons, les éponges, les polypes, sorte d'êtres ambigus , qui furent les premières ébauches de la vie animale,

L'écorce du globe , ou du moins l'épaisseur qu’on en connait, se trouva composée de corps formés de molécules réunies par une force nommée attraction moléculaire, agissant dans un sens inverse de l'attraction planétaire ; ces corps nommés minéraux se grouperent dans des rapports si exacts, que par eux on a pu établir les âges de la terre et l’histoire des révolutions qu'elle a éprouvées. La plupart de ces minéraux furent agrégés et souvent combinés par le feu ; d’autres au contraire furent le résultat d'un dépôt lent et successif, d’une cristallisation par évaporation et par l’action des eaux ; c’est de ces deux combinaisons que sont nées les roches composées, dont la juxta-position forme ce que les géologues actuels nomment des {erreins.

La surface du globe dut être primitivementunie. La végétation qui la couvrait se composait principalement de plantes moins complètes dans leur organisation, et les animaux, eux-mêmes, par les restes qui nous sont parvenus, appartenaient tous aux classes inférieures. Des chocs, nommés par quelques naturalistes cafaclysmes, viarent par leurs perturbations puissantes détruire ces ébauches de la vie, et bouleverser la surface de la terre. Les eaux firent irruption , et couvrirent des endroits d'où elles ne se retirèrent que plusieurs siècles après, en laissant des traces irrécusables de leur passage. C’est ainsi que les ossemens fossiles d'animaux éteints depuis ces périodes nommées anté-diluviennes sont venus par leurs dépouilles nous prouver matériellementleur existence, Mais ces débris n'existent point dans les couches de granit ou de gneiss, qui constituent les terreins primitifs. On n’en voit detraces que dans les terreins dits intermédiaires ; ils se multiplient dans les secondaires et deviennent très communs dans les terreins tertiaires et dans ceux de transition.Toutefois, l'ordre et l’arrangement de ces débris organisés, gisant sur l'écorce du globe, sont dans des rapports si exacts, qu'on reconnait aisément, suivant le degré de profondeur des couches dans lesquelles ils se trouvent placés, qu’ils ont appartenu à des animaux plus ou moins élevés dans l'échelle des êtres. La même remarque a été aussi étendue aux végétaux fossiles. Les plus profonds, comme les plus nombreux, appartiennent d’abord à des plantes vasculaires , et ce n’est que plus tard qu'on voit apparaitre des dicotylédones, qui sont le résultat d'une combinaison plus perfectionnée. Enfin les.

mammifères et l'homme surtout n’existaient point encore , car les premières traces d'ossemens fossiles de mammiferes dont les races sont éteintes', ne se présentent que dans les couches meubles des terreins de transport. Quant à l'homine, ses débris n'existent nulle part à l'état fossile, et les seules brèches qui en contiennent sont des calcaires agglutinés qui, dans leurs interstices, en ont saisi la charpente osseuse par des accidens purement fortuits, et qui datent au plus de quelques siècles.

Les minéraux, lesmétaux etles gemmes, corps inorganiques, constituant ce que l’on est convenu d'appeler le règne minéral , ne sont point soumis aux lois de la climature, et par conséquent sont répartis indifféremment dans la masse du globe, mais seulement dans certaines localités, nommées gisemens, et qui dépendent des lois de formation. 11 n’en est pas de même des végétaux ; leurexistence est subordonnée au sol sur lequel ils sont fixés, et de là les divisions de régions Ayperboréenne,. européenne , sibérienne, méditerranéenne. elc., etc., établies par les botanistes pour expliquer les lois qui régissent leur dispersion. La région équatoriale est la plus riche en plantes phanérogames, les végétaux de cette zone acquièrent des formes plus imposantes et plus largement développées que partout ailleurs ; les zones tempérées nourrissenten grand nombre des phanérogames et des cryptogames, dont les formes sont robustes, sèches et ligneuses ; enfin dans les régions polaires le nombre des espèces diminue, et la végétation ne présente plus que des herbes rahougries par l'âpreté des froids continuels. Mais dans ces grandes zones, la répartition des masses secondaires présenic :s oppositions, les anomalies les plus contrastantes, produites soit par l'influence des bassins, des localités, soit par l'influence des milieux, etc. Toutefois, plus on s'élève sur les montagnes, plus la végétation se rapproche de celles des latitudes polaires, etsur le Chimborazo, par exemple, on finirait par trouver vers son sommetune flore complètement analogue à celle de l'ile Melville. On conçoit que sur les limites des pôles les phanérogames diminuent ou disparaissent pour faire place aux agames. Ce n’est toutefois que sous l'équateur que les monocotylédones deviennent des végétaux majestueux, et que les gramens prennent le port etla solidité des arbres des zones tempérées.

Les animaux zoophytes qui vivent dans la mer sont d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantage de l'équateur. Ils sont établis, sans aucune distinction , tout autour du glohe et forment une sorte de ceinture naturelle. ]Ïl en est de mème d'un grand nombre de mollusques marins. Cependant, à mesure qu’on atteint les hautes latitudes, leur nombre diminue ou leurs espèces changent et font place à d’autres. Les poissons marins sont évidemment soumis à cette grande loi. Ceux du nord diffèrent complètement de ceux du midi , et les espèces australes semblent habiter les hautes latitudes, aussi bien sur les côtes de la Nouvelle-Hcllande, de l'Afrique, que de l’Amérique. Quant aux poissons équatoriaux , ceux qui

PRINCIPES GENÉRAUX. CH. X.

sont saxatiles éprouvent davantage le besoin de l'abri des.terres et des plages échauffées, et par conséquent varient dans leur distribution suivant les attérages, quoiqu'un très grand nombre se retrouve aussi bien à Otaïti, au milieu de la mer du Sud, qu’à l'ile Maurice, dans l’Océan-Indien. La quantité et la variété des insectes et des reptiles, très considérable sous l'équateur, diminue graduellement à mesure qu'on avance vers les pôles : leur multiplication demandant impérieusement l'union de la chaleur et de l'humidité, ilen résulte qu'ils sont moins communs dans les lieux où ces deux circonstances ne se présentent point réunies. Quant aux oiseaux, leurs espèces sont d'autant plus variées et leur plumage d'autant plus riche, qu'ils appartiennent aux zones équatoriales. Mais chez nulle autre espèce d'animaux les démarcations ne sont plus sensibles, suivant les contrées, leur. exposition , leurs barrières; sous ce rapport ces êtres sont soumis à une distribution géographique parfaitement tracée, à laquelle n’échappent même pas les oiseaux migrateurs. Cependant quelques espèces semblent être cosmopolites ; ainsi certains oiseaux aquatiques se retrouvent sur les rivages de toutes les contrées. Au reste cette particularité n'a rien qui étonne, quand on se rappelle l'influence de la mer sur la température des côtes, etl’orgaaisation appropriée de ces animaux pour un milieu qu’ils ne quittent que momentanément. Si les mammifères sont assez bien répartis, quant au nombre, sur tous les points de la terre ,:il n'en est pas de même par rapport à la taille. Les plus puissans vivent dans les immenses forèts vierges de l'équateur, ou dans l’espace des mers, ou enfin sur les confins du monde. Des mille mammifères connus, l'Europe n'a guère que 104 espèces, tandis que l'Amérique en renferme 300, l'Asie 180 ct l'Afrique 145. Certains quadrupèdes enlevés des lieux qui les virent naltre, et pliés à la domesticité, se sont habitués à des climats peu adaptés à leur organisation. D'’autres, au contraire, compagnuus de l'homme, ne paraissent plus exister à l'état sauvage, et se trouvent être modifiés dans leur organisation primitive.

L'homme, l’objet le plus complexe et le plus jeune de la création, prit naissance sur leshauts plateaux de notre planète; ses. essaims variés et typiques s'irradièrent de ce centre et descendirent successivement dans les vallées, en s’'avançant par de hautes latitudes. Son existence une et indivisible est loin d'offrirles espèces qu'on a voulu admettre, et rien ne légitime cette multiplication de noms, caractéristiques appliqués à de sable variétés. Partout l'homme s'est plié aux climat auxquels il a été soumis ; partout il a modifié ses mœurs, sa manière de vivre et iusqu’à son intelligence suivantles pays qu'il a été obligé d’habiter. Pasteur ou pêcheur, nomade ou sédentaire, vivant en familles indépendantes ou en corps de nations, l'homme peut produire avec toutes les variétés de son cspèce répandues sur la surface du globe; seulement chez les individus qui proviennent de ce croisement on reinarque uns altération sensible dans les traits caractéristiques des.

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