CLASSIFICATIONS DU GENRE HUMAIN
core les Araucans, les Carolins, les Tengas, les Vitis, les Nouveaux-Zélandais, etc., etc. ; 10° qu'on pourrait enfin regarder comme peuples sauvages les tribus chez lesquelles l'intelligence a acquislemoins de développement, dont les individus ne tiennent les uns aux autres que par des rapports très peu fréquens, et chez lesquelles les arts les plus nécessaires à la vie, ou n'existent pas du tout, ou se trouvent dans un état extrême d'imperfection. Tels sont les naturels de la Nouvelle- Hollande , ceux de la Tasmanie (ile de Van-Diémen), de la Nouvelle-Calédonie, les sauvages abrutis de la Nouvelle-Californie, etc., etc. , qui n'ont aucune idée de l’agriculture, et chez qui la péche ou la chasse ne se font qu'avec les moyens les plus imparfaits, Chacune de ces trois grandes divisions du genre human peut être subdivisée à l'infini, selon les nuances différentes de l'état social qu’elles représentent.
Ce que nous venons de dire suffit pour donner une idée des difficultés qui accompagnent cette seconde manière de classer les habitans de laterre, el pour indiquer à combien de faux jugemens on s'expose en admettant la classification donnée par les géographes et par certains naturalistes. Nos observations pourront en outre guider le lecteur lorsqu'il voudra assigner à chaque peuple la place qu'il mérite d'occuper dans l'échelle de la civilisation.
Quant aux autres classifications qui ont pour base la nourrilure, la position topographique et les occupations , il nous semble qu’elles sont inutiles, ou pour le moins très vagues. La plupart de ces prétendues classifications principales du genre humain se rencontrent dans tous les grands états et même dans quelques-uns d’une médiocre étendue; les autres ne sont que des subdivisions de la grande classification qui a pour base les diverses nuances de l’état social. Ainsi nous trouvons sur les vastes territoires de la Colombie et de l'Inde anglaise , les peuples montagnards et les habitans des plaines, les peu-
ples nomades , les chasseurs , les agricoles,
les fr'ugivores, les ichthyophages et les carni. vores. Nous voyons le ci-devant petit royaume des Pays-Bas nous présenter dans les plaines de la Belgique tous les prodiges d’une agriculture perfectionnée, dans les villes maritimes tout le mouvement qu’on observe chez les peuples navigateurs, et dans les villes les plus industrieuses toute l’activité qui distingue les peuples considé. rés comme essentiellement manufacturiers, Ne voyons-nous pas l'empire d’Auiriche, qu'on regarde comme un état purement agricole, produire dans plusieurs cantons de la Bohème, dela haute et basse Autriche, de la Moravie et du royaume Lombard-Vénitien, toutes les merveilles de l'industrie qui ont donné tant de célébrité aux cantons les plus manufacturiers de l'Angleterre et de la France, et nous offrir dans le port de Trieste un commerce qui, par l'étendue de ses relations et la valeur de ses importations et exportations, rivalise avec les principaux ports des monarchies Anglaise et Française, et avec ceux de la confédération Anglo-Américaine ? Ne trouvons-nous pas aussi dans la Suisse, malgré sa
petite étendue , des peuples pasteurs et presque nomades , dans les beaux montagnards qui habitent les hautes vallées de Berne, Lucerne, Schwitz, de l'Unterwald, d'Uri, de Glaris , d'Appeuzell, de Vaud, des Grisons et du Valais; des peuples entièrement agricoles , dans les plaines fertiles de Zurich, Soleure, Schaffouse et Bâle; etune population essentiellement adonnée au commerce, aux fabriques et aux manufactures , dans les villes et dans les bourgs des cantons de Zurich, de Glaris, de Saint-Gal}, de l'Appenzell-Extérieur, de Genève , de Neufchatel et de Bâle? Entin l'Angleterre, qu’on persiste toujours à regarder comme un pays uniquement manufacturier et commerçant, ne nous offre-telle pas, dans ses grandes exploitations agricoles, la partie du globe où l'agriculture est peut-être arrivée à un degré de perfection qu’elle n’a encore atteint nulle part, sans excepter même les pays qui passent pour être les plus essentiellement agricoles? Nous pourrions multiplier ces exemples presque à l'infini; mais nous pensons que ce que nous venons de dire suffit pour faire sentir toute l'inutilité et tout le vague de ces prétendues classifications générales, qui sont démenties par un nombre presque égal d'exceptions. Après avoir réfléchi long-temps sur ce sujet, nous croyons que, dans l'état actuel de la géographie, on devrait se borner aux quatre divisions suivantes du
genre humain, Elles nous paraissent être , jusqu'à,
un certain point, la base de toute géographie politique; aussi, les avons-nous données dans cet Abrégé, afin d'éviter les répétitions que sans ces classifications nous serions obligé de faire dans les descriptions générales et particulières des différentes parties. du monde, Ces quatre divisions sont : /a classification politique, la classification relative aux nuances principales de la civilisation, la classification ethnographique et la classification religieuse,
La première embrasse tous les états du globe et indique la répartition de ses habitans entre des divers corps poliliques auxquels ils appartiennent, C'est le sujet de la géographie politique proprement dite, et nous renvoyons, pour les généralités et pour les détails, aux tableaux que nous avons donnés à la fin de la description générale de chaque partie du monde et à la description spéciale de ses principaux états. La seconde offre la classification du genre humain en peuples civilisés, peuples barbares et peuples sauvages. Notre cadre ne nous permet pas d'ajouter à ce que nous avons déjà dit sur ce sujet, Les faits que nous aurons occasion de signaler dans le cours de cet ouvrage, justificront pleinement l'opinion que nous avons émise à cet égard. Les deux autres classifications forment le sujet des deux chapitres suivans.